Appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940

Le 17 juin 1940 à Bordeaux, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, prononce un discours radiodiffusé dans lequel il annonce aux français "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Le lendemain à Londres, le Général de Gaulle s'exprime sur les antennes de la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler "les officiers et les soldats français" ainsi que "les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement" à le rejoindre afin de continuer la lutte contre l'Allemagne.

L'Appel du 18 juin 1940, qui marque le refus de tout armistice avec l'Allemagne nazie, est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Il sera rapidement suivi de ceux du 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand, du 24 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-italien, du 28 juin 1940, jour de la reconnaissance par le gouvernement britannique du Général de Gaulle comme le chef de tous les Français libres, du 2 juillet 1940, du 13 juillet 1940, veille de la fête nationale, et enfin du 23 juillet 1940 dans lequel le Général de Gaulle annonce que le "le 21 juillet, le combat a repris entre les forces françaises et l'ennemi". Mentionnons aussi la Réponse au Maréchal Pétain du 26 juin 1940 et l'affiche à "A tous les français" dont le premier tirage sera placardée les 3 et 4 août 1940 sur les murs de Londres.


Document 1  :

Appel du Général de Gaulle
du 18 juin 1940

DISCOURS
PRONONCE A LA RADIO DE LONDRES
le 18 juin 1940
[Note 1]

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain [Note 2], comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Charles de Gaulle, 
Discours aux Français,
Tome 1 1940-1941, 1944, pp. 9-10.


Note 1 
Le texte reproduit correspond en fait à la version écrite de l'Appel du 18 juin 1940 qui diffère de celle prononcée à la BBC.

Le matin du 18 juin 1940, le Général de Gaulle rédige le texte de son intervention à la BBC suite à l'accord de principe qu'il a obtenu la veille de Winston Churchill.

Mais le cabinet de guerre décide à sa réunion de 12h30 de ne pas laisser le Général de Gaulle lancer un appel sur les ondes de la BBC. Il veut, en effet, préserver ses relations avec le Gouvernement Pétain afin de le convaincre de continuer la guerre et, dans le cas où il signerait un armistice avec l'Allemagne, de s'assurer que la flotte française ne passerait pas sous contrôle allemand.

Suite à la mobilisation de Edward Spears, la décision est modifiée et le général de Gaulle peut finalement s'exprimer à la BBC. Enregistré à 18 heures son appel est diffusé à 22 heures puis rediffusé le lendemain à midi. Toutefois, le texte prononcé est une version modifiée du texte préparé le matin.

La version écrite de l'Appel du 18 juin est tout de même diffusée dans la presse étrangère du 19 juin 1940, soit intégralement (The Times en Angleterre) soit sous forme d'extraits (The New York Times aux Etats-Unis). C'est aussi la version reproduite dans les publication officielles comme le Bulletin officiel des forces françaises libres du 15 août 1940 ou dans les ouvrages publiés par le général de Gaulle comme les Discours aux Français diffusés en 1944.

Une deuxième version de l'Appel du Général de Gaulle est publiée le 19 juin 1940 intégralement (Le Petit Provençal) ou sous forme d'extraits (Le Progrès de Lyon) dans la presse française sur la base d'un communiqué de la BBC.

version écrite officielle :
- "Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat."
- "Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui".

version publiée dans la presse française du 19 juin 1940 :
- "Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions pourraient cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l'honneur, à la dignité, à l'indépendance de la France, la lutte devait continuer."
- "Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs".

Dans le premier texte le Général de Gaulle considère que la demande d'armistice équivaut à sa signature et que le Gouvernement Pétain a donc perdu toute légitimité. Dans le second il introduit la possibilité que le Gouvernement Pétain, qui est présenté comme un "gouvernement français" attaché "à l'honneur, à la dignité et à l'indépendance de la France", puisse refuser de signer l'armistice.

Dernier élément, le Service écoute de la Division Presse et Radio de l'Etat-major suisse fait, dans son Bulletin du 19 juin 1940, un compte rendu en allemand de l'Appel du Général de Gaulle prononcé la veille. En supposant que le compte rendu retranscrive l'intégralité de l'intervention du Général de Gaulle, cette troisième version correspondrait au discours effectivement prononcé par le Général de Gaulle à la BBC le 18 juin 1940 :

Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Il a déclaré en outre que la lutte devrait continuer si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France.

Nous avons été surpris et submergés par la force mécanique, la tactique de l'ennemi. Mais il y a, malgré tout, des raisons d’espérer.

Croyez-moi, rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent nous apporter la victoire.

La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! Elle peut faire bloc avec la Grande-Bretagne et disposer d’immenses réserves.

La guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Toutes les fautes qui ont été commises n’empêcheront pas qu’un jour l’ennemi sera écrasé. Cela pourra se faire grâce à une force mécanique supérieure encore.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent actuellement en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Ceci vaut également pour les ingénieurs et les ouvriers spécialistes qui se trouvent déjà en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver.

Quoi qu’il arrive, la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres. 

Revue historique et archéologique du Maine, n° 10, 1990. 

On rappellera que ce texte est le résultat d'une double traduction : du français à l'allemand puis de l'allemand au français. Ainsi la phrase "la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas" devient après cette double traduction "la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir" dont le sens est assez mystérieux.

Sur le fond, le texte diffère de la version publiée dans la presse française du 19 juin 1940. Il a été réduit sur le mode du résumé plus que de la coupe puisque tous les thèmes sont maintenus. On notera aussi l'ajout du mot "honorable" dans la phrase suivante : "Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions honorables pourraient cesser le combat".

Il existe donc trois versions de l'Appel du Général de Gaulle :
- une version publiée dans la presse étrangère du 19 juin 1940 puis dans les publications officielles de la France Libre.
- une version publiée dans la presse française du 19 juin 1940.
- un compte rendu en allemand réalisé par le service d'écoute de l'Etat major suisse qui serait en définitive le texte effectivement prononcé par le Général de Gaulle le 18 juin 1940 à la BBC.

Pour terminer on mentionnera deux documents qui sont à tort et pour des raisons différentes présentés comme des versions de l'Appel du 18 juin 1940 : 

1) Ebauche de l'Appel du 18 juin

Ebauche de l'Appel du 18 juin 1940


Londres, le 17 juin au soir
 
La défaite française a été causée par la force mécanique, aérienne et terrestre des Allemands.

L’action foudroyante de la force mécanique a fait effondrer le moral du commandement et du gouvernement. A la suite de cet effondrement, deux voies étaient ouvertes :

Ou bien la voie de l’abandon et du désespoir. Cette voie menait à la capitulation. C’est celle qu’a choisie le gouvernement Pétain.

Ou bien celle de l’honneur et de l’espérance. C’est celle qu’ont choisie mes compagnons et moi.

Nous croyons que l’honneur commande aux Français de continuer la guerre aux côtés de leurs alliés et nous sommes résolus à le faire.

Nous espérons qu’un jour une force mécanique, aérienne et terrestre supérieure nous rendra la victoire et nous permettra de délivrer la patrie.


Charles de Gaulle 
Lettres notes et carnet 
Mai 1969 - Novembre 1970 / Compléments 1908-1968, 1988

Consacrée aux écrits du Général de Gaulle, la collection Lettres notes et carnet est composée de plusieurs tomes. Le volume publié en 1988 reproduit sous le titre "Ebauche de l'Appel du 18 juin 1940" un écrit du Général de Gaulle daté du "17 juin au soir". Ainsi, le Général de Gaulle aurait rédigé dès le 17 juin 1940 un texte appelant à la Résistance. Ce texte serait donc l'ébauche de l'Appel du 18 juin 1940.

Plusieurs éléments permettent de contester cette hypothèse. D'abord, le manuscrit original ne mentionne aucune date [Jean-Louis Cremieux-Brilhac, De Gaulle, la République et la France libre, 2014]. Ensuite, ce texte court ne fait aucune référence à la demande d'armistice et ne contient aucun appel à rejoindre l'Angleterre. Enfin, la découverte d'un document cinématographique dans lequel le Général de Gaulle prononce vers le 2 juillet 1940 une Déclaration dont le contenu correspond à ce texte permet d'écarter définitivement cette hypothèse de la rédaction d'un Appel le 17 juin 1940.

2) L'Affiche "A tous les français".

A TOUS LES FRANCAIS

La France a perdu une bataille !
Mais la France n’a pas perdu la guerre !
Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n’est perdu !
Rien n’est perdu parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l’ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors elle recouvrera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but !
Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu’ils se trouvent, à s’unir avec moi dans l’action, dans le sacrifice et dans l’espérance.
Notre patrie est en péril de mort.
Luttons tous pour la sauver !
Vive la France !

[Reproduction                                   (signé) C. de Gaulle
de l'affiche en miniature                   GENERAL DE GAULLE
avec le texte traduit en anglais]                            
                                                           Quartier-Général,
                                                                4, Carlton Gardens,
                                                                          London, S.W. I.

Le 1er tirage de l'Affiche "A tous les français" a été placardé sur les murs de Londres les 3 et 4 août 1940. C'est un appel à la Résistance qui s'adresse aux français présents en Angleterre. En 1944, cette affiche est réimprimée pour être diffusée en France. Au nombre des modifications figure l'ajout de la mention "18 juin 1940". Cette mention erronée sera une source de confusion entre le texte de cette affiche et celui de l'Appel du 18 juin 1940.


Note 2 
Le Général de Gaulle termine son intervention à la Radio de Londres le 18 juin 1940 en indiquant qu'il s'exprimera le lendemain. Le 19 juin 1940, le gouvernement anglais, pour les motifs déjà mentionnés, ne l'autorisera pas à prendre la parole sur les antennes de la BBC.

Le Chef de la France Libre renouvellera son Appel à la Résistance le 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand.

D'ailleurs, la justice militaire engagera une procédure contre le Général de Gaulle en retenant comme charge d'avoir "par des discours proférés publiquement, adressé à des militaires des armées de terre et de mer, des provocations, dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires et de l`obéissance qu`ils doivent à leurs chefs dans tout ce qu'ils commandent pour l'exécution des lois et règlements militaires, en adressant le 18 juin 1940 et le 22 juin 1940, des appels radiodiffusés en France, aux officiers, sous-officiers et soldats de l'armée française".

L'Appel du 19 juin 1940 que l'on peut lire dans les Discours au Français avec la mention "prononcé à la radio de Londres" n'a donc pas été diffusé :

DISCOURS
PRONONCE A LA RADIO DE LONDRES
le 19 juin 1940


À l'heure où nous sommes, tous les Français comprennent que les formes ordinaires du pouvoir ont disparu.  

Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d'un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l'impossibilité de faire jouer nos institutions moi, Général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France.

Au nom de la France, je déclare formellement ce qui suit :  

Tout Français qui porte encore des armes a le devoir absolu de continuer la résistance.

Déposer les armes, évacuer une position militaire, accepter de soumettre n'importe quel morceau de terre française au contrôle de l'ennemi, ce serait un crime contre la patrie.

À l'heure qu'il est, je parle avant tout pour l'Afrique du Nord française, pour l'Afrique du Nord intacte.

L'armistice italien n'est qu'un piège grossier.

Dans l'Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies.

Il ne serait pas tolérable que la panique de Bordeaux ait pu traverser la mer. 

Soldats de France, où que vous soyez, debout !

Charles de Gaulle, 
Discours aux Français,
Tome 1 1940-1941, 1944, pp. 11-12

Le texte présenté dans cette publication n'a pas été prononcé le 19 juin 1940 d'autant plus qu'au vu des éléments suivants on peut supposer qu'il a été rédigé après l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 et l'armistice franco-italien du 24 juin 1940 : 
- "gouvernement tombé sous la servitude ennemie".
- "L'armistice italien n'est qu'un piège grossier".
- "Dans l'Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies".

Le texte authentique de l'Appel du 19 juin 1940 a cependant été retrouvé dans les archives anglaises apportant ainsi la preuve formelle que le Général de Gaulle avait effectivement préparé une intervention à la BBC. Dans ce texte le Général de Gaulle lançait un appel à la Résistance tout en indiquant que le Gouvernement Pétain restait légitime tant qu'il continuait la lutte : "Aussi longtemps que le gouvernement français combattra, soit dans la Métropole, soit dans l'empire, le devoir national consiste à se battre avec lui". Tout comme dans l'appel prononcé le 18 juin, la condamnation du Gouvernement Pétain serait donc déterminé par la signature ou non de l'armistice.

Rédigé après le 24 juin 1940, l'Appel dit du 19 juin 1940 présentent de nombreux points commun avec l'Appel du 28 juin 1940 :

1) Le Général de Gaulle se présente comme le Chef de la Résistance française :
- "chef français" (Appel dit du 19 juin).
- "Chef des Français Libres" (Appel du 28 juin).
Favorable à la Résistance française, le gouvernement anglais souhaite toutefois qu'elle soit dirigée par un homme politique de premier plan : Daladier, Reynaud mais surtout Mandel, ou encore par l'un des Résidents ou Gouverneurs généraux de l'empire français. D'ailleurs, le Général de Gaulle, promu en mai 1940 au grade de général de brigade (2 étoiles) à titre temporaire pour la durée de la guerre, sollicite par deux fois, le 19 juin et le 24 juin, le général d'armée (5 étoiles) Noguès, résident général au Maroc et général en chef de l'Afrique du Nord, pour qu'il prenne la direction de la Résistance française. Autre initiative du Général de Gaulle, la création d'un Comité national français qui est annoncée le 23 juin à la BBC et qui devra rassembler des personnalités françaises reconnues. Toutes ces tentatives se solderont par un échec et c'est finalement le Général de Gaulle qui prendra la tête de la Résistance française.

2) Chef de la Résistance française, le Général de Gaulle s'affirme comme le représentant légitime de la France face au Gouvernement Pétain qui ne l'est plus puisqu'il a signé l'armistice avec l'Allemagne et l'Italie :
- "Au nom de la France, je déclare formellement ce qui suit" (Appel dit du 19 juin).
- "Je décide ce qui suit" (Appel du 28 juin).
On rappellera que dans la première version de l'Appel du 18 juin le Général de Gaulle avait exprimé la conviction que le Gouvernement Pétain n'était plus légitime au motif qu'il avait formulé une demande d'armistice, et qu'il avait renoncé à cette thèse pour obtenir l'autorisation de s'exprimer à la BBC.

3) Les militaires français ont le devoir absolu de résister à l'ennemi.
- "Tout Français qui porte encore des armes a le devoir absolu de continuer la résistance" (Appel dit du 19 juin).
- "Tous les officiers, soldats, marins, aviateurs français, où qu'ils se trouvent, ont le devoir absolu de résister à l'ennemi." (Appel du 28 juin).
Continuer la lutte contre l'Allemagne malgré l'armistice n'est pas un acte de désobéissance mais un devoir absolu puisqu'au l'autorité légitime n'est pas le Gouvernement Pétain mais le Général de Gaulle.

4) Appel à la résistance spécifique à l'Empire français :
- "À l'heure qu'il est, je parle avant tout pour l'Afrique du Nord française, pour l'Afrique du Nord intacte. [...] Dans l'Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies." (Appel dit du 19 juin).
- "Généraux ! Commandants supérieurs ! Gouverneurs dans l'Empire ! mettez-vous en rapport avec moi pour unir nos efforts et sauver les terres françaises." (Appel du 28 juin).
 
Enfin, on rappellera que la principale différence entre l'Appel dit du 19 juin et le texte authentique de l'Appel du 19 juin porte sur la légitimité du gouvernement Pétain. 
Ainsi, tout comme l'Appel prononcé le 18 juin, l'Appel authentique du 19 juin ne remet pas en cause le Gouvernement Pétain dont la légitimité est subordonnée à la signature ou non de l'armistice. C'est dans son Appel du 24 juin, première intervention postérieure à la signature de l'armistice franco-allemand le 22 juin, que le Général de Gaulle condamne le Gouvernement Pétain :  "Elle  [La France] sait, elle sent, qu'elle vaut beaucoup mieux que la servitude acceptée par le Gouvernement de Bordeaux". Dans le discours prononcé le 26 juin, le Général de Gaulle s'attaque directement au Maréchal Pétain qui la veille a pris la parole pour justifier les armistices franco-allemand et franco-italien : "Monsieur le Maréchal, dans ces heures de honte et de colère pour la Patrie, il faut qu’une voix vous réponde. Ce soir, cette voix sera la mienne".
A l'inverse, l'Appel dit du 19 juin, tout comme la première version de l'Appel du 18 juin et l'Appel du 24 juin, conteste la légitimité du Gouvernement Pétain avec, toutefois, un élément supplémentaire : le Général de Gaulle se présente comme un  "chef français" qui parle "au nom de la France". A ce titre il n'invite plus les militaires français à le rejoindre, il "déclare formellement" qu'ils "ont le devoir absolu de continuer la résistance".

En conclusion, on peut faire l'hypothèse que le texte de l'Appel dit 19 juin devait en fait être prononcé le 28 juin. Mais la décision du gouvernement anglais de reconnaître le 28 juin 1940 le Général de Gaulle comme "le Chef de tous les Français libres" l'a conduit à rédiger un nouveau texte centré sur cet événement majeur tout en y intégrant des éléments du texte qu'il devait prononcé.
Ajoutons que la datation de l'Appel dit du 19 juin est probablement dû à son contenu (condamnation du Gouvernement Pétain) car il présente l'intérêt de correspondre à celui de la première version de l'Appel du 18 juin. Il y a ainsi, sur ce point particulier, une cohérence entre les deux premiers Appels à la Résistance publiés dans les ouvrages du Général de Gaulle.

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