Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940

Le 11 novembre 1940, bravant l'interdit de l'occupant allemand, des centaines de lycéens et d'étudiants parisiens manifestent à l'Etoile et sur les Champs-Elysées pour commémorer l'armistice de 1918. Cette manifestation patriotique où l'on scande des "Vive de Gaulle !" est réprimée par les troupes allemandes avec la complicité de la police française. Le bilan se traduit par de nombreux blessés graves et légers auxquels vient s'ajouter l'arrestation de plus d'une centaine de manifestants qui seront libérés après plusieurs semaines de détention. Les rumeurs concernant des morts ne seront pas confirmées par les faits. Autres conséquences : la révocation du Recteur Gustave Roussy et la fermeture de l'Université de Paris.

A la suite de cet événement, les communistes diffusent en décembre 1940 un Appel aux "Etudiants !" signé par les Régions parisiennes du Parti Communiste Français et les Régions parisiennes de la Jeunesse Communiste de France.

Cet Appel se compose de quatre parties. Tout d'abord, les communistes commencent par rendre hommage aux manifestants du 11 novembre 1940 en soulignant que leur mobilisation a exprimé leur désir "de vivre dans un pays libre et indépendant". Ils s'attachent ensuite à montrer que la libération de la France sera la conséquence d'un traité de Paix négocié par un Gouvernement communiste et non le résultat d'une lutte armée : "ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante. C'est par la révolution socialiste". Dans la partie suivante, ils invoquent l'exemple des relations pacifiques entre l'URSS et l'Allemagne pour affirmer qu'un Gouvernement communiste sera en mesure de négocier avec succès un traité de Paix franco-allemand dans le cadre d'une "vraie collaboration internationale". Enfin, ils invitent les étudiants à s'engager dans "la voie du salut" en faisant le choix de la Révolution socialiste.

Par son contenu l'Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940 illustre la ligne pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste du Parti communiste.


Hommage aux manifestants du 11 novembre 1940

Dans la première partie du tract les communistes rendent hommage à l'engagement et aux sacrifices des étudiants qui manifestèrent le 11 novembre 1940.

Sur le premier point, ils approuvent la mobilisation étudiante en avançant cinq motifs : les étudiants parisiens ont manifesté, "malgré l'interdiction de l'occupant", pour affirmer leur désir "de vivre dans un pays libre et indépendant" et pour dénoncer Vichy, "la propagande barbare de l'antisémitisme agencée par les capitalistes" ainsi que l'arrestation du professeur Paul Langevin. 

On fera plusieurs remarques. D'abord, on notera que dans cet hommage de décembre 1940 les Régions parisiennes du Parti Communiste Français et les Régions parisiennes de la Jeunesse Communiste de France ne revendiquent aucune responsabilité dans l'organisation de la manifestation patriotique du 11 novembre 1940.

Ensuite, "l'occupant", qui est désigné quatre fois par ce terme dans tout le texte, n'a ni nationalité, ni idéologie, ni chef. Une amnésie passagère surement...

Autre élément, l'antisémitisme est présenté comme un fléau du capitalisme et non du nazisme.

Enfin, le tract mentionne le professeur Paul Langevin dont l'arrestation a été à l'origine du rassemblement communiste organisé le 8 novembre 1940 devant le Collège de France et passe sous silence le Général de Gaulle dont le nom a été scandé à la manifestation du 11 novembre 1940.

Sur le second point, les communistes condamnent la répression policière et les injures de la presse parisienne.

Deux remarques : 1) le tract ne dénombre aucun étudiant ou lycéen communiste parmi les victimes, 2) il ne mentionne pas la participation des Allemands à la répression de cette manifestation parisienne.


Paix avec l'Allemagne nazie

Dans la deuxième partie, les communistes entendent démontrer aux étudiants qui ont manifesté pour l'indépendance de la France que le projet pacifiste du PCF répond à cette exigence.

Cette stratégie - consistant à mettre en avant le thème de l'indépendance de la France pour recruter dans le milieu étudiant - a été envisagée dès l'été 1940 comme le prouve le rapport à l'IC du 5 août 1940 dans lequel Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, fait notamment le constat d'une jeunesse étudiante favorable à l'Angleterre et au Général de Gaulle :

"Des renseignements que nous avons concernant les milieux estudiantins il résulte qu'il y a parmi les étudiants un courant anti-allemand généralement anti-nazi, une hostilité plus ou moins grande à l'égard du gouvernement Vichy avec une sympathie assez marquée pour l'Angleterre et pour de Gaulle (dans notre propagande nous ne disons rien de l'Angleterre ni de ce général depuis des semaines). Ces mêmes étudiants sont dans l'expectative en ce qui concerne l'URSS, mais on peut les rassembler et les faire évoluer sous le drapeau de la lutte pour l'indépendance de la France."

Tract de décembre 1940, l'Appel aux "Etudiants !" affirme que la France ne pourra recouvrer son "indépendance" qu'à la condition de se libérer de "la sujétion de l'impérialisme britannique" et de faire "la Paix" avec l'Allemagne !!!

Dans une France occupée par les armées du IIIe Reich, les communistes continuent de dénoncer l'Angleterre impérialiste comme ils l'ont fait pendant toute la durée de la guerre franco-allemande en arguant que les dirigeants français étaient au service de la City de Londres. Condamnant toute alliance avec l'Angleterre capitaliste, ils considèrent que le partenaire légitime de la France doit être l'URSS.

En outre, les communistes écartent clairement toute lutte armée pour libérer la France estimant que c'est la signature d'un traité de Paix franco-allemand qui permettra la libération du territoire national et des prisonniers de guerre.

Ces deux points sont une condamnation explicite du mouvement gaulliste et de toute forme de Résistance.

Pour négocier la Paix avec l'Allemagne il sera nécessaire de constituer un Gouvernement communiste, c'est pour cette raison que le tract plaide pour "la révolution socialiste".

Le projet du Parti communiste est donc sans aucune ambiguïté un projet pacifiste : "ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante. C'EST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE".


"Vraie collaboration internationale"

Dans la troisième partie, les communistes mettent en avant l'exemple de l'URSS pour convaincre les étudiants que la Révolution socialiste garantira la Paix avec l'Allemagne.

1) l'URSS : modèle historique.

Le tract fait d'abord référence à la Révolution russe qui a permis aux bolchéviks de faire la Paix avec l'Allemagne en 1918 :

"Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.
C'EST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE.
Comme c'est par la Révolution socialiste que la Russie, poussée à l'abime par le Tsar, a recouvré sa force, sa liberté, son prestige, a fait de sa jeunesse la plus heureuse du monde, a mis à la place d'honneur le Travail et la Science".

L'exemple bolchéviks de 1918 sera développé par Gabriel Péri dans la brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941 :

"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, NOUS AURIONS MIS FIN A LA GUERRE, NOUS AURIONS SIGNÉE LA PAIX COMME LES BOLCHEVIKS L'ONT SIGNÉE EN 1918
La paix que signèrent les bolchéviques en 1918 était très dure. Mais elle était signé par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. 
La paix qu'eût signée UN GOUVERNEMENT FRANÇAIS POPULAIRE, AMI ET ALLIE DE L'UNION SOVIÉTIQUE, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance".

2) l'URSS : modèle des négociations avec l'Allemagne.

Après l'argument historique, les communistes mettent en avant que c'est le système économique d'un pays qui détermine le succès ou non des négociations avec l'Allemagne.

Pour étayer leur démonstration ils comparent les négociation menées par Molotov à Berlin en novembre 1940 à celles conduites par Pétain en octobre 1940 au cours de sa rencontre avec Hitler.

Dans le premier cas, "l'URSS sort de la négociation plus forte et plus prestigieuse" au motif que Molotov est le représentant de "l'ordre socialiste"

On fera remarquer que le tract ne précise pas l'objet de ces négociations : Viatcheslav Molotov, chef du gouvernement soviétique et ministre des Affaires étrangères, a séjourné à Berlin, du 12 au 14 novembre 1940, pour négocier avec le Chancelier Hitler et Joachim Ribbentrop l'adhésion de l'URSS au Pacte tripartite qui a été signé le 27 septembre 1940 entre l'Allemagne, le Japon et l'Italie. Ces négociations visaient à organiser le partage de l'Europe et de l'Asie entre les quatre dictatures. Elles ont échoué au vu des prétentions soviétiques sur l'Europe danubienne et balkanique.

Dans le second cas, "la France sort de la négociation un peu plus exsangue, un peu plus affaibli" au motif que Pétain est le représentant du "vieil ordre capitaliste, décrépi et condamné".

Notons que le régime de Vichy est condamné par les communistes parce qu'il sert les oligarchies capitalistes et non pour son projet pacifiste.

Conclusion de cette démonstration, si la France adopte un régime socialiste, elle pourra négocier avec succès avec l'Allemagne d'Hitler.

3) l'URSS : modèle d'un  gouvernement communiste.

Prenant toujours exemple sur l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne doivent servir de modèle aux relations franco-allemandes, les communistes précisent ce que serait leur action en politique étrangère s'ils étaient "Maîtres du pouvoir en France".

a) "ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples".

Après avoir rappelé qu'"aucune revanche militaire ne sauvera la France", les communistes plaident pour l'instauration de relations pacifiques entre la France et l'Allemagne dans le cadre d'une "vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples".

La notion de "vraie collaboration" et la référence à "l'égalité des droits" entre la France et l'Allemagne visent à mettre en évidence la différence entre la collaboration communiste et la collaboration pétainiste. La première sera un succès parce qu'elle permettra à la France de négocier sur un pied d'égalité avec l'Allemagne, la seconde sera un échec au motif qu'elle est fondée sur la soumission aux exigence allemandes.

Cette analyse est longuement développée dans le texte "La politique de Montoire-sur-(le)-Loir" publié en décembre 1940 dans le n° 1 de la brochure La Politique communiste. Le titre fait référence à l'engagement qu'a pris le Maréchal Pétain de s'engager dans la voie de la collaboration après sa rencontre avec le Chancelier Hitler dans la gare de Montoire-sur-le-Loir le 24 octobre 1940.

Dans la première partie du texte, le PCF affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" avec l'Allemagne mais sur la soumission aux exigences allemandes. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du Maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui traduit le refus de toute "hostilité haineuse" à l'égard du vainqueur allemand.

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique du Maréchal Pétain : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le Maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

On fera remarquer que la formule "la vraie collaboration internationale" est une synthèse de "l'Entente internationale des peuples" et de "la collaboration vraie".

b) "Ils proclameraient le droit à indépendance des peuples coloniaux".

Les communistes s'engagent à proclamer "le droit à l'indépendance des peuples coloniaux". Cette proposition vise en réalité la France Libre du Général de Gaulle qui s'est installée dans les territoires de l'Empire français pour continuer la guerre contre l'Allemagne. Pour souligner le lien entre l'indépendance des peuples coloniaux et la Paix avec l'Allemagne, on mentionnera l'article "Pas pour l'Angleterre" publié dans l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 :

"Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX."

c) "Ils briseraient l'isolement de la France et grâce à eux notre pays ne serait ni bafoué, ni affamé, parce qu'il serait l'allié de l'Union Soviétique".

La revendication d'une alliance diplomatique et économique avec l'Union soviétique est une constante de la propagande communiste qui présente l'URSS comme le modèle et la garantie de la Paix avec l'Allemagne.

Pour terminer, on mentionnera que tous ces engagements seront repris dans le programme de gouvernement publié par le Parti communiste en février 1941 sous le titre "Pour le salut du Peuple de France" : 

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste.
4° Proclamation du droit pour les minorités nationales et pour les peuples des colonies, des territoires sous mandat et des protectorats à l'indépendance et à la libre disposition d'eux-mêmes. Le Gouvernement du Peuple exalterait l'exemple donné par l'URSS au sein de laquelle des nations sont unies dans une indépendance complète et dans une égalité absolue de droits."


"La voie du salut"

La dernière partie du tract appelle les étudiants à choisir entre le projet pacifiste du Maréchal Pétain et celui du Parti communiste en soulignant que le premier est associé à l'exploitation capitaliste et le second à l'émancipation socialiste.

Pour les communistes "la voie du salut" ne fait aucun doute : c'est la Révolution socialiste.


Publié en décembre 1940, l'Appel aux "Etudiants !" est un tract pacifiste (paix avec l'Allemagne), anti-gauliste (refus de la guerre) et anglophobe (dénonciation de l'impérialisme britannique). Il se caractérise aussi par une condamnation du régime de Vichy en raison de sa forme capitaliste et non pour son pacifisme, et par un éloge de l'URSS qui est présentée comme le modèle du régime socialiste. Enfin, ce tract apporte la preuve formelle que le Parti Communiste Français et la Jeunesse Communiste de France n'ont aucune responsabilité dans l'organisation de la manifestation patriotique du 11 novembre 1940.


Document 1 :

Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940 
(recto-verso)

Etudiants !


Le 11 novembre, vous avez, malgré l'interdiction de l'occupant, célébré le souvenir de vos pères et de vos frères aînés tués dans l'autre guerre.

VOUS AVEZ EU RAISON !

Vous avez voulu affirmer le désir de la jeunesse française de vivre dans un pays libre et indépendant.

VOUS AVEZ EU RAISON !

Du même coup vous avez flétri le gang d'aventuriers et de traîtres qui, autour du Maréchal failli, flanqué de son Laval et de son Maurras et béni chaque matin par l'ACTION FRANCAISE, met la France à l'encan, et rêve de la transformer en pays colonial.

VOUS AVEZ EU RAISON !

Vous avez désavoué la propagande barbare de l'antisémitisme agencée par les capitalistes qui travaillent pour leur compte et le compte de l'occupant.

VOUS AVEZ EU RAISON !

Vous avez protesté contre l'arrestation de Paul LANGEVIN, odieux attentat contre l'intelligence française.

VOUS AVEZ EU RAISON !

Vous avez ressuscité les plus belles et les plus généreuses traditions du Quartier Latin, celles qui remontent à l'époque où à l'appel de Michelet et d'Edgar Quinet, la jeunesse des écoles se lançait au secours de la liberté menacée par le Césarisme, où l'on criait du même cœur : "Vive la Nation ! Vive la Révolution ! "

Les réacteurs de 1940, qui ne sont au pouvoir que sous la protection des baïonnettes de l'occupant vous ont frappés sauvagement. Quelques uns des vôtre ont été tués, d'autres internés. L'université a été fermée. Les feuilles qui servent l'occupant, la feuille de Doriot, celle de Jeanson et celle de l'italien Dieudonné-Dodiati vous ont bassement injuriés.

JEUNES AMIS,

Nous appartenons aux Jeunesses Communistes, au Parti Communiste, c'est-à-dire à des organisations dont les journaux ont été interdits et les militants persécutés par les équipes de criminels, de traîtres et de sans patrie qui gouvernent la France depuis plus d'un an.

De leurs prisons, de leurs camps, de l'illégalité où ils ont été précipités, les Communistes vous tendent une main fraternelle.

Alors que tous les autres se moquent ou vous injurient, ils vous expriment, jeunes étudiants, leur solidarité et leur sympathie.

Au nom de cette solidarité et de cette sympathie, ils vous disent cordialement comment eux conçoivent le salut du pays, l'indépendance de la France qui est, n'est-il pas vrai notre objectif commun.

Assurer l'indépendance de la France, c'est permettre à ce pays d'être libéré de la sujétion de l'impérialisme britannique.

Dans une France meurtrie par la défaite où l'ont entraînée des politiciens tarés et des généraux traîtres ou incapables, l'indépendance de la France doit être recouvrée dans la paix. Soucieux, comme vous, de rendre à la France son indépendance et de la soustraire au vasselage et à la colonisation que lui préparent les hommes de Vichy et leurs maîtres de Paris, les Communistes vous disent :

Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.

CEST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE

Comme c'est par la Révolution socialiste que la Russie, poussée à l'abime par le Tsar, a recouvré sa force, sa liberté, son prestige, a fait de sa jeunesse la plus heureuse du monde, a mis à la place d'honneur le Travail et la Science.

Vous voulez savoir pourquoi lorsque Laval et Pétain négocient à Montoire avec le Fuhrer la France sort de la négociation un peu plus exsangue, un peu plus affaibli ?

Vous voulez savoir pourquoi lorsque Molotov négocie à Berlin ou ailleurs, l'URSS sort de la négociation plus forte et plus prestigieuse ?

C'est parce que Laval-Pétain représentent les oligarchies ennemies du peuple, le vieil ordre capitaliste, décrépi et condamné.

C'est parce que Molotov est l'interprète sûr de l'ordre nouveau, de l'ordre du peuple, de l'ordre socialiste.

L'expulsion des aventuriers de Vichy, la constitution d'un gouvernement du peuple, la Révolution socialiste dont les communistes sont les champions, voilà les conditions de la libération et de la renaissance française. Aucune revanche militaire ne sauvera la France si la Révolution ne lui conquiert pas l'indépendance qui lui a été ravie. Et par contre la révolution socialiste peut et doit panser toutes les blessures de la défaite.

Maître du pouvoir en URSS, les communistes ont préservé le peuple soviétique de la guerre et ils ont étendu le domaine du socialisme.

Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.

Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS.

Ils proclameraient le droit à l'indépendance des peuples coloniaux, ils briseraient l'isolement de la France et grâce à eux notre pays ne serait ni bafoué, ni affamé, parce qu'il serait l'allié de l'Union Soviétique, de son invincible Armée Rouge et de sa puissante économie socialiste.

Jeunes camarades des écoles, voilà la voie du salut !

Nous vous convions à vous y engager avec nous; vous risqueriez, si vous vous y refusiez, de voir stériliser votre magnifique effort pour l'indépendance du pays et vous deviendriez des « pèlerins du néant » au lieu d'être des artisans du redressement français.

Etre livrés par Pétain-Laval, ou être défendus par un gouvernement du peuple !
Vivre en esclaves sous la coupe de politiciens suspects « criblés de dettes et de crimes », ou vivre indépendants et libres par le socialisme.
La servitude ou la Révolution socialiste, dont les communistes lèvent le drapeau.

Voilà le choix qui s'impose à vos vingt ans, à vos enthousiasmes, à vos intelligences.

Dites que vous avez choisi le progrès contre la barbarie, que vous voulez être les compagnons de route d'hommes courageux qui luttent pour le grand idéal humain du communisme. Et qu'à nouveau le Quartier latin résonne de ces deux magnifiques appels complémentaires :


VIVE LA NATION !      VIVE LA REVOLUTION !


Les Régions Parisiennes du Parti Communiste Français (SFIC)
Les Régions Parisiennes de la Jeunesse Communiste de France



[Signalons que l'Appel aux "Etudiants !" reprend des passages d'un article de Gabriel Péri, "Situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?" (document 2), publié en décembre 1940 dans le n° 1 de La Voix de Paris-Ouest]


Document 2 :

SITUATION INTERNATIONALE
_____________________

Cinq mois après l'armistice,
 où en sommes-nous ?


Cinq mois se sont écoulés depuis la signature de l'armistice franco-allemand et franco-italien.
Quels événements ont marqué cette période et quelles perspectives s'offrent aux travailleurs de France ?

LA GUERRE SE PROLONGE [...]
LA GUERRE S'ETEND [...]
LE PACTE TRIPARTITE [...]
 LA POLITIQUE DE MONTOIRE [...]

L'URSS,
LA POLITIQUE  DES COMMUNISTES

En même temps qu'ils souscrivent à ce diktat, les dirigeants banqueroutiers de Vichy s'entêtent dans une politique d'antisoviétisme imbécile que l'histoire a définitivement condamnée et que la clairvoyance diplomatique de Staline  et des Bolchéviks a mis partout en échec.
L'URSS a préservé la paix sur son territoire. Mais elle n'a pas acheté la paix au prix de compromis qui affaiblissent ou diminuent. Elle a sauvé la paix tout en fortifiant l'Etat prolétariat, en étendant le domaine du socialisme à l'Ukraine, à la Biélorussie [NdB : la partie orientale de la Pologne annexée par l'URSS a été rattachée à l'Ukraine et à la Biélorussie], à la Bessarabie et à la Bukovine, aux Etats Baltes [NdB : toutes ces annexions sont la conséquences directes du Pacte germano-soviétique], en fortifiant des relations pacifiques avec un grand nombre de gouvernants.
Dans un monde où les impérialismes s'affrontent, et où n'existe qu'un pouvoir socialiste, deux principes inspirent la politique stalinienne : Ne pas tirer les marrons du feu pour aucun des impérialismes en présence ! Ne pas permette une organisation du monde qui serait réalisée - comme cela fut tenté à Munich - à l'exclusion de l'URSS, c'est-à-dire contre l'URSS et contre le prolétariat international. Ce sont ces principes qui ont inspiré à l'URSS son exigence de participer, le 18 octobre, à la conférence des Etats Danubiens. Ce sont ces principes qui ont inspiré Molotov au cours de ses conversations du 13 novembre avec les dirigeants allemands. La politique que pratique les communistes maîtres du pouvoir en URSS c'est celle que pratiqueraient les communistes français s'ils étaient maîtres du pouvoir en France.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale celle qui est fondée sur l'égalité en droit de tous les peuples et le respect de leur indépendance, sur la constitution d'une Fédération des peuples libres analogues à la Fédération Soviétiques; ils proclameraient le droit à l'indépendance des peuples des colonies, ils briseraient l'isolement de la France et, grâce à eux, la France ne serait ni bafouée ni affamée parce qu'elle serait l'alliée de la Grande Union Soviétique et de son invincible Armée Rouge, de sa prodigieuse économie socialiste.
Quand Laval et Pétain négocient à Montoire, la France sort de la négociation un peu plus asservie, un  peu plus dépendante, un peu plus humiliée. Quand Molotov négocie à Berlin ou ailleurs, l'URSS sort de la négociation plus forte, plus prestigieuse.
Parce que Pétain et Cie, maintenus au pouvoir par l'occupant, sont les ennemis du peuple de France; parce que Molotov est l'interprète fidèle de la volonté des peuples libres de l'URSS.
Et le choix s'impose aux Français : Etre trahis par Laval-Pétain, être défendu par un gouvernement du Peuple. Vivre en esclaves sous la coupe d'un gouvernement d'aventuriers et de réaction antifrançaise. Vivre indépendants et libres dans la justice sociale par le socialisme, dont les communistes sont les seuls représentant authentiques.

(La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 )
Organe de la Région Paris-Ouest du PCF, La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 publie dans une édition imprimée un article intitulé "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?". Ce texte, qui traite de la situation internationale avec un développement consacré à la politique communiste, peut être attribué à Gabriel Péri en s'appuyant sur deux arguments. D'abord, ses différentes fonctions : membre du Comité central du PCF, député de Seine-et-Oise (banlieue ouest de Paris) et journaliste à l'Humanité chargé de la rubrique Internationale. Ensuite, le contenu du texte dont de nombreux éléments seront repris dans l'article "Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 pour les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

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