Déclaration franco-britannique du 28 mars 1940


Déclaration franco-britannique
du 28 mars 1940

Londres, le 28 mars 1940 

Le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord s'engagent mutuellement à ne négocier ni conclure d'armistice ou de traité de paix durant la présente guerre, si ce n'est de leur commun accord.

Ils s'engagent à ne discuter les termes de la paix qu'après un complet accord entre eux sur les conditions nécessaires pour leur assurer respectivement les garanties effectives et durables de leur sécurité.

Ils s'engagent enfin à maintenir, après le rétablissement de la paix, leur communauté d'action dans tous les domaines aussi longtemps qu'elle sera nécessaire pour la sauvegarde de leur sécurité et pour la reconstruction, avec le concours des autres nations, d'un ordre international assurant en Europe la liberté des peuples, le respect du droit et le maintien de la paix.
Le 28 mars 1940 se tient à Londres le 6ème Conseil suprême interallié auquel participent le premier ministre du Royaume uni Neville Chamberlain et pour la première fois Paul Reynaud nommé le 21 mars 1940 président du Conseil. Ce Conseil suprême interallié adopte une Déclaration franco-britannique aux termes de laquelle les gouvernement français et britannique s'engagent à ne pas négocier de paix ou d'armistice séparés avec l'Allemagne nazie. Le contenu de cette rencontre est rendu public le jour même par un communiqué de presse franco-britannique.


Communiqué de presse franco-britannique 
du 28 mars 1940

La sixième réunion du Conseil suprême de guerre s'est tenue à Londres aujourd'hui. Le conseil s'est réuni le matin et une seconde séance a eu lieu l'après-midi.

La Grande-Bretagne était représentée par MM. Chamberlain, le vicomte Halifax, M. Winston Churchill, M. Oliver Stanley, Sir Kingsley Wood, accompagnés de Sir Alexander Cadogan, de Sir Cyril Newall, de Sir Dudley Pound et de Sir Edmund Ironside.

La France était représentée par M. Paul Reynaud, M. Campinchi et M. Laurent-Eynac accompagnés de MM. Corbin, Alexis Léger, le général Gamelin, l'amiral Darlan, le général Vuillemin et le général Koeltz.

Le premier ministre s'est félicité d'avoir l'occasion de saluer, pour la première fois, M. Paul Reynaud, en sa qualité de président du conseil.

Le conseil suprême de guerre a passé en revue les développements survenus dans la situation stratégique depuis sa dernière réunion et a fixé la ligne d'action à suivre dans l'avenir.

A la lumière des résultats obtenus par l'accord de décembre dernier, signé entre Sir John Simon et M. Paul Reynaud [NdB : P. Reynaud est alors ministre des Finances], et dans le désir d'étendre la portée de cet accord à tous les domaines affectant les intérêts et la sécurité des deux pays, les deux gouvernements se sont mis d'accord sur la déclaration solennelle suivante :

Le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord s'engagent mutuellement à ne négocier ni conclure d'armistice ou de traité de paix, durant la présente guerre, si ce n'est de leur commun accord.

Ils s'engagent à ne discuter les termes de la paix qu'après un complet accord entre eux sur les conditions nécessaires pour leur assurer respectivement les garanties effectives et durables de leur sécurités 

Ils s'engagent, enfin, à maintenir, après le rétablissement de la paix, leur communauté d'action, dans tous les domaines, aussi longtemps qu'elle sera nécessaire pour la sauvegarde de leur sécurité et pour la reconstruction, avec le concours des autres nations, d'un ordre international assurant en Europe la liberté des peuples, le respect du droit et le maintien de la paix.

(Le Temps du 30 mars 1940)


En juin 1940, Paul Reynaud, qui envisage l'hypothèse d'un armistice avec l'Allemagne, sollicite le gouvernement britannique pour qu'il libère la France de son engagement contracté le 28 mars 1940. Le refus britannique conduira à la démission du Gouvernement Reynaud et à la nomination à la présidence du Conseil du Maréchal Pétain qui estimera ne pas être tenu par la Déclaration du 28 mars 1940 au motif qu'en limitant volontairement son intervention sur le continent et notamment l'engagement de son aviation, le Royaume-Uni manifestait sa volonté de consacrer son effort de guerre à la seule défense de son territoire.

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