Déclaration de la CGT du 18 septembre 1939


Déclaration 
de la Confédération Générale du Travail
du 18 septembre 1939

Constatant l'envahissement du territoire polonais par les armées soviétiques, le Bureau confédéral déclare que le pacte Staline-Hitler, qu'il avait déjà condamné [Résolution du 24 août 1939], prend ainsi toute sa signification d'aide à l'agresseur.
C'est une trahison préméditée et consommée contre la paix; c'est une trahison envers les prolétaires que l'on avait appelés à se dresser contre le nazisme.
Cette aide apportée au gouvernement agresseur et destructeur de toutes les libertés met en péril la vie de millions et de millions d'êtres humains, parmi lesquels des millions de travailleurs.
Devant cette situation douloureuse, le Bureau confédéral déclare qu'il n'y a plus de collaboration avec ceux qui n'ont pas voulu, ou pas pu, condamner une telle attitude de reniement des principes de solidarité humaine qui sont l'honneur de notre mouvement ouvrier.
Le Bureau confédéral fait confiance à tous les travailleurs, sans distinction d'opinion, la liberté d'opinion n'étant pas en cause, pour qu'ils restent au coude à coude dans leurs syndicats, dans leurs fédérations, dans leurs unions départementales.
C'est pour respecter les lois de l'honnêteté et de la morale que le Bureau confédéral a pris sa décision.

Pour le Bureau confédéral :
L. Jouhaux, Belin, Bouyer, Bothereau, Buisson, Dupont.

Pour la Commission Administrative (les membres présents à Paris ) :
Bard, Bomal, Capocci, Cebron, Chevalme, Cordier, Cougnenc, Delabit, Delerue, Ehlers, Jayat, Le Gall, Michaut, Milan, Renaud, Sourbet, Vigne. 

Après l'invasion du territoire polonais par les armées allemandes le 1er septembre 1939, l'URSS apporte son soutien à l'Allemagne en attaquant la Pologne le 17 septembre 1939. 

Le lendemain de cette agression soviétique, le Bureau confédéral de la CGT adopte une Déclaration dans laquelle il renouvelle sa condamnation du Pacte germano-soviétique (Résolution du 24 août 1939) et annonce sa décision d'exclure de ses rangs les responsables communistes "qui n'ont pas voulu, ou pas pu, condamner" cette alliance. Signée par l'ensemble du Bureau à l'exception des deux membres communistes, Racamond et Frachon, qui n'étaient pas présents, ainsi que par des membres de la Commission administrative, la décision est rendue publique le jour même.

La Commission administrative de la CGT confirmera la Déclaration du Bureau confédéral en adoptant le 25 septembre 1939 la motion suivante :
"La Commission administrative de la C. G. T., réunie le 25 septembre 1939, approuve et confirme la décision prise par la majorité du bureau confédéral.
Elle lui donne mandat de se préoccuper, en premier lieu, de parfaire l'action de regroupement des forces syndicales qui a automatiquement commencé dés la mobilisation, afin de convoquer, au moment où cela sera possible, le Comité confédéral national.
(Cette résolution a été adoptée par 24 voix, dont 3 avec réserves, 5 contre et 2 abstentions)."


Résolution 
de la Confédération Générale du Travail
du 24 août 1939

Dans ces heures lourdes d'angoisse, la Commission administrative de la C. G. T. ne veut pas renoncer à l'espoir que la paix pourra encore être sauvée, que l'Europe échappera à une effroyable catastrophe. Mais elle ne peut méconnaître les dangers de la situation ni les actes qui ont provoqué une aggravation de la crise et menacent d'entraîner l'irréparable.
La Confédération Générale du Travail a soutenu de toutes ses forces une politique d'action commune des nations pacifiques fondée sur l'organisation de la sécurité collective, l'égalité et la réciprocité des obligations contractées.
La Confédération Générale du Travail a toujours condamné la diplomatie secrète et elle continue de la condamner, quel que soit le pays qui la pratique.
Elle a toujours soutenu que la loyauté est indispensable à l'établissement de rapports de paix entre les nations; elle ne peut donc pas approuver la signature d'un pacte de non-agression duquel sont absentes toutes réserves.
La Commission administrative doit enregistrer que cet acte porte atteinte à la politique du Front de la Paix, et cela au moment même où la tension européenne s'approchait de son point culminant.
La Confédération Générale du Travail ne cessera pas de défendre la cause de la paix dans le respect du droit, de l'égalité et de l'indépendance des Etats, dans l'observation des engagements pris, dans la recherche de solutions équitables, mais à l'exclusion de toutes violences et de toutes menaces. Elle continuera cette action en plein accord avec les organisations ouvrières britanniques et le mouvement ouvrier international. Elle décide d'adresser un appel [Appel du 24 août 1939] pressant au président Roosevelt, dont l'action généreuse reste un des grands espoirs d'éviter la guerre.

(Le Populaire du 25 août 1939)
Le 24 août 1939, la Commission administrative de la CGT, adopte par 18 voix contre 8 et 2 abstentions une résolution dans laquelle elle condamne le Pacte germano-soviétique. Elle prend aussi la décision, à l'unanimité, de lancer un Appel au Président Roosevelt lui demandant d'intervenir diplomatiquement pour préserver la Paix.


Appel au Président Roosevelt 
du 24 août 1939

Au moment où se précipitent les événements les plus redoutables, où l'Europe est menacée d'un déchaînement inouï de violences, les organisations ouvrières françaises s'adressent à vous.
Elles n'ont pas oublié vos interventions, ni le réconfort et les espoirs que chacune d'elles a apportés à tous ceux qui, dans le monde, tiennent la paix pour le plus grand des biens et le respect du droit pour un devoir sacré.
Votre autorité morale permet au chef d'Etat respecté d'une puissante nation démocratique de lancer un appel suprême pour la sauvegarde de la paix. Vous pouvez encore faire comprendre aux gouvernements qui envisagent de déchaîner une effrayante guerre les responsabilités qui seraient les leurs devant le monde et la réprobation universelle qui accueillerait leurs actes insensés.
Vous avez pu être déçu par l'accueil fait à vos appels antérieurs. Votre générosité, votre haut sentiment de l'humanité ne permettent pas de croire que vous renoncerez à une action de laquelle peut sortir le salut de millions d'êtres et la défense de la civilisation.
Sûres d'ailleurs d'exprimer les sentiments des travailleurs de tous les pays, les organisations ouvrières françaises vous sollicitent d'agir sans retard et vous expriment leur respectueuse confiance.

(Le Populaire du 25 août 1939)
Le 24 août 1939, outre une résolution condamnant le Pacte germano-soviétique, la Commission administrative de la CGT décide, à l'unanimité, d'adresser par voie de presse un Appel au Président des Etats-Unis, Franklin Roosevelt, dans lequel elle lui demande de se mobiliser sur le plan diplomatique "pour la sauvegarde de la paix".

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