Le Parti communiste condamne l'Appel du 18 juin 1940

Le 17 juin 1940 à Bordeaux, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, annonce dans un discours radiodiffusé "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, le jour même de cette démarche du gouvernement français visant à mettre fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque sans délai l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, afin de lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Le lendemain à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Fidèle au Pacte germano-soviétique, le Parti communiste s'est engagé dès septembre 1939 en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. Cette ligne pacifiste ne sera en rien modifiée par les événements de juin 1940.

En effet, le Parti communiste apportera son soutien à la démarche du Maréchal Pétain dans un numéro de l'Humanité... soumis à la censure allemande (l'Humanité du 19 juin 1940) :

"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

En outre, il dénoncera avec virulence le Chef de la France Libre et ses Appels à la Résistance. On citera comme exemple le numéro spécial de l'Humanité du 1er mai 1941 :

"Les impérialistes rivaux sont animés du même souci d'assassiner la liberté et quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément. Ce général à particule veut non pas la liberté de notre pays, il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort.
Ouvriers, paysans, ce n'est pas vers les de Gaulle, de Larminat et autres réactionnaires de même acabit qu'il faut tourner vos regards, et ce n'est pas des V qu'il faut écrire sur les murs, mais c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout".

Ce n'est qu'après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes que le Parti communiste adoptera une position favorable au Général de Gaulle et à la lutte armée. Cette décision répondra aux Instructions de l'Internationale communiste contenues dans un télégramme daté du 25 juin 1941 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".


On reproduira ci-après des textes diffusés par le PCF entre juin 1940 (défaite de la France) et juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes) en faisant la distinction suivante :

         : Textes illustrant la ligne pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste du PCF.

         : Communications PCF/Internationale communiste et PCF/Régions du PCF.

         : Instructions du PCF de juillet 1940.

         : Textes qui font référence à la collaboration communiste.

         : Mention du Programme pacifiste du PCF intitulé Pour le salut du peuple de France.

         : Texte du PCF publié après le 22 juin 1941.

La période comprend pour l'année 1940 les mois de Juin, Juillet, Août, Septembre, Octobre, Novembre et Décembre, pour l'année 1941 les mois de : Janvier, Février, Mars, Avril, Mai et Juin

Manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" de février 1941

En février 1941, le Parti communiste diffuse clandestinement le manifeste-programme Pour le Salut du Peuple de France dans lequel il présente l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant (1), ce texte sera aussi publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941, revue communiste imprimée à 20 000 exemplaires en mars 1941 (2).

Texte fondamental, le manifeste-programme Pour le Salut du Peuple de France marque l'aboutissement de la ligne pacifiste défendue par le PCF depuis septembre 1939.

Ironie de l'Histoire, c'est la décision du Chancelier Hitler d'envahir l'URSS le 22 juin 1941 qui rendra caduc ce programme dans lequel le Parti communiste proposait... la formation d'un gouvernement de Paix dirigé par son secrétaire général Maurice Thorez.

Appel "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France" du 15 mai 1941

Le 15 mai 1941, le Parti communiste lance un appel Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France dans lequel il incite les Français à se mobiliser pour maintenir la France à l'écart du conflit anglo-allemand en soulignant que cette mobilisation soulèvera des "sympathies agissantes" dans le peuple allemand :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE.
[...] IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE. [...]
C'est dans la masses du peuple que réside les forces de libération nationale du pays et plus le FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE sera vaste, puissant, plus il soulèvera de sympathies agissantes parmi les peuples de tous les pays, Y COMPRIS DANS LES RANGS DU PEUPLE ALLEMAND."

Cette initiative pacifiste répond à une Directive de l'Internationale communiste contenue dans un télégramme du 26 avril 1941 signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, secrétaire de l'IC. (Partie I)

Suivant les prescriptions de l'IC, le Parti communiste souligne l'importance de son appel en montrant que "l'indépendance de la France", c'est-à-dire le maintien du pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", est la condition préalable à la "libération nationale" autrement dit à la conclusion d'un traité de Paix franco-allemand qui aura été négocié avec succès par un Gouvernement communiste en raison de la neutralité de la France et aux termes duquel le territoire national et les prisonniers de guerres seront libérés. (Partie II)

Le Front National de lutte pour l'indépendance de la France changera radicalement de nature après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes pour devenir un mouvement de Résistance ayant pour objectif la défaite de Hitler.  (Partie III)

Dès lors, le Front National de lutte pour l'Indépendance de la France sera présenté par le Parti communiste puis l'historiographie comme un mouvement de Résistance créé le 15 mai 1941 sur la base de citations tronquées du texte original dans lesquelles on n'aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne, à l'impérialisme britannique et à la condamnation du Général de Gaulle. (Partie IV)

Négociations pour la reparution de l'Humanité (Partie I)


Négociations pour la reparution de l'Humanité (Partie I)


La première négociation entre le Parti communiste et les autorités allemandes s'est déroulé sur trois jours : les 18, 19 et 20 juin 1940. 

Consacrée uniquement à la légalisation de l'Humanité, elle a pris la forme de plusieurs rencontres entre une militante communiste, Denise Ginollin, et un officier de la Propaganda Staffel Frankreich, le lieutenant Weber.

Autorisée, l'Humanité sous censure allemande n'a pas paru pas en raison de l'arrestation par la police française, les 20 et 21 juin, d'un dirigeant et de trois militantes communistes qui devaient en assurer la publication : Maurice Tréand, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger.

Auditionnés le 21 juin par le commissaire Lafont, ils ont été incarcérés le lendemain sur décision du juge d'instruction Pihier.

Illustration de la ligne légaliste suivie par le Parti communiste à l'été 1940, cette première négociation peut être reconstituée en grande partie grâce à la déposition de Denise Ginollin.

"C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie"

En décembre 1940, le Parti communiste publie clandestinement le premier numéro de la brochure La Politique communiste. Ce numéro, consacré aux relations entre la France et l'Allemagne, est composé d'un seul texte intitulé "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ce titre fait référence à l'engagement pris par le Maréchal Pétain d'entrer dans la voie de la collaboration après sa rencontre avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940 dans la ville de Montoire-sur-le-Loir.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" avec l'Allemagne mais sur la soumission à l'impérialisme allemand. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du Maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui renvoie à l'idée de relations franco-allemandes équilibrées et que c'est pour ce motif qu'il ne peut être utilisé pour qualifier la politique du Maréchal Pétain.

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique de Montoire : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le Maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940

Le 11 novembre 1940, bravant l'interdit de l'occupant allemand, des centaines de lycéens et d'étudiants parisiens manifestent à l'Etoile et sur les Champs-Elysées pour commémorer l'armistice de 1918. Cette manifestation patriotique où l'on scande des "Vive de Gaulle !" est réprimée par les troupes allemandes avec la complicité de la police française. Le bilan se traduit par de nombreux blessés graves et légers auxquels vient s'ajouter l'arrestation de plus d'une centaine de manifestants qui seront libérés après plusieurs semaines de détention. Les rumeurs concernant des morts ne seront pas confirmées par les faits. Autres conséquences : la révocation du Recteur Gustave Roussy et la fermeture de l'Université de Paris.

A la suite de cet événement, les communistes diffusent en décembre 1940 un Appel aux "Etudiants" signé par les Régions parisiennes du Parti Communiste Français et les Régions parisiennes de la Jeunesse Communiste de France.

Cet Appel se compose de quatre parties. Tout d'abord, les communistes commencent par rendre hommage aux manifestants du 11 novembre 1940 en soulignant que leur mobilisation a exprimé leur désir "de vivre dans un pays libre et indépendant". Ils s'attachent ensuite à montrer que la libération de la France sera la conséquence d'un traité de Paix négocié par un Gouvernement communiste et non le résultat d'une lutte armée : "ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante. C'est par la révolution socialiste". Dans la partie suivante, ils invoquent l'exemple des relations pacifiques entre l'URSS et l'Allemagne pour affirmer qu'un Gouvernement communiste sera en mesure de négocier avec succès un traité de Paix franco-allemand dans le cadre d'une "vraie collaboration internationale". Enfin, ils invitent les étudiants à s'engager dans "la voie du salut" en faisant le choix de la Révolution socialiste.

Par son contenu l'Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940 illustre la ligne pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste du Parti communiste.

Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 (dit Appel du 10 juillet 1940)

A la fin de juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Parti communiste lance un Appel au "Peuple de France !" dans lequel il plaide pour la constitution d'un "Gouvernement du Peuple" qui négociera avec l'Allemagne nazie une "Paix véritable" et pourra à cette fin s'appuyer sur l'URSS dont le soutien sera garanti par la "conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique". (Partie I)

Pacifiste par son contenu, ce tract sera pourtant présenté après-guerre comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original. (Partie II)

Appel au "Peuple de Paris !" du 25 juin 1940

Pour manifester son soutien à l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940, le Parti communiste diffuse le 25 juin 1940 un Appel au "Peuple de Paris !" dans lequel il accuse le Général de Gaulle d'être au service de "l'impérialisme britannique", dénonce ses appels à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand et enfin plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste "décidé à maintenir la paix" avec l'Allemagne nazie.

Le manifeste "Nous accusons" de mai 1940

 Le manifeste "Nous accusons" est le premier texte du Parti communiste français publié après l'invasion de la France par les armées allemandes le 14 mai 1940.

Approuvé par l'Internationale communiste le 22 mai 1940, le manifeste, rédigé par Maurice Thorez, est publié dans le Daily Worker du 24 mai 1940 et dans le numéro 4 de la revue The Communist International.

Les communistes estiment que "dans ces heures cruelles et tragiques où la guerre fait rage et s'étend déjà sur le sol de France" il est de leur "devoir sacré, une nouvelle fois, de dire toute la vérité (au) peuple". Dire la vérité, c'est dénoncer ceux qui "ont contribué au déclenchement de cette guerre" et "ont ouvert la voie aux envahisseurs" c'est-à-dire la bourgeoisie française et ses représentants : Daladier, Blum, Bonnet et Jouhaux.

Dans ce réquisitoire qui ne mentionne pas une seul fois le nom de Hitler, le Parti communiste accuse donc "la bourgeoisie française d'avoir provoqué la guerre actuelle en réduisant en esclavage le peuple allemand".
On citera pour comparaison le titre du premier manifeste du Parti communiste français publié après l'invasion de l'URSS : Français ! Françaises ! Vous devez savoir que Hitler veut asservir tous les peuples.

Il précise ensuite ses accusations contre ceux qui servent les intérêts de la classe bourgeoise. Ainsi Daladier, Blum et Jouhaux sont accusés d'avoir "par leur politique réactionnaire de division de la classe ouvrière [...] provoqué la guerre et l'invasion". Autres exemples : Daladier est accusé "d'avoir délibérément prévu le massacre de la population civile"; d'avoir poursuivi comme ministre de la Défense nationale "une politique impérialiste de « désertion nationale » qui a facilité l'invasion étrangère".
Rappelons que Maurice Thorez, secrétaire générale du Parti communiste, a déserté le 4 octobre 1939 sur ordre de l'Internationale communiste. Condamné pour ce motif le 28 novembre 1939 à 6 ans de prison, il sera gracié par le général de Gaulle le 6 novembre 1944.

Après le réquisitoire contre tous ceux qui ont provoqué "la guerre et l'invasion", le Parti communiste rend son jugement : "la trahison et les traîtres envers le peuple doivent être détruits". En revanche, pas un mot contre l'armée allemande.