1940


JANVIER 1940



Le Parti Communiste Français (SFIC)
en lutte contre la guerre impérialiste

[...] Les causes profondes de la guerre ? Elles sont une fois de plus dans la rivalité des intérêts entre les grands Etats capitalistes. Les communistes fidèles à l'enseignement de Marx-Engels-Lénine-Staline, ont toujours proclamé que c'est le capitalisme qui engendre la guerre. Jaurès n'avait-il pas formulé une juste pensée dans cette image saisissante : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage »  . [...]
Il crève aux yeux que la guerre actuelle est menée des deux côtés pour des buts impérialistes absolument étrangers aux intérêts des travailleurs.
Les politiciens bourgeois et socialistes représentent hypocritement la France sous les aspects idylliques d'une « démocratie » exempts d'appétits impérialistes. Au contraire les communistes ont toujours dit que les apparences démocratiques n'atténuaient en rien le caractère impérialiste de la France capitaliste.
[...] Les principaux actionnaires de ces grandes compagnies financières et industrielles, leurs dirigeants effectifs constituent précisément les « deux cents familles qui dominent l'économie et la politique de la France ». (Daladier au Congrès du parti radical Octobre 1934).
Voilà ceux qui ont voulu la guerre. Voilà ceux qui l'ont déclenché pour satisfaire leurs appétits impérialistes, pour réaliser leurs buts de rapine et de brigandage.
Contre ceux-là, contre les politiciens qui gouvernent en leur nom, contre la réaction, le Parti communiste français reprend le mot d'ordre de Lénine et de Liebknecht : « NOTRE ENNEMI EST CHEZ NOUS ». [...]
Le Parti communiste français entend éclairer les travailleurs sur les conditions d'une lutte efficace contre la guerre impérialiste, il combat sous les mots d'ordre : A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE, PAIX IMMEDIATE, en expliquant aux travailleurs qu'il ne peut y avoir de paix véritable, juste et durable, qu'au prix d'une lutte victorieuse contre la réaction capitaliste de France, contre le gouvernement. Les communistes ont lutté passionnément pour le maintien de la paix. Toutefois, ils ne sont pas des pacifistes, ils sont des combattants révolutionnaires. Ils ont soutenu la guerre juste du peuple espagnol contre ses agresseurs. Ils luttent contre la guerre actuelle parce qu'elle est injuste, réactionnaire. Ils combattent avec courage pour imposer la paix en chassant le gouvernement de la réaction. [...]
(Cahiers du Bochévisme du 2 semestre 1939 diffusés en janvier 1940)
A la suite des instructions de l'Internationale communiste du 9 septembre 1939, le Parti communiste abandonne sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager en faveur de la Paix avec l'Allemagne. L'adoption le 20 septembre 1939 par son Comité central de la résolution "Il faut la Paix" est le premier acte de ce revirement.

En janvier 1940, le Parti communiste diffuse clandestinement les Cahiers du Bolchévisme du 2ème semestre 1939. Ce numéro, préparé et imprimé en Belgique, publie en éditorial un texte de plusieurs pages rédigé à Moscou par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, secrétaire de l'IC : "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste".

Dans ce texte de référence qui répond aux exigence de l'IC et de son secrétaire général Georgi Dimitrov, le Parti communiste dénonce le caractère "impérialiste" de la guerre que la "France capitaliste" mène contre l'Allemagne nazie et définit en conséquence les mots d'ordre qui guident et guideront son action jusqu'au 22 juin 1941 : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate" et "Notre ennemi est chez nous".

Ce texte théorique marque la dernière étape dans le redressement de la ligne politique du Parti communiste qui a débuté avec la résolution du 20 septembre 1939.

Ajoutons que cet éditorial reprend largement le contenu du projet de résolution présenté par André Marty et Maurice Thorez au secrétariat de l'Internationale communiste (IC) le 16 novembre 1939. Le premier a quitté la France à la fin d'août 1939 et le second est arrivé à Moscou le 8 novembre 1939. Dans ce projet on peut notamment lire :
"Le Parti lutte :
Contre la guerre impérialiste et la réaction sous toute ses formes.
Pour la paix immédiate.
Il lutte contre le gouvernement de l'impérialisme français en montrant que les contradictions entre les diverses couches de la bourgeoisie passent au second plan devant la défense des intérêts fondamentaux de classe de l'impérialisme français exprimé par la guerre et son orientation antisoviétique, contre-révolutionnaire. [...]
La position du Parti communiste français est : « Notre ennemi est chez nous ». [...]
La position claire du Parti en ce qui concerne l'estimation de la situation et l'orientation générale doit servir à mobiliser les masses ouvrières et populaires contre l'actuelle guerre injuste et à les engager réellement dans la lutte." (1)

Ce projet de résolution sera à la base du texte adopté par l'IC le 9 février 1940 "sur la situation en France et les tâches du PC français".

(1) Communisme, Les Archives du communismes, n° 32-33-34, 1993 pp. 16-17.


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5  : Lettre du 5 janvier 1940 de Jacques Duclos à Benoît Frachon :
"Il nous semble qu'en présence de ces faits [la livraison de matériel de guerre à la Finlande] le moment est venu pour nous d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande et d'attirer leur attention sur l'utilisation anti-soviétique du matériel de guerre fabriqué en France". (1)
En janvier 1940, le Parti communiste s'engage dans la voie du défaitisme révolutionnaire en réaction à la décision du Gouvernement Daladier de livrer des armes à la Finlande. Cette radicalisation est attestée par la lettre du 5 janvier 1940 que Jacques Duclos, secrétaire du PCF réfugié à Bruxelles, envoie à Benoît Frachon, responsable du Parti communiste clandestin.

Sur le plan de la propagande, cette radicalisation se manifestera dans au moins deux textes diffusés en février 1940 :

1) un Appel au "Peuple de France !" : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".

2) un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" : "par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre".

Le 12 mars 1940, l'URSS et la Finlande signeront un Traité de Paix qui marquera la fin du conflit soviéto-finlandais. Dès lors, le Parti communiste n'appellera plus à commettre des acte malveillants dans les les usines travaillant pour la défense nationale. Il ira même jusqu'à nier tout appel au sabotages des fabrications de guerre. Ainsi, l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 apportera un démenti formel à ceux qui accusent les communistes de vouloir conduire des actions de sabotage dans les usines de guerre : "Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (2)

Dans les faits, le sabotage des moteurs d'avions à l'usine Farman sera l'un des rares cas où l'enquête aura pu mettre en évidence la responsabilité de militants communistes qui seront d'ailleurs condamnés en mai 1940 à la peine capitale.

Enfin, en juin 1940, le Parti communiste revendiquera le sabotage de la défense nationale pour obtenir des autorités allemandes l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité : "Juif M(andel) après Dal(adier) nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense".

(1)  Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 52-53, 1993, p. 19.
(2)  Stéphane Courtois, le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.

9  : - Refus des députés communistes de s'associer à l'hommage patriotique de la Chambre.
A la séance du 9 janvier 1940, quatre des six députés communistes permissionnaires présents dans l'hémicycle refusent de se lever pour applaudir avec l'ensemble de la représentation nationale les armées de la République manifestant ainsi leur opposition à la guerre contre l'Allemagne nazie. 

Pour avoir refusé de s'associer à la manifestation patriotique de la Chambre, Fernand Grenier, Raymond Guyot, André Mercier et Charles Michels reçoivent dans l'Humanité n° 19 du 14 janvier 1940 les "chaleureuses félicitations" du Parti communiste qui précise que ce refus exprime les sentiments de tous ceux qui "condamnent la guerre des capitalistes et réclament la paix".

Publié dans ce même numéro, le texte "La bourgeoisie viole sa propre légalité" rend aussi hommage à ces quatre députés communistes qui ont "refusé de se prêter à l'indigne comédie d'union sacrée".

Dernier élément, cette nouvelle manifestation communiste en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie aura une conséquence majeure : le vote de la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas publiquement rompu avec le PCF.


18 : "Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat,
ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."
(L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940)

20 : Loi du 20 janvier 1940  prononçant la déchéance des élus communistes.

26 : Condamnation de André Marty à cinq ans de prison.
Député de la Seine, André Marty est aussi secrétaire de l'Internationale communiste et c'est à ce titre qu'il rejoint Moscou à la fin d'août 1939. En octobre 1939, il publie dans Le Monde, hebdomadaire de l'Internationale communiste diffusé en Belgique, une lettre pamphlétaire contre Léon Blum coupable de soutenir l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie : "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum". La découverte sur le territoire français d'un stock de cette publication communiste justifie en novembre 1939 l'ouverture d'une procédure contre André Marty pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui interdit la diffusion de tout écrit propageant les mots d'ordre de la IIIe Internationale.

Le 26 janvier 1940, le tribunal correctionnel de Dunkerque condamne André Marty par contumace à cinq  ans  de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques. Cette condamnation sera amnistiée par l'ordonnance du 1er juillet 1943 signée par le Général de Gaulle : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939.

La diffusion de cette lettre illustrant son engagement en faveur d'une puissance étrangère, l'URSS, André Marty est en outre déchu de la nationalité française par un décret daté du 27 janvier 1940.

Enfin, on citera l'Humanité n° 76 du 27 septembre 1940, consacrée pour partie aux élus communistes emprisonnés, qui dénonce la condamnation de André Marty pour sa lettre au "fauteur de guerre Blum" :

ANDRE MARTY CONDAMNE A 5 ANS DE PRISON
POUR AVOIR PUBLIE UNE LETTRE OUVERTE A BLUM

Pendant que les autres députés étaient poursuivis pour avoir demandé la Paix [Lettre au président Herriot] André Marty, qui avait rendu publique une lettre cinglante au fauteur de guerre Blum, était condamné à 5 ans de prison et 5 000 francs d'amende, soit en réalité 55 000 franc. Au surplus André Marty et Maurice Thorez ont été déchus de la nationalité française par les traitres qui ont vendu la France et l'ont conduite au désastre.

27 : Décret du 27 janvier 1940 aux termes duquel André Marty est déchu de la nationalité  française :
"Est déchu de la nationalité française : Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886, à Perpignan (Pyrénées-Orientales)."
André Marty est déchu de la nationalité française sur la base du décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère". Dans le cas présent il lui est reproché d'avoir servi les intérêts de l'Union soviétique. Cet engagement s'étant notamment manifesté dans la diffusion d'un texte intitulé "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" pour laquelle il a été condamné le 26 janvier 1940.

André Marty sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 signé par le Général de Gaulle : "Est rapporté le décret du 27 Janvier 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886 a Perpignan (Pyrénées-Orientales)".

29 : Allocution radiodiffusée de Edouard Daladier :
"Au bout de cinq mois de guerre, au milieu des alarmes renouvelées qui bouleversent l'Europe, une certitude s'impose de plus en plus clairement à tous les esprits. C'est que l'Allemagne cherche à établir sur le monde une domination absolument différente de celle que l'histoire a déjà connue.
La domination des nazis ne se borne pas, en effet, à déplacer l'équilibre des forces et à imposer la suprématie d'une nation. Elle poursuit l'anéantissement systématique et total des vaincus.
Hitler vainqueur ne traite pas avec les nations qu'il a soumises. Il les détruit. Il leur enlève toute existence politique et économique et cherche même à les dépouiller de leur histoire et de leur culture.
Il ne veut les considérer que comme un espace libre, un territoire vacant sur lequel il a tous les droits. Les êtres humains qui constituaient ces nations ne sont pour lui que des troupeaux; il ordonne leur massacre ou leur migration.
Il les contraint à faire place aux conquérants. Il ne prend même pas la peine de leur imposer des tributs de guerre, car il s'empare de toutes leurs richesses et, pour prévenir tout retour du destin, pour mater à l'avance toute révolte, il décime leurs élites et poursuit scientifiquement leur dégradation physique et morale. [...]
Pendant ce temps, derrière le rempart de son armée, la France a gardé tous les biens que certains peuples ont déjà perdus et que d'autres tremblent de perdre. Comme son alliée la Grande- Bretagne, la France n'a pas d'angoisses, quand elle pense à l'avenir. Elle est sûre de sa victoire. La grande peur qui traverse l'Europe s'arrête à nos frontières devant les fils de fer ou les casemates où veille et combat notre jeunesse. [...]
L'arrière a, du reste, à mener son combat, car devant la résolution de nos armées, c'est sur ses faiblesses et sur ses incertitudes éventuelles que l'Allemagne compte pour nous abattre. [...]
Nos ennemis avaient eu d'abord l'espérance de dresser les Français les uns contre les autres. Ils avaient cru pouvoir enrôler les hommes d'ordre sous le drapeau rouge à la croix gammée, et les ouvriers sous le drapeau rouge à la faucille et au marteau.
Mais en septembre, tandis que l'armée allemande envahissait la Pologne, le masque est tombé. Les deux drapeaux n'en ont plus fait qu'un, seul : celui de la ruée des barbares sur toutes les terres où il y a des biens à prendre et des hommes à asservir.
Mon gouvernement a déjà frappé des agents de l'étranger; il ne cessera pas de mener contre eux une lutte sans merci. Mais il ne veut pas être un gouvernement de vengeance ou de tendance politique. Il est le gouvernement de la France. S'il a frappé les chefs communistes, c'est parce que en restant aux ordres de Moscou ils se mettaient aux ordres de Berlin.
Mais il tend une main fraternelle à tous ceux qui avaient suivi ce parti et retrouvent aujourd'hui la véritable tradition ouvrière qui fut toujours, en France, nationale et patriote. Il pense qu'au delà de l'écroulement de tant de rêves les ouvriers français doivent retrouver le visage de la France, de cette juste patrie infiniment plus douce aux humbles que les dictatures des professionnels et des exploiteurs de la révolution. 
De même, mon gouvernement, qui a frappé et continuera à frapper tous les complices de la propagande nazie, ne songe pas à frapper les Français qui avaient rêvé, dans un sentiment libre et désintéressé, d'un rapprochement franco-allemand. 
Il était, certes, légitimé d'être communiste et de vouloir unir la France et la Russie pour la défense de la paix. Il était, certes, légitime de vouloir le rapprochement de notre pays avec l'Allemagne. Mais ce serait un crime, dans les circonstances présentes, de rester soumis aux mots d'ordre de Berlin et de Moscou.
C'est ce crime seul que nous frappons, mais nous le frapperons sans pitié.
Devant le danger, brisant d'un coup avec ceux qui voulaient la trahir, la France retrouve dans un mouvement de justice, de fraternité et de tendresse, ses véritables enfants."
(Le Temps du 31 janvier 1940)
Le 29 janvier 1940, le Président du Conseil Edouard Daladier prononce une allocution radiodiffusée dans laquelle il dénonce le projet totalitaire de l'Allemagne nazie, rend hommage à la France combattante et souligne l'importance de la mobilisation de la France de l'arrière dans la victoire des armées françaises. Sur ce dernier il fait notamment référence à la répression des propagandes nazies et communistes qui visent l'une comme l'autre à démoraliser l'arrière.

On rappellera que la condamnation de l'Allemagne nazie est absente de la propagande communiste laquelle préfère dénoncer... "la Dictature Daladier" !!!

31 : Le gouvernement engage la procédure de déchéance des parlementaires communistes.
Conformément à la loi du 20 janvier 1940, le président du Conseil, Edouard Daladier demande par écrit à la Chambres des députés et au Sénat de constater respectivement la déchéance de 67 députés communistes et celle d'un sénateur communiste.



FEVRIER 1940



- Appel au "Peuple de France !" :
"par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre".

- Tract "Daladier - Chamberlin - Mussolini - Franco et Pie XII" :
"par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre".

- Appel "Jeunesse de France à l'action !" :
"NON, MILLE FOIS NON ! CETTE GUERRE N'EST PAS LA GUERRE DE LA LIBERTE CONTRE (LE) FASCISME, mais la guerre des riches, la guerre des marchands de canons, la guerre impérialiste des 200 familles pour des buts de rapine. [...]
VIVE L'UNION DU PEUPLE DE FRANCE ET DE LA JEUNESSE GENEREUSE pour imposer la paix  !".

- Appel "Aux membres du Parti Communistes Français (SFIC)" :
"Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. [...]
Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. [...]
Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig.
Chers camarades, pour le succès de la causes de la classe ouvrière, du socialisme et de la paix, luttez avec toujours plus de confiance et d'ardeur. Soyez, toujours plus fermes, plus disciplinés, plus unis. Qu'à tous, l'unité du Parti soit plus chère que la prunelle de nos yeux. Déjouez les provocations de la police. Ne vous laissez pas imposez par les mensonges et les calomnies. N'accordez pas le moindre crédit aux feuilles de la bourgeoisie et de ses valets socialistes. [...]
Luttez pour unir les masses laborieuses de France contre la guerre impérialiste, contre les exploiteurs capitalistes, contre les assassins des meilleurs fils de notre peuple."

- "Manifeste du Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" :
"Le Comité pour l'Indépendance et l'unité des syndicats s'affirme pour la lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix immédiate.
Il repousse comme une duperie toute tentative d'associer la classe ouvrière à l'effort et au sacrifice pour la guerre des capitalistes.
Il déclare que la paix peut être réalisée en chassant du pouvoir le gouvernement de réaction et de guerre, en rétablissant les libertés et en établissant un pouvoir qui s'appuie sur le peuple (ouvriers, paysans et soldats).
Le Comité dénonce l'Union Sacrée et la collaboration de classe, pratiquées par les chefs traîtres, comme une manœuvre des fauteurs et profiteurs de guerre, tendant à faire retomber tous les frais de la guerre sur le dos des masses laborieuses.
Il lutte pour la libération de tous les travailleurs emprisonnés pour leur action contre la guerre et pour le rétablissement de toutes les libertés démocratiques. [...]
Le Comité, fidèle au but de libération des travailleurs de l'exploitation capitaliste, qui est celui du mouvement syndical, affirme sa fidélité et son attachement à l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, qui, en libérant un sixième du globe des capitalistes exploiteurs, a supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme. Il félicite l'URSS, ses dirigeants, STALINE, chef du prolétariat international, pour leur lutte courageuse contre les fauteurs de guerre impérialiste et pour la paix"
(La Vie Ouvrière de février 1940)
Suite à leur exclusion de la CGT en raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique, les communistes forment le projet de créer provisoirement une nouvelle centrale syndicale : le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats". En février 1940, ils publient un manifeste dans lequel ils appellent les travailleurs à former des comités pour l'indépendance et l'unité des syndicats à l'échelle des entreprises, des localités et des départements. Le manifeste présente aussi un "programme d'action" dans lequel le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" s'engage notamment à défendre la Paix avec l'Allemagne nazie.


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5   :               SYNTAXE
       Ne dites pas "le citoyen BLUM" 
       mais dites : Le City-oyen BLUM.
       (L'Humanité n° 24 du 5 février 1940)
Dans son numéro du 5 février 1940, l'organe central du Parti communiste français dénonce Léon Blum comme un agent de l'impérialisme anglais

11 : Accord commercial germano-soviétique.
L'Allemagne et l'URSS signent le 11 février 1940 un accord commercial qui concrétise leur engagement du 28 septembre 1939 de développer un "grand programme économique".

Aux termes de cet accord, l'URSS s'engage à fournir à l'Allemagne des matière premières pour un montant de 730 millions de marks sur une période de 18 mois qui seront compensées par des livraisons de biens industriels allemands sur une période de 27 mois.

On rappellera qu'en 1938 les importations allemandes de matières premières soviétiques s'élevaient à... 50 millions de marks.

Par son contenu, l'accord économique germano-soviétique du 11 février 1940 permet à l'Allemagne nazie de s'affranchir du blocus naval imposé par l'Angleterre.

On fera aussi remarquer que c'est avec le pétrole fourni par l'URSS que les chars allemands envahiront la France en mai 1940.

16 : "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est"  :
"La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."
La revue de l'Internationale communiste Die Welt publie le 16 février 1940 sous le titre "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est" un texte de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF. Après la "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum", ce texte est le second pamphlet publié par le PCF contre... Léon Blum dont le soutien à l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie est dénoncé comme une trahison des intérêts de la classe ouvrière.

17 : Décret du 17 février 1940 aux termes duquel Maurice Thorez est déchu de la nationalité française :
"Est déchu de la nationalité française : Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)".
Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste, est déchu de la nationalité française sur la base du décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère". Dans le cas présent il lui est reproché d'avoir servi les intérêts de l'Union soviétique. Cet engagement s'étant notamment manifesté dans sa désertion d'octobre 1939 pour laquelle il a été condamné le 28 novembre 1939.

Maurice Thorez sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 signé par le Général de Gaulle : "Est rapporté le décret du 17 février 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)."

19 :  "CONTRE LA DICTATURE DALADIER
                    POUR LA PAIX".
      (L'Humanité n° 27 du 19 février 1940)
En dénonçant la dictature Daladier et en plaidant pour la Paix avec l'Allemagne nazie, l'Humanité du 19 février 1940 illustre parfaitement la ligne du Parti communiste et notamment ces deux mots d'ordre : "L'ennemi est dans notre propre pays" et "Paix immédiate".

20 : - Déchéance de 60 députés communistes.
Le 20 févier 1940, La Chambre des députés adopte une résolution constatant la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 qui figuraient dans la demande du gouvernement. La chambre a refusé de déchoir 7 députés communistes au motif qu'ils avaient répudier tout lien avec le PCF dans les conditions prévues par la loi du 20 janvier 1940.

- "vaincre Hitler, c'est assurer la liberté des peuples" (Discours du député ex-communiste Paul Loubradou du 20 février 1940)

29 : Déchéance d'un sénateur communiste.
Dans une résolution en date du 29 février 1940, le Sénat constate la déchéance du sénateur communiste Marcel Cachin. Ayant rompu avec le PCF en décembre 1939, le second sénateur communiste, le maire de Bobigny Jean-Marie Clamamus, conserve son mandat.



MARS 1940



5   : Ordre de Staline d'exécuter 25 700 officiers et civils polonais (Massacre de Katyn).
Le 5 mars 1940, Lavrenti Béria, Commissaire du peuple aux Affaires intérieures, soumet à Staline la proposition d'appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade" à 25 700 officiers et civils polonais détenus dans trois camps de prisonniers du guerre du NKVD (14 700) ainsi que dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie (11 000).

Les 14 700 prisonniers de guerres sont essentiellement des officiers (8 400) ainsi que des policiers, des gendarmes, des gardiens de prison et des gardes-frontières (6 200) qui ont été internés dans trois camps spéciaux créés par le NKVD en novembre 1939 : Kozielsk, Starobielsk, Ostachkov.

Quant au 11 000 polonais détenus dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie autrement dit dans la partie de la Pologne annexée par l'URSS, il s'agit essentiellement de personnes appartenant à des réseaux de résistance, d'anciens officiers qui n'avait pas été mobilisés en 1939, d'anciens membres de la police ou de la gendarmerie, et enfin de personnes arrêtées soit parce qu'elles ont fui les territoires polonais contrôlés par les allemands, soit parce qu'elles ont tenté de fuir vers la Lituanie, la Hongrie ou la Roumanie pour échapper à l'occupation soviétique.

Béria précise dans sa lettre que cette mesure est nécessaire "étant donné que tous ces individus sont des ennemis acharnés et irréductibles du pouvoir soviétique."

Le Chef du NKVD indique aussi que ces condamnations à mort seront prononcées par un tribunal spécial qui aura au préalable examiné les dossiers individuels "sans comparution des détenus et sans acte d'accusation".

Le projet de Béria est approuvé par six membres du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique : Joseph Staline, Kliment Vorochilov, Viatcheslav Molotov, Anastase Mikoyan, Mikhaïl Kalinine et Lazare Kaganovitch. Les quatre premiers ont apposés leur signature sur le document, celle de Staline est précédée de la mention "Pour". Quant au deux autres leur nom est précédé de la mention "Pour".

Le jour même le Politburo adopte d'ailleurs une résolution dans laquelle il donne instruction au NKVD de procéder à l'étude de ces 25 700 cas en vue de leur appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade".

Ainsi, entre avril et mai 1940, 14 587 (1) prisonniers de guerre polonais sont exécutés par le NKVD avec comme mode opératoire une balle dans la nuque  :
- 4 404 prisonniers du camp de Kozielsk sont abattus dans la forêt de Katyn.
- 3 896 prisonniers du camp Starobielsk sont tués dans la prison du NKVD à Kharkov.
- 6 287 prisonniers du camp d'Ostachkov sont assassinés dans les locaux du NKVD à Kalinine.

En outre, 7 300 détenus polonais subissent le même sort : 3 400 en Ukraine et 3 900 en Biélorussie. (2)

Ce sont donc près de 22 000 polonais qui ont été assassinés dans la cadre de la décision du 5 mars 1940. Symbolisés par le massacre de Katyn, ces crimes de masses seront pendant de nombreuses décennies niés par l'Union soviétique qui en attribuera la responsabilité au régime nazi.

Ajoutons que la répression soviétique a aussi frappé les familles de ces prisonniers. En effet, dans une résolution adoptée le 3 mars 1940, le Politburo a demandé au NKVD de procéder avant le 15 avril 1940 à la déportation vers le Kazakhstan des familles des prisonniers de guerre polonais soit 22 000 à 25 000 familles. Sur la base de cette résolution 60 000 personnes ont ainsi été déportés. (3)

La rafle du 13 avril 1940 est l'une des quatre déportations de masses organisées entre février 1940 et juin 1941 par le pouvoir soviétique dans les territoires polonais annexés. Au total ce sont près de 330 000 personnes qui ont été déportées : 110 000 (140 000 dont 80% de polonais) en février 1940, 60 000 en avril 1940, 80 000 en juin 1940 et enfin  86 000 en mai-juin 1941. (4)

Pour terminer, on citera un extrait du poème "Front rouge", écrit par Louis Aragon en 1931 après un séjour en Union soviétique, dans lequel le poète du Parti communiste célèbre la répression stalinienne :
"L'éclat des fusillades ajoute au paysage 
une gaité jusqu'alors inconnu
Ce sont des ingénieurs, des médecins qu'on exécute 
Mort à ceux qui mettent en danger les conquêtes d'Octobre
Mort aux saboteurs du Plan Quinquennal"

(1) Stephane Courtois, Le livre noir du communisme, 1997 p. 430.
(2) Decision to commence investigation into Katyn Massacre
(3) Decision to commence investigation into Katyn Massacre.
(4) Stephane Courtois, op. cit. pp. 431-433.

12 : Traité de paix soviéto-finlandais (Traité de Moscou).

"Ainsi, depuis l'entrée en guerre, l'ordre public n'a pas été troublé par la violence communiste, quelque désir et quelque dessein qu'elle en ait eu. Voilà le fait. [...]
Ces résultats de paix intérieure, deux causes les ont produits. Tout d'abord l'admirable santé morale de ce pays qui a résisté à l'intoxication communiste, comme d'ailleurs aux campagnes de panique que certains feuilles lui prodiguent trop souvent.
Ensuite c'est l'action gouvernementale [...].
Oui, c'est l'action du gouvernement, c'est l'effort méthodique et coordonné, sans répit, quotidien d'une répression sur laquelle je puis à présent m'expliquer avec d'autant plus de précision, que j'y ai pris la part d'initiative et de responsabilité la plus directe qui me désignait naturellement, monsieur Reibel, à être interpellé par vous. [...]
C'est ici, messieurs, qu'ayant abrégé mon exposé de tous les longs développements qu'ils pouvaient comporter, je demande votre attention toute particulière pour vous dire le résultat des mesures prises par le Gouvernement, pour vous donner ce que j'appellerai volontiers de cette expression triviale : le tableau de chasse du Gouvernement. [...]

[Bilan de la répression des activités communistes]
Voilà, messieurs, les indications que j'ai à vous fournir et que je résume dans le tableau synthétique que voici :
Perquisitions : 11 000, dont 4 000 dans la Seine; arrestations : 3 400, dont 1 460 dans la Seine, avec 1 500 condamnations déjà prononcées; application du décret du 18 novembre 1939 : 555 arrestations; épuration chez les fonctionnaires à ce jour : environ 700 et d'autres vont suivre; radiations d'affectations spéciales effectuées à la demande des préfets : 3 500, dont 200 concernant des fonctionnaires. En tout, plus de 8 000 mesures individuelles, qui ont eu pour effet de retirer du milieu où ils avaient une action nocive ceux qui en ont été l'objet.
Vous pouvez juger si l'action du gouvernement a manqué d'énergie et d'efficacité. (Très bien ! Très bien !). [...]
Nous avons détruit la structure essentielle du communisme. Nous n'avons pas la prétention d'avoir achevé de mettre hors de combat tous les individus qu'il a endoctrinés. Il reste vrai que s'il a été amputé de toutes les formations régulières, si l'on peut dire, de son armée, il a substitué au combat ouvert qu'il livrait aux intérêts de la patrie une guérilla, une bataille en ordre dispersé, s'exerçant par une action clandestine dont l'arme principale est le tract et l'arme accessoire l'action verbale des propos défaitistes. Mais sur ce terrain encore, quelque difficile et laborieux que soit l'effort, le Gouvernement ne relâche pas la vigilance et la rigueur de son action et j'ai le droit de dire qu'il l'a fait avec efficacité. [...]

[Tracts communistes]
On ne trouve plus à présent de fabrication française — j'expliquerai ce mot — de tracts à la machine à écrire et, de ce côté encore, j'ai agi. Alors qu'au début, en septembre et en octobre, on voyait circuler toute une floraison de tracts, il se passe maintenant des semaine entières sans qu'on signale l'apparition d'un tract nouveau. Le ministère de l'intérieur n'en continue pas moins tous les jours à procéder à des arrestations, à des saisies dont il n'est pas toujours opportun de dévoiler le résultat pour ne pas brûler les pistes.
Si, d'autre part, la statistique de ces répressions ne s'enfle pas avec la rapidité que certains voudraient, c'est parce qu'un souci de justice nous commande de vérifier avec soin certaines accusations. Une des manœuvres communistes actuellement employée consiste, en effet, à faire dénoncer comme tels des hommes qui ne l'on jamais été et dont l'arrestation injuste serait de nature à provoquer dans le monde ouvrier les mécontentements irrités que souhaitent les auteurs de la manœuvre. (Applaudissements.)
Pour en finir, messieurs, avec ce chapitre des tracts, j'indiquerai d'un mot que la chasse que nous avons faite a été d'une  telle efficacité que c'est maintenant à l'étranger que le communisme a transporté leur confection. C'est la seconde raison pour laquelle il ne faut pas s'étonner qu'il en apparaisse encore de temps en temps. [...]

[Propagande hitléro-communiste]
Je crois, messieurs, qu'il est temps conclure. Je voudrais le faire en rassemblant, dans mon dernier propos, la pensée et la doctrine du Gouvernement dans sa lutte contre la propagande ennemie. 
D'abord, je répète que cette propagande est une : il n'y a pas deux propagandes séparées : la propagande communiste et l'hitlérienne. Elles ne font qu'une : la propagande ennemie.
J'ai eu l'occasion de m'en expliquer devant votre commission de législation civile et criminelle. Le chef de cette propagande est le chancelier Hitler, dont le bolchévik est le lieutenant.
S'il était besoin de faire la preuve de cette affirmation, il suffirait d'indiquer, avec le fait que ce sont des avions allemands qui éparpillent les tracts communistes (1), cet autre fait que les postes radio de la propagande communiste : « La voix de la paix », « Radio-Humanité » (2) qui sont exactement repérés, lancent leurs émissions du territoire allemand. [...]
La répression, si indispensable soit-elle, n'est que l'élément négatif d'un vaste problème dont la partie positive, la plus difficile peut-être mais la plus sûrement efficace commande le concours, la bonne volonté, la bonne foi de tous pour pallier, dans toute la mesure du possible, les difficultés, les privations, les infortunes, les misères, les abus, les iniquités mêmes qui sont, dans la vie des particuliers comme dans la vie collective, la conséquence directe de l'état de guerre. (Très bien ! très bien !)
Car c'est tout cela qu'exploite, surtout en ce moment, la propagande ennemie et que vont essayer d'exploiter plus amplement demain les essais de recrudescence des menées hitléro-communistes.
Messieurs, je n'ai pas l'habitude, de met un bandeau sur mes yeux, non plus d'ailleurs que de permettre à aucun péril de déconcerter le calme solide de ma pensée. Je ne me dissimule donc pas, même si je me refuse de m'en effrayer, la valeur de l'aliment nouveau que l'effervescence de la politique extérieure apporte à la propagande communiste et défaitiste. Je sais le parti qu'essayeront d'en tirer les stipendiés du bolchevisme et les capitulards de la paix blanche. Je m'attends, vous vous attendez aussi, à un regain de leurs manœuvres, de leurs chuchotements félons. Les dispositions sont prises pour faire face à ces tentatives nouvelles et pour traquer les trahisons qui voudraient redresser la tête.
Nous ne les craignons pas, nous ne redoutons pas leurs assauts, d'abord parce que, pour les mater, nous avons et la force et le droit dont ils n'ignorent pas que nous nous servir. Ensuite, je devrais dire et surtout parce que le moral intact de l'immense masse de ce pays a montré qu'il était capable de résister aux désagrégation que l'on a tentées.
(Journal officiel - Sénat n° 27 du 20 mars 1940)
A la suite de l'interpellation du sénateur Reibel dénonçant à la séance du 19 mars 1940 l'insuffisance des mesures prises contre les menées  hitléro-communistes, le ministre de l'intérieur, le radical-socialiste Albert Sarraut, prend la parole pour dresser le bilan de la répression des activités communistes. Sont présents dans ce bilan les éléments suivants :

1) la déchéance des élus communistes.
Albert Sarraut indique que 2 718 élus communistes ont été déchus de leur mandat en application de la loi du 20 janvier 1940 et rappelle deux autres mesures prises précédemment contre les élus communistes :
- la suspension des municipalités communistes dont la gestion fut confiée à des délégations spéciales désignées par les pouvoirs publics (décret-loi du 26 septembre 1939 relatif à la tutelle administrative des municipalités).
- la clôture de la session de la Chambre de députés (décret du 4 octobre 1939) qui a permis à la justice militaire de lancer des mandats d'arrêt contre les députés communistes qui ne bénéficiaient plus de l'immunité parlementaire. Rappelons que des poursuites ont été engagées contre les députés communistes à la suite de la lettre pacifiste qu'ils ont adressée le 1er octobre 1939 au Président de la Chambre Edouard Herriot.

2) la suspension de la presse communiste.
Albert Sarraut indique qu'il n'y a plus de presse communiste en rappelant notamment qu'il a suspendu la diffusion de l'Humanité et de Ce Soir en signant le 26 août 1939 un arrêté ministériel sur la base du décret-loi du 24 août 1939 autorisant la saisie et la suspension des publications de nature à nuire à la défense nationale. Suspendue, la presse communiste a en outre été interdite par le décret-loi du 26 septembre 1939 (article 3) prononçant la dissolution des organisations communistes.

3) la dissolution des organisations communistes.
Albert Sarraut fait état de la dissolution de 1 295 organisations communistes dont 675 groupement politiques et 620 syndicats. Fondée sur le décret-loi du 26 septembre 1939  (article 1) prononçant la dissolution du PCF, cette lutte contre les organisations communistes a en outre conduit à 11 000 perquisitions, 3 500 arrestations avec 1 500 condamnations.

3) les sanctions prises contre les fonctionnaires communistes.
La lutte contre les activités communistes au sein des administrations d'Etat (700 mesures) ou locales s'est appuyée sur le décret-loi du 18  novembre 1939 suspendant certaines des garanties accordées aux agents publics dans le cadre d'une procédure disciplinaire.

4) la radiation des affectés spéciaux communistes autrement dit le renvoi au front des ouvriers communistes dont la présence dans les usines de guerre constituaient un danger qui allait du ralentissement de la production au sabotage.

5) l'internement administratif de 555 militants communistes ainsi que de plusieurs centaines d'étrangers communistes fondé sur le décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

(1) Au début du mois de novembre 1939 un avion allemand a largué au dessus de la région parisienne des tracts dans lesquels on pouvaient lire de larges extraits du discours prononcé par Viatcheslav Molotov le 31 octobre 1939 devant le Soviet suprême de l'URSS.
(2) Radio Humanité et La voix de la Paix sont en fait deux "Radios noires" allemandes créées à l'initiative de Gobbels. La première se fait passer pour la radio clandestine du Parti communiste français, la seconde pour une radio pacifiste française.

20 : Début du procès des 44 députés communistes du "groupe ouvrier et paysan français".
Du 20 mars au 3 avril 1940 se tient devant le 3e tribunal militaire de Paris le procès de 44 députés communistes du groupe ouvrier et paysan français (GOPF) qui sont poursuivis pour infraction au décret-loi de dissolution des organisations communistes du 26 septembre 1939.

21 : Nomination de Paul Reyanud à la présidence du Conseil.
Ministre des Finances, Paul Reynaud est nommé président du Conseil le 21 mars 1940 à la suite de la démission la veille du Gouvernement dirigé par Edouard Daladier. Le Gouvernement de Paul Reynaud démissionnera le 16 juin 1940.

28 : Déclaration franco-britannique
Le 6ème Conseil suprême interallié qui se tient le 28 mars 1940 à Londres adopte une Déclaration franco-britannique aux termes de laquelle les gouvernements français et britannique s'engagent à ne pas négocier d'armistice ou de paix séparés avec l'Allemagne.

29 : Discours de Molotov  prononcé à la 6e session du Soviet suprême de l'URSS :
"Les récents événements de la vie internationale doivent être examinés tout d'abord à la lumière de la guerre qui a éclaté en automne dernier en Europe centrale. Jusqu'à présent, le bloc anglo-français et l'Allemagne n'ont pas connu de grande bataille. L'action s'est bornée à des batailles isolées principalement sur mer et dans l'air. On sait que la volonté de paix exprimée par l'Allemagne à la fin de l'an dernier fut rejetée par les gouvernements de l'Angleterre et de la France, ce qui a eu pour résultat d'intensifier des deux côtés les préparatifs en vue d'élargir les hostilités.
L'Allemagne qui a réuni ces temps derniers jusqu'à 80 millions d'Allemands et qui a ployé sous sa domination certains Etats voisins, s'est de beaucoup renforcée du point de vue militaire; elle est devenue, visiblement, un concurrent dangereux pour les principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France.
C'est pourquoi sous prétexte de remplir leurs obligations envers la Pologne, ces deux pays ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Aujourd'hui il apparaît de toute évidence combien les buts réels des gouvernements de ces puissances sont éloignés des intérêts de la défense de la Pologne disloquée ou de la Tchécoslovaquie; témoin, le fait que les gouvernements d'Angleterre et de France ont proclamé que dans cette guerre leur but était d'écraser et de démembrer l'Allemagne, encore que ces desseins continuent d'être dissimulés aux yeux des masses populaires et voilés sous les mots d'ordre de défense des pays « démocratiques » et des « droits » des petits peuples.
L'U.R.S.S. ayant refusé de se faire l'auxiliaire de l'Angleterre et de la France dans l'application de cette politique impérialiste contre l'Allemagne, leur attitude d'hostilité s'est encore accentuée envers l'U.R.S.S., témoignant avec évidence combien profondes sont les racines de classes de la politique hostile des impérialistes à l'égard de l'Etat Socialiste. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Le brusque tournant vers de meilleures dispositions survenu dans les rapports entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne a trouvé son expression dans le pacte de non-agression signé au mois d'août dernier. Ces nouvelles et bonnes relations soviéto-allemandes se sont pratiquement vérifiées lors des événements qui se sont déroulés dans l'ancienne Pologne, elles ont montré suffisamment leur solidité. Le développement des relations économiques, envisagées, déjà dès l'automne dernier, a trouvé son expression concrète dans la convention commerciale d'août 1939, puis dans celle de février 1940. Les échanges commerciaux entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. se sont accrus sur la base de la réciprocité des avantages économiques et tout porte à croire qu'ils se développeront ultérieurement.

[Relations entre l'URSS et les puissances française et anglaise]
[...] La question évidemment est que la politique de neutralité pratiquée par l'U.R.S.S. n'est pas du goût des milieux dirigeants anglo-français. Au surplus ils ont apparemment les nerfs un peu malades. (Rires.) Ils voudraient nous imposer une autre politique, politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne, politique qui leur permettrait d'utiliser l'U.R.S.S. à des fins impérialistes. Ces Messieurs devraient enfin comprendre que l'U.R.S.S. n'a été et ne sera jamais l'instrument d'une politique étrangère, que l'U.R.S.S. a toujours appliqué et continuera d'appliquer une politique à elle sans s'inquiéter de savoir si cela plait ou non à ces Messieurs des autres pays. (Applaudissements frénétiques et prolongés.)"
Dans son discours du 29 mars 1940, le Chef du gouvernement soviétique, Viatcheslav Molotov, rappelle la position de l'URSS sur la guerre qui oppose l'Allemagne aux "principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France". D'abord, l'URSS considère que les gouvernements français et anglais sont responsables de la guerre au motif qu'ils ont refusé les propositions de Paix allemandes formulées par le Chancelier Hitler dans son discours du 6 octobre 1939. Ensuite, l'Etat soviétique estime que la France et l'Angleterre capitalistes ne se sont pas engagées dans cette guerre pour respecter leurs engagement vis-à-vis de la Pologne ou pour détruire l'idéologie nazie au nom de la démocratie mais pour des motifs impérialistes visant à préserver leur hégémonie mondiale des prétentions allemandes. Ces deux points ont été développés dans le discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 à la 5e session du Soviet suprême au terme de la Campagne de Pologne.

Molotov se félicite aussi des bonnes relations germano-soviétiques tant sur le plan politique avec le respect des engagement pris au moment du partage de la Pologne que sur le plan économique avec le développement des échanges commerciaux.

Enfin, il réaffirme face aux prétentions franco-anglaises que l'URSS n'a nullement l'intention de mener une "politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne".

On mentionnera pour terminer qu'une grande partie de l'intervention de Molotov est consacrée à la guerre de Finlande qui s'est achevée le 12 mars 1940 avec la signature d'un Traité de Paix.



AVRIL 1940



3  : - Fin du procès des 44 députés communistes du "groupe ouvrier et paysan français".
Le 3 avril 1940, dernier jour du procès, 30 des 35 députés communistes présents à l'audience réaffirment leur soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie sous la forme d'une Déclaration que François Billoux prononce au nom de ses co-accusés et dans laquelle il affirme notamment :

"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous dressons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux. [...]
Communistes français. Avec Maurice Thorez, André Marty, Jacques Duclos, et tous nos amis co-inculpés, nous travaillons à la libération de notre pays.
Nous voulons le débarrasser de la guerre.
Nous appelons le peuple à imposer la paix."

Dans son jugement le tribunal estime que :
- la diffusion de la lettre adressée au président Herriot, dans laquelle les députés communistes demandaient à la fin de la Campagne de Pologne une délibération du Parlement sur des propositions de Paix, est une infraction à l'article 3 du décret de dissolution des organisations communistes qui interdit la publication, la circulation et la distribution des écrits tendant à propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale,
- la constitution du groupe ouvrier et paysan français est une infraction à l'article 1 du décret de dissolution des organisations communistes qui proscrit toute activité ayant pour objet de propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale

Par ces motifs le tribunal condamne 36 députés communistes à 5 ans de prison ferme et 8 à 4 ans de prison avec sursis. Parmi les accusés figurent Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, qui est condamné 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille

Toutes ces condamnations seront amnistiées par l'ordonnance du 1er juillet 1943 signée par le Général de Gaulle : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939".

- "Vainqueurs, nous serons les domestiques de Chamberlain" (Procès des 44 députés communistes de mars-avril 1940).

7  :  Ribbentrop  transmet les instructions suivantes à  Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
Recevez ci-joint deux exemplaires d'un mémorandum qui sera présenté par nos envoyés à Oslo et Copenhague le 9 Avril, à 5 h 20 du matin, heure d'été allemande, aux gouvernements concernés. [...]
Le 9 avril, à 7 h du matin, heure d'été allemande, vous solliciterez une entrevue avec M. Molotov en vue de lui remettre au cours de la matinée une copie du mémorandum.
Vous voudrez bien de vive voix souligner que nous avons eu des rapports absolument fiables concernant un débarquement imminent des forces militaires anglo-françaises sur les côtes norvégiennes et danoises et que nous avons donc dû agir sans délai. Comme il est indiqué dans le mémorandum, il s'agit d'une mesure de sécurité. Les territoires suédois et finlandais ne seront en aucun cas affectés par notre action.
Le Gouvernement du Reich estime que nos actions sont également dans l'intérêt de l'Union soviétique, car l'exécution du plan anglo-français, dont nous connaissons le contenu, aurait eu pour conséquence de transformer la Scandinavie en théâtre de guerre, et cela, selon toute probabilité, aurait conduit à la réouverture de la question finlandaise.
Je vous remercie de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre communication.
(Instructions du 7 avril 1940

9  : - L'Allemagne envahit le Danemark et la Norvège.
L'objectif de l'Allemagne est de sécuriser ses approvisionnements en fer suédois transitant par le port norvégien de Narvik. Cette intervention fait suite aux opérations menées la veille par les marines française et anglaise qui ont posé des champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes et qui ont donc violé la neutralité de la Norvège dans le but de couper cette voie d'approvisionnement vitale pour l'industrie d'armement allemande.

- Télégramme n° 653 de Schulenburg suite aux instructions du 7 avril :
"Instruction concernant Molotov exécutée aujourd'hui à 10h30, heure européenne. Molotov a déclaré que le gouvernement soviétique comprenait les mesures que l'Allemagne avait été contraintes de prendre. Les Anglais étaient certainement allés beaucoup trop loin, ils avaient totalement ignorés les droits des nations neutres. En conclusion, Molotov a littéralement dit : « Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »."

- Décret Sérol qui assimile à la trahison "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".

10 : - Article "Il faut arrêter le massacre !" :
"A l'heure présente, des milliers d'hommes se font tuer sur les forteresses flottantes le long des rives de Scandinavie.
C'est pour la domination des mines de fer de Suède qu'ils donnent leur vie !
Le vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres est exaucé; enfin, d'autres pays sont entrainés dans la guerre. [...]
Aujourd'hui les brigands impérialistes se sont engagés dans une lutte où ils sont prêts à sacrifier autant qu'il faudra la jeunesse de leurs pays. [...]
IL FAUT ARRETER LE MASSACRE ! Il sera arrêté lorsque le gouvernement des 200 familles sera chassé du pouvoir et remplacé par un gouvernement des ouvriers et des paysans ! [...]
L'ENNEMI EST DANS NOTRE PROPRE PAYS !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).
Suite à l'ouverture d'un nouveau front en Scandinavie, l'Humanité réaffirme sa position pacifiste ("il faut arrêté les massacres") en dénonçant le caractère impérialiste de la guerre ("domination des mines de fer de Suède"), en accusant la France et l'Angleterre d'être les responsables de l'extension territorial du conflit ("vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres"), et enfin en plaidant pour le renversement du gouvernement de la République ("l'ennemi est dans notre pays !").

- Article "Le décret scélérat" :
"Quand il s'agit de noyer dans le sang la résistance populaire contre la guerre impérialiste, les chefs socialistes feront aussi bien, et mieux, que la Cagoule ! Mardi, le ministre "socialiste" de la justice, Sérol, a soumis son décret-loi à la signature du Président de la République ! [...]
Vous avez beau prendre des décret copiés sur ceux d'Hitler, vos jours sont comptés messieurs les ennemis du peuple !
A BAS LE DECRET SCELERAT !
A BAS LE GOUVERNEMENT SOCIAL-FASCISTE !
A BAS LA GUERRE !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).

12 : Départ de Brest à destination de la Norvège des premiers éléments  du  Corps  expéditionnaire
français en Scandinavie (CEFS) qui est composé pour partie d'unités de l'ancienne armée polonaise.
 
25 : Article "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" de Maurice Thorez :

LES "PITT ET COBOURG" DE 1940

[...] Ecoutez-les, ces représentants des 200 familles ! Ils défendent la France. Leur guerre, la guerre des capitalistes, c'est la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, de l'indépendance.
Rien de neuf dans ces mensonges usés de 1914 à 1918. Mais leur cynisme ne connait aucune borne. Tandis qu'ils s'enrichissent du sang et de la misère du peuple de France, ils se présentent comme les défenseurs de la Patrie.
Tout ce qui ne s'incline pas devant leur malfaisance, leurs vols et leurs crimes, est jugé ennemi de la Patrie, traitre, agent de l'étranger.
Quels sont-ils ces vertueux personnages ? Comment conçoivent-ils l'indépendance de la France ? Tout simplement à la façon de leurs ancêtres, les aristocrates de 1792. 
"Pitt et Cobourg" tel était le qualificatif que le peuple de France décernait aux contre-révolutionnaires qui complotaient avec les ennemis de la France et de la Révolution, avec l'Autriche, le roi de Prusse et l'Angleterre.
Les "Pitt et Cobourg" de 1940 ne sont pas émigrés, ils ne sont pas en prison, ils dirigent momentanément, et pour son malheur, les destinées de la France. [...]
Quant à ceux qui exécutent les ordres de impérialistes de Londres, ils sont également légion. Notre Président du Conseil se distingue parmi ceux-là. Ce qu'on dit de l'alliance franco-anglaise est particulièrement insultant pour notre pays : "La France est un dominion de l'Angleterre". Le malheur est que c'est vrai et que les responsables se présentent encore comme les défenseurs de l'indépendance de la France. [...]
Peuple de France, il faut nous débarrasser des "Pitt et Cobourg" de 1940. Notre pays mérite un autre sort que celui d'être cité comme l'exemple de la réaction et comme dominion de l'Angleterre. [...]
Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale.
Seulement un tel gouvernement assurera l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais.
Maurice THOREZ,
 secrétaire général du P.C.
(L'Humanité n° 40 du 25 avril 1940)
L'Humanité publie un article du secrétaire général du PCF, intitulé "Les "Pitt et Cobourg" de 1940", accompagné de l'avertissement suivant : "L'article de Maurice Thorez que nous publions ci-dessous, il ne suffit pas de le lire. IL FAUT LE RECOPIER à la main, à la pâte hectographique et le diffuser partout, par milliers !"

Dans ce texte, Maurice Thorez revendique pour la première fois la constitution d'un gouvernement dirigé par le Parti communiste. Cette revendication, qui sera sous des formes variées une constante de la propagande communiste jusqu'au 22 juin 1941, se décompose en 4 éléments :
1) Gouvernement du Peuple : le gouvernement "s'appuyant sur les masses populaires" sera désigné à partir de juillet 1940 comme le "Gouvernement du Peuple".
2) Paix avec l'Allemagne : depuis septembre-octobre 1939 le Parti communiste plaide pour la "Paix immédiate". Les Gouvernements Daladier et Reynaud n'ayant pas répondu à cette revendication, Maurice Thorez propose de constituer un gouvernement qui satisfera cette demande. En février 1941, le PCF publiera son Programme de gouvernement dans lequel il propose d'établir "des relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne.
3) Soutien de l'URSS : Pour faire la Paix avec le régime hitlérien, le Parti communiste compte sur le soutien de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemage nazie sont organisées par le Pacte germano-soviétique du 22 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.
4) Condamnation de la réaction : Le Parti communiste condamne sous le terme de réaction et par la suite de fascisme tous ceux qui des conservateurs aux socialistes sont favorables à la guerre contre l'Allemagne !!!

Maurice Thorez ajoute que seul un gouvernement dirigé par le Parti communiste sera en mesure d'assurer "l'indépendance" de la France en la libérant de "la tutelle des agents du capital français et anglais".

Avec ce texte Maurice Thorez illustre parfaitement la ligne pacifiste (Paix avec l'Allemagne), anti-républicaine (condamnation du gouvernement républicain) et anglophobe (condamnation de l'impérialisme britannique) du Parti communiste et ses mots d'ordre : "Paix immédiate", "Notre ennemi est chez nous", "A bas la guerre impérialiste" auxquels vient désormais s'ajouter "Thorez au pouvoir".

Après la signature de l'armistice franco-allemand le 22 juin 1940, le PCF continuera d'appeler jusqu'au 22 juin 1941 à la formation d'un gouvernement communiste en affirmant que seul un tel gouvernement garantira la libération nationale (Paix avec l'Allemagne nazie) et la libération sociale (révolution socialiste) de la France.



MAI 1940



1er :                                                      1er MAI 1940

1er MAI : manifestation ouvrière internationale. Soldats, marins, aviateurs, nous n'oublions pas, sous l'uniforme, que nous restons des travailleurs. [...]
1er Mai 1940 : tout notre passé récent nous appelle à l'union contre les fauteurs et profiteurs de guerre, à l'action résolue pour la paix immédiate ! [...]

POUR QUI, POURQUOI CETTE GUERRE ?
C'est notre sang, sang d'ouvriers et de paysans qui coule pour le plus grand profit des capitalistes. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" disait Jean Jaurès. [...]
La vérité c'est que la guerre actuelle est une guerre impérialiste. Les financiers franco-anglais et les gros industriels allemands se disputent la conquête des matières premières et de nouveaux débouchés. Leur querelle n'est pas notre querelle. [...]

LA GUERRE DES RICHES CONTRE LE PEUPLE
[...] Le coût de la vie augmente dans des proportions catastrophiques. La misère règne dans nos foyers pendant que nous crevons au front. Ouvrières et ouvriers s'exténuent dans les usines au régime des 60 heures, des retenues et des restrictions. Des enfants travaillent 50 heures et davantage. [...]
De riches anglaises insultent nos malheurs par leurs parades en uniforme. Leurs indécentes coquetteries mettent en évidence la soumission de la France envers les ploutocrates britanniques. Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais. [...]
Chacun des actes des ministres français est d'ailleurs dicté de Londres et l'on envisage même la création d'un pseudo-parlement franco-britannique !!!.
Il a fallu pour en arriver là, bâillonner le peuple. La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage. Un régime comparable à celui du régime hitlérien, et qui laisse loin derrière lui les plus sombres périodes du Second Empire, est maintenant installé chez nous. [...]

A BAS LE GOUVERNEMENTS DES JUSQU'AU-BOUTISTES
Prenez garde, bourgeois. Si vous jouez avec le feu c'est à vos risques et périls. Soldats, marins, aviateurs de France, conscients de notre force, nous sommes 6 millions d'hommes sous les armes. En nous grandit la volonté de libérer à jamais notre peuple, nos femmes, nos enfants du cauchemar de l'exploitation capitaliste et des guerres.
Dans les casernes et les cantonnements, dans les casemates de la ligne Maginot, les ports et les navires, partout gronde le peuple-soldat. Nous savons désormais où est l'ennemi. Nous désignons les responsables. A nos yeux les traîtres et les criminels ce sont les hommes qui conduisent notre peuple à l'abattoir, ceux qui sacrifient la vie de la jeunesse française, ceux qui font verser le sang des soldats et des marins tout en se disant hypocritement "avares du sang français"; ce sont les Laval, Flandin, Bonnet, Daladier, Blum, Reynaud, tous ces commis du capital, à plat ventre devant la finance anglaise.
"A bas le gouvernement des jusqu'au-boutistes, à bas les chefs socialistes et réformistes vautrés dans l'union sacrée de guerre et de trahison", voilà notre cri unanime. Jamais les infamies actuelles n'auraient été possibles sans l'appui apporté à la réaction par les Blum, les Paul Faure et les Jouhaux. Pourvoyeurs de prisons et de champs de bataille, les dirigeants de la SFIO et les traîtres de la CGT domestiquée sont passés ouvertement dans le camp des ennemis du peuple et des fauteurs de guerre. Ils sont les acharnés partisans de la guerre antisoviétique, ils couvrent les pires exactions du patronat et réclament la guillotine contre les militants communistes. Les bassesses qui leur valent aujourd'hui les louanges des potentats du capital ne seront pas oubliés à l'heure du grand règlement de comptes. [...]

UNISSONS-NOUS POUR METTRE FIN AU MASSACRE
Opposons aux bourrages de crânes des feuilles kaki les vérités contenues dans le Trait d'Union et l'Humanité qui paraissent à la barbe de la police. [...]
Le 1er Mai proclamons nos revendications : [...]
A la porte le gouvernement Reynaud-Daladier-Monnet
Paix immédiate !
Un gouvernement s'appuyant sur le peuple est seul capable de conclure une paix juste et durable et d'instaurer un régime de liberté. [...]
Notre espoir en un ordre nouveau s'exprime dans le cri des manifestations populaires "Les Soviets partout, Thorez au pouvoir !".
A nous, soldats, marins, travailleurs, de finir cette guerre "à notre façon" comme l'a dit Dimitrov. A nous de conquérir enfin nos droits, nos libertés et la paix. Nous saurons bien alors, envers et contre tous, assurer l'indépendance de la France libre, forte et heureuse, que nous construiront ensemble. 

VIVE LE 1er MAI D'UNION DES OUVRIERS, PAYSANS, SOLDATS ET MARINS !
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
EN AVANT POUR LA PAIX ET LA LIBERTÉ !
(L'Humanité du Soldat du 1er mai 1940)
Responsable du Parti communiste clandestin, Benoit Frachon confie à Victor Michaut et Danielle Casanova la responsabilité d'organiser la propagande communiste au sein de l'armée.

Cette action se manifestera par la diffusion à partir de janvier 1940 d'une publication clandestine mensuelle, intitulée Trait d'union Soldat - Ouvrier - Paysan puis l'Humanité du soldat, qui s'attachera à convaincre les soldats français d'adhérer à la ligne du Parti communiste et à ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays" ou encore "Thorez au pouvoir".

Composé de 4 pages au lieu des 2 habituelles, le numéro de mai 1940 publie un seul texte intitulé "1er mai 1940" dans lequel l'Humanité du soldat appelle les soldats, les marins et les aviateurs à s'unir avec les travailleurs "pour mettre fin au massacre".

Avant d'appeler les soldats français à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Humanité du soldat rappelle le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, s'indigne de la soumission de la France capitaliste à l'Angleterre impérialiste et enfin dénonce les bellicistes, parmi lesquels figurent la SFIO et la CGT, comme les véritables ennemis de la classe ouvrière.

Conforme à la ligne du Parti communiste, ce numéro se caractérise aussi par sa virulence comme l'illustrent les phrases suivantes :
- "Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais."
- "La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage.
- "Un régime comparable à celui du régime hitlérien [...] est maintenant installé chez nous".

L'Humanité du soldat reprend la revendication d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, dans son texte publié dans l'Humanité du 25 avril 1940 : "Les "Pitt et Cobourg" de 1940".

La constitution d'un tel gouvernement permettra non seulement de faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais aussi de renverser le régime capitaliste et de mettre, ainsi, un terme définitif à la guerre impérialiste puisque "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Dès lors, les communistes pourront s'engager dans l'édification d'une "France libre, forte et heureuse".

On rappellera que ces deux objectifs, à savoir la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste, ont été fixés par le secrétaire générale de l'Internationale communiste, Georgi Dimitrov, dans son article "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" publié en novembre 1939 :
"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Pacifiste, l'Humanité du soldat du 1er mai 1940 s'oriente même sur la voie du défaitisme révolutionnaire avec cette menace que "partout gronde le peuple-soldat" contre "les traîtres et les criminels" "qui font verser le sang des soldats et des marins".

Au final, c'est un numéro pacifiste, anti-républicain et anglophobe qui sera diffusé aux soldats français présents sur la ligne de front lorsque l'armée allemande lancera son offensive le 10 mai 1940.

7  : Ribbentrop  transmet les instructions suivantes à  Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Ci-joint vous trouverez deux copies des deux mémorandums qui seront présentés par nos légations à La Haye, Bruxelles, et Luxembourg aux gouvernements concernés au jour et à l'heure qui vous seront oralement indiqués par le messager [Noté au crayon entre les lignes : 10 mai 1940, 5 h 45, heure d'été allemande]. Jusqu'à l'exécution de la démarche prescrite ci-dessous, ces mémorandums et ces instructions doivent restés strictement secrets et ne faire l'objet d'aucune mention pas même à un membre de l'ambassade.
Je vous demande après la réception de ces instructions d'inscrire sur les copies des mémorandums ci-joints - à la dernière page, sous le texte - la date du jour précédent celui de la remise de ces copies au Gouvernement à Moscou, de préférence avec une machine à écrire ou sinon à l'encre. 
A 7 heures du matin, heure d'été allemande, à la date qui vous a été mentionnée par le messager, je vous demande de solliciter un rendez-vous avec Molotov, en vue de lui remettre dans le courant de la matinée, le plus tôt possible à sa convenance, une copie des mémorandums. Je vous demande de déclarer à M. Molotov que le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest, qui ont été imposées à l'Allemagne par l'imminente offensive franco-anglaise dans la région de la Rhur en passant par la Belgique et la Hollande. 
Pour le reste, je vous demande d'utiliser les points de vue et les arguments qui figurent dans les mémorandums eux-mêmes.
Je vous demande de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre mission"
(Instructions du 7 mai 1940)
Le 7 mai 1940, Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, envoie par messager des instructions à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, aux termes desquelles il lui demande :
- de prendre rendez-vous avec Molotov le 10 mai 1940, jour de l'offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Luxembourg, Hollande, France)
- de remettre au Commissaire du peuple aux Affaires étrangères une copie des deux mémorandums qui ont envoyés le jour même aux gouvernement hollandais et belge d'une part et au gouvernement luxembourgeois d'autre part.
- de déclarer à ce dernier : "le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest".

10 : - Offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Hollande, Luxembourg et France).
L'offensive allemande du 10 mai 1940 marque le début de la Campagne de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien. Cette Campagne de France se divise en deux phases :
- la Bataille du Nord (10 mai - 4 juin 1940)
- la Bataille de France (5 juin - 25 juin 1940)

- Télégramme n° 874 de Schulenburg en réponse aux instructions du 7 mai :
"J'ai rencontré Molotov; instruction exécutée, Molotov a apprécié les nouvelles et ajouté qu'il  comprenait que l'Allemagne devait se protéger contre l'attaque franco-anglaise. Il ne doutait pas de notre succès".

13 : "Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur".
(Discours de Winston Churchill du 13 mai 1940.)
Nommé Premier ministre du Royaume-Uni le 10 mai 1940, le conservateur Winston Churchill prononce le 13 mai 1940 son premier discours ("Blood, toil, tears and sweat") à la Chambre des Communes.

15 : - Percée de l'armée allemande à Sedan.
L'armée allemande rompt la ligne de défense française en franchissant la Meuse à la hauteur de Sedan après trois jours de combats du 13 au 15 mai 1940.  

 Article-leader "Il faut mater les bandits impérialistes !" :
"C'est ainsi que nous imposeront le gouvernement dont parlait Maurice Thorez dans ce journal :
« Un gouvernement de paix s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale ». Un gouvernement assurant « l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais »."
(L'Humanité n° 46 du 15 mai 1940)
Dans ce premier numéro publié après l'offensive allemande sur le front Ouest, l'Humanité maintient sa ligne pacifiste, anti-républicaine et anglophobe. Reprenant la revendication de Maurice Thorez formulée dans le numéro du 25 avril 1940, l'organe central du PCF appelle à la constitution d'un gouvernement communiste qui fera la Paix avec l'Allemagne grâce au soutien de l'URSS et qui en outre libérera la France "de la tutelle des agents du capital français et anglais".
  
Tous les numéros de l'Humanité publiés pendant l'offensive allemande appelleront à la formation d'un gouvernement de Paix dirigé par le PCF !!!

17 : Article-leader "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère, de la ruine et de la mort" :
"Peuple de France ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 p 1-p 2)

20 : Article-leader "A la porte les banqueroutiers !" :
"Il faut constituer un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures immédiates contre la réaction et s'entendant avec l'URSS pour rétablir la paix générale."
(L'Humanité n° 48 du 20 mai 1940 p 1- p 2)

24: - Article-leader "L'intérêt du pays exige que soit chasser le gouvernement des 200 familles" :
"L'intérêt de la patrie, pour le peuple travailleur, se résume dans les mots : PAIN, LIBERTE, PAIX. Seul un gouvernement du peuple, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, et réalisant une entente avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix, peut lui assurer satisfaction."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940 p.2)

- "des hommes du gouvernement, Reynaud, Dautry, Marin, Rothschild dit Mandel etc..."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940 p.1)
Né Louis Georges Rothschild sans lien de parenté avec la famille de banquiers, Georges Mandel s'est engagé dans le journalisme puis la politique en prenant le patronyme de sa mère, Henriette Mandel, et le prénom Georges pour éviter la confusion avec son oncle maternel Louis Mandel. Ministre des colonies avant d'occuper le ministère de l'intérieur du 21 mars au 16 juin 1940 dans le Gouvernement de Paul Reynaud, il sera régulièrement dénoncé dans la presse communiste pour son rôle dans la répression des activité communistes. Opposant le plus ferme à toute demande d'armistice en juin 1940, Georges Mandel sera fusillé par la Milice le 7 juillet 1944.

On mentionnera aussi l'épisode des négociations pour la reparution de l'Humanité de l'été 1940.

Le 20 juin 1940, le PCF a envoyé une militante, Denise Ginollin, négocier avec lieutenant Weber de la Propaganda Staffel Frankreich la reparution de l'Humanité qui était suspendue depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique.

Pour obtenir une réponse favorable les communistes ont préparé un argumentaire dans lequel on peut lire :
- "Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Dal(adier) Ray(Reynaud) juif Mandel",
- "Juif M(andel) après Dal(adier) nous a emprisonnés", 
- "pas cédé face dictature juif M(andel)".

La condamnation de l'action politique du "juif Mandel" a donc été l'un des arguments utilisés par le PCF pour obtenir la parution de l'Humanité sous censure allemande.

- Manifeste "Nous accusons" du PCF publié dans le Daily Worker :
"Nous accusons la bourgeoisie française d'avoir provoqué la guerre actuelle en réduisant en esclavage le peuple allemand".

27 : Condamnation à mort de 4 ouvriers communistes pour des actes de sabotage.
Le 27 mai 1940, le 3e Tribunal militaire de Paris condamne 4 ouvriers communistes, Roger et Marcel Rambaud ainsi que Leon et Maurice Lebeau, à la peine de mort et 2 autres, Roger Leroux et Raymond Andrieux, à 20 ans de travaux forcés pour les sabotages de moteurs d'avions aux usines Farman. Les moteurs sabotés explosaient en plein vol entrainant la mort des pilotes.

C'est la première application de l'article 76 du code pénal qui depuis la modification apportée par le décret-loi du 29 juillet 1939 stipule que désormais "Sera coupable de trahison et puni de mort" :
"Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident."

Cette condamnation pour des actes sabotage présente aussi la particularité d'être l'un des rares cas où l'enquête a pu mettre en évidence la responsabilité d'ouvriers communistes.

Le 10 juin 1940, les quatre condamnés à mort seront transférés à la prison militaire de Bordeaux. Maurice Lebeau, 17 ans et demi, sera gracié le 18 juin 1940 par le président de la République, Albert Lebrun. Quant à Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau, ils seront exécutés à Pessac, près de Bordeaux, le 22 juin 1940.

La mémoire communiste n'a pas retenu les noms de ces morts et pour cause...

28 :  - Capitulation de la Belgique.

 - Prise de Narvik par les Alliés.
Les unités franco-polonaises participent avec les forces terrestres britanniques et norvégiennes à la prise de Narvik et de son port par lequel transite le fer suédois à destination de l'Allemagne. Victoire éphèmère. Les troupes alliées sont effet évacuées à partir du 7 juin suite à la dégradation de la situation militaire en France. Les allemands reprennent alors sans combat le contrôle de Narvik et le 10 juin la Norvège capitule.



JUIN 1940



4 juin 1940 
● Chute de Dunkerque.
Après avoir rompu la ligne de défense des armées françaises à la hauteur de Sedan le 15 mai, les blindés allemands ont poursuivi leur avancée en direction de la Manche afin de prendre à revers les forces franco-britanniques qui s'étaient engagées en Belgique. Finalement, les troupes franco-britanniques se retrouvent encerclées à Dunkerque d'où elles seront évacués vers l'Angleterre entre le 27 mai et le 4 juin. La chute de Dunkerque le 4 juin 1940 marque la fin de la Bataille du Nord. Le front est alors stabilisé sur la Somme et sur l'Aisne.


5 juin 1940
● Offensive allemande sur la Somme et l'Aisne
Cette offensive marque le début de la Bataille de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.

● Nomination du Général de Gaulle au poste de sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale et à la guerre (décret du 5 juin 1940).


Entre le 5 et le 10 juin 1940
 Réunion à Paris des dirigeants communistes.
Dans la première décade de juin 1940, les dirigeants communistes présents à Paris organisent une réunion au cours de laquelle ils décident qu'à l'exception de Gabriel Péri et de Jean Catelas, ils quitteront tous la capitale avant l'arrivée des troupes allemandes.

C'est ainsi que Bénoit Frachon, responsable du Parti communiste clandestin, quittera Paris le 12 juin pour s'installer dans le Limousin et que des dirigeants communistes suivront le gouvernement vers Bordeaux. Ce départ pour Bordeaux expliquant d'ailleurs pour partie la diffusion dans cette région au mois de juin 1940 de quatre tracts pacifiste signés "Le Parti communiste français" :
1) Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !
2) Pour sauver notre pays !
3) Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance : Rassemblement.
4) Appel au Peuple de France (le tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" est une version falsifiée de cet appel).

Ces quatre textes appellent à la formation d'un gouvernement communiste qui fera la Paix avec l'Allemagne grâce au soutien de l'URSS. Ils reprennent la revendication formulée par Maurice Thorez dans l'Humanité du 25 avril 1940. Il n'y a donc aucune divergence politique entre les textes du Parti communiste publiés à Paris ou dans la région de Bordeaux.

On mentionnera aussi la brochure "Union du peuple pour libérer la France" diffusée en août 1940 dans la région de Bordeaux. Comme les quatre tracts précédents ce texte, désigné comme "le Manifeste de Bordeaux", appelle aussi à la formation d'un gouvernement de Paix.

● Rédaction du tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" (Bordeaux) :
"Après l'abandon de l'Espagne Républicaine, livrée au fascisme par la non-intervention, nous avons été trahis à Munich lorsque Daladier et tous les Munichois, de Flandin à Blum, ont donné à Hitler les clefs de l'Europe, un armement moderne considérable, les plans de la ligne Maginot, et les usines où l'Allemagne a fabriqué les chars lourds qui marchent sur Paris. [...]
Pour le rétablissement de la Paix et de la Liberté. [...]
Il faut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires et prenant des mesures contre la réaction.
Un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" a été rédigé entre le 5 juin 1940 (offensive allemande sur la Somme) et le 14 juin 1940 (entrée des troupes allemandes dans Paris).

On peut déterminer cette période en s'appuyant sur le texte qui mentionne "les chars lourds qui marchent sur Paris". Le texte faisant référence à "Mussolini" sans évoquer l'entrée en guerre de l'Italie, on peut supposer que la date de rédaction se situe plus précisément entre le 5 et le 10 juin (date de l'entrée en guerre de l'Italie).

Diffusé dans la région de Bordeaux, ce tract appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui s'engagera avec l'URSS "pour le rétablissement de la Paix dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).

Ajoutons pour terminer que la dernière partie du tract correspond à celle du manifeste "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort" publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940. Ce constat apporte la preuve qu'il y a eu au moins une liaison entre la direction parisienne du PCF et les responsables communistes présents dans la région bordelaise entre le 17 mai et le 14 juin (voire le 10 juin).

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 38-40 (texte intégral).


10 juin 1940
● L'Italie déclare la guerre à la France et à l'Angleterre.

● Message du 10 juin 1940 du Président du Conseil Paul Reynaud au Président Roosevelt :
"Depuis six jours et six nuits, nos divisions se battent sans une heure de répit contre une armée disposant d'une supériorité écrasante en effectifs et en matériel. L'ennemi est aujourd'hui presque aux portes de Paris.
Nous lutterons en avant de Paris, nous lutterons en arrière de Paris, nous nous enfermerons dans une de nos provinces et, si nous en sommes chassés, nous irons en Afrique du Nord, au besoin dans nos possessions en Amérique. [...]
A l'heure où je vous parle, une autre dictature [L'Italie] vient de frapper la France dans le dos. Une nouvelle frontière est menacée. Une guerre navale va s'ouvrir.
Vous avez généreusement répondu à l'appel que je vous ai lancé il y a quelques jours à travers l'Atlantique. Aujourd'hui, 10 juin. c'est un nouveau concours, plus large encore, que j'ai le devoir de vous demander. 
En même temps que vous exposerez cette situation aux hommes et aux femmes d'Amérique, je vous conjure de déclarer publiquement que les Etats-Unis accordent aux Alliés leur appui moral et matériel par tous les moyens, sauf l'envoi d'un corps expéditionnaire. Je vous conjure de le faire pendant qu'il n'est pas trop tard. Je sais la gravité d'un tel geste. Sa gravité même fait qu'il ne doit pas intervenir trop tard.
Paul Reynaud appelle le Président Roosevelt à déclarer la guerre à l'Allemagne en soulignant la volonté de la France de se battre et de continuer si nécessaire le combat depuis les territoires de son Empire. Comptant sur l'appui de l'aviation et de la marine américaines, il précise que cet engagement ne porterait pas sur l'envoi d'un corps expéditionnaire.  

 Le Gouvernement Reynaud quitte Paris pour s'installer à Tours.


11 juin 1940
● Rédaction du tract "Pour sauver notre pays !" (Bordeaux) :
"Aujourd'hui, Hitler encercle Paris, et Mussolini, « l'ange de Paix » des munichois, a déclaré la guerre. [...]
PEUPLE DE FRANCE !
Pour sauver notre pays des désastres préparés par les deux cents familles et leurs Daladier, Blum, Flandin, écoute la voix du Parti communiste qui ne t'a jamais trompé, soutiens son action !
SOIS UNIS et LUTTE POUR UN GOUVERNEMENT S'APPUYANT SUR LES MASSES POPULAIRES, agissant contre le fascisme, la réaction et tous les traîtres à la classe ouvrière, capable de s'entendre sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
Rédigé entre le 10 juin (entrée en guerre de l'Italie) et le 14 juin 1940 (entrée de l'armée allemande dans Paris) le tract "Pour sauver notre pays !" est signé "Le Parti communiste français (SFIC)".
 
Ce tract diffusé dans la région de Bordeaux appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui s'engagera avec l'URSS "pour le rétablissement de la Paix dans le monde".

On fera remarquer que le titre du tract ainsi que le contenu de la partie intitulée "Peuple de France !" s'inspirent du manifeste "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940. Ce manifeste a donc été utilisé dans la rédaction de ce tract de Bordeaux et du précédant.

Dans son livre On chantait rouge, Charles Tillon affirme qu'il a appelé les français à se mobiliser contre l'envahisseur allemand dès juin 1940 alors qu'il exerçait ses fonctions de dirigeant communiste dans la région de Bordeaux. Il précise que cette ligne politique était distincte de celle suivie par le centre parisien qui, soumis aux directives de l'Internationale communiste, ne disait rien contre l'occupant allemand comme l'illustre, selon lui, l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 signé par Duclos et Thorez.

Pour étayer cette affirmation il s'appuie sur trois documents qu'il a diffusés dans la région de Bordeaux au cours de l'été 1940 : deux tracts, l'un rédigé le 11 juin, l'autre le 17 juin, ainsi qu'une brochure. Toutefois, les extraits cités sont systématiquement altérés par rapport aux textes originaux pour éliminer toute référence à la Paix avec l'Allemagne. De fait, il n'y a aucune divergence politique entre les textes publiés à Paris ou dans la région de Bordeaux.

Ainsi, la rédaction d'un tract le 11 juin 1940 est mentionnée dans ces termes :
"Le 11 juin, j'avais écrit dans un tract : « Peuple de France, Hitler encercle Paris... Mussolini, l'ange de la paix des munichois, a déclaré la guerre au peuple... Pour sauver notre pays des désastres préparés par les deux cents familles, sois unis contre le fascisme et la réaction. »" (2).

On notera que cet extrait correspond au tract "Pour sauver notre pays !". Toutefois, il manque l'essentiel : l'appel à former un gouvernement communiste "capable de s'entendre sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." Un appel à faire la Paix avec l'Allemagne nazie devient ainsi un appel à se mobiliser contre l'envahisseur allemand !!!

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983,  pp. 155-157.
(2) C. Tillon, On chantait rouge, 1977 p. 300.


12 juin 1940
● Benoît Frachon, responsable du Parti communiste clandestin, quitte Paris.


13 juin 1940
Conseil suprême interallié à Tours.
Le 13 juin 1940, sous la pression d'un Conseil des ministres qui la veille suivant l'avis du Général Weygand s'est exprimé en faveur de l'armistice, le Président du Conseil Paul Reynaud se rend au Conseil interallié qui se tient à Tours pour demander au premier ministre anglais Winston Churchill de libérer la France de l'Accord du 28 mars 1940 qui interdit aux deux gouvernements de négocier une Paix séparée avec l'Allemagne.

Opposé à tout armistice franco-allemand, Winston Churchill convainc Paul Reynaud de solliciter l'intervention des Etats-Unis en arguant qu'une réponse favorable donnera à la France un motif légitime de continuer la guerre et que le cabinet anglais s'engage dans le cas contraire à étudier la question posée par le gouvernement français.

Au vu de la situation militaire et du Conseil interallié, Paul Reynaud est donc conduit à renouveler son appel au président Roosevelt du 10 juin 1940. Ce second appel prendra la forme d'un discours prononcé le jour même à 23 h 30 et d'un message le lendemain.

"L’armée française a été l’avant-garde de l’armée des démocraties. Elle s’est sacrifiée, mais, en perdant cette bataille, elle a porté des coups redoutables à l’ennemi commun. [...] La France blessée a le droit de se tourner vers les autres démocratie et de leur dire : « J'ai des droits sur vous ! ». Aucun de ceux qui ont le sentiment de la justice ne pourrait lui donner tort. Mais autre chose est d'approuver et autre chose est d'agir.
Nous savons quelle place tient l'idéal dans la vie du grand peuple américain, hésiterait-il encore à se déclarer contre l'Allemagne nazie ? Je l'ai demandé au président Roosevelt [message du 10 juin 1940], vous le savez; je lui adresse ce soir un nouvel et dernier appel. [...]
Notre combat, chaque jour plus douloureux, n'a désormais de sens que si, en le poursuivant, nous voyons, même au loin, grandir l'espoir d'une victoire commune."
Le 13 juin 1940 à Tours, le Président du Conseil Paul Reynaud prononce à 23 h 30, après le Conseil interallié qui s'est tenu dans l'après-midi, un discours radiodiffusé dans lequel il appelle le Président Roosevelt à déclarer la guerre à l'Allemagne en soulignant, contrairement à son précédent appel du 10 juin, que la France ne poursuivra les combats qu'à la condition d'une entrée en guerre des Etats-Unis.


14 juin 1940
Entrée de l'armée allemande dans Paris.
Le 14 juin 1940, l'Oberkommando der Wehrmacht (OKW) (Haut commandement de l'armée allemande) publie le communiqué suivant :
"Par suite de l'effondrement total de l'ensemble du front français entre la Manche et la ligne Maginot, près de Montmédy, le commandement français a renoncé à sa première intention de défendre la capitale de la France. Au moment où paraît ce communiqué, les troupes allemandes victorieuses font leur entrée dans Paris."

Article-leader "Sauvons-nous nous-même" :
"L'armée allemande est aux portes de Paris ! [...]
Le peuple en a assez de cette guerre, assez d'un gouvernement qui, au lieu d'arrêter les traîtres comme Flandin, Bonnet et Daladier, a aggravé la répression anti-ouvrière et appliqué aux communistes le décret Sérol sur la peine de mort.
Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)
(L'Humanité n° 54 du 14 juin 1940)
Préparée la veille de l'entrée des troupes allemandes dans Paris sous la responsabilité de Jean Catelas, l'Humanité clandestine du 14 juin 1940 appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS.

Cet appel à former un gouvernement de Paix dirigé par le PCF, représentant de la classe ouvrirère, est d'ailleurs résumée par la formule : "Sauvons-nous nous-même".

Pacifiste, ce numéro de l'Humanité qualifie même de "fascistes" et d' "hitlériens" tous ceux qui étaient favorables à la guerre contre l'Allemagne nazie !!! En outre, en condamnant à la prison "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste", il vise explicitement Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, et sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne !!!

Concernant la publication de l'Humanité clandestine on précisera qu'aucun exemplaire des numéros 50, 51, 52 et 53 n'a été retrouvé. Soit ces numéros n'ont pas été diffusés soit ils n'ont pas été conservés.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75.

Message du 14 juin 1940 du président du Conseil Paul Reynaud au Président Roosevelt :
"Dès lors, la France ne peut continuer la lutte que si l'intervention américaine vient renverser la situation, en rendant la victoire des Alliés certaine.
La seule chance de sauver la nation française, avant-garde des démocraties, et par là de sauver 1'Angleterre, aux côtés de qui la France pourra alors rester avec avec sa puissante flotte, c'est de jeter, aujourd'hui même, dans la balance, le poids de la puissance américaine. [...]
Je sais que la déclaration de guerre ne dépend pas de vous seul.
Mais je viens vous dire, à cette heure grave dans votre histoire, comme dans la nôtre, que si vous ne pouvez pas donner à la France, dans les heures qui viennent, la certitude que les Etats-Unis entreront en guerre à très brève échéance, le destin du monde va changer.
Vous verrez, alors, la France s'enfoncer comme un homme qui se noie et disparaître, après avoir jeté un dernier regard vers la terre de liberté d'où elle attendait le salut."
Avant son départ pour Bordeaux, Paul Reynaud adresse un message au Président Roosevelt dans lequel il renouvelle sa demande d'une intervention américaine en soulignant cette fois qu'à défaut d'une entrée en guerre des Etats-unis, la France au vu de sa situation militaire sera dans l'obligation de cesser le combat.

Le Président Roosevelt formulera sa réponse dans un télégramme daté du 15 juin 1940 dans lequel il rendra hommage au courage des armées françaises, renouvellera son soutien sous la forme de livraisons de matériel militaire et s'engagera à ne reconnaître aucune annexion portant atteinte à l'intégrité du territoire français mais il écartera toute idée de déclarer la guerre à l'Allemagne au motif que cette décision appartient au Congrès.

Le Gouvernement Reynaud s'installe à Bordeaux.


15 juin 1940
Jacques Duclos, secrétaire du PCF, arrive à Paris.
Le 15 juin 1940, Jacques Duclos, secrétaire du PCF, et Maurice Tréand, membre du comité central et responsable de la commission des cadres, arrivent à Paris, soit le lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans la capitale. La veille, à la demande de l'Internationale communiste, ils ont quitté Bruxelles où ils étaient réfugiés depuis octobre 1939.

Ils ont effectué ce trajet en compagnie d'Eugen Fried, représentant de l'Internationale communiste auprès du PCF, qui repart le lendemain pour Bruxelles où il continuera d'assurer une liaison avec l'IC.

Jacques Duclos assure désormais la direction du Parti communiste clandestin puisque Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, s'est réfugié à Moscou après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique et que Benoît Frachon qui assumait provisoirement cette responsabilité a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement en zone non-occupée.


16 juin 1940
Le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil.
A Bordeaux tard dans la soirée, le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil suite à la démission de Paul Reynaud qui s'est enfermé dans une double impossibilité :
- Impossibilité de poursuivre la guerre puisque le Conseil des ministres de l'après-midi a rejeté la proposition anglaise d'Union franco-britannique.
- Impossibilité de demander l'armistice puisque l'Angleterre n'a pas renoncé à l'accord du 28 mars 1940 aux termes duquel les deux pays se sont engagés à ne pas négocier de Paix séparée avec l'Allemagne.

La nomination du Maréchal Pétain sera publié au Journal officiel du 14, 15, 16 et 17 juin 1940 :
"Le Président de la République
Décrète :
Art 1°. – M. le Maréchal Pétain est nommé président du conseil des ministres, en remplacement de M. Paul Reynaud, dont la démission est acceptée.
Art 2. – Le président du conseil est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Bordeaux, le 16 juin 1940."


17 juin 1940
"il faut cesser le combat"
(Discours du Maréchal Pétain du 17 juin 1940 )
Le 17 juin 1940 à Bordeaux, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, prononce un discours radiodiffusé dans lequel il annonce aux français "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Le jour même où le Maréchal Pétain demande officiellement l'armistice, Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, convoque sans délai l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, afin de lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Article-leader "Pour la Paix par l'entente avec l'URSS" :
"Est-ce que la Cité de Londres obtiendra la continuation du massacre de nos frères et de nos fils pour permettre à l'Angleterre impérialiste avec ses 40 Millions d'habitants, d'en exploiter 400 Millions ?
Ou la volonté de paix du peuple français obtiendra-t-elle gain de cause ?
C'est du peuple lui-même que dépend la réponse ! Par notre action nous devons imposer une paix dans la sécurité, en exigeant par tous les moyens, un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires, s'entendant avec l'URSS, pour le rétablissement de la paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
Dans ce premier numéro préparé après l'entrée des troupes allemandes dans Paris, l'Humanité réaffirme sa ligne pacifiste et anglophobe dans l'article "Pour la Paix, par l'entente avec l'URSS". Dans ce texte, l'organe central du PCF dénonce "l'Angleterre impérialiste" qui s'oppose à tout armistice franco-allemand, et appelle, comme dans les numéros précédents, à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS.

Précisons que ce numéro a été rédigé le 16 juin avant la démission à Bordeaux en fin de soirée du gouvernement de Paul Reynaud et la nomination du Maréchal Pétain.

"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
 (L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
La manchette de l'Humanité appelle dans les deux langues les travailleurs français et les soldats allemands à s'unir.

Cet appel à fraterniser avec les soldats allemands, comme ceux qui seront diffusés par la suite (n° 59 du 4 juillet 1940, n° 61 du 13 juillet 1940, n° 65 du 27 juillet 1940), illustre la thèse de la guerre impérialiste défendue par le PCF depuis septembre 1939.

Selon cette thèse la cause de la guerre n'est pas le nazisme mais le capitalisme autrement dit l'impérialisme de chacun des belligérants. En conséquence, le soldat allemand n'est pas un envahisseur mais un prolétaire, victime à la fois du capitalisme allemand et de l'impérialisme français, avec lequel il faut s'unir pour renverser le régime capitaliste et mettre ainsi un terme définitif à la guerre.

L'Humanité appelle les travailleurs français à s'unir avec les soldats allemands alors que les combats entre les armées de la République et la Wehmacht se poursuivent. Ajoutons que ce numéro est même diffusé avant le discours du Maréchal Pétain annonçant la demande d'armistice puiqu'il sera prononcé à 12h30 à Bordeaux, . 

Tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" (Bordeaux).
L'historiographie communiste s'appuie sur l'Appel de Charles Tillon diffusé dans la région de Bordeaux le 17 juin 1940 pour affirmer que les communistes sont non seulement des Résistants mais de plus les premiers puisque le Général de Gaulle ne prendra la parole que le lendemain pour appeler les français poursuivre le combat contre l'Allemagne.

D'ailleurs, Charles Tillon, lui-même, écrit dans Les FTP, soldats sans uniformes qu'il a diffusé le 17 juin 1940 dans la région de Bordeaux, un tract intitulé "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" dans lequel il appelait les français à se mobiliser contre l'envahisseur allemand. Il précise qu'un "exemplaire original existe au centre Jean Moulin de Bordeaux" (1).

En réalité, dans ce tract Charles Tillon appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui négociera une "Paix équitable" avec l'Allemagne grâce au soutien de l'URSS :
"pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du  parti communiste, LUTTANT CONTRE LE FASCISME HITLERIEN et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une Paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes."

Précisons que les mots "fascisme hitlérien" désignent le Gouvernement Pétain et non les armées allemandes comme le soutiennent les historiens communistes. Pour étayer cette affirmation on citera... Charles Tillon qui dans la brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 décrit le gouvernement du Maréchal Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (2).

Le pacifisme du texte de Charles Tillon est d'autant plus évident qu'il reprend clairement la revendication principale du Parti communiste qui a été formulée par Maurice Thorez dans son article publié dans  l'Humanité n° 40 du 25 avril 1940 sous le titre "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" :
"Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale."
.
Pacifiste par son contenu, ce tract est en outre... un faux ou plus exactement une version falsifiée d'un tract authentique intitulé "Appel au Peuple de France" qui a été rédigé après la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 et diffusé dans la région de Bordeaux à la fin de juin 1940 voire au début de juillet 1940. 

En effet, après guerre, le tract ronéoté "Appel au Peuple de France" sera falsifié tant sur le fond que sur la forme pour tenter d'en faire un Appel à la Résistance sous le titre "Appel de Charles Tillon". L'exemplaire unique de ce faux tract imprimé sera ensuite versé aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux sans aucun contrôle quant à son authenticité 

Ainsi, l'historiographie communiste s'appuie sur un faux tract au contenu pacifiste pour affirmer que l'engagement du Parti communiste dans la Résistance est antérieur au 22 juin 1941, antérieur même à l'Appel du 18 juin 1940 !!!

(1) C. Tillon, Les FTP, soldats sans uniforme, 1991, p. 15.
(2) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 48 (texte intégral).


18 juin 1940
"Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas" (Appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle)

Le Parti communiste condamne l'Appel du 18 juin 1940.

Début de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
A la demande de Maurice Tréand, Denise Ginollin se rend à la Kommandantur pour obtenir l'autorisation de publier l'Humanité. Après un accueil réservé, on lui demande de revenir le lendemain. On fera remarquer que ces négociations débutent le jour où le Général de Gaulle appelle les français à poursuivre le combat contre l'Allemagne.

- Tract "Il ya des comptes à régler" diffusé vers le 18 juin 1940.
Diffusé clandestinement vers le 18 juin 1940, ce tract pacifiste, anglophobe et anti-républicain sera aussi soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 en vue d'être publié dans le premier numéro de l'Humanité légale"


19 juin 1940 
"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
l'Humanité renouvelle son appel à l'union des travailleurs français et des soldats allemands.

"Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous  en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."
(L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 publiée avec un communiqué officiel allemand)
L'Humanité approuve la demande d'armistice en citant le Maréchal Pétain et en rappelant que des députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient sollicité un vote du Parlement sur des propositions de paix dans une lettre adressée au président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne.

On fera deux remarques, l'une sur la citation du Maréchal Pétain, l'autre sur l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

La citation du Maréchal Pétain ("il faut tenter de cesser le combat") est tirée de son discours publié dans la presse qui se distingue sur ce point particulier de celui qu'il a prononcé ("il faut cesser le combat"). Avant d'être remis à la presse le texte de ce discours a en effet été modifié à l'initiative du ministre des Affaires étrangères Paul Baudouin à la suite du constat que certaines unités avaient interprété le message du président du Conseil comme un appel à déposer les armes.

N'appartenant pas à la série régulière des Humanités clandestines, l'Humanité datée du "mercredi 19 juin 1940" entre dans le cadre des négociations que le Parti communiste a engagées le 18 juin 1940, jour de l'Appel du Général de Gaulle, avec les autorités allemandes pour obtenir la reparution de l'Humanité qui était suspendue depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien au... Pacte germano-soviétique.

Rédigée par Jacques Duclos, l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 a été préparée dans l'unique but de servir de modèle au premier numéro de l'Humanité légale. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce numéro modèle reproduit un communiqué officiel allemand. Il a été soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 avec d'autres textes ainsi que la maquette manuscrite du premier numéro de l'Humanité légale. Autorisé, ce premier numéro de l'Humanité sous censure allemande n'a pas paru en raison de l'arrestation par la police française dans la soirée du 20 juin d'un dirigeant et de deux militantes communistes qui étaient chargés par le PCF de faire reparaître légalement l'Humanité.

N'ayant pu être légalement publiée à cause de l'intervention... de la police française, l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 a toutefois fait l'objet dans les jours suivants d'une édition clandestine à part entière.

Le Parti communiste a donc apporté son soutien à la demande d'armistice en diffusant un numéro de l'Humanité qui a été soumis au visa de la censure allemande !!!

"Notre drapeau, c'est le drapeau de la paix, celui de la lutte contre le capitalisme, celui de la fraternité des peuples
(L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 publiée avec un communiqué officiel allemand)
Dans ce second extrait, l'Humanité expose avec clarté son projet pour la France : la paix avec l'Allemagne, la révolution socialiste et l'amitié franco-allemande.

- Première rencontre entre Denise Ginollin et le lieutenant Weber.
Denise Ginollin se présente comme prévu au service de presse de la Kommandantur où elle expose cette fois sa requête à un officier, le lieutenant Weber, qui lui répond qu'en principe rien ne s'oppose à la reparution de l'Humanité. Toutefois, il lui précise qu'il ne peut décider de son propre chef et l'invite en conséquence à revenir le lendemain pour avoir une réponse.


20 juin 1940
Fin de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 20 juin 1940, Denise Ginollin expose au Lieutenant Weber, à son second rendez-vous de la journée, les motifs pour lesquels il serait légitime d'autoriser la parution de l'Humanité. On signalera le caractère antisémite de cet exposé puisque parmi les arguments prévus par les communistes figure celui-ci : "Pas cédé face dictature Juif M(andel)"

Au terme de cet entretien le lieutenant Weber annonce à Denise Ginollin qu'il accorde au journal l'Humanité l'autorisation de paraître sous censure allemande. Cette reparution se fera d'ailleurs comme le souhaitait les communistes dans les formes qu'avait le journal avant son interdiction c'est-à-dire avec la mention "Organe central du Parti communiste français" et les emblèmes de la faucille et du marteau.

Denise Ginollin, qui doit repasser à 22 heures à la Kommandantur pour soumettre au visa du lieutenant Weber les articles du premier numéro de l'Humanité légale, est arrêtée à 20 h 30 par la police française, en même temps que Maurice Tréand et Jeanne Schrodt, pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes et publication irrégulière d'un périodique.

Ce sont ces arrestations ainsi que celle le lendemain de Valentine Grunenberger qui mettent un terme à la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.


Négociations pour la Reparution de l'Humanité - Partie 1

L'Humanité du 19 juin 1940 avec un communiqué allemand

"Pas cédé face dictature Juif M(andel)" (Argumentaire du 20 juin 1940)

Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940

Déposition de Maurice Tréand du 21 juin 1940


21 juin 1940
● Tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance : Rassemblement" (Bordeaux) : 
"Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hilter et Mussolini, comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne. [...]
Maintenant, ils négocient une paix fasciste. [...]

PEUPLE DE FRANCE, TRAVAILLEUR, TRAVAILLEUSES ! [...]
POUR SAUVER L'INDÉPENDANCE ET LA LIBERTÉ

Il faut immédiatement un gouvernement appuyé sur les masses populaires, brisant le complot fasciste de la réaction et faisant appel à l'URSS pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde !" (1).
Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance : Rassemblement" a été rédigé entre le 17 juin 1940 (demande d'armistice) et le 22 juin 1940 (signature de l'armistice).

Dans un rapport du 14 juillet 1940 du ministère de l'Intérieur, intitulé "Note sur les menées communistes", on peut lire que ce tract a été diffusé à partir du 21 juin 1940 dans la région de Bordeaux :
"La question des responsabilités, qui n'était qu'ébauchée dans les premiers tracts, est posée brutalement dans celui intitulé "Pour la Défense de la Liberté et de l'Indépendance : rassemblement !", qui circulait dans les usines de Bordeaux, dès le 21 juin." (2)

Diffusé après le 21 juin 1940 dans la région de Bordeaux, ce tract condamne le gouvernement Pétain qui négocie avec les autorités allemandes une "paix fasciste" et appelle pour ce motif à la formation d'un gouvernement communiste qui s'entendra avec l'URSS "pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).

Le Parti communiste ne condamne pas le principe de négociations de Paix avec l'Allemagne nazie, dans le cas présent l'armistice, mais le fait qu'en étant menées par le Gouvernement Pétain, représentant des oligarchies capitalistes, elles aboutiront à une "paix fasciste". Le seul parti légitime pour mener des négociations permettant de conclure une "paix véritable" est le Parti communiste puisqu'il est le seul à défendre les intérêts des masses populaires.

Pour terminer on signalera que la phrase "Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hitler et Mussolini comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne" permet d'établir un lien de parenté et d'antériorité avec "l'Appel au Peuple de France", diffusé à la fin de juin 1940,  dans lequel on peut lire :
"Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]
ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE."

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 45-47 (Texte intégral)
(2) D. Peschanski, Vichy 1940-1944 Archives de guerre d'Angelo Tasca, p. 358.


22 juin 1940
Signature de l'armistice franco-allemand.

Télégramme de l'IC du 22 juin 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Nécessaire réaliser ralliement force du peuple sous forme différents comités assistance, ravitaillement aide pratique aux masses, chômeur réfugiés, blessés, démobilisés.
Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs. Soulevez haine des masses contre Chiappe et tous les autres agents des envahisseurs.
Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand.
Indispensable reconstituer immédiatement syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libérations militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes.
[...] Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation. [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs." (1)
Partisan de l'armistice, le Gouvernement Pétain engage le 17 juin 1940 des négociation avec le Chancelier Hitler pour mettre fin au conflit entre la France et l'Allemagne. La défaite annoncée de la France conduit l'Internationale communiste à adopter le 22 juin 1940 une Directive dans laquelle elle fixe la ligne que devra désormais suivre le Parti communiste français.

La Directive du 22 juin 1940 prescrit au PCF de tirer profit de la présence allemande pour reprendre une activité légale autrement dit de considérer la puissance occupante comme une autorité légitime avec laquelle il peut avoir des contacts voire négocier à la condition toutefois de ne pas "donner impression solidarité avec envahisseurs".

Elle précise que le Parti communiste doit se mobiliser pour obtenir la  reparution de sa presse et notamment de l'Humanité, la libération de ses militants, la reconnaissance de ses syndicats ainsi que de ses comités d'aide à la population et enfin le rétablissement des municipalités communistes.

Cette Directive recommande aussi aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands afin de leur expliquer que tout acte de violence serait "contraire [aux] véritables intérêts [du] peuple allemand".

La Directive du 22 juin 1940 est envoyée le jour même dans un télégramme signé par Georgi Dimitrov, secrétaire de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, à Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF, qui depuis Bruxelles assure une liaison avec Jacques Duclos qui assume alors la direction du Parti communiste clandestin.

Le Parti communiste reçoit ces instructions au début de juillet 1940 comme l'atteste la lettre de Jacques Duclos du 3 juillet 1940 : "Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (2)

Ce dernier, d'ailleurs, applique, depuis le 15 juin 1940 et son retour de Belgique, une ligne légaliste sur la base des consignes orales qu'il a alors reçues d'Eugen Fried.

Au vu de ces éléments, on peut donc affirmer qu'il existe un accord clair entre Jacques Duclos (direction parisienne du PCF), Maurice Thorez (direction moscovite du PCF) et Georges Dimitrov (secrétaire générale de l'IC) pour que le PCF engage des négociations avec les autorités allemandes.

Ces négociations qui débutent à la fin de juin 1940 porteront sur les points suivants :
- reparution de la presse communiste et notamment de l'Humanité, organe central du Parti communiste français, qui est suspendu depuis le 26 septembre 1939 en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique. Seront aussi envisagées les parutions légales de Ce Soir et de la Vie Ouvrière.
- libération des "Défenseurs de la Paix" autrement dit des élus et militants communistes condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, et de ceux qui ont été internés administrativement dans les Centres de séjour surveillés en application du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.
- rétablissement des municipalité communistes autrement dit retour dans leurs municipalités des élus communistes suspendus de leurs mandats en septembre 1939 avant d'en être déchus en janvier 1940.
- reconnaissance des comités populaires qui sont des structures créées par le Parti communiste pour lui permettre de reconstituer ses organisations de base au sein des masses. Ce sont notamment les comité populaires d'entreprise, appelés aussi comités populaires d'usine, qui rassemblent les personnels d'une entreprise en vue d'assumer deux fonctions : ravitailler en vivre les familles du personnel et remettre l'entreprise en activité. Ou encore les comités populaires d'entr'aide et de solidarité qui visent à organiser, à l'échelle locale, le ravitaillement des populations.
- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation de communistes. Considérant que ce dernier point de négociation sortait du cadre qu'elle avait fixé et qu'il constituait une compromission, l'Internationale communiste critiquera avec virulence l'action de la direction parisienne du PCF. A la suite de ces critiques et au vu de l'absence de résultat concret, le Parti communiste mettra un terme définitif à ses pourparlers avec les autorités allemandes en août 1940.

Pour l'historiographie communiste, la Directive de l'IC du 22 juin 1940 appelle clairement le PCF à s'engager dans... la Résistance à l'occupation allemande.

Pour cela elle met en exergue la phrase suivante :
"Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs."

Tout d'abord, on notera que l'envahisseur n'a ni nationalité, ni idéologie. 

Ensuite, l'IC recommande de résister aux envahisseurs dans l'hypothèse où ils commettraient des actes de violence à l'égard de la population. Sur ce point particulier, on citera la lettre du 18 juillet 1940 rédigée par Jacques Duclos à l'attention de l'IC dans laquelle il décrit le comportement bienveillant des soldats allemands qui gardent les prisonniers de guerre français : "Pour ce qui est des soldats allemands qui gardent les prisonniers ils sont « chics » et se conduisent humainement. Ces soldats s'efforcent de faciliter aux femmes qui vont voir soit un fils soit le mari soit un frère l'approche du camp et permettent de passer lettres et paquets « à la sauvette »." (3)

Enfin, dans le paragraphe suivant, l'IC prescrit aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands dans le but de prévenir tout comportement violent :  
"Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand. "

D'ailleurs, dans une lettre du 3 juillet 1940 adressée à Martha Desrumeaux, responsable de la région Nord-Pas-de-calais du PCF, Jacques Duclos formulera plusieurs recommandations tirées de la Directive du 22 juin 1940 dont celle concernant la fraternisation avec les soldats allemands :
"De plus il faut recommander aux travailleurs le contact avec les soldats occupants de façon à établir des liens fraternels étant bien entendu que rien de ce qui opprime le peuple français ne sert le peuple allemand." (4)

Ainsi, non seulement la Directive du 22 juin 1940 n'appelle pas à la Résistance mais en plus elle encourage les militants communistes à fraterniser avec les soldats allemands !!! Ajoutons que cette recommandation sera même réaffirmée dans la Directive du 19 juillet 1940 : "Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupants représente tâche capitale." (5)

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 241-242.
(2) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 209.
(3) Ibid. p. 221.
(4) Ibid. p. 208.
(5) Ibid. p. 231.


24 juin 1940
Article-leader "CONSTRUIRE LA PAIX" :
"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente."
(L'Humanité n° 57 du 24 juin 1940)
L'Humanité approuve la signature de l'armistice franco-allemand et appelle à "Construire la Paix" avec l'Allemagne nazie. Le texte fait aussi référence à la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient une délibération du Parlement sur d'imminentes propositions de Paix. L'Humanité attribue l'échec de cette initiative pacifiste à la soumission du Gouvernement Daladier aux "ordres de la Cité de Londres".

Dans son Appel du 24 juin 1940, le Général de Gaulle propose une voie bien distincte de celle des communistes :
"Il faut qu'il y ait un idéal. Il faut qu'il y ait une espérance. Il faut que, quelque part, brille et brûle la flamme de la résistance française."

Télégramme n° 1212 de Schulenburg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou adressé au ministère des Affaires étrangères à Berlin :
"L'information suivante a été publiée par Tass dans la presse soviétique du 23 juin, et diffusée précédemment à la radio le 22 juin :
« Dans le cadre de l'entrée des troupes soviétiques dans les pays baltes, des rumeurs ont récemment encore été propagées affirmant que 100 à 150 divisions ont été concentrées à la frontière lituano-allemande, que cette concentration des troupes soviétiques était due à l'insatisfaction de l'Union soviétique devant les succès de l'Allemagne à l'Ouest, et que cela révélait une détérioration des relations gemano-soviétiques, et était conçu pour exercer une pression sur l'Allemagne. Récemment, différentes versions de ces rumeurs ont été répétées presque tous les jours dans la presse américaine, japonaise, anglaise, française, turque et suédoise.
Tass est autorisé à déclarer que toutes ces rumeurs, dont l'absurdité est de toute façon évidente, ne correspondent en rien à la vérité. Dans les pays baltes il n'y a, en fait, ni 100, ni 150 divisions, mais, en tout, pas plus de 18 à 20 divisions, et ces divisions ne sont pas concentrées à la frontière lituano-allemande, mais dans différents districts des trois républiques baltes, et leur but n'est pas d'exercer une "pression" sur l'Allemagne, mais de fournir une garantie pour l'exécution des pactes d'assistance mutuelle entre l'URSS et ces pays.
Les cercles dirigeants soviétiques sont d'avis que la propagation de ces rumeurs absurdes vise en particulier à obscurcir les relations germano-soviétiques. Ces personnes, cependant, prennent leurs désirs secrets pour la réalité. Apparemment, ils sont incapables de saisir le fait évident que les relations de bon voisinage, résultant de la conclusion du pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne, ne peuvent pas être altérées par des rumeurs ou une insignifiante propagande empoisonnée, parce que ces relations ne sont pas fondées sur des motifs d'opportunisme, mais sur les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne »."
L'agence de presse officielle soviétique Tass diffuse le 22 juin à la radio un communiqué, repris le lendemain dans les journaux, qui dément les rumeurs de la presse étrangère concernant la dégradation des relations germano-soviétiques. Le communiqué souligne que ces relations ne peuvent être altérées au motif qu'elles sont fondées sur "les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne". Dans un second télégramme du 24 juin 1940 numéroté 1213, Schulenburg mentionne le communiqué du 22 juin de l'agence Tass avec ce commentaire : "je déduis de la formulation du communiqué que Staline lui même est l'auteur".

Dans son discours prononcé le 1er août 1940 devant le Soviet suprême, Viatcheslav Molotov, chef du gouvernement soviétique, qualifie les relations entre l'URSS et l'Allemagne dans les mêmes termes que le communiqué du 22 juin : "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne, se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts fondamentaux de l'Union soviétique comme de l'Allemagne".

● Signature de l'armistice franco-italien.


25 juin 1940
● Entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.
L'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien marque la fin de la Bataille de France et met par ailleurs un terme à la Campagne de France qui a débuté le 10 mai 1940. Désormais, l'objectif des pacifistes, qu'ils soient pétainistes ou communistes, sera la signature d'un Traité de Paix entre la France et l'Allemagne qui mettra un terme définitif à l'engagement français dans cette guerre intra-européenne.

Appel au "Peuple de Paris !" :
L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le Peuple de France qu'il doit poursuivre la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance".  [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple,un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable.
Le Parti communiste réaffirme son soutien à l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 en diffusant à partir du 25 juin 1940 un Appel au "Peuple de Paris !" dans lequel il accuse le Général de Gaulle d'être au service de "l'impérialisme britannique", dénonce ses appels à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand et enfin plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste "décidé à maintenir la paix" avec l'Allemagne nazie.

Le 24 juin, Robert Foissin, avocat communiste, informe André Picard, avocat d'extrême droite qui s'est mis au service d'Otto Abetz, que ses camarades sont poursuivis par la justice française pour une tentative de faire reparaître l'Humanité alors que cette reparution a été autorisé par le lieutenant Weber. Le matin du 25 juin, André Picard annonce à Robert Foissin que ses camarades vont être libérés dans la journée et qu'Otto Abetz souhaite rencontrer Maurice Tréand pour reprendre avec un dirigeant communiste les négociations concernant la reparution de l'Humanité.

Dans son rapport à l'Internationale communiste du 30 juin 1940, Jacques Duclos mentionne le rôle des autorités allemandes dans la libération de Tréand et des trois militantes communistes : "l'avocat [Foissin] intervint auprès des autorités allemandes en soulignant les démarches faites pour obtenir l'autorisation de faire paraître « l'Huma » et le 24 juin [la libération a lieu le 25 juin] Grégoire [pseudonyme de Maurice Tréand] ainsi que les trois camarades femmes qui avaient été arrêtées étaient mis en liberté" (1).

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 195-196 (texte intégral).


26 juin 1940
Début de la seconde négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 26 juin 1940, Otto Abetz reçoit le matin à l'ambassade d'Allemagne une délégation du Parti communiste composée de deux membres du Comité central, Maurice Tréand et Jean Catelas, d'une militante communiste, Denise Ginollin, et enfin d'un avocat communiste, Robert Foissin.
A Cette 1ère rencontre, Abtez indique qu'il est impossible politiquement de laisser paraître l'Humanité et qu'il serait donc préférable de changer de titre. Il demande aussi l'établissement d'un programme concret. Les dirigeants communistes s'engagent alors à remettre un plan de travail et de propagande.

Cet engagement prendra la forme d'une lettre datée du 26 juin 1940 dans laquelle Maurice Tréand et Jean Catelas demandent aux autorités allemandes l'autorisation de publier l'Humanité.
Pour convaincre les autorités allemandes de satisfaire leur demande les dirigeants communistes soulignent que "L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonises françaises dans la guerre" c'est-à-dire le Général de Gaulle. Ou encore que "L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable" autrement dit de soutenir la formation d'un gouvernement communiste qui signera un traité de Paix avec l'Allemagne grâce à l'intervention de l'URSS qui sera formalisée par la signature d'un traité franco-soviétique "complément du pacte germano-soviétique".

Dans son rapport à l'Internationale communiste du 30 juin 1940, Jacques Duclos mentionne la rencontre avec Abetz : "Un personnage bien connu, Abetz, avait entre temps été informé des démarches faites par l'Humanité et il fit demander par l'intermédiaire de Foissin une entrevue avec le camarade qui venait d'être libéré pour discuter de la question de l'Humanité; nous aurions préféré que Grégoire [pseudonyme de Maurice Tréand], n'ait point à participer à une telle entrevue mais en raison des circonstances il était difficile de s'abstenir, aussi décidâmes nous qu'il verrait ce personnage en compagnie de Catelas, de la camarade D.R. [Denise Reydet, nom de jeune fille de Ginollin] et de Foissin".
Il rapporte ensuite les propos d'Abetz : "« Il n'est pas possible de laisser publier l'Humanité comme organe communiste; il ne nous est pas possible de légaliser le Parti Communiste et lui seul »" qui justifie sa position avec l'argument suivant : "« [...] Et puis pensez un peu à ce que dirait Mussolini et Franco qui sont à droite par rapport à l'Allemagne, si « l'Humanité » paraissait comme organe communiste. »"
Enfin, il termine cette partie consacrée à la reparution de l'Humanité en écrivant : "En conclusion de tout cela notre délégation n'avait pas de réponse définitive concernant la parution de « l'Humanité » , la question devant être encore examinée [...]. Nous pensons qu'il est juste de faire de gros efforts pour essayer d'obtenir le droit de faire paraître « l'Huma »" (1).

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p 196 (texte intégral).



27 juin 1940
● Foissin remet à Abetz la demande de parution légale de l'Humanité.
Le 27 juin 1940, le Parti communiste demande officiellement l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande en remettant à Otto Abetz une lettre signée par deux membres de son Comité central, Jean Catelas et Maurice Tréand.


28 juin 1940
● Lettre de Abtez au Dr Harald Turner : 
"Je vous envoie ci-joint la copie d'une lettre arrivée hier [Lettre du 26/06/40], dans laquelle trois représentants du Bureau central du parti communiste français exposent les motifs et le programme d'une reparution de l'Humanité et plaident pour la libération des communistes incarcérés par le gouvernement français ainsi que pour la réinstallation des fonctionnaires communistes déposés au début de la guerre. 
La lettre est de Maurice Tréand et Jean Catelas et a été apportée personnellement par Robert Foissin. [...]
Les trois personnes nommées ne m'ont pas donné l'impression que l'on pourrait les amener à s'écarter de leur doctrine.
Par contre elles paraissent susceptibles de nous rendre d'utiles services dans le cadre d'un accord clair pour remettre en marche l'économie française et rétablir une situation sociale plus saine. [...]
Foissin, Tréand et Catelas demandent une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire." (1)
Le 28 juin 1940, Abtez transmet la demande de reparution de l'Humanité au Dr Harald Turner, Chef des Verwaltungsstabesbeim Militärbefehlshaber Paris (Chef de l'Etat-Major administratif du Commandant militaire de Paris) accompagnée d'une lettre.  

Dans cette lettre datée du 28 juin 1940, Abetz résume les demandes du Parti communiste : reparution de l'Humanité, libération des militants communistes et retour dans leurs municipalités des élus communistes déchus de leurs mandats. Il met ensuite en évidence l'intérêt pour les autorités allemandes d'un accord avec les communistes : reprise de l'activité économique et garantie de la paix sociale. Enfin, il indique que les trois délégués du Parti communiste souhaitent rencontrer un responsable allemand afin de finaliser un accord.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 288 (texte intégral).

●  Foissin se rend à l'ambassade d'Allemagne pour connaitre la réponse des autorités allemandes. Abetz lui indique qu'aucune décision n'a encore été prise.


30 juin 1940
● Le matin paraît le premier numéro de La France au Travail dirigée par André Picard,
Ce journal lancé par les allemands vise avec un contenu anti-capitaliste le même public que la presse communiste. Il se caractérise aussi par son discours antisémite. 

La parution le matin de La France au Travail a des conséquence sur les négociations pour la reparution légale de l'Humanité. Les autorités allemandes ajoutent désormais une seconde condition pour autoriser un quotidien communiste : une parution le soir. Rappelons la première : un changement de titre.

● Rapport à l'IC du 30 juin 1940 de Jacques Duclos :
"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands. [...]

En tout cas la rupture entre le gouvernement Pétain et l’Angleterre s'élargit, un des pro-anglais de l’équipe ministérielle Paul Baudoin représentant du capital colonial a été obligé de parler publiquement contre l’Angleterre et le général de Gaulle au service des britanniques qui croyait pouvoir compter sur des gouverneurs de colonies, sur le général Mittelhauser de l'armée du Levant, voit ses efforts énergiquement contrecarrés par le gouvernement Pétain. [...]

Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.

Politique intérieure
Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre. [...]

Politique Extérieure 
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne". (1)
A la suite de l'offensive allemande lancée le 10 mai 1940 sur le front Ouest, l'Internationale communiste adresse le 15 mai 1940 un télégamme à Jacques Duclos et Maurice Tréand, qui sont réfugiés en Belgique depuis octobre 1939, dans lequel elle leur demande de rentrer à Paris : "Considérons opportun installation Jacques [Jacques Duclos] et Legros [surnom de Maurice Tréand] en Suisse. En cas impossibilité ils doivent tenter s'établir en France même" (2). Pour des raisons de sécurité ils ne seront en mesure de quitter Bruxelles que le 14 juin 1940.

Le 15 juin 1940, Jacques Duclos, secrétaire du Parti communiste, et Maurice Tréand, membre du comité central et responsable de la commission des cadres, arrivent à Paris, soit le lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans la capitale. Jacques Duclos assume désormais la direction du Parti communiste clandestin puisque Maurice Thorez, le secrétaire général, est à Moscou depuis le 8 novembre 1939 et que Benoît Frachon qui assumait provisoirement cette responsabilité a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement dans le Limousin. Les dirigeants communistes présents à Paris se sont en effet réunis vers le 10 juin 1940 et ont décidé qu'à l'exception de Jean Catelas et de Gabriel Péri ils quitteraient tous la capitale avant l'arrivée de l'armée allemande.

Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige à l'attention de l'Internationale communiste un long et détaillé rapport, co-signé par Maurice Tréand, sur la situation de Paris ainsi que les activités légales et illégales du Parti communiste depuis sa prise de fonction le 15 juin 1940.

Dans l'extrait cité, Jacques Duclos décrit des scènes de fraternisation entre "soldats allemands" et "ouvriers parisiens" avec ce commentaire : "c'est très heureux". Il mentionne ensuite le Général de Gaulle en indiquant qu'il est "au service des britanniques". Enfin, il ébauche un "programme revendicatif" dans lequel il demande notamment en politique intérieure la libération des "défenseurs de la paix", autrement dit des militants et élus communistes emprisonnés ou internés "pour avoir combattu la guerre", et formule en politique extérieure les revendications suivantes :
1) "maintien de l'armistice" franco-allemand du 22 juin 1940 et "répression énergique" de toute forme de Résistance,
2) indépendance des peuples coloniaux pour qu'ils ne soient pas engagés dans la guerre contre l'Allemagne,
3) pacte d'amitié avec l'URSS "qui compléterait le pacte germano-soviétique" et constituerait "un important facteur de pacification européenne".

La ligne politique défendue par le Parti communiste à partir de juin 1940 est claire et sans aucune ambiguïté :
- Le Parti communiste approuve l'armistice franco-allemand.
- Le Parti communiste condamne le Général de Gaulle parce que ce dernier appelle à poursuivre le combat contre l'Allemagne.
- Le Parti communiste appelle à l'indépendance des peuples coloniaux pour empêcher l'implantation de la France Libre du Général de Gaulle dans les territoires de l'Empire français.
- Le Parti communiste plaide pour la conclusion d'un Pacte franco-soviétique en précisant qu'il serait un complément au Pacte germano-soviétique et qu'il garantirait la Paix en Europe.

Ces éléments sont-ils caractéristiques de la Collaboration ou de la Résistance ?

Rappelons que l'historiographie officielle qualifie d'ambiguë la politique menée par le PCF entre juin 1940 et juin 1941. Quant à l'historiographie communiste elle défend la thèse d'un PCF résistant dès juin 1940 (Propositions du 6 juin - Directive de l'IC du 22 juin - Appel de Charles Tillon) ou juillet 1940 (Appel au "Peuple de France !" signé par Duclos et Thorez).

Dans ce rapport, Jacques Duclos rend compte aussi des négociations avec les autorités allemandes concernant la reparution de l'Humanité : la 1ère négociation entre Ginollin et Weber, l'arrestation par la police française puis la libération par les allemands de Tréand et des 3 militantes, enfin le contenu de l'entrevue avec Abetz. On précisera que Duclos relate les négociations avec les autorités allemandes sur la base des comptes rendus que lui fait Tréand. 

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes Le PCF et l'Internationale n° 52-53, 2e et 3e trimestre 1993, pp. 187-201 (Lettre intégrale). (2) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 226.
)


Fin juin 1940
● Appel au Peuple de France de juin 1940 (Bordeaux) :
"Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]
ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE. [...]
Pour un gouvernement populaire s'appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du PARTI COMMUNISTE, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s'entendant avec l'URSS pour une paix équitable, luttant pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes." (1)
A la fin de juin 1940 ou au début de juillet 1940, le Parti communiste diffuse dans la région de Bordeaux un "Appel au Peuple de France" dans lequel il appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui négociera une "paix équitable" avec l'Allemagne nazie grâce au soutien de l'URSS.

Ce tract bordelais est conforme à la ligne fixée par la direction centrale du PCF.

Précisons que les mots "fascisme hitlérien" désignent le gouvernement du Maréchal Pétain et non les armées allemandes. Pour étayer cette affirmation on citera la brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 dans laquelle Charles Tillon décrit le gouvernement du Maréchal Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (2). 

On pourra apporter les éléments suivants concernant l'auteur, la date de rédaction et la date de diffusion du tract "Appel au Peuple de France".

Dans son livre On chantait rouge, Charles Tillon affirme être l'auteur de deux tracts diffusés en juin 1940 dans la région bordelaise. Il donne un extrait de chaque tract sans mentionner de titre. Ces extraits, altérés, correspondent aux tracts "Pour sauver notre pays !" et "Appel au peuple de France".

Membre du comité central du PCF, Charles Tillon assume alors la responsabilité de cadre inter-régional pour tout le Sud-ouest.

Concernant la date de rédaction, on peut affirmer qu'elle est postérieure au 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand, en avançant trois arguments.

D'abord, le texte fait référence à l'armistice franco-allemand signé le 22 juin 1940 à Rethondes : "ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE". Il mentionne aussi la capitulation des armées de l'Est le 22 juin 1940, initiative prise par le Général Condé au vu de la situation militaire : "Après avoir livré les armées du Nord et de l'Est".  Enfin, on peut établir un lien de parenté et de postériorité avec le tract "Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance : Rassemblement" qui a été rédigé avant la signature de l'armistice et dans lequel on peut lire : "Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hitler et Mussolini, comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne". 

Pour déterminer la date de diffusion on pourra s'appuyer sur Charles Tillon qui dans son ouvrage Les FTP fait état de la diffusion d'un appel aux travailleurs quelques jours après le 27 juin 1940 et l'entrée des troupes allemandes dans Bordeaux : "Quelques jours plus tard un appel aux travailleurs fut diffusé dans la région, qui insistait sur la nécessité du combat immédiat contre le fascisme hitlérien". (3)

La référence au "fascisme hitlérien" permet de confirmer que cet appel au travailleurs correspond bien au tract "Appel au peuple de France".

Dernier élément, après-guerre, le tract ronéoté "Appel au Peuple de France" sera falsifié tant sur le fond que sur la forme pour tenter d'en faire un Appel à la Résistance sous le titre "Appel de Charles Tillon". L'exemplaire unique de ce faux tract imprimé sera ensuite versé aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux sans aucun contrôle quant à son authenticité.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 41 (texte intégral).
(2) R. Bourderon, opus cit. p. 48 (texte intégral).
(3) C. Tillon, Les FTP, 1962, p. 29 note n° 2.

Tract "Les bourreurs de crâne au pilori" de juin 1940



JUILLET 1940




PREMIÈRE PARTIE 

LA SITUATION

Le peuple de français se trouve devant une situation nouvelle :
A situation nouvelle, position nouvelle et formes nouvelles d'action et d'organisation.

L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire.
Résultat et suite logique de Munich : trahison et politique réactionnaire.

BILAN. - L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre.

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire. [...]
 
CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse. [...]
En juin 1940, suivant les prescriptions de l'Internationale communiste, le Parti communiste a sollicité les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui étaient interdites depuis septembre 1939.

Cette tentative de collaboration a débuté le 18 juin 1940 autrement dit avant même la signature de l'armistice franco-allemand pour s'achever le 27 août 1940 sur un échec.

Malgré cet échec le Parti communiste a continué de se mobiliser pour sa légalisation en appelant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités. Ce légalisme par l'action des masses, qui au départ avait pour finalité d'appuyer le Parti communiste dans ses négociations avec les Allemands, a perduré au moins jusqu'en mars 1941.

Les Instructions de juillet 1940 sont le premier document dans lequel le Parti communiste expose sa ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes.

Dans ce texte, il célèbre la défaite de la France comme une "victoire" pour "la classe ouvrière française et mondiale", reconnait que dans son combat contre "l'impérialisme français" l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel", fait état de la libération de militants communistes par les autorités allemandes, rend compte de ses négociations avec la puissance occupante et enfin définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".


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2  :  Post-scriptum à la lettre de Jacques Duclos du 30 juin 1940 :
"PS. Aujourd'hui, 2 juillet, aucune décision n'est prise par les autorités en ce qui concerne « l'Huma »" (1)
Avant d'expédier à l'Internationale communiste son rapport du 30 juin 1940, Jacques Duclos précise dans un P.S. que les autorités allemandes n'ont toujours pas répondu à leur requête concernant la reparution de l'Humanité malgré les relances de Foissin.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 201.

3  : - Une proposition communiste : l'Humanité du soir.
N'ayant toujours pas reçu de réponse des autorités militaires allemandes, Foissin informe Picard, qui sert d'intermédiaire avec Abetz, que ses camarades acceptent de faire paraître l'Humanité le soir sous le titre l'Humanité du soir.

Les communistes espèrent ainsi maintenir le titre l'Humanité en cédant sur l'une deux conditions posées par les autorités allemandes : une parution le soir.

- Lettre de Jacques Duclos du 3 juillet 1940 adressée à l'Internationale communiste :
"Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (1)
Jacques Duclos informe l'IC qu'il a bien reçu la Directive du 22 juin 1940 et qu'il en approuve le contenu. Rappelons que cette directive recommande au PCF d'engage une politique légaliste.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 209 (texte intégral).

4  : - Lettre de Robert Foissin du 4 juillet 1940 adressée à André Picard :
"J'ai mené de longues négociations avec mes camarades qui ont tout d'abord maintenu le titre l'Humanité et la parution le matin, pour des raisons sérieuses qu'il est inutile de te rappeler. Puis prenant en considération l'aggravation rapide de la situation politique et économique du pays, la nécessité de pouvoir publiquement orienter les masses vers une oeuvre immédiatement constructive, l'urgence de les détourner d'actions anarchiques et des provocations policières, que la presse clandestine est toujours incapable de ruiner dans l'oeuf, en les dénonçant au grand jour par la voie de la presse, mes camarades ont accepté et de paraître le soir et de modifier le titre du journal ainsi : l'Humanité du soir. Je t'ai transmis ces décisions dès hier matin [...].
Tu m'as loyalement mis au courant des manœuvres qui cherchent à étouffer la voix du seul parti qui a su définitivement tuer la haine entre les masses françaises et le peuple allemand, qui est capable de faire accepter la paix sans idée de revanche chauvine. [...]
Conformément à la demande de l'ambassade, j'ai remis le 27 juin une lettre de deux membres du Comité central du Parti communiste français. Je te prie de bien vouloir insister pour qu'une réponse, quelle qu'elle soit, y soit donnée. Nous restons evidemment mes camarades et moi, prêts à discuter, mais la situation générale impose une réponse immédiate". (1)
Dans une lettre du 4 juillet 1940 adressée à André Picard, Robert Foissin rappelle la proposition des communistes de la veille concernant l'Humanité du soir, souligne les objectifs pacifistes du PCF et enfin insiste pour que ses camarades obtiennent rapidement une réponse des autorités allemandes à leur requête.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 297-298.

- Début des négociations pour la reparution de Ce Soir (4 juillet 1940 - 27 août 1940).
Dans la soirée, Foissin est reçu à l'ambassade d'Allemagne par Abetz qui lui renouvelle l'impossibilité politique de laisser paraître l'Humanité même dans une formule du soir. Foissin lui répond que, dans ce cas, ses camarades acceptent de changer de titre et demandent l'autorisation de reprendre la publication toujours le soir de l'autre quotidien communiste : le journal Ce Soir.

Les communistes ont donc accepté les deux conditions posées par les autorités allemandes : un changement de titre et une parution le soir. La réponse d'Abetz à la nouvelle proposition communiste sera rapide et favorable.

5  : - Abetz demande à Foissin de préparer le 1er numéro du journal Ce Soir.

6  : - Les communistes soumettent à la censure allemande le premier numéro de Ce Soir.
Accompagné de Jules Dumont, nommé directeur de Ce Soir, Foissin se rend à l'Ambassade d'Allemagne pour remettre à Abetz la morasse du 1er numéro de Ce Soir qui est daté du lundi 8 juillet 1940.

Au cours de la conversation, Foissin indique que si les autorités allemandes autorisent la parution de Ce Soir, les communistes cesseront de diffuser l'Humanité clandestine ainsi que leurs tracts. (Lettre Abetz du 7 juillet 1940).

- Lettre de Jacques Duclos du 6 juillet 1940 adressée à l'Internationale communiste :
"Dans une telle situation les autorités occupantes ne sont pas hostiles, au contraire, au développement d'initiatives privées pour résoudre des problèmes comme celui du ravitaillement, de l'aide etc. et ces autorités savent qu'elles ne parviendront pas à créer des comités de masse avec leurs hommes, elles savent que seuls nous pouvons réaliser cela. Cela explique à notre avis, pourquoi après avoir refusé de faire paraître « l'Humanité » ils ont consenti à laisser paraître « Ce Soir » dont nous allons nous efforcer de faire le centre de ralliement des comités populaires de solidarité et d'entraide en poursuivant une politique très ferme contre les responsables de la catastrophe et pour l'indépendance de la France. [...] 
Le Parti n'est pas directement engagé dans la parution de « Ce Soir » [...].
Naturellement Gregoire [Maurice Tréand] et Catelas ont depuis l'entrevue dont il question dans la première lettre [Lettre du 30 juin] cessé tout rapport avec les représentants des occupants chargés de la presse, c'est Foissin qui a reçu l'autorisation pour « Ce Soir » [...].
Comme il fallait quelqu'un pour « Ce Soir » et que nous n'avons pas beaucoup de monde sous la main, nous avons pris Dumont [...].
Les députés emprisonnés dont on nous avons dit qu'ils étaient à Angers n'y sont pas en réalité et d'après certaines informations ils auraient été amenés en Angleterre, tandis que d'après d'autres informations ils seraient à fond de calle dans un bateau se trouvant en Méditerrannée. Dans le premier numéro de Ce Soir nous posons la question au gouvernment Où sont les députés communistes." (1)
Dans son rapport à l'IC du 6 juillet 1940, Jacques Duclos indique que les autorités allemandes ont accordé au journal Ce Soir l'autorisation de paraître. Dans les faits les communistes ont obtenu un accord de principe d'Abetz, mais le premier numéro de Ce Soir daté du 8 juillet 1940 qu'ils viennent de soumettre à la censure allemande n'a pas encore été validé.

En outre, il précise, point important, que le Parti communiste n'est pas directement engagé dans ces négociations. Il justifie cette affirmation en expliquant que Catelas et Tréand, deux dirigeants communistes, ont cessé tout contact avec les autorités allemandes, que l'autorisation de faire paraître Ce Soir a été négociée par Foissin, avocat communiste, et enfin que la direction du journal a été confiée à Dumont, militant communiste. Rappelons que la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes avait été menées par une militante communiste : Denise Ginollin.

Enfin, il mentionne que les autorités allemandes ont accordé cette autorisation parce qu'elles estiment que les communistes peuvent contribuer au règlement des problèmes auxquels la population est confrontée comme les difficultés de ravitaillement.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 215-216 (texte intégral).

7  : Abetz transmet la morasse aux autorités militaires  accompagnée  d'une  note  datée  du  7  juillet
1940 recommandant d'autoriser le journal Ce Soir :
"4° Autorisez un journal portant le titre de l'une des feuilles les plus connues du Front populaire Ce Soir pour éveiller d'emblée la confiance dans les masses imprégnées de marxisme.
Les journalistes désignées par le mouvement communiste pour la direction de la rédaction se sont déjà déclarés prêts à soumettre chaque projet d'article avant impression et à s'aligner au plus près pour le traitement des questions politiques les plus importantes sur le journal la France au Travail que nous rédigeons nous mêmes.
Le Parti communiste s'engagerait en outre à renoncer aux tirages illégaux de l'Humanité et des tracts les plus importants, en cas d'autorisation dudit journal ainsi qu'à prendre toutes les mesures qu'exigent l'exécution de cet engagement." (1)
Dans cette note Abetz estime que le mouvement communiste est susceptible de se développer pour les raisons suivantes : chômage et difficultés de ravitaillement, organisation du PCF et enfin opposition des communistes à la guerre. Pour lutter contre ce danger il propose aux autorités militaires plusieurs mesures. La quatrième recommande d'autoriser la publication du journal Ce Soir. Il précise que les communistes souhaitent obtenir cette autorisation dans le but de transformer ce journal, "tout d'abord apparemment apolitique, orienté seulement dans un sens antiploutocratique et anglophobe", en tribune communiste. Il ajoute que le contrôle allemand permettra au contraire de diffuser progressivement l'idéologie du national-socialisme sous le couvert d'un quotidien communiste.

On notera que pour obtenir l'autorisation de publier Ce Soir les communistes ont accepté de soumettre les articles à la censure allemande comme lors de leur première négociation avec le lieutenant Weber. Toutefois, ils ont fait deux concessions supplémentaires : s'aligner politiquement sur La France au Travail et renoncer à la diffusion de l'Humanité clandestine et des tracts les plus importants.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, pp. 302-303 (texte intégral).

10 : Vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

12 : - Sans réponse des autorités militaires, Foissin, à la demande de Catelas et Tréand, sollicite
Abetz pour qu'il recoive ses camarades. Ce dernier accepte de les rencontrer le lendemain.

- A Moscou, Thorez, informé de la rencontre du 26 juin entre Tréand et Abetz, note dans son carnet ce commentaire : "Tentative collaborer avec le Parti. Le compromettre parce qu'il reste la seule force".

13 : Réunion à l'ambassade d'Allemagne entre Tréand, Catelas et Foissin d'une part et Abetz et
Maass de la Propaganda Staffel d'autre part.
C'est à l'initiative de Tréand et de Catelas que se tient cette deuxième rencontre entre des dirigeants du Parti communiste et les autorités allemandes. La présence de Maass de la  Propaganda Staffel répond à la demande des communistes d'avoir "une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire" (lettre d'Abetz du 28 juin 1940). Cette demande peut désormais être satisfaite puisque les communistes ont accepté les conditions allemandes. Enfin, Foissin indique dans une note datée du 7 novembre 1944 qu'à cette conférence "la question du journal est de nouveau évoquée ainsi que l'attitude des autorités allemandes vis-à-vis du Parti communiste et les possibilités de propagande de ce dernier." (1)

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, p. 354.

"Dans notre dernière lettre [lettre du 6 juillet 1940] nous vous indiquions que l'autorisation avait été accordé de faire paraître « Ce Soir », mais au dernier moment, sous prétexte de divergences sur cette question dans les milieux allemands, la fameuse autorisation ne fût pas donnée; la question est toujours soi-disant à l'étude, mais nous savons à quoi nous tenir." (1)
Dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos indique que l'autorisation de faire paraître Ce Soir n'a finalement pas été accordée. Ce constat ne s'appuie pas sur le rejet de la requête communiste mais sur l'absence de réponse des autorités allemandes. Signalons que dans cette lettre, il ne mentionne pas la rencontre du 13 juillet de Tréand et Catelas avec Abetz et Maass.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 216-217 (texte intégral).

19 : - Discours de Hitler prononcé au Reichstag :
"Au plein milieu de cette lutte titanesque, livrée pour la liberté et pour l'avenir de la nation allemande, je vous ai fait convoquer à cette séance. Les motifs de cette initiative résident dans la nécessité de permettre à notre peuple de se bien pénétrer de l'importance historique, véritable unique, des événements que nous avons vécus, mais en même temps de remercier les valeureux soldats allemands. Ils s'inspirent, en outre, de l'intention de nous efforcer d'adresser un nouvel et dernier appel à la raison universelle. [...]

[Campagne de France]
L'appréhension d'une invasion des soi-disant alliés en Hollande et en Belgique d'un moment à l'autre prit de plus en plus corps les 6 et 7 mai, notamment sur la foi de communications téléphoniques échangées entre Londres et Paris et qui étaient parvenus à notre connaissance. Le jour suivant - le 8 - je donnai en conséquence l'ordre d'attaquer immédiatement le 10 mai à 5 h 35 du matin. [...]
Ainsi nous avons réussi non seulement à envelopper dans son ensemble le front formidable de la résistance française, mais encore à le démembrer et à le contraindre à la capitulation que vous savez. [...]
Lorsque le maréchal Pétain offrit la capitulation de la France, il n'a pas seulement mis bas à ce qui lui restait d'armes, mais il a mis fin aussi à une situation que tout soldat devait regarder comme entièrement intenable. Seul le sanguinaire dilettantisme d'un monsieur Churchill est à même, soit de ne pas saisir cette vérité, soit de la camoufler délibérément par ses mensonges. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs  - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans  trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts. Mais l'espoir de l'Angleterre de pouvoir arriver  à un allègement de sa propre situation en créant une crise européenne quelconque est un faux argument. Les homme d’État britannique comprennent tout un peu lentement, ils apprendront donc aussi peu à peu à se rendre compte de ce fait.

[Propositions de Paix du 6 octobre 1939]
Dans mon discours du 6 octobre, lorsque je prédit le développement futur de cette guerre, je ne me suis pas trompé.
Je vous assurais, Députés, que je ne pouvais à aucun moment douter de la victoire. Si ce n'est pas spécialement dans les défaites que l'on voit les signes et les garanties de la victoire finale, je crois alors que le développement des événements m'a donné raison, jusqu'à présent. Bien que je fusse persuadé de ce développement, j'avais alors tendu la main à la France et à l'Angleterre pour arriver à une entente. La réponse que je reçus est encore gravée dans votre mémoire. Tous mes arguments tendant à leur montrer la stupidité de continuer cette guerre, à leur prouver qu'elles avaient - même dans les circonstances les plus favorables - tout à y perdre et rien à y gagner que plaies et bosses, furent accueillis avec moquerie et traités avec dérision ou simplement passés sous silence. Je vous ai tout de suite assuré à ce moment-là que je craignais - en raison de ma proposition de paix - d'être même traité de couard qui ne veut plus combattre, parce que qu'il ne le peut plus. Et les choses se sont bien passées ainsi. Je crois toutefois que déjà aujourd'hui la France - certes moins les hommes d’État coupables que le peuple lui même - considère autrement cette date du 6 octobre. Quelles misères sans nom se sont abattues depuis lors sur ce grand pays et sur ce peuple ! Je ne veux même pas parler ici de tout ce que le soldat à dû souffrir pendant cette guerre. [...]
Tout cela, comme nous l'avons dit, n'aurait pas dû arriver. Car, encore mois d'octobre, je n'ai réclamé à la France et à l'Angleterre rien d'autre que la Paix.
Mais Messieurs les munitionnaires voulaient la continuation de la guerre à tout prix et cette guerre, ils l'ont eue.

[Propositions de Paix renouvelées]
Je suis trop soldat moi-même pour ne pas mesurer l'étendue du malheur engendré par de tels événements. Et voici que de Londres je ne perçois qu'un seul cri, qui n'est pas le cri des masses, mais des politiciens. On crie à la continuation de la guerre. [...]
Mister Churchil vient de déclarer une fois encore qu'il veut la guerre. Voilà six semaines qu'il a inauguré sa guerre aérienne dans laquelle il se croit apparemment de première force, notamment la guerre aérienne contre la population civile. Il est entendu qu'il fait cette guerre sous prétexte de s'en prendre aux installations d'importance militaire. Depuis Fribourg, ces installations sont des villes ouvertes, des bourgs, des villages, des habitations, des hôpitaux, des écoles des jardins d'enfants. Je n'ai guère permis jusqu'ici de donner la réplique. Mais cela ne veut pas dire que cela soit ou doive rester ma seule réponse.
Je sais fort bien que la réponse que nous donnerons un jour fera fondre des souffrances et des malheurs sans nom sur des être humains. Naturellement, pas sur Mister Churchill, car il se trouvera certainement alors au Canada, là où l'on a déjà transporté la fortune et les enfants des plus distingués des profiteurs de guerre. Mais pour des millions d'autres gens ce seront d'atroces souffrances. Et Mister Churchil devra m'en croire cette fois peut-être, par exception, lorsqu'en prophète je prévois qu'un grand empire mondial s'en trouvera détruit. Un empire mondial qu'il n' a jamais été dans mes intentions d'anéantir ou même de léser en quoi que ce soit. Seulement je ne me dissimule en aucune façon que la continuation de cette lutte ne pourra se terminer que par la destruction intégrale de l'un des deux adversaires. A Mister Churchill de croire que ce sera l'Allemagne qui sera détruite; je sais, moi, que ce sera l'Angleterre.
A cette heure je me sens tenu en conscience d'adresser une fois encore un appel à la raison, à celle de l'Angleterre. Je crois pouvoir le faire parce que je ne sollicite pas en vaincu mais je parle [avec] raison en vainqueur. Je ne vois aucun motif qui puisse contraindre à poursuivre cette lutte. [...]
Libre à Monsieur Churchill de dédaigner ma déclaration en criaillant qu'elle est le triste fruit de ma peur et de mon doute en la victoire finale. J'aurai alors, du moins, soulagé ma conscience en face des événements à venir."
Le 19 juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Chancelier Hitler prononce un discours devant le Reichstag dans lequel il célèbre la Campagne victorieuse de France, fait l'éloge des relations germano-soviétiques et enfin appelle l'Angleterre à s'engager dans des négociations de Paix.

Il fait aussi référence au Général de Gaulle en dénonçant les "généraux sans armées" qui se sont alliés à l'Angleterre pour combattre l'Allemagne.

Outre son contenu, l'intérêt de ce discours réside dans le fait qu'il présente de nombreuses similitudes avec la propagande communiste diffusée sur la même période.

- Maass de la Propaganda Staffel annonce à Tréand que Ce Soir est autorisé à paraître.
Le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour même où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la Campagne victorieuse de France, Maass de la Propaganda Staffel annonce à Tréand, au cours d'une réunion informelle qui se tient au domicile de Foissin,  les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Tout d'abord, Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Ensuite, les prisonniers communistes encore détenus en zone occupée doivent être libérés. Rappelons que des centaines de communistes incarcérés ont déjà été bénéficié de cette mesure. De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Enfin, les communistes doivent développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Le lendemain, Tréand rédige une lettre à l'attention de l'IC dans laquelle il détaille le contenu de cette 3ème rencontre avec les allemands.

20 : - Lettre de Maurice Tréand du 20 juillet 1940 adressée à l'IC :
"Chers amis,
Comme je n'ai pu voir Jac. [Jacques Duclos] hier et qu'aujourd'hui ce seras impossible, je veux compléter votre lettre [lettre de Duclos du 18/7/40] avant le départ de notre ami. [...]
[...] Après la réunion avec les allemands hier (dont je vous parlerais après) nous avons hier soir décidé d'aller encore plus vite. [...].
Je veux immédiatement vous donner l'essentiel de notre 3ème entrevue avec les allemands car je dois donner cette lettre dans une heure.
Chez Foissin nous avons reçu le chef de la propagande du Parti Nazi de [en] France un certain Maès. Voici sa conversation :
Pour le journal Ce Soir c'est d'accord pour sa reparution. Pour les affiches et les municipalités Abetz est parti à Berlin causé avec Hitler. Mardi soir nous vous donnerons la réponse.
Nous avons posé différentes questions, voici ces réponses :
1. Pour la libération des emprisonnés qui reste dans la zône occupé mais non condamné a cause du pacte germano-soviétique ils doivent être libérés, vous devez nous donner des faits précis et insiter auprès de autorités  allemandes pour leur libérations.
Sont dans ces conditions : Sémard, Tournemaine, les conseillers de Paris en prison à Bourges, les mutiles député Roca ect. à l'Île de Ré, des femmes à la prison de Libonne ect, ect.
2. Les prisonniers l'autre côté condamné en ce qui concerne le pacte germano-soviétique doivent être libérés à vous de faire pression auprès de Noël [Délégué de Vichy à Paris] pour leur libération. [...]
4. Nous pensez que vous devez faire plus pour faire marcher les usines ! Formé des comité populaire, et si des patrons ne sont pas là faîte marché l'usine. Nous vous créerons aucune difficulté dans ce sens. Il faut faire vite. Le peuple crève de faim. [...]
8. Votre tract sur la lettre des députés au président de la Chambre na pas assez grand tirage, diffusez en plus ajoutez les passages d'Hitler sur son discours pour la paix d'aujourd'hui [discours du 19/7/40] et multipliez le.
Vous pensez bien qu'il n'y aura aucune suite." (1)
Le 20 juillet 1940, Maurice Tréand transmet à l'Internationale communiste le rapport de Jacques Duclos du 18 juillet 1940, qu'il a d'ailleurs co-signé, accompagné d'une lettre non datée dans laquelle il relate sa "3ème entrevue avec les allemands" qui s'est tenue la veille au domicile de Foissin.

C'est en effet le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la Campagne victorieuse de France, que Maass, représentant de la Propaganda Staffel, annonce à Tréand les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Décision la plus importante : le journal Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Par contre, les décisions concernant le rétablissement des municipalités communistes et la légalisation de la propagande communiste par voie d'affiche dépendront des résultats de la rencontre entre Abetz et Hitler. D'ailleurs, Tréand mentionne le départ de Abetz a quitté Paris pour Berlin le 20 juillet 1940.

Ensuite, les autorités allemandes acceptent de libérer les prisonniers communistes qui sont encore détenus en zone occupée. Les demandes de libération devront leur être impérativement soumises. Rappelons que des centaines de communistes condamnés pour défaitisme ont déjà bénéficié de cette mesure.

Parmi les communistes qui pourraient ainsi être libérés, Tréand cite les noms de Pierre Sémard et de Raymond Tournemaine, respectivement secrétaire général et trésorier général de la Fédération CGT des cheminots, qui ont été condamnés en avril 1940 à 3 ans de prison pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes qui proscrit notamment la propagation des mots d'ordre de la IIIe Internationale.

De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Dans ce cas, les demandes de libération devront être présentées au délégué de Vichy à Paris, Léon Noël.

De plus, les autorités allemandes encouragent fortement les communistes à développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Enfin, Maass fait référence à la diffusion par le Parti communiste d'un tract reprenant la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient au président de la Chambre d'organiser une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui [allaient] être faites à la France" grâce "aux initiatives diplomatiques de l'URSS". Ces propositions ont été finalement formulées par Hitler dans son discours du 6 octobre 1939.

Maass approuve le contenu de ce tract diffusé clandestinement, regrette la faiblesse du tirage et suggère même de publier une nouvelle édition qui intégrerait des passages du discours prononcé par Hitler le 19 juillet 1940 dans lequel il rappelle ses propositions de Paix du 6 octobre 1939 et le refus du gouvernement français. Tréand indique en commentaire qu'il n'y aura pas de suite à cette suggestion.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 229 (texte intégral).

- Télégramme de l'IC du 20 juillet 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Reçu vos matériaux jusqu'au six juillet. Considérons juste ligne générale.
Indispensable redoubler vigilance contre manœuvres des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants. [...]
Juste utiliser toutes possibilités légales, mais en renforçant organisations illégales." (1)
A Moscou, l'Internationale communiste transmet dans un télégramme du 20 juillet 1940 signé par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, la Directive qu'elle a adoptée le 19 juillet 1940 sur la base notamment des courriers de Jacques Duclos du 30 juin, 3 juillet et 6 juillet 1940.

Thorez et Dimitrov adressent un satisfecit à Duclos pour les négociations avec les autorités allemandes (la première avec Weber et la seconde qui est toujours en cours). La seule critique ("faute") porte sur l'entrevue entre les dirigeants communistes et Abetz. Il y a encore une fois un accord clair entre Jacques Duclos, Maurice Thorez et Georges Dimitrov pour négocier avec les autorités allemandes à la condition que le Parti ne soit pas directement engagé.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, opus cit., p. 265. (Texte identique à celui de la Directive du 19 juillet 1940 qu'on peut lire dans les Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes  n° 52-53 pp. 231-232)

- Abetz est convoqué à Berlin. Il sera absent pendant 3 semaines.

30 : A Berlin, Abetz rédige un mémorandum à l'attention de Hitler dans lequel il recommande entre
autres d'autoriser le journal Ce soir :
"Il serait donc recommander : [...]
3. De publier un quotidien au titre accrocheur, bien connu du temps du Front populaire, tel que Ce Soir, et d'y commencer un travail d'éducation antimarxiste. Les travailleurs pourraient prendre une telle feuille pour un journal communiste et seraient plus accessible aux articles qui y seront publiés." (1)
Dans ce texte titré "Travail politique en France", Abetz met en évidence "le danger du chauvinisme" qui pourrait conduire à la lutte armée en soulignant que le Parti communiste constitue une opposition naturelle au développement d'un tel mouvement. Toutefois, estimant qu'il n'est pas dans "l'intérêt de l'Allemagne d'avoir un voisin bolchévique à l'ouest" il propose des mesures pour lutter contre le communisme. C'est dans ce cadre qu'il propose à Hitler d'autoriser la reparution de Ce Soir dans le but de diffuser sous couvert d'un quotidien communiste une propagande pro-nazie.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 309.

Dans la deuxième quinzaine de juillet, Foissin rencontre le chargé d'affaires soviétique de passage à Paris. Il l'informe du contenu des négociations avec les allemands. Ce dernier, selon Foissin, lui indique qu'il peut continuer à la condition de ne pas être "prisonnier moral des allemands" (1).
Le compte rendu de Foissin sera l'une des sources d'informations de l'Internationale communiste quant au contenu des négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes.

(1)  Le Mouvement social n°113 oct-dec 1980 p. 75.


PEUPLE DE FRANCE !

Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION. [...]

Une Paix véritable
Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes. [...]
En défendant le pacte germano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique. [...]


Un Gouvernement du Peuple
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ». [...]
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple. [...]
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons  les artisans de la renaissance de la France.

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français :

MAURICE THOREZ                                            JACQUES DUCLOS
                     Secrétaire Général                                                      Secrétaire
Dans son Appel au "Peuple de France !" publié à la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste affirme qu'il est le seul parti légitime pour négocier avec Hitler une "Paix véritable" car "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !".

Plaidoyer pour un Gouvernement de Paix communiste, cet Appel au "Peuple de France" sera pourtant célébré par l'historiographie officielle comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original..



AOUT 1940




Extrait n° 1 :

"L'ARMISTICE DÉBUT D'UNE AUTRE GUERRE... [...]
Pas plus que le Munich de 1938, l'armistice de capitulation des munichois de Bordeaux n'est la paix.
L'armistice demandé par les 200 familles, s'il a mis fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, ne signifie pas la fin de la guerre impérialiste, mais la mise à la disposition d'Hitler du potentiel économique et militaire de la France, de ses possessions, afin que les 200 familles puissent encore agir, même en favorisant la guerre contre l'Angleterre, en vue de l'agression dont ils rêvent contre l'URSS, et de bénéficier d'un nouveau partage du monde, en échange de l'exploitation sanglante du pays."  (1)

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Extrait n° 2 :

"La classe ouvrière n'oubliera pas qu'une autre issue aurait pu être trouvée pour la France, si tous les partis n'avaient pas ensemble, réprimé l'appel du Parti communiste qui demandait notamment en mai 1940 (par l'Humanité illégale et ses publications éditées au prix de tant d'abnégation) le rétablissement des libertés démocratiques, des mesures brisant la 5e colonne, un gouvernement sans traîtres, et capable de faire appel à l'Union Soviétique pour pratiquer une politique d'amitié confiante, permettant sa collaboration en faveur du rétablissement de la paix véritable dans le monde." (2)

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Extrait n° 3 :

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (3)
Datée d' "AOUT 1940", la brochure "Union du peuple pour libérer la France" a été rédigée par Charles Tillon, dirigeant communiste qui assumait alors dans la région de Bordeaux la fonction de responsable inter-régional pour tout le Sud-ouest.

Tiré à 300 exemplaires, ce bulletin d'information de 20 pages a été diffusé au début de septembre 1940 dans les cinq départements du Sud-ouest avec un double objectif : rappeler aux cadres communistes la ligne du Parti et leur permettre de diffuser sous la forme de tracts les textes qui composaient cette publication.

On peut retenir des trois extraits cités les points suivants :

- Dénonciation du caractère impérialiste de la guerre contre l'Allemagne nazie. (extrait n° 1)
- Condamnation de l'armistice pétainiste au motif qu'il ne mettra pas fin à la guerre impérialiste (extrait n° 1). Autrement dit seul un Gouvernement communiste est légitime pour signer un armistice ou un traité de paix avec l'Allemagne.
- Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) (extraits n° 2 et 3).
- Révolutions socialiste (libération sociale) (extrait n° 3).
- Anglophobie (extrait n° 3).

Par son contenu pacifiste, anti-républicain et anglophobe, la brochure de Charles Tillon couramment désignée comme "le manifeste de Bordeaux" prouve que la ligne politique suivie par les communistes bordelais à l'été 1940 était en totale conformité avec celle définie par la direction centrale du Parti communiste.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 55-56.
(2) Ibid. p. 57.
(3) Ibid. p. 56.


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1  : Discours de Molotov prononcé à la 7e session du Soviet suprême de l'URSS :
"Camarades Députés,
Au cours des 4 mois qui se sont écoulés après la 6e session du Soviet Suprême, des événements d'une grande importance se sont déroulés en Europe.

[Situation militaire]
[...] Dès le printemps de cette année, la guerre se développait à une cadence accélérée. Sans s'arrêter aux événements qui ont eu lieu en Norvège, au Danemark, en Belgique et en Hollande, il convient de noter particulièrement la rapide défaite et la capitulation de la France : en un mois et demi à peine, l'armée allemande a non seulement brisé la résistance de la France, mais elle l'a contrainte à signer un armistice aux conditions duquel une grande partie du territoire français, avec Paris, continue à être occupée par les troupes allemandes. Néanmoins, la France, ayant obtenu l'armistice, n'a pas encore la paix. On ne sait encore rien, en général, des conditions de paix.
Des deux alliés adversaires de l'Allemagne et de l'Italie, il n'en reste plus qu'un, l'Angleterre, qui a décidé de continuer la guerre en bénéficiant de l'aide des Etats-Unis. [...]

[L'Angleterre refuse les propositions de Paix allemandes]
L'Allemagne a obtenu de grands succès dans la guerre contre les Alliés, mais elle n'a pas encore atteint le but fondamental, c'est-à-dire la cessation de la guerre aux conditions qu'elle désire. Le 19 juillet, le Chancelier du Reich a de nouveau adressé un appel à l'Angleterre, lui proposant de s'entendre au sujet de la Paix. Mais comme on le sait, le gouvernement anglais a repoussé ces propositions, voyant là une demande de capitulation et y a répondu en déclarant qu'il continuerait la guerre jusqu'à la victoire; il est même allé jusqu'à la rupture des rapports diplomatiques avec son alliée de la veille, la France.
Cela signifie que le gouvernement de l'Angleterre n'a pas voulu céder les colonies qu'il possède dans toutes les parties du globe, et s'est déclaré prêt à continuer la guerre pour son hégémonie mondiale, bien qu'après la défaite de la France et l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Allemagne cette lutte soit devenue beaucoup plus difficile pour l'Angleterre. [...]

[Relations avec l'Allemagne]
Tous les événements mentionnés n'ont pas changé la politique extérieure de l'Union Soviétique. Fidèle à sa politique de paix et de neutralité, l'Union Soviétique ne participe pas à la guerre. Nos relations avec l'Allemagne, après le tournant qui s'est opéré il y a près d'un an, continuent à se maintenir entièrement comme prévues par l'accord germano-soviétique.
Cet accord que le gouvernement soviétique a observé strictement, a écarté la possibilité de friction dans les relations germano-soviétiques, lors de l'application des mesures le long de notre frontière occidentale. En même temps, il assure à l'Allemagne une certitude de calme à l'Est. Le cours des événements en Europe non seulement n'a pas affaibli l'accord, mais au contraire, a souligné l'importance de son existence et de son développement ultérieur.
Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne."
Le  1er août 1940, Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique prononce à la 7e session du Soviet suprême un discours sur la politique extérieure de l'URSS.

Molotov débute son intervention en relatant les conditions de la défaite de la France et en dénonçant le refus de l'Angleterre de répondre favorablement aux propositons de Paix formulées par Hilter dans son disours du 19 juillet 1940.

Sur le cas particulier des relations bilatérales entre l'URSS et l'Allemagne nazie, Molotov indique que l'URSS a "strictement" respecté les accords germano-soviétiques du 23 août 1939 et du 28 septembre 1939 garantissant ainsi à "l'Allemagne une certitude de calme à l'Est" autrement dit de faire la guerre sur un seul front.

En outre, le chef du gouvernement soviétique rejette les affirmations de la presse étrangère sur l'existence de tensions entre l'URSS et l'Allemagne en déclarant qu' "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

Le discours de Molotov du 1er août 1940 sera publié clandestinement par le Parti communiste avec à la page 8 la mention suivante : "Discours du camarade Molotov édité illégalement par le Parti communiste français, l'Ambassade d'Allemagne ayant refusé l'autorisation de le faire imprimer normalement".

Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, mentionne cette initiative dans son rapport à l'IC du 5 août 1940 : "nous somme en train d'éditer le discours du camarade Molotov et nous allons essayer de le faire vendre dans la rue". (1)

Dans un télégramme du 8 août 1940 envoyé au secrétaire général de l'IC, Georgi Dimitrov, il apporte les précisions suivantes : "Le discours de Molotov est publié légalement sans demande permission en 35 mille exemplaires et on continue". (2)

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 96 (texte intégral).
(2) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 283.

2  : A Moscou, Thorez note dans son carnet le contenu de la communication de Dimitrov :
"Com [Communication] Df [Dimitrov] Intrigues A. [Abetz] continuent [...]. Danger grave. Foissin. Un gouvernement national révol. [révolutionnaire] avec comm. [communistes]. Avertissement catégorique. Exclusion de ceux qui seraient compromis." (1)
Maurice Thorez est informé par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, que la direction parisienne du PCF négocie avec les autorités allemandes sa participation à un gouvernement national révolutionnaire. On peut supposer que cette information est tirée du rapport que Foisson a fait au représentant soviétique dans la deuxième quinzaine de juillet. Considérant que ce point particulier sort du cadre de négociation autorisé par l'IC et que surtout il constitue une compromission pour le PCF, Maurice Thorez envisage l'exclusion de Foissin.

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p 169-170.

5 : - Lettre de Robert Foissin du 5 août 1940 adressée à André Picard :
"2° Depuis 15 jours  tout  le  monde  dit que l'autorisation de sortir le journal Ce Soir est un fait acquis. Mais jusqu'à maintenant, Ce Soir ne peut paraître parce que personne n'en a encore donné l'autorisation officielle et formelle.
3° Des centaines de prisonniers politiques se trouvent encore dans la zone occupée. Bien qu'un memo ait été remis à ce sujet aux autorités allemandes, depuis plus de 10 jours mes camarades sont toujours détenus ou internés pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique, pacte dont les développements prochains viennent d'être si heureusement soulignés par Hitler et par Molotov dans leur plus récents discours.
4° Alors qu'on nous avait formellement assuré que nous étions couverts jusqu'à l'issue des pourparlers que tu sais, une centaine de militants ont été incarcérés depuis le 13 juillet pour avoir diffusé nos écrits qui ne peuvent être que clandestins, toute liberté de presse étant toujours supprimée en ce qui nous concerne. Il sont déférés aux autorités militaires allemandes. Nous ignorons l'objet de leur inculpation, les pénalités qu'ils, peuvent encourir et les conditions dans lesquelles ils peuvent se défendre et être défendus. Nous savons seulement que l'un d'entre eux a été condamné à six mois de prison alors que les tracts distribués ne contiennent absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation. [...]
En conséquence, si aucune décision n'intervient cette semaine, je me verrai dans l'obligation de demander à mon Parti de ma décharger de ma mission, mission que d'ailleurs il ne confiera à personne d'autre. 
Tu sais avec quel foi j'ai agi jusqu'à maintenant et les discours d'Hitler [discours du 19/7/40] et de Molotov [discours du 1/8/40] m'ont confirmé dans l'opinion que l'amitié entre le Reich et l'URSS doit avoir de profondes répercussions même sur l'évolution de la politique de la France.
Je reste persuadé que c'est aussi et toujours ton sentiment. A toi de faire de ton côté tous les efforts que, du mien, j'ai multiplié depuis plus de six semaines." (1)
Le 5 août 1940 Foissin écrit à Picard pour dénoncer le comportement des autorités allemandes qui ne respectent pas leur engagements, et demander une dernière fois que les revendications communistes soient satisfaites.

Dans sa lettre Foissin exprime plusieurs griefs illustrant les ambiguïtés des autorités allemandes.

D'abord, il indique que Ce Soir n'a toujours pas reçu officiellement l'autorisation de paraître alors que, depuis le 20 juillet et les annonces de Maass, les autorités allemandes ont donné leur accord à cette parution.

Ensuite, il mentionne que les communistes encore détenus en zone occupée n'ont toujours pas été libérés en précisant qu'il a, conformément aux exigences de Maass, remis aux autorités allemandes un memo demandant leur libération et en soulignant que tous ces militants sont détenus "pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique". Rappelons qu'en zone occupée les allemands ont déjà libéré un grand nombre de militants communistes condamnés pour défaitisme.

Enfin, il écrit que des distributeurs de tracts communistes ont été arrêtés alors que les autorités allemandes s'étaient "formellement" engagées à tolérer les activités du PCF pendant la durée des pourparles et que de plus ces tracts ne contenaient "absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation".

Fort de ce constat, Foissin insiste auprès de Picard pour que les revendications communistes soient rapidement satisfaites faute de quoi les négociations seront définitivement rompus.

Pour obtenir satisfaction, il met aussi en avant que les rapports entre les autorités allemandes et le PCF devraient s'inscire dans le cadre de "l'amitié entre le Reich et l'URSS" autrement dit tenir compte des bonnes relations qui existent désormais entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie et dont la solidité a été réaffirmée à la fois par le Chanchelier Hitler le 19 juillet 1940 et Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, le 1er août 1940 :

- Discours du Chancelier Hitler prononcé le 19 juillet 1940 à Berlin devant le Reichstag :
"Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs  - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans  trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts."

- Discours de Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, prononcé le 1er août 1940 à Moscou devant le Soviet suprême :
"Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 314-316 (lettre intégrale)

- Lettre de Jacques Duclos du 5 août 1940 adressée à l'IC :
"Nous avons reçu de vos nouvelles et comme vous pouvez le penser nous avons examiné avec le plus grand soin les conseils que vous nous donner concernant le renforcement de la vigilance contre les manœuvres des occupants ainsi que vos observations relatives à la conversation que nous vous avons relatée. Nous comprenons toute l'importance qu'il y a à ne pas nous laisser compromettre mais le déroulement des événements est tel que l'on peut dire que ce danger a été évité."  (1)
Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos répond au télégramme de Dimitrov et Thorez du 20 juillet 1940, qui mentionnait que "entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants", en affirmant que le Parti  a su éviter le "danger" de la compromission dans ses négociations avec les autorités allemandes. 

Précisons que "la conversation que nous vous avons relatée" fait référence à la rencontre du 26 juin 1940 entre Abetz et deux dirigeants communistes : Tréand et Catelas.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 92 (texte intégral).

- A Moscou, l'Internationale communiste réagit vigoureusement à la participation de Tréand à deux rencontres supplémentaires avec les autorités allemandes ainsi qu'au contenu des négociations qui porterait, au-delà de la reparution de la presse communiste, sur la constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec des communistes.
Elle adopte une Directive qui affirme d'emblée : "il est évident que le parti est menacé de graves dangers de la part des manœuvres des occupants".
Tout en jugeant indispensable d'éviter "articles, déclaration, pourparlers, entrevues tels qui pourraient avoir le caractère expression de solidarité avec les occupants", elle recommande de "poursuivre les efforts pour obtenir légalisation presse ouvrière".
Informée d'un "projet constitution gouvernement populaire", elle prescrit de repousser toute tentative de pourparlers avec les occupants "au sujet de la tactique ou d'autres problèmes du parti. Les intermédiaires de pareilles tentatives doivent être immédiatement dénoncés à la direction du Parti. L'attitude de l'avocat Foissin laisse croire qu'il est un agent des occupants". (1)
La Directive du 5 août 1940 est transmise au PCF dans un télégramme du 7 août 1940 signé par Dimitrov et Thorez.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 234-236 (texte intégral).

- Retour d'Abetz qui a été nommé au rang d'Ambassadeur le 3 août.

21 : Télégramme de la direction parisienne du PCF adressé à l'Internationale communiste :
"Tous pourparlers ont cessé après communications antérieures. Prenons mesures renforcement vigilance. Renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité. [...] Sommes surpris qu'on ait pu penser que nous pourrions devenir jouets des occupants . Parti uni derrière direction.
En réponse aux critiques de la Directive du 5 août 1940, la direction  parisienne du  PCF informe l'Internationale communiste, dans un télégramme du 21 août 1940 signé par Duclos, Tréand et Frachon, que "tous pourparlers ont cessé après communications antérieures" et que "les renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité". (1)

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p. 172.

22 : Abetz convoque Foissin pour lui annoncer les résultats de ses conversations à Berlin avec
Ribbentrop et Hitler concernant les demandes du Parti communiste (formation des comités populaires d'usines, légalisation de Ce Soir, libération des militants) :
"1° Accord sur le développement du mouvement des comités d'entreprise.
2° Impossibilité de la reparution de Ce Soir trop marqué par sa position lors de la guerre d'Espagne mais entrée à "La France au Travail" qui sera profondément remaniée.
3° Accord sur la libération des détenus de la zone non occupée."
(Note de Foissin du 7 novembre 1944)

25 : Foissin transmet les contre-propositions allemandes à Catelas qui lui demande de prendre
       rendez-vous avec Abetz pour le 27 août.
      
27 : Catelas ne se présente pas chez Foissin qui l'attend pour se rendre au rendez-vous avec Abetz.
       Fin de la 2de négociation pour obtenir la reparution de l'Humanité/Ce Soir.

31 : Foissin est exclu du Parti communiste.
Cette exclusion sera publiée dans le numéro spécial du 27 septembre 1940 de l'Humanité clandestine : "L'avocat Foissin qui, bien que sachant parfaitement que le Parti Communiste combat et dénonce le journal La France au Travail, a collaboré à cet organe de presse, est chassé des rangs du Parti."

La décision d'exclure Foissin a été prise par la direction moscovite du PCF (Thorez) qui lui reproche d'avoir mené des discussions d'ordre politique avec les autorités allemandes (la constitution à Paris d'un gouvernement populaire) au cours des négociations concernant la reparution de l'Humanité. Ne pouvant reconnaître la réalité de ces négociations ainsi que le rôle de Foissin, le Parti communiste justifie l'exclusion de Foissin en invoquant sa participation au journal La France au Travail.



SEPTEMBRE 1940



16 : "M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les
accusations portées contre son journal par notre Parti. [...] 
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".
(L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940.)
L'Humanité compare Léon Blum à Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), l'un des principaux animateurs du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail.

23 : Bataille de Dakar
Le 23 septembre 1940 une flotte française dirigée par le Général de Gaulle arrive au large de Dakar accompagnée d'éléments de la marine anglaise. Son objectif est rallier l'Afrique Occidentale Française (AOF) à la France Libre en débarquant dans sa capitale : Dakar. Les rejets par le Gouverneur général Boisson de l'ultimatum du Général du Gaulle puis de celui du commandant de la flotte anglaise déclencheront des combats navals et aériens qui prendront fin le 25 septembre 1940 avec le retrait des forces gaullistes et anglaises.

Ainsi, la tentative du Général de Gaulle de rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre se soldera par un échec.

Première juridiction d'exception instituée par le Régime de vichy, la cour martiale créée par la loi du 24 septembre 1940 sera chargée de réprimer la dissidence gaulliste. En effet cette cour est instituée au lendemain de l'opération de débarquement lancée à Dakar par le Général de Gaulle pour rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre.

26 : Article "A bas la guerre impérialiste" :
"Nous communistes, nous qui avons lutté contre la guerre impérialiste depuis septembre 1939, nous disons à tous les va-t-en guerre avec la peau des autres "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS". Nous voulons que la France reste en dehors du conflit en même temps que nous demandons pour tous les peuples coloniaux le droit à disposer d'eux-mêmes contre ceux qui voudraient faire couler encore du sang français pour le plus grand profit des capitalistes : le peuple français doit se dresser avec le mot d'ordre "A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE"".
(L'Humanité du 26 septembre 1940)
Analysant la Bataille de Dakar comme la volonté du régime de Vichy de s'engager militairement au profit de l'Allemage, l'Humanité du 26 septembre 1940 réaffirme avec force sa condamnation de la guerre impérialiste et son opposition en conséquence à toute participation de la France au conflit qui oppose désormais le capitalisme allemand au captialisme anglais.

Elle précise même que les communistes se mobiliseront comme ils l'avait fait dès septembre 1939 pour dénoncer l'engagement militaire de la France au profit de l'Angleterre impérialiste.

Ainsi, au mot d'ordre "A bas la guerre impérialiste", qui d'ailleurs n'était plus un élément déterminant de la propagande communiste depuis la défaite de la France, vient désormais s'ajouter "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS" pour la guerre.

27 : Signature du Pacte tripartite entre l'Allemagne, le Japon et l'Italie.
Le Pacte tripartite est avant tout une alliance militaire qui vise à dissuader les Etats-Unis d'entrer en guerre. L'article 3 stipule en effet que l'Allemagne, le Japon et l'Italie prennent l'engagement de "s'assister mutuellement par tous les moyens politiques, économiques et militaires, au cas où l'une des trois puissances contractantes serait attaquée par une puissance non impliquée actuellement dans la guerre européenne ou dans le conflit sino-japonais". Pour éviter toute équivoque quant à la finalité de cette alliance militaire l'article 4 précise que les clauses du Pacte tripartite "ne portent en aucune manière atteinte aux statuts politiques existant actuellement entre chacune des trois puissances contractantes et la Russie soviétique". D'ailleurs, en novembre 1940, l'URSS entamera des négociations avec l'Allemagne dans le but d'adhérer au Pacte tripartite.



OCTOBRE 1940



13 : - "Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la
guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 
"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."
(L'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940)
L'Avant-Garde appelle la "Jeunesse de France" à s'unir pour un objectif clair et précis : "LA PAIX" avec l'Allemagne nazie. C'est d'ailleurs parce qu'il défend la Paix avec l'Allemagne nazie, que l'organe central des Jeunesses communistes condamne sans aucune ambigüité le Général de Gaulle et tout engagement de la "Jeunesse de France" dans la Résistance à l'occupation allemande. Enfin, ce numéro est daté du 13 octobre 1940 qui correspond fortuitement au jour de l'arrestation de Guy Môquet pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

- Arrestation de Guy Môquet.
Militant des Jeunesse communistes, Guy Môquet est arrêté le 13 octobre 1940 par la police française pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

On rappelera que le Régime de Vichy et le Parti communiste partagent le même objectif de politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne nazie.

Ce qui les distingue c'est la nature de la Révolution anit-républicaine qu'ils veulent mettte en oeuvre sur le plan intérieur. Pour Pétain c'est la Révolution nationale, pour le Parti communiste c'est la Révolution socialiste.

En d'autres termes, le Régime de Vichy réprime les communistes parce qu'ils sont des militants de la Révolution socialiste. Quant au Parti communiste, il condamne le Régime du Maréchal Pétain parce qu'il incarne le capitalisme.

Prosper Môquet et Guy Môquet : Tel père, tel fils

24 : Rencontre entre le Maréchal Pétain et le Chancelier Hitler à Montoire-sur-le-Loir.
A la suite de sa renconte avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940, le Maréchal Pétain prononce le 30 octobre 1940 une allocution radiodiffusée dans laquelle il annonce sa volonter de collaborer avec les autorités allemandes : "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".

25 : Article "Misère - Esclavage - Trahison"
"Ne serait-il pas juste, alors que tant de gens souffrent, d'exproprier les grands capitalistes aryens et juifs pour donner du pain et du travail à tous ?
Le peuple pense que ce serait juste, et il sait que les communistes le feraient s'ils étaient au pouvoir."
(L'Humanité du n° 85 du 25 octobre 1940)
L'Humanité mentionne un exemple précis de mesure que prendraient les communistes "s'ils étaient au pouvoir" : exproprier "les grands capitalistes aryens et juifs". Cette mesure correspond au projet du Parti communiste qui en matière de politique intérieure propose la Révolution socialiste. Toutefois, on notera l'utilisation d'un vocabulaire emprunté au nazisme puisque les capitalistes sont divisés en "aryens" et "juifs" pour souligner que les mesures d'expropriations s'appliqueront aussi aux capitalistes "juifs". Tous ces éléments seront repris dans le programme publié par le Parti communiste en février 1941 sous le titre Pour le salut du peuple de France.

Précisons que les communistes analysent l'antisémitisme comme un produit du capitalisme qui vise à diviser la classe ouvrière et à la détourner de ses véritables ennemis : les capitalistes. Dès lors, le prolétaire juif est avant tout un prolétaire qui doit être défendu contre toute forme d'exploitation ou de discrimination, par contre le capitaliste juif reste avant tout un capitaliste qui doit être combattu au nom de la lutte des classes.

31 : Article "A bas la diplomatie secrète" :
"Veut-on créer une situation qui aboutirait à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage ?
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soit-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste. [...]
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes.
A bas la diplomatie secrète
A bas la guerre impérialiste
Vive la France libre et indépendante."
(L'Humanité n° 86 du 31 octobre 1940
Suite à sa rencontre avec le Chancelier Hitler, le 24 octobre 1940, dans la ville de Montoire-sur-le-Loir, le Maréchal Pétain annonce dans un discours radiodiffusé le 30 octobre 1940 qu'il entre "dans la voie de la collaboration" sans en préciser le contenu et notamment le volet militaire.

Le lendemain, l'Humanité dénonce dans l'article "A bas la diplomatie secrète" le projet caché du gouvernement Pétain-Laval d'engager la France dans la guerre impérialiste au profit de l'Allemagne. Elle indique que le Parti communiste s'oppose à cet engagement comme il s'est opposé à la guerre impérialiste "faite pour le compte de la finance anglaise" entre septembre 1939 et juin 1940. Autrement dit les Français, "qui ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre", n'ont aucune envie d'être "les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne". L'Humanité ajoute que le Parti communiste refuse que "des soldats français" se fassent tuer "pour de Gaulle" qui sert l'impérialisme anglais ou "pour Doriot et Déat", un ancien communiste et un ex-socialiste, qui servent l'impérialisme allemand. Enfin, l'Humanité plaide pour "un gouvernement du peuple", le seul capable "d'être un gouvernement français" car il ne sert aucun intérêt impérialiste étranger contrairement au "gouvernement Pétain-Laval" et au « "conseil" de de Gaulle » (référence au Conseil de la défense de l'Empire créé le 27 octobre 1940).

C'est la première mention du Général de Gaulle dans l'Humanité depuis l'édition n° 58 du 1 juillet 1940. On rappelera que les communistes ont dénoncé dès le 25 juin 1940 dans un tract diffusé à Paris 1940 le Général de Gaulle et ses appel à la Résistance et qu'en juillet 1940, ils ont cessé leurs attaques au motif que ces appels restaient sans échos dans la population.



NOVEMBRE 1940



8  : Manifestation d'une cinquantaine d'étudiants communistes devant le Collège de France pour
      protester contre l'arrestation du Pr. Paul Langevin.

11 : Manifestation patriotique des lycéens et des étudiants parisiens sur les Champs-Elysées pour
      commémorer l'armistice victorieux de 1918.

12-14 : Molotov séjourne à Berlin pour négocier avec Hitler l'adhésion de l'URSS au Pacte tripartite.

25 : Contre-propositions de Molotov à Hitler pour l'adhésion de l'URSS qui resteront sans réponse.



DECEMBRE 1940



"Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie."
(La Politique communiste n° 1 de décembre 1940)
Le Parti communiste publie en décembre 1940 la brochure "La Politique communiste" qui consacre son premier numéro à "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" autrement dit à l'engagement pris par le Maréchal Pétain de s'engager dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne. La première partie du texte est une condamnation de cette politique de collaboration au motif qu'elle n'apportera pas la paix avec l'Allemagne. La seconde partie propose comme alternative la politique du Parti communiste qui permettra, contrairement à celle du Maréchal Pétain, de conclure la Paix avec l'Allemagne : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".


Appel aux "Etudiants ! de décembre 1940" :

Etudiants !

Le 11 novembre, vous avez, malgré l'interdiction de l'occupant, célébré le souvenir de vos pères et de vos frères aînés tués dans l'autre guerre. [...]

JEUNES AMIS,
Assurer l'indépendance de la France, c'est permettre à ce pays d'être libéré de la sujétion de l'impérialisme britannique.
Dans une France meurtrie par la défaite où l'ont entraînée des politiciens tarés et des généraux traîtres ou incapables, l'indépendance de la France doit être recouvrée dans la paix. Soucieux, comme vous, de rendre à la France son indépendance et de la soustraire au vasselage et à la colonisation que lui préparent les hommes de Vichy et leurs maîtres de Paris, les Communistes vous disent :
 Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.
CEST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE [...]

Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS. [...]

Les Régions Parisiennes du Parti Communiste Français (SFIC)
Les Régions Parisiennes de la Jeunesse Communiste de France



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5  :  Après sa conversation téléphonique avec le général Keitel sur des incidents répétés à la frontière
entre les parties allemande et soviétique de la Pologne, Weizsäcker, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères allemand, écrit :
"L'expulsion des juifs vers le territoire russe, en particulier, ne s'est pas déroulée aussi facilement qu'il était apparemment attendu. En pratique, la procédure était, par exemple, qu'à un endroit tranquille dans la forêt, un millier de juifs étaient expulsés de l'autre coté de la frontière russe; 15 kilomètres plus loin, ils revenaient avec le commandant russe qui tentait de forcer le commandant allemand à reprendre le groupe."
(Memorandum n° 949 du 5 décembre 1940)

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