"Plutôt Hitler que Blum"

Pendant toute la durée du conflit franco-allemand, le Parti communiste a dénoncé Léon Blum comme un traître à la classe ouvrière au motif que le dirigeant socialiste soutenait la guerre contre l'Allemagne nazie.

La dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrents de la propagande communiste et notamment de l'Humanité. Elle a même justifié la publication de deux textes pamphlétaires en octobre 1939 et février 1940 sous les signature d'André Marty pour le premier et de Maurice Thorez pour le second.

La défaite de la France et l'arrestation de Léon Blum par Vichy n'ont pas mis fin aux attaques du Parti communiste. En effet, suivant l'exemple du Maréchal Pétain, les communistes ont appelé à faire juger le dirigeant socialiste comme l'un des responsables de la guerre et de la défaite.

C'est finalement l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 qui a marqué le terme de cette période au cours de laquelle le Parti communiste avait fait sienne cette devise :  "Plutôt Hitler que Blum".


Deux pamphlets contre Léon Blum

Le Parti communiste a publié en octobre 1939 et en février 1940 deux pamphlets contre... Léon Blum avec le même objectif : montrer que le dirigeant socialiste a trahi les intérêts de la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie. On fera remarquer que le chancelier Hitler n'a pas bénéficié des mêmes attentions.

1) "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" du 7 octobre 1939 :

Une lettre ouverte d'André Marty
à Monsieur Léon Blum
Directeur du « Populaire »

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous voici donc satisfait.
Après l'interdiction de « l'Humanité » [Arrêt ministériel du 26/08/39] et de la presse communiste, le Parti Communiste Français est dissous [Décret-loi du 26/09/39] et ses membres traqués.
Vous avez bien défendu les intérêts du capital financier. Car c'est en effet vous qui le premier avec votre « Populaire » et votre Parti avez attaqué avec violence l' « Humanité ». Prétexte le pacte germano-soviétique. But, chloroformer les masses populaires en vue de la suppression de « l'Humanité », décidée par vous et Daladier. [...]
La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation antisoviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier l'interdiction de notre parti.
A quelques jours même de cette cette opération infâme, la CAP [Commission Administrative Permanente de la SFIO], sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'imposent le salut de la Nation, une collaboration complète et sans réserve ».
C'est l'aveu de l'Union Sacrée jusqu'au bout de vous et de votre parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.
C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union soviétique. [...]
Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre parti ? C'est cela que je veux expliquer aux ouvriers, aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

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Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de s'abattre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misère. Or, vous savez bien que le Parti communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalisme. C'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. C'est pour cela que vous avez exiger sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste, cette guerre injuste. [...]
Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoqué par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont n'ont rien à voir dans cette affaire. Où plutôt, ils ont à s'occuper non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerres, le système capitaliste.
Seulement, c'est cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant social-démocrate que vous êtes. Et, c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques.
Tout d'abord vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne ! [...]
C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lithuanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !
C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et - déjà - avec ses fortunes scandaleuses ? [...]
Mais, dites-vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent qu'elle aille au secours de la Pologne ? [...]
On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour celle-là la classe ouvrière française n'a rien à faire. Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodt, celle des mineurs, celle des paysans affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des Blancs-Russiens - aujourd'hui libres. Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la Brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui  vient de disparaître. [...]
Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est - dites-vous - une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est une guerre antifasciste !
Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard !
Qui mène cette guerre « antifasciste » ?
Daladier-pleins-pouvoirs, Daladier-antiparlementaire, Daladier-pouvoir-personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères. Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvel preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ? [...]
Donc Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors d'une guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme. Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et le l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant d'une guerre antifasciste; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.

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A coup de calomnies et de campagnes infâmes vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes. Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste. [...]
Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et Staline, vous entendez bien Blum, de Staline. [...]
En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux-démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline. [...]
Et nous sommes fiers d'être membres de la même Internationale que le communiste Dimitrof qui nous montra face aux juges de classe et même devant le couperet, un communiste qui ne renie rien de ses convictions et défend inébranlablement la classe ouvrière et notre parti mondial des communistes. [...]
Nous sommes fiers d'être membre de ce parti mondial des communistes qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bien-être et de paix. Nous somme donc fiers d'appartenir au même parti que Staline; nous nous efforçons d'apprendre dans son œuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.
Vous insultez bassement, vilement Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant - vous pygmée - d'atteindre un géant de l'Humanité. [...]
Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.
Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut-être qu'on ne croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et de Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.
A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !
André Marty
Député de Paris
1) Contexte.

a) ligne politique.

Favorable à la défense nationale, le Parti communiste change de ligne politique après la réception des Instructions de l'IC du 9 septembre 1939 aux termes desquelles il doit désormais s'opposer à la guerre en dénonçant son caractère impérialiste.

Le premier texte du Parti communiste appelant à faire la Paix avec l'Allemagne nazie est la résolution "Il faut faire la paix" adoptée le 20 septembre 1939 par son Comité central. Cette résolution affirme notamment que "La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne."

b) direction du PCF.

Au début d'octobre 1939, le Parti communiste met en place une double direction : la première en France est confiée à Benoît Frachon, membre du Bureau politique du PCF, la seconde qui s'installera en Belgique sera assurée par Jacques Duclos, député et secrétaire du PCF. Cette réorganisation fait suite à deux faits majeurs : la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939 et la procédure judiciaire engagée contre les députés communistes après la diffusion à la fin de la Campagne de Pologne d'une lettre dans laquelle ils demandaient au président Herriot d'organiser une délibération du Parlement en faveur de la Paix.

En Belgique, la direction clandestine du PCF pourra s'appuyer sur l'antenne de l'Internationale communiste qui est dirigée par Eugen Fried. Chargé de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale et notamment le PCF, ce dernier vient de lancer l'hebdomadaire Le Monde en remplacement de la revue Correspondance Internationale désormais interdite en France. Les numéros de cette revue imprimée à l'étranger seront ensuite diffusés clandestinement sur le territoire français. La revue Le Monde sera publiée entre le 15 septembre 1939 et le 23 décembre 1939 avant d'être interdite par les autorités belges. Sa diffusion en France sera interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939. Cet exemple permet d'illustrer l'importance de cette direction bruxelloise qui sera un véritable centre d'imprimerie pour la propagande communiste. C'est ainsi que seront imprimés en Belgique les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939 (70 pages) ou des numéros spéciaux de l'Humanité.

Quant au secrétaire général du Parti communiste qui a été mobilisé dès le début la guerre, il déserte le 4 octobre 1939 sur les instructions de l'internationale communiste. Après un court séjour en Belgique, Maurice Thorez rejoint Moscou où il arrive le 8 novembre 1939.

2) Lettre d'Andre Marty.

Député communiste, André Marty est aussi secrétaire de l'Internationale communiste et c'est à ce titre qu'il a rejoint Moscou à la fin d'août 1939.

A la suite de la dissolution du Parti communiste, le dirigeant communiste publie dans Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 un texte - "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" - dans lequel il accuse Léon Blum de trahir les intérêts de la classe ouvrière en soutenant la guerre contre l'Allemagne nazie.

C'est d'ailleurs pour souligner la servitude de Léon Blum au grand capital qu'André Marty s'adresse au dirigeant socialiste en utilisant la formule "Monsieur le Conseiller d'Etat". On pourra étayer ce fait avec un article de Maurice Thorez de février 1940 intitulé "Léon Blum tel qu'il est" :

"Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps administratifs de l'Etat bourgeois."

La "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" illustre parfaitement la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine qui sera défendue par le PCF ainsi que ses mots d'ordres : "A bas la guerre impérialiste", "notre ennemi est chez nous", "Paix immédiate".

On mentionnera aussi deux points particuliers. D'abord, ce texte signé d'un dirigeant de l'IC présente la particularité d'être le premier texte du Parti communiste dans lequel est dénoncé le caractère "impérialiste" de la guerre contre l'Allemagne nazie. Ensuite, on notera, du fait de la dissolution du Parti communiste, l'importance accordée dans ce texte au thème de la fidélité à Staline, à l'URSS et à l'Internationale communiste.

Publiée en France sous forme de brochure en octobre 1939, "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" sera reprise dans le numéro spécial imprimé de l'Humanité de novembre 1939 puis dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939 qui seront diffusés en janvier 1940.

3) Condamnation d'Andre Marty.

Le 6 novembre 1939 sur le territoire de Rexpoëde, près de Dunkerque, sont découverts deux sacs de 60 kg remplis d'exemplaires de la revue Le Monde. Il s'agit du n° 4 daté du 7 octobre 1939 qui reproduit la "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum". A la suite de cette découverte la justice engage des poursuites contre André Marty pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui interdit la diffusion des mots d'ordre de la IIIe Internationale. Le 7 décembre 1939, la Chambre des députés autorise la levée de son immunité parlementaire pour permettre l'exécution du mandat d'arrêt délivré par le juge d'instruction. Le 26 janvier 1940, le tribunal correctionnel de Dunkerque le condamne par contumace à cinq ans de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques. Condamnation qui sera suivie d'un décret daté du 27 janvier 1940 aux termes duquel il est déchu de la nationalité française.


Renégats et politique d'Union sacrée

Léon Blum tel qu'il est

[...]
En effet, le chef socialiste appartient à une famille de la grande bourgeoisie d'affaires. Les bureaux de la Maison Blum se trouvent au cœur du Sentier, quartier des affaires de Paris, temple moderne du Veau d'Or. Comme il est d'usage dans les familles de la bourgeoisie régnante, on a réservé aux deux frères Blum des occupations différentes et complémentaires. L'un est à la tête de l'entreprise et est chargé de mettre en valeur le capital de la famille, en exploitant les prolétaires. L'autre - celui qui nous intéresse particulièrement - fut désigné pour défendre les intérêts de la Maison Blum et de toutes les autres maisons capitaliste, pour protéger les privilèges de la classe des exploiteurs. Il choisit pour carrière l'administration et la « politique ».

Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps  administratifs de l'Etat bourgeois. De cette manière, Blum devint le chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre de la première guerre impérialiste.  [...]

[1920-1934]

En décembre 1920, le Congrès de Tours vote, à une énorme majorité, l'adhésion du parti socialiste à l'Internationale communiste, fondée par Lénine. Léon Blum prend la parole au nom de la minorité chauvine et impérialiste. Son discours porte le cachet habituel de son insincérité et de sa casuistique haineuse. Il se présentait comme révolutionnaire, voire comme partisan de la dictature du prolétariat, tout en entendant démontrer que les communistes auraient tourné le dos au marxisme - ni plus ni moins - et qu'ils glissaient vers l'anarchie, le blanquisme et même le carbonarisme. Léon Blum sait très bien ajouter un « isme » à ses mots; il aime jongler avec les idées; il s'entend à prêter à ses adversaires des conceptions fantaisistes qu'il réfute ensuite sans peine. Calomniant les ouvriers et insultant leur enthousiasme révolutionnaire, Blum parle avec mépris du danger qui consisterait à « s'appuyer sur la sorte de passion instinctive et de violence grégaire des grandes masses inorganisées » (procès-verbal, p. 263). [...]

Les travailleurs parisiens ne dissimulèrent pas leurs sentiments à l'égard du traître Blum. En 1928, les ouvriers du 20e arrondissement - du quartier ou combattirent et moururent les derniers Communards - chassent Blum de son siège de député; ils élisent à sa place un permanent communiste poursuivi et recherché par la police, Jacques Duclos. Et Blum, généralement si prudent, perd la tête. Plein de rage, il laisse éclater sa haine. Il insulte les travailleurs parisiens qui resteront toujours attachés au parti de la classe ouvrière, et il écrit : « Les cadres communistes doivent être anéantis ! ». [...]

[Front populaire]

En mai 1936, le Front populaire remporte un formidable succès électoral. Chef du parti socialiste, qui avait conquis le plus grand nombre de sièges au parlement, Léon Blum devint président du Conseil. Alors il déclare au Congrès extraordinaire du parti socialiste, le 30 mai 1936 : « Je ne suis pas Kérenski; si je pars, ce n'est pas Lénine qui recueillera la succession ». A ce moment, où il n'y avait pas en France de situation révolutionnaire immédiate comme dans la Russie de 1917, ce mot de Léon Blum avait la signification que voici : « Mes chers amis capitalistes, ne vous inquiétez pas. Je ferai tout pour briser l'effort des masses. Je ferai tout pour que le Front populaire n'apporte pas à la classe ouvrière et au peuple la perspective d'une amélioration tangible et durable de leur situation, pour que vos profits ne soient pas amoindris et pour que votre domination, notre domination, ne soit pas compromise. Pour éviter que je me trouve un jour dans la posture, d'un Kérenski, je serai un Noske, un Müller. Je fraierai la voie à la réaction contre le Front populaire, contre la classe ouvrière, contre le communisme. »

Et en effet, Blum et son gouvernement n'hésitèrent pas à tourner le dos au programme du Front populaire. Dès le début du mois d'août 1936, Blum porta un coup terrible au Front populaire. C'est sur son initiative qu'intervint la catastrophique soi-disant « non-intervention », cette « tragique erreur que le peuple espagnol à payer de son sang », comme l'écrivait un jour le parti socialiste espagnol au parti socialiste français. Tout le monde voit aujourd'hui que ce ne fut pas une « erreur » mais la perpétration d'un plan bien calculé de la réaction internationale contre la classe ouvrière et le Front populaire, en Espagne et en France. Le traître Blum commit l'un des plus grands crimes de sa carrière si riche en crimes. Chargé d'affaires des capitalistes de France et d'Angleterre, il n'hésita pas à priver le peuple espagnol des moyens qui lui auraient permis de tenir tête à la révolte des généraux parjures et à l'invasion étrangère. [...]

[Accords de Munich]

En septembre 1938, Léon Blum se fait l'avocat de la capitulation de Munich. Selon sa manière insupportable et éhontée de s'analyser publiquement, l'égoïste jouisseur avoua son sentiment de « lâche soulagement » et de « honte ». Plus tard, il reconnut naturellement son « erreur » de Munich. Mais tout d'abord, il ne pensa qu'à prêter son appui à Daladíer. Le 4 octobre, le groupe socialiste à la Chambre approuva la trahison de Munich sur la pressante insistance de Blum. Et le même jour, il décida de ne pas s'opposer à la demande formulée par Daladier. Les conséquences en furent les décrets-lois qui détruisirent la législation sociale imposée par le Front populaire, - ainsi que la grève du 30 novembre 1938, trahie par Blum et Jouhaux et brutalement abattue par Daladier. Autre conséquence, le coup d'anéantissement porté contre la République espagnole, l'établissement des ignominieux camps de concentration où l'on parqua comme des criminels les héros de l'armée populaire espagnole et les glorieux combattants des brigades internationales. Enfin, dernière conséquence, l'assaut général contre la classe ouvrière et tous les travailleurs, et la guerre impérialiste.

Ainsi, il n'y a donc pas, pour une canaille politique du genre de Blum, de mesure unique permettant de juger ce qu'il a dit et fait hier et ce qu'il dit et fait aujourd'hui. Blum a renoncé à se tordre comme le répugnant reptile qu'il est et à siffler comme un reptile; il laisse maintenant libre cours à ses sauvages instincts d'exploiteur bourgeois qui a tremblé un moment pour ses privilèges. Il ne se donne plus la peine de dissimuler le vrai contenu de sa politique : la défense des intérêts du capital. A l'instar d'un chien de garde, il aboie à gorge déployée contre la classe ouvrière, contre l'Union soviétique et contre le communisme.

[Guerre franco-allemande]

En 1914 le parti socialiste, à la remorque de ses chefs traîtres, abandonna la cause du prolétariat et se mit au service de l'impérialisme. En 1939, le parti communiste, avec son Comité central en tête - à l'exception d'une poignée de renégats lâches et sans influence - demeure fidèle à la cause de la classe ouvrière, à la cause de la paix. Il stigmatise le caractère injuste, réactionnaire, impérialiste de la guerre actuelle. Il appelle tous les travailleurs à la lutte contre la réaction en France, en vue d'imposer la paix immédiate. Il lutte pour la défense des revendications de tous les exploités. Il popularise avec enthousiasme la ferme politique de paix de l'Union soviétique que les fauteurs de guerre impérialistes, malgré tous leurs efforts, n'ont pas pu précipiter dans le sanglant chaos. [...]

Les enseignements des classiques du marxisme nous permettent de mettre à nu les causes et les objectifs de la guerre actuelle. La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles.

A qui le policier auxiliaire et le dénonciateur Blum veut-il faire croire que la France, avec un désintéressement sans exemple, n'aurait pris les armes que pour « rester fidèle à ses engagements vis-à-vis de la Pologne » ? Il prétend que la guerre imposée à la France a pour véritable et seul but « l'indépendance et la sécurité de la patrie » (Populaire, 25 novembre 1939). Quelle répugnante hypocrisie, quel abominable cynisme dans ces paroles de l'escroc inventeur de la politique de non-intervention, cette rupture unilatérale des engagements que la France avait contractés dans son accord commercial avec l'Espagne républicaine, - de ce défenseur lâche et honteux de Munich, rupture unilatérale des engagements contractés par la France dans son traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie, - du représentant de cette bourgeoisie rapace qui opprime 70 millions d'esclaves coloniaux. [...]

Mais, où Blum se surpasse lui-même en infamie, c'est dans ses attaques contre l'Union soviétique, le parti bolchévik et Staline, ce géant de la pensée révolutionnaire et de l'action révolutionnaire. Dans sa folie furieuse de belliciste frénétique, Blum dévoile le fond de la politique anti-soviétique de la bourgeoisie française. En lisant les élucubrations de Blum dans les colonnes de sa méprisable petite feuille, chaque travailleur peut reconnaître que l'ennemi contre lequel la bourgeoisie française aimerait le mieux rassembler les forces des impérialistes rivaux est l`Union soviétique, le pays du socialisme. [...]

L'histoire du mouvement ouvrier international est riche en figures sublimes de combattants révolutionnaires, de militants courageux et fermes pour la grande cause du socialisme. Mais elle connaît des traîtres méprisables et méprisés de tous les travailleurs. Les Millerand, Pilsudski, Mussolini, Noske et Trotski ont été vomis par le mouvement ouvrier. Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.

La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme.
La revue de l'Internationale communiste Die Welt publie dans son numéro du 16 février 1940 un article de Maurice Thorez intitulé "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est".

Dans ce texte, Maurice Thorez retrace l'action politique de Léon Blum entre décembre 1920 - adhésion de la SFIO à l'Internationaliste communiste - et janvier 1940 - cinquième mois de la guerre franco-allemande - pour montrer que le dirigeant socialiste a toujours trahi les intérêts de la classe ouvrière au profit de ceux de la bourgeoisie dont il est en réalité le représentant et que c'est pour cette raison qu'il a systématiquement combattu les positions du Parti communiste.

Ainsi, si au début du conflit franco-allemand le bourgeois Léon Blum apporte son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie c'est uniquement parce que "La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles."


L'Humanité contre Léon Blum

La dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrent de l'Humanité :

1) Numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939

LE SINISTRE BLUM
Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes.
Le sinistre Léon Blum, dont les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs, continue à faire son métier d'agent de la bourgeoise.
Tout ce que dit et écrit cet individu provoque un sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleurs. Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler.
Préparé en Belgique où se trouve une direction clandestine du PCF dirigée par Jacques Duclos, le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 est composé en grande partie de textes publiés en octobre 1939 dans l'hebdomadaire Le Monde (Appel du Parti  communiste français au Peuple français, Interview de Maurice ThorezLettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum).

Dans ce numéro on peut aussi lire un texte intitulé "Le sinistre Blum" dans lequel l'Humanité dénonce Léon Blum pour ses critiques du discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 dans lequel le Chef du gouvernement soviétique attribuait la responsabilité de la guerre à la France et à l'Angleterre, souligne ensuite que le dirigeant socialiste soutient la guerre contre l'Allemagne nazie parce qu'il est un "agent de la bourgeoise" et enfin termine sur cette menace : "Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler".

Signalons qu'à son retour à Paris en juin 1940, Jacques Duclos écrira un tract intitulé "Il y a des comptes à régler"... qui sera d'ailleurs soumis à la censure allemande.

2) L'Humanité n° 3 du 3 novembre 1939 dénonce Léon Blum comme un agent de l'impérialisme britannique : "Léon Blum, valet de la City de Londres".

3) L'Humanité n° 9 du 1 décembre 1939 :

"La nouvelle invention de nos adversaires, c'est de dire  que  la  propagande  communiste  sert les intérêts Hitlériens contre la France. Parmi les journaux les plus abjects, se trouve naturellement celui de M. Blum qui reçut si chaleureusement le Dr Schacht, lorsqu'il était Président du Conseil et qu'il rêvait d'un bloc anti-soviétique avec l'Allemagne. [...]
Nous répéterons sans nous lasser : [...]
5° - Les communistes ne se laisseront pas détourner de leur tâche par les  tentatives de diversions des ennemis du peuple. Ils combattront chez nous les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides. Ils continueront d'appeler à l'union contre le gouvernement réactionnaire, instrument des marchands de canon, et pour un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable de faire une paix durable".
L'Humanité classe Le Populaire, journal dirigé par Léon Blum, "parmi les journaux les plus abjects" parce que l'organe central de la SFIO soutient la guerre contre l'Allemagne nazie.

En outre, elle rappelle que les communistes combattront "les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides".

4) L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940 présente Léon Blum comme un représentant de la classe bourgeoise indifférent au sort des ouvriers socialistes : 

"Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."

5) L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 réaffirme que Léon  Blum est un agent de l'impérialisme anglais :

SYNTAXE
Ne dites pas "le citoyen BLUM" 
mais dites : Le City-oyen BLUM.

6) L'Humanité du Soldat du 1er mai 1940 :

1er MAI 1940

1er MAI : manifestation ouvrière internationale. Soldats, marins, aviateurs, nous n'oublions pas, sous l'uniforme, que nous restons des travailleurs. [...]
1er Mai 1940 : tout notre passé récent nous appelle à l'union contre les fauteurs et profiteurs de guerre, à l'action résolue pour la paix immédiate ! [...]

POUR QUI, POURQUOI CETTE GUERRE ?
C'est notre sang, sang d'ouvriers et de paysans qui coule pour le plus grand profit des capitalistes. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" disait Jean Jaurès. [...]
La vérité c'est que la guerre actuelle est une guerre impérialiste. Les financiers franco-anglais et les gros industriels allemands se disputent la conquête des matières premières et de nouveaux débouchés. Leur querelle n'est pas notre querelle. [...]

LA GUERRE DES RICHES CONTRE LE PEUPLE
[...] Le coût de la vie augmente dans des proportions catastrophiques. La misère règne dans nos foyers pendant que nous crevons au front. Ouvrières et ouvriers s'exténuent dans les usines au régime des 60 heures, des retenues et des restrictions. Des enfants travaillent 50 heures et davantage. [...]
De riches anglaises insultent nos malheurs par leurs parades en uniforme. Leurs indécentes coquetteries mettent en évidence la soumission de la France envers les ploutocrates britanniques. Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais. [...]
Chacun des actes des ministres français est d'ailleurs dicté de Londres et l'on envisage même la création d'un pseudo-parlement franco-britannique !!!
Il a fallu pour en arriver là, bâillonner le peuple. La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage. Un régime comparable à celui du régime hitlérien, et qui laisse loin derrière lui les plus sombres périodes du Second Empire, est maintenant installé chez nous. [...]

A BAS LE GOUVERNEMENTS DES JUSQU'AU-BOUTISTES
Prenez garde, bourgeois. Si vous jouez avec le feu c'est à vos risques et périls. Soldats, marins, aviateurs de France, conscients de notre force, nous sommes 6 millions d'hommes sous les armes. En nous grandit la volonté de libérer à jamais notre peuple, nos femmes, nos enfants du cauchemar de l'exploitation capitaliste et des guerres.
Dans les casernes et les cantonnements, dans les casemates de la ligne Maginot, les ports et les navires, partout gronde le peuple-soldat. Nous savons désormais où est l'ennemi. Nous désignons les responsables. A nos yeux les traîtres et les criminels ce sont les hommes qui conduisent notre peuple à l'abattoir, ceux qui sacrifient la vie de la jeunesse française, ceux qui font verser le sang des soldats et des marins tout en se disant hypocritement "avares du sang français"; ce sont les Laval, Flandin, Bonnet, Daladier, Blum, Reynaud, tous ces commis du capital, à plat ventre devant la finance anglaise.
"A bas le gouvernement des jusqu'au-boutistes, à bas les chefs socialistes et réformistes vautrés dans l'union sacrée de guerre et de trahison", voilà notre cri unanime. Jamais les infamies actuelles n'auraient été possibles sans l'appui apporté à la réaction par les Blum, les Paul Faure et les Jouhaux. Pourvoyeurs de prisons et de champs de bataille, les dirigeants de la SFIO et les traîtres de la CGT domestiquée sont passés ouvertement dans le camp des ennemis du peuple et des fauteurs de guerre. Ils sont les acharnés partisans de la guerre antisoviétique, ils couvrent les pires exactions du patronat et réclament la guillotine contre les militants communistes. Les bassesses qui leur valent aujourd'hui les louanges des potentats du capital ne seront pas oubliés à l'heure du grand règlement de comptes. [...]

UNISSONS-NOUS POUR METTRE FIN AU MASSACRE
Opposons aux bourrages de crânes des feuilles kaki les vérités contenues dans le Trait d'Union et l'Humanité qui paraissent à la barbe de la police. [...]
Le 1er Mai proclamons nos revendications : [...]
A la porte le gouvernement Reynaud-Daladier-Monnet
Paix immédiate !
Un gouvernement s'appuyant sur le peuple est seul capable de conclure une paix juste et durable et d'instaurer un régime de liberté. [...]
Notre espoir en un ordre nouveau s'exprime dans le cri des manifestations populaires "Les Soviets partout, Thorez au pouvoir !".
A nous, soldats, marins, travailleurs, de finir cette guerre "à notre façon" comme l'a dit Dimitrov. A nous de conquérir enfin nos droits, nos libertés et la paix. Nous saurons bien alors, envers et contre tous, assurer l'indépendance de la France libre, forte et heureuse, que nous construiront ensemble. 

VIVE LE 1er MAI D'UNION DES OUVRIERS, PAYSANS, SOLDATS ET MARINS !
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
EN AVANT POUR LA PAIX ET LA LIBERTÉ !

Responsable du Parti communiste clandestin, Benoit Frachon confie à Victor Michaut et Danielle Casanova la responsabilité d'organiser la propagande communiste au sein de l'armée.

Cette action se manifestera par la diffusion à partir de janvier 1940 d'une publication clandestine mensuelle, intitulée Trait d'union Soldat - Ouvrier - Paysan puis l'Humanité du soldat, qui s'attachera à convaincre les soldats français d'adhérer à la ligne du Parti communiste et à ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays" ou encore "Thorez au pouvoir".

Composé de 4 pages au lieu des 2 habituelles, le numéro de mai 1940 publie un seul texte intitulé "1er mai 1940" dans lequel l'Humanité du soldat appelle les soldats, les marins et les aviateurs à s'unir avec les travailleurs "pour mettre fin au massacre".

Avant d'appeler les soldats français à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Humanité du soldat rappelle le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, s'indigne de la soumission de la France capitaliste à l'Angleterre impérialiste et enfin dénonce les bellicistes, parmi lesquels figurent la SFIO et la CGT, comme les véritables ennemis de la classe ouvrière.

Conforme à la ligne du Parti communiste, ce numéro se caractérise aussi par sa virulence comme l'illustrent les phrases suivantes :
- "Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais."
- "La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage.
- "Un régime comparable à celui du régime hitlérien [...] est maintenant installé chez nous".

L'Humanité du soldat reprend la revendication d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, dans son texte publié dans l'Humanité du 25 avril 1940 : "Les "Pitt et Cobourg" de 1940".

La constitution d'un tel gouvernement permettra non seulement de faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais aussi de renverser le régime capitaliste et de mettre, ainsi, un terme définitif à la guerre impérialiste puisque "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Dès lors, les communistes pourront s'engager dans l'édification d'une "France libre, forte et heureuse".

On rappellera que ces deux objectifs, à savoir la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste, ont été fixés par le secrétaire générale de l'Internationale communiste, Georgi Dimitrov, dans son article "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" publié en novembre 1939 :
"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Pacifiste, l'Humanité du soldat du 1er mai 1940 s'oriente même sur la voie du défaitisme révolutionnaire avec cette menace que "partout gronde le peuple-soldat" contre "les traîtres et les criminels" "qui font verser le sang des soldats et des marins".

Au final, c'est un numéro pacifiste, anti-républicain et anglophobe qui sera diffusé aux soldats français présents sur la ligne de front lorsque l'armée allemande lancera son offensive le 10 mai 1940.

7 ) l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 :

"Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)
Préparée la veille sous la responsabilité de Jean Catelas, l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris. Ce numéro, comme les précédents, appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" grâce au soutien de l'URSS.

On remarquera aussi que l'Humanité condamne à la prison "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste" visant ainsi Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, et sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75 (texte intégral).

8) L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940 :

"M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les accusations portées contre son journal par notre Parti. [...] 
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".
L'Humanité compare Léon Blum à Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), l'un des principaux animateurs du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail.


Tract soumis à la censure allemande

Parmi les nombreux textes soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 dans le cadre des négociations engagées par le Parti communiste avec la puissance occupante pour obtenir la reparution de l'Humanité, figure le tract "La 5e colonne chante victoire" :

"Paris est envahi. Le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville, des femmes, des vieillards, des tout-petits sont morts sur les routes, nos soldats abandonnés dans Paris sont faits prisonniers, mais la 5e colonne chante victoire. [...]
C'est la curée qui se prépare, les Daladier, Bonnet, La Rocque, Ybarnegaray aidés par les Blum, les Jouhaux ont trahi la France, ouvrant grandes les portes à l'envahisseur en lamentables valets du fascisme allemand. [...]
HALTE-LA LES TRAITRES, ASSEZ DE MORTS,
ASSEZ DE SOUFFRANCES, ASSEZ DE MISERE,
LE PEUPLE DE PARIS VEUT LA PAIX
Il veut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique. [...]
Vive la Paix, dans l'indépendance nationale, pour que le peuple uni retrouve, avec ses foyers reconstruits dans le bonheur et la joie, la paix et la liberté". (1)
Le tract "La 5ème colonne chante victoire" a été rédigé entre le 14 juin 1940 (entrée des troupes allemandes dans Paris) et le 16 juin 1940 (démission du Gouvernement Reynaud) puisque le texte mentionne que "Paris est envahi. le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville" et que "le gouvernement s'est lâchement sauvé". Ajoutons qu'il présente de nombreuses similarités avec l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940.

On retiendra de ce tract signé "Le Parti Communiste Français (SFIC)" que Léon Blum et Edouard Daladier, les deux anciens partenaires du PCF dans le Front populaire, sont qualifiés de "lamentables valets du fascisme allemand" alors qu'ils approuvaient la guerre contre l'Allemagne nazie contrairement aux communistes !!!

On notera aussi qu'il est conforme à la ligne pacifiste du PCF puisqu'il appelle à la formation d'un "gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique".

(1) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 14, 1983, p.162-163 (texte intégral).


Programme de gouvernement du PCF de février 1941

Dans son programme de gouvernement publié en février 1941, le Parti communiste propose notamment la création d'une "Cour suprême de justice populaire" :

"Création d'une Cour suprême de justice populaire composée de représentants des ouvriers, des paysans, des anciens combattants, des défenseurs du peuple emprisonnés par les fauteurs de guerre, en vue de juger les responsables de la guerre à savoir :
1° L'ancien président de la République (Lebrun);
2° Les présidents du Sénat et de la Chambre (Jeanneney, Herriot);
3° Les anciens présidents du conseil depuis 1933 (Paul-Boncour, Sarraut, Chautemps, Flandin, Laval, Blum, Daladier, Paul Reynaud);
4° Les anciens ministres de la défense nationale (guerre, marine, air) depuis 1933 (Daladier, Colonel Fabry, Général Maurin, Maréchal Pétain, Pierre Cot, Guy la Chambre, Général Denain, Marcel Déat, Campinchi etc...);
5° les anciens ministres des affaires étrangères (Bonnet, Laval, Delbos, Flandin);
6° Les députés et sénateurs ayant soutenu la politique de guerre de Daladier-Reynaud;
7° Les journalistes, hommes publics et agents occultent ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l'URSS dans le secret dessein d'affaiblir la France et de préparer sa défaite;
8° Les généraux Gamelin, Weygand et les membres des conseils supérieurs de la guerre, de la marine et de l'air depuis 1933;
9° Les gouvernants, hommes politiques et journalistes qui, depuis l'armistice, ont trahi les intérêts de la France, détruit les libertés publiques et honteusement sacrifié l'intérêt de la Nation aux intérêts des trusts, des oligarchies capitalistes
En février 1941, le Parti communiste diffuse clandestinement le manifeste-programme Pour le Salut du Peuple de France dans lequel il présente l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant, ce texte est aussi publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 imprimés à 20 000 exemplaires en mars 1941.

Pour réussir la soviétisation de la France, ce programme de gouvernent prévoit un plan d'épuration qui vise deux groupes distincts : 

1) ceux qui sont responsables du déclenchement de la guerre : les responsables politiques de la IIIe République, les officiers supérieurs et les journalistes bellicistes avec pour les deux premières catégories une liste nominative d'accusés

Dans la catégorie des "anciens présidents du conseil depuis 1933" figure notamment "Blum".

2) ceux qui se sont engagés pour le régime de Vichy étant précisé que le PCF ne leur reproche pas de soutenir la Paix avec l'Allemagne nazie mais de servir les "intérêts des trusts, des oligarchies capitalistes."

Inspiré de l'exemple pétainiste instituant en juillet 1940 une Cour suprême de justice, ce plan d'épuration repose sur la création d'une "Cour suprême de justice populaire".

Texte fondamental, le manifeste-programme Pour le Salut du Peuple de France marque l'aboutissement de la ligne pacifiste défendue par le PCF depuis septembre 1939.

Ironie de l'Histoire, c'est la décision du Chancelier Hitler d'envahir l'URSS le 22 juin 1941 qui rendra caduc ce programme dans lequel le Parti communiste proposait... la formation d'un gouvernement de Paix dirigé par son secrétaire général Maurice Thorez.

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