Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" de Gabriel Péri (Partie I)

En avril 1941, Gabriel Péri rédige une brochure intitulée "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" dans le but de dénoncer "l'imposture grossière" du Rassemblement National Populaire (RNP), parti collaborationniste créé en février 1941, qui présente son projet, inspiré du modèle nazi, comme révolutionnaire et socialiste.

Dans ce texte le dirigeant communiste montre que "l’Allemagne nazie est un pays authentiquement capitaliste" autrement dit que "le nazisme n'est pas le socialisme", puis célèbre l'URSS de Staline comme le régime véritablement socialiste et enfin présente dans le détail le projet du Parti communiste qui s'inspire du modèle soviétique.

Arrêté en mai 1941 par la police française, Gabriel Péri est exécuté par les Allemands en décembre 1941 en représailles aux actions de la Résistance communiste.

Modifiée sur certains points, la brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" est finalement diffusée clandestinement par le Parti communiste en mars 1942 avec une couverture qui met en valeur à la fois l'auteur du texte et son contenu anti-nazi :


- La partie supérieure de la couverture mentionne le nom et les fonctions de Gabriel Péri au sein du PCF ainsi que son exécution par les Allemands le 15 décembre 1941. Gabriel Péri est un dirigeant communiste fusillé par les nazis, c'est donc un Résistant dont l'engagement est antérieur au 22 juin 1941 puisqu'il a été arrêté le 18 mai 1941.

- Dans la partie inférieure on peut lire le titre de la brochure avec ce commentaire : "Ce réquisitoire implacable a été écrit par G. Péri, en Avril 1941, avant son arrestation" ainsi qu'un appel encourageant "tous les patriotes" à lire et à diffuser ce texte. La brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" est une condamnation du nazisme qui s'adresse à tous les français qui combattent l'occupation allemande, c'est donc un texte de la Résistance communiste rédigé avant le 22 juin 1941.

Le PCF réaffirme dans la brochure hommage "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle" diffusée à la fin de 1946 que ce texte d'avril 1941 fait partie des écrits témoignant de la Résistance de Gabriel Péri :

"Péri communiste, Péri patriote, restait a son poste de combat. Lorsque la trahison eut mené la France au désastre, lorsque Pétain eut étranglé la République, Péri, avec son Parti, s'employa à regrouper les forces du peuple pour arracher sa Patrie aux ténèbres de l'oppression, pour reconquérir l'Indépendance de la France. Les études, les articles de Gabriel Péri publiés clandestinement contribuent puissamment à éclairer les esprits et à relever les courages. [...]
Dans son splendide ouvrage : « Le nazisme n'est pas le socialisme », il éclaire jusqu'au fond la réalité sordide et sanglante que recouvrent les oripeaux de la « doctrine » nazie, servilement accommodée à la sauce « française » par les traîtres du R.N.P."

Reprenant les mêmes analyses, l'historiographie dans son ensemble présente la brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" comme une manifestation de la Résistance communiste antérieure au 22 juin 1941, jour de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

En réalité, Gabriel Péri a soutenu jusqu'au jour de son arrestation la ligne pacifiste du Parti communiste français (Partie I). Quant au contenu de la brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme", il s'inscrit pleinement dans cette ligne pacifiste (Partie II).



PARTIE I

LE PACIFISME DE GABRIEL PERI


Membre du comité central du PCF, député de Seine-et-Oise et journaliste à l'Humanité chargé de la rubrique Internationale, Gabriel Péri a manifesté dans de nombreux textes rédigés entre septembre 1939 et  juin 1941 son engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie (A). Cet engagement pacifiste a d'ailleurs été célébré dans plusieurs textes communistes publiés sur la même période (B).


A/ Textes pacifistes de Gabriel Péri

1) Lettre au Président Herriot du 1er octobre 1939.
2) Article "La politique de paix des communistes" de septembre 1940.
3) Texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" de décembre 1940.
4) Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941.
5) Brochure "Nous accusons" de janvier 1941.
6) Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941.
7) Manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" de février 1941.
8) Article "Au seuil de 1941" de mars 1941.


1) Lettre au Président Herriot du 1er octobre 1939

Le 26 septembre 1939, le Gouvernement Daladier dissout par décret le Parti communiste français en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique du 23 août 1939, de son approbation de l'entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre 1939 et enfin de l'adoption le 20 septembre 1939 par son Comité central d'une résolution intitulée "Il faut faire la Paix".

Sur le plan international, l'Allemagne et l'URSS signent le 28 septembre 1939 un Traité de frontières et d'amitié qui organise le partage de la Pologne entre les deux alliés et fonde sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples".

Ce traité qui marque la fin de la Campagne de Pologne est accompagné d'une Déclaration dans laquelle les gouvernements soviétique et allemand appellent à "mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part".

A la recherche d'un coup d'éclat montrant que sa capacité d'action n'a pas été altérée par le décret de dissolution, le Parti communiste français va soutenir cette offensive de paix en mobilisant sa dernière tribune légale : son groupe parlementaire qui pour maintenir son activité à la Chambre des députés a changé de nom et de programme, le groupe ouvrier et paysan français a succédé au groupe communiste le 28 septembre 1939.

C'est ainsi que dans une lettre datée du 1er octobre 1939, le groupe parlementaire communiste, qui compte parmi ses membres Gabriel Péri, demande au président de la Chambre des députés, Edouard Herriot, l'organisation d'une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui vont être faites à la France" grâce "aux initiatives diplomatiques de l'URSS" en précisant quelle sera sa position au cours du futur débat parlementaire :

"Nous voulons de toutes nos forces une paix juste et durable et nous pensons qu'on peut l'obtenir rapidement, car en face des fauteurs de guerre impérialistes et de l'Allemagne hitlérienne en proie à des contradictions internes, il y a la puissance de l'Union soviétique qui peut permettre la réalisation d'une politique de sécurité collective susceptible d'assurer la paix et la sauvegarde de l'indépendance de la France.
Voila pourquoi nous avons conscience de servir les intérêts de notre pays en demandant que les propositions de paix qui vont être faites à la France soient examinées avec la volonté d'établir au plus vite une paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens."

A la suite de cette initiative en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, la justice militaire ouvre le 5 octobre 1939 une instruction contre les membres du GOPF pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes. Sur les 51 députés communistes inculpés à la date du 11 octobre 1939, 38 sont incarcérés, 3 sont laissés en liberté et enfin 10 sont en fuite dont Gabriel Péri.

Le 5 février 1940, le magistrat instructeur décide de renvoyer 44 députés communistes devant le 3e tribunal militaire de Paris et de prononcer un non-lieu pour les sept inculpés qui se sont désolidarisés de la lettre au président Herriot. En outre, il disjoint de la procédure principale l'instruction ouverte contre les neuf députés communistes en fuite avec comme chef d'accusation la trahison, infraction pénalement punie de la peine de mort. Précisons que Fajon qui a été arrêté en novembre 1939 n'a pas été visé par cette seconde procédure. 

Le 3 avril 1940, le 3e tribunal militaire de Paris condamne Gabriel Péri par contumace à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Dans son article "La politique de paix des communistes" publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 3e trimestre 1940, Gabriel Péri consacre un passage à "la lettre historique au Président Herriot" dans lequel le député de Seine-et-Oise justifie l'initiative des parlementaires communistes au vu de la situation militaire, précise les arguments qui devaient être soumis au Parlement pour le convaincre d'ouvrir des négociations de paix, et enfin condamne la répression qui a frappé les signataires de ce texte :

"Un gouvernement capable d'interpréter les aspirations du peuple eût compris le sens et la portée de ces deux expériences et de ces deux échecs [Gabriel Péri considère que la signature des deux pactes germano-soviétiques marque le double échec du plan franco-anglais de provoquer une guerre entre l'Allemagne et l'URSS]. Il eût tiré à la fin de septembre la conclusion qu'il n'avait pas su dégager à la fin du mois d'août. L'armée française n'avait alors subi aucun échec, le sang français n'avait pas coulé, les villes françaises n`avaient pas été détruites, des milliers d'hommes et de femmes n'avaient pas péri sur les routes dans le tragique exode de l'évacuation. La paix juste et équitable, la paix négociée d'égal à égal dans une Conférence internationale à laquelle l'URSS aurait participé était possible alors.

Les communistes en appellent au pays. Ils demandent au président de la Chambre de convoquer l'Assemblée. Ils se proposent de dire qu'il faut mettre un terme à une guerre injuste qui est sortie d'une diplomatie criminelle. Ils entendent affirmer que la négociation avec l'Allemagne et la collaboration avec l'Union Soviétique doivent être l'assise solide de la Paix. 

On sait ce qu'il advint de notre initiative et comment les signataires de la lettre historique au Président Herriot furent jetés en prison, condamnés, poursuivis pour trahison et menacés de la peine de mort. Mais les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices. Ce sera leur honneur d'avoir affronté le danger pour sauver la vie de centaines de milliers de Français."

Pour Gabriel Péri c'est "l'honneur" des communistes que d'avoir sollicité en octobre 1939 la convocation du Parlement dans le but de proposer la tenue d'une "Conférence internationale" qui aurait réuni les belligérants, à savoir la France, l'Angleterre, l'URSS et l'Allemagne, avec comme objectif de négocier une "paix juste et équitable". Pour atteindre ce résultat ils auraient ratifié le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne et mis ainsi un terme à "une guerre injuste" sortie de la "diplomatie criminelle" des impérialistes franco-anglais.

Quant à la condamnation pénale des signataires de la lettre au président Herriot, elle est dénoncée par le dirigeant communiste en ces termes : "les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices".

Ainsi, Gabriel Péri, ce "grand Français" (1), célébrait en septembre 1940 le sacrifice des communistes en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie alors que d'autres au même moment sacrifiaient leur vie pour libérer la France de l'occupation allemande.

(1) Brochure "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle" publiée par le PCF en 1946.


2) Article "La politique de paix des communistes" de septembre 1940

Les Cahiers du bolchévisme du 3e trimestre 1940 publie un article de Gabriel Péri intitulé "La politique de paix des communistes" dans lequel le dirigeant communiste montre que le Parti communiste français s'est toujours mobilisé en faveur de la Paix sur la période allant de la fin de la première guerre mondiale à la défaite de la France en juin 1940 et qu'en conséquence il a toute légitimité pour former un gouvernement qui négociera la Paix avec l'Allemagne.

On peut dater cet article de septembre 1940 puisqu'il mentionne le texte de Jacques Duclos et de Maurice Thorez publié dans le numéro spécial de l'Humanité daté du 2 septembre 1940 : "Un an après le déchaînement de la guerre impérialiste".

Parce qu'elle attribue la rédaction de l'article "La politique de paix des communistes" à Gabriel Péri sans toutefois mentionner le titre, qu'elle présente Gabriel Péri comme un Résistant, et enfin qu'elle range ce texte parmi ses écrits de Résistance, on citera la brochure hommage "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle" diffusée par le Parti communiste en 1946 :

"Péri communiste, Péri patriote, restait a son poste de combat. Lorsque la trahison eut mené la France au désastre, lorsque Pétain eut étranglé la République, Péri, avec son Parti, s'employa à regrouper les forces du peuple pour arracher sa Patrie aux ténèbres de l'oppression, pour reconquérir l'Indépendance de la France. Les études, les articles de Gabriel Péri publiés clandestinement contribuent puissamment à éclairer les esprits et à relever les courages.
Dans les Cahiers du 3e trimestre de 1940, il montrait comment la « drôle de guerre », la prétendue guerre contre l'Allemagne en 1939 et 1940, avait été, au dedans, une guerre contre le peuple de France et, au dehors, une guerre dirigée en fait contre l'Union Soviétique. (1)

Pour lever tout doute quant au contenu pacifiste de l'article "La politique de paix des communistes", on reproduira ci-après plusieurs passages de ce texte destiné "à éclairer les esprits et à relever les courages" :

LA POLITIQUE DE PAIX DES COMMUNISTES


1. - LES COMMUNISTES ET L'EUROPE DE VERSAILLES

Trois grands traits ont caractérisé l'Europe d'entre les deux guerres impérialistes. Le Traité de Versailles avait imposé à l'Allemagne en même temps qu'un lourd tribut au titre des réparations une diminution de territoire, un amoindrissement de capacité politique et militaire. Le principe des nationalités posé pendant quatre années par les propagandistes de l'Entente, avait abouti à la création d'Etats nouveaux. L'Europe balkanique et danubienne prit ainsi figure d'une constellation d'Etats dont les uns s'étaient agrandis à la faveur de la guerre cependant que les autres avaient perdu armées et territoires. Des premiers la France fit ses alliés et ses vassaux. Enfin les puissances victorieuses s'étaient associées dans une haine commune de la Révolution Russe et de l'Etat Prolétarien contre lequel jusqu'en 1920 elles dirigèrent l'intervention armée. [...]

Le système de Versailles portait en lui la guerre; la vassalisation française de l'Europe centrale et orientale portait en elle la guerre; l'antisoviétisme portait en lui la guerre. Contre ces trois facteurs de guerre les communistes ont mené une lutte ardente et sans répit. [...]

Nous sommes à une heure de grands règlements de comptes, une heure à laquelle le peuple de France a le droit et le devoir de demander aux hommes et aux partis : quels sont vos états de service ? Montrez vos papiers, ouvrez vos livres, présentez votre bilan ! « Notre bilan à nous est prêt et nous pouvons le présenter avec un légitime orgueil. Au service de la Paix nous avons consacré nos plus vigoureuses campagnes; pour servir la paix contre les fauteurs de Versailles, nous avons bravé les insultes et les calomnies; pour servir la paix contre les aventuriers de la Ruhr, Marcel Cachin a bravé la prison; pour servir la paix contre les fous furieux de l'antisoviétisme, André Marty a risqué le bagne, - que d'autres se présentent avec ces titres et qualités ».

2. - AVANT LA DEUXIEME GUERRE IMPERIALlSTE

3. - LE PACTE SOVIETO-ALLEMAND

ll convient à cet égard d'insister fortement sur le dernier épisode de l'histoire d'avant la deuxième guerre impérialiste : l'échec de la négociation tripartite anglo-franco-soviétique et la conclusion du pacte soviéto-allemand du 23 août 1939. Cet acte diplomatique, on s'en souvient, servit de prétexte à la campagne la plus haineuse et à la répression la plus féroce contre le Parti Communiste français. Celui qui ne désavouait pas le Pacte était ipso facto accusé de trahison. Le « bon français » d'après la définition de MM. Blum, Daladier, Belin, et Cie était celui qui du soir au matin flétrissait le contrat signé à Moscou le 23 août.

Quelles étaient les deux affirmations essentielles de ceux qui organisèrent cette campagne ? Ils disaient : 1° la France et l'Angleterre étaient disposées à signer un accord avec l'URSS, mais l'URSS a repoussé leurs avances, elle a formulé des exigences inadmissibles et finalement elle s'est liée au Reich; 2° le traité germano-soviétique a rendu la guerre inévitable et l`U.R.S.S. supporte de ce fait une lourde responsabilité dans le déclenchement du conflit. Y a-t-il aujourd'hui un Français honnête qui oserait encore proférer ces deux solennelles inepties ? [...]

4. - LES COMMUNISTES ET LA SAUVEGARDE DE LA PAIX EN AOUT 1939

[...] Les communistes ont approuvé le Pacte soviéto-allemand parce qu'il consacrait l'échec d'une manœuvre malhonnête dirigée contre la sécurité de l'Etat prolétarien, mère-patrie du socialisme, espérance du prolétariat international. [...]

5. - OCTOBRE 1939 : NOUVEAUX EFFORTS DES COMMUNISTES

La guerre est déclarée par la Grande-Bretagne d'abord, par la France ensuite. Elle se déroulera pendant 15 jours sur le territoire de la Pologne. Ceux qui la conduisent en Pologne, seront quelques mois après accusés de trahison par leurs « successeurs » réfugiés en territoire français. Intérieurement disloqué par sa politique  d'oppression des minorités nationales, de répression des mouvements populaires, accablé par vingt années de politique zigzagante et sans principe, l'Etat polonais s'effondre au bout de quinze jours. Pendant ces quinze jours aucune aide ne lui est venue de ses garants de Londres et de Paris.

Mais si la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre a rendu cet incendie et cette dévastation inévitables, par contre le Pacte soviéto-allemand a provoqué deux résultats salutaires. Il a épargné à l’État soviétique l'épreuve de la guerre. Sur la base des nouvelles relations soviéto-allemandes, l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais. [NdB : Gabriel Péri décrit la Campagne de Pologne sans mentionner l'Allemagne nazie !!!]

Cependant une question se pose à laquelle jamais réponse valable ne sera donnée à Londres et à Paris. Pourquoi après avoir pris la Pologne sous leur protection, pourquoi après avoir transformé leur garantie en traité d'assistance mutuelle, la France et l'Angleterre ont-elle laissé succombé l’État polonais sans lui venir en aide ? Les raisons techniques généralement invoquées sont sans valeur. Les motifs véritables sont d'ordre politique. Relisons les journaux anglais et français de l'époque. Au Au lendemain de l'entrée de l'Armée Rouge en Ukraine ils écrivent : « Les Russes se taillent la part du lion » ou encore « Hitler est frustré de sa victoire par les bolchéviks » !

A quoi tendent ces propos ? A persuader les dirigeants allemands que leur partenaire soviétique est un mauvais joueur qu'ils devraient abandonner au plus vite. L'abstention de toute aide française et britannique à la Pologne n'avait pour but que de pousser l'Allemagne à développer son action militaire contre l'URSS ! Quel coup de maître si l'appel des sirènes avait été entendu, si l'Armée Rouge se voyait contrainte à se battre par la manœuvre des impérialistes français et britannique !

Ce calcul subalterne se heurte une fois de plus à la clairvoyance des bolchéviks. Le Traité soviéto-allemand est confirmé le 28 septembre par un accord Molotov-Ribbentrop qui entre autres dispositions délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne.

Un gouvernement capable d'interpréter les aspirations du peuple eût compris le sens et la portée de ces deux expériences et de ces deux échecs [NdB : Gabriel Péri considère que la signature des deux pactes germano-soviétiques marque le double échec du plan franco-anglais de provoquer une guerre entre l'Allemagne et l'URSS]. Il eût tiré à la fin de septembre la conclusion qu'il n'avait pas su dégager à la fin du mois d'août. L'armée française n'avait alors subi aucun échec, le sang français n'avait pas coulé, les villes françaises n`avaient pas été détruites, des milliers d'hommes et de femmes n'avaient pas péri sur les routes dans le tragique exode de l'évacuation. La paix juste et équitable, la paix négociée d'égal à égal dans une Conférence internationale à laquelle l'URSS aurait participé était possible alors.Les communistes en appellent au pays. Ils demandent au président de la Chambre de convoquer l'Assemblée. Ils se proposent de dire qu'il faut mettre un terme à une guerre injuste qui est sortie d'une diplomatie criminelle. Ils entendent affirmer que la négociation avec l'Allemagne et la collaboration avec l'Union Soviétique doivent être l'assise solide de la Paix. On sait ce qu'il advint de notre initiative et comment les signataires de la lettre historique au Président Herriot furent jetés en prison, condamnés, poursuivis pour trahison et menacés de la peine de mort. Mais les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices. Ce sera leur honneur d'avoir affronté le danger pour sauver la vie de centaines de milliers de Français.

La guerre continue donc cependant que les prisons et les camps se ferment derrière les militants communistes aux applaudissements des Etats-Majors et de tous les Partis, de M. Blum à M. de la Rocque, de  M. Flandin  à MM. Belin, Doriot, Gitton et Paul Faure. L'aphorisme de Clausewitz souvent cité par Lénine « La guerre, c'est la politique qui continue par d'autres moyens » trouvera dans la suite des événements une terrible confirmation. La guerre de MM. Daladier-Reynaud c'est l'anti-soviétisme franco-anglais qui continue par d'autres moyens.

6. - LA GUERRE ANTISOVIETIQUE

7. - LA DEFAITE

[...] Seulement lorsque s'engage la bataille des Flandres, une partie du matériel français a été sacrifié en Finlande; des effectifs et du matériel ont été sacrifiés en Norvège; 500 000 hommes avec leur équipement sont immobilisés en Syrie. La guerre « sur les ailes », la conception anti-soviétique de la conduite de la guerre unanimement approuvée par un Parlement d'où les communistes ont été exclus, précipite le désastre. Et la lamentable aventure aboutit à la scène de la Forêt de Compiègne avec l'occupation des 3/5èmes du territoire et le paiement chaque jour par la France de 400 millions aux troupes d'occupation. [NdB : Gabriel Péri décrit la défaite de la France sans mentionner l'Allemagne nazie !!!] [...]

8. - UNE SERIE DE VICTOIRES
    - LA FINLANDE

9. - LES CONDITIONS DE LA PAIX

Le bilan des victoires soviétiques, c'est le bilan des victoires des communistes qui sont restés fidèles à l'URSS, au Parti de Lénine et de Staline, malgré les persécutions et les coups, malgré la prison, les camps de concentration et les verdicts des Conseils de guerre.

Des charlatans sans vergogne essayent aujourd'hui de se frayer un chemin parmi les ruines accumulées. Quels sont donc leurs titres ? Quelles épreuves ont-il endurées ? Quels risques ont-ils courus ? Quand ont-ils bravé la répression, affronté la prison ou la mort ?

Mais surtout, qu'apportent-ils en dehors de leurs plagiats, de leurs caricatures, de leurs contrefaçons ?

Les communistes offrent à notre peuple le bénéfice d'une expérience victorieuse. Le pays qu'administrent  déjà les communistes n'a pas connu les souffrances de la guerre, ses citoyens ne subissent ni les misères des conflits armés, ni les épreuves de l'invasion, ni les détresses de la crise. Les communistes ont déjà passé l'examen de l'histoire. Et ils l'ont passé victorieusement.

C'est à ce titre qu'ils posent leur candidature à la direction du redressement de la France meurtrie. Cette France offre au monde le plus lamentable spectacle en vérité. [...]

Avec une netteté sans cesse plus grande le peuple de France peut constater que le gouvernement de Vichy n'est pas un gouvernement français, que tout ce qu'il fait, tant en matière de politique intérieure qu'en matière de politique extérieure, lui est dicté, ordonné. Ce gouvernement de trahison vomi par le peuple, ne se maintient que grâce à la protection qui lui est fournie du fait de l'occupation de la France.

Et quand aujourd'hui on voit s'exprimer chez nous, dans les milieux de la bourgeoisie, deux courants qui prennent position les uns pour un groupe de belligérants, les autres pour l'autre groupe, nous disons, nous communistes, au nom de la France laborieuse, que ce n'est pas dans un choix semblable que résident le salut du pays et l'avenir de la paix.

Le salut de la France et du monde est dans la destruction du capitalisme, dans la victoire du socialisme. [NdB : Aucune mention de l'Allemagne nazie qui pourtant occupe la France !!!] [...]

Dans ce texte de 12 pages, Gabriel Péri justifie dans de longs développements le pacifisme du PCF dans l'entre-deux-guerre, la signature des pactes germano-soviétiques d'août et de septembre 1939, la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939, la lutte des communistes contre l'anti-soviétisme franco-anglais, les annexions des pays Baltes, de la Bessarabie et de la Bukovine du nord par l'Union soviétique ainsi que la guerre de Finlande.

Pour illustrer le cynisme de son argumentaire on commentera en particulier la Partie 5 intitulée "Octobre 1939 : nouveaux efforts des communistes" pour la Paix avec l'Allemagne nazie.

Dans les deux premiers paragraphes Gabriel Péri décrit la Campagne de Pologne en réussissant l'exploit de ne pas mentionner... l'Allemagne nazie.

Ainsi, il écrit que la France et l'Angleterre se sont engagées dans la guerre en septembre 1939 sans préciser ni l'identité de l'ennemi ni les motifs de cet engagement !!! Ensuite, on peut lire que l'Etat polonais s'est effondré en quinze jours. Quelle est la cause de cet effondrement ? "la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre" !!!  Enfin, comble du cynisme, il présente l'annexion soviétique de la partie orientale de la Pologne en ces termes : "l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais". 

Gabriel Péri ose ensuite poser cette question : "Pourquoi après avoir pris la Pologne sous leur protection, pourquoi après avoir transformé leur garantie en traité d'assistance mutuelle, la France et l'Angleterre ont-elle laissé succombé l’État polonais sans lui venir en aide ?

Pour souligner l'hypocrisie de ce questionnement sur le sort de l'Etat polonais, on rappellera que pendant la Campagne de Pologne, les communistes étaient opposés à toute intervention militaire contre l'Allemagne nazie puisqu'ils plaidaient pour la Paix : "Nous pensons qu'on peut assurer une paix durable et la sécurité française sans pousser des millions de nos frères à la mort et sans faire de la France un vaste cimetière" (Manifeste "Il faut faire la Paix" de septembre 1939), et que, par ailleurs, ils ont approuvé le Traité germano-soviétique du 28 septembre 1939 qui consacre le partage de la Pologne ou, pour reprendre les mots de Gabriel Péri, qui "délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne",

Quant à la réponse, elle n'est pas décevante : les gouvernements français et anglais n'ont pas apporté une aide décisive à la Pologne parce qu'ils souhaitaient par leur inaction inciter l'Allemagne à attaquer l'URSS. En conséquence, la signature du Traité germano-soviétique n'est pas le symbole de l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne mais celui de l'échec de l'anti-soviétisme franco-anglais !!!

Signalons que l'échec de l'anti-soviétisme franco-anglais est aussi l'argument central invoqué par Gabriel Péri pour justifier la signature du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 (Partie 3).

Dans le paragraphe suivant, le dirigeant communiste célèbre les "nouveaux efforts des communistes" en faveur de la Paix autrement dit la lettre remise au Président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne.

Pour Gabriel Péri, c'est "l'honneur" des communistes que d'avoir sollicité en octobre 1939 la convocation du Parlement dans le but de proposer la tenue d'une "Conférence internationale" qui aurait réuni les belligérants, à savoir la France, l'Angleterre, l'URSS et l'Allemagne, avec comme objectif de négocier une "paix juste et équitable". Pour atteindre ce résultat ils auraient ratifié le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne et mis ainsi un terme à "une guerre injuste" sortie de la "diplomatie criminelle" des impérialistes franco-anglais.

Quant à la condamnation pénale des signataires de la lettre au président Herriot, elle est dénoncée par le dirigeant communiste en ces termes : "les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices".

Ainsi, Gabriel Péri, ce "grand Français" (1), célébrait en septembre 1940 le sacrifice des communistes en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie alors que d'autres au même moment sacrifiaient leur vie pour libérer la France de l'occupation allemande.

La Partie 5 se termine sur un constat : la "guerre continue", une dénonciation : la répression qui a frappé les militants communistes qui s'étaient courageusement mobilisés en faveur de la Paix, et enfin une révélation : la France et l'Angleterre ont poursuivi la guerre contre l'Allemagne par anti-soviétisme !!!

Cette analyse des motivations des dirigeants franco-anglais permet ainsi de justifier le titre de la Partie 6 qui est consacrée aux huit mois de guerre entre la coalition franco-anglaise et l'Allemagne : "LA GUERRE ANTISOVIETIQUE".

Ainsi, par exemple, c'est l'anti-soviétisme qui justifie le projet discuté entre la France et l'Angleterre de détruire les installations pétrolières de Bakou et de Batoum. Explication qui offre l'avantage d'oublier que l'URSS était le principal fournisseur de pétrole de l'Allemagne et qu'ainsi l'Etat soviétique permettait à son allié nazi de ne pas subir le blocus franco-anglais.

On notera dans cet exposé du conflit l'absence de toute référence au belligérant allemand. Ainsi, aucune condamnation de l'invasion du Danemark et de la Norvège par les armées du IIIe Reich en avril 1940.

C'est encore l'anti-soviétisme qui explique la défaite de la France (Partie 7). En effet, la guerre de périphérie (ex : livraison d'armes à la Finlande, débarquement franco-anglais en Norvège, projet de bombardement sur Bakou et Batoum, armée de Syrie composée de 500 000 hommes qui était déjà surestimée à 150 000 hommes dans les précédents textes communistes), dans laquelle la France et l'Angleterre se sont engagées pendant huit mois par haine de l'Etat soviétique, a consommé des ressources qui ont manqué au moment de l'offensive allemande en mai 1940.

Point central de cette partie : Gabriel Péri décrit la défaite de la France en mentionnant la Finlande, la Norvège, et même la Syrie mais pas... l'Allemagne nazie.

Dans la Partie 8, le dirigeant communiste s'enthousiasme pour la politique extérieure de l'URSS et ses annexions de territoires en oubliant toutefois que celles-ci s'inscrivent dans le cadre du Pacte germano-soviétique.

Fort de l'engagement constant du PCF en faveur de la Paix ainsi que des succès diplomatiques et militaires de l'URSS, Gabriel Péri estime dans la Partie 9, dont le titre ne laisse aucune équivoque quant à son contenu : "Les conditions de la Paix", que le Parti communiste français est tout a fait légitime pour diriger la France et mettre en œuvre son projet qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne.

On rappellera que ce projet a été défini par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste, dans son texte d'octobre 1939 "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

A l'inverse, "le salut du pays et l'avenir de la paix" ne résident pas dans la bourgeoise, qu'elle soit favorable à l'Angleterre ou à l'Allemagne, puisque dans les deux cas le régime capitaliste, qui est la cause de la guerre, serait préservé.

Conclusion de Gabriel Péri : "Le salut de la France et du monde est dans la destruction du capitalisme, dans la victoire du socialisme." Aucune référence à... l'Allemagne nazie qui pourtant occupe la France.

(1) Brochure "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle", 1946, p. 73.


3) Texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" de décembre 1940

En décembre 1940, le Parti communiste publie clandestinement le premier numéro de la brochure La Politique communiste. Ce numéro, consacré aux relations entre la France et l'Allemagne, est composé d'un seul texte intitulé "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ce titre fait référence à l'engagement pris par le Maréchal Pétain d'entrer dans la voie de la collaboration après à sa rencontre avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940 dans la ville de Montoire-sur-le-Loir.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" mais sur la soumission à l'Allemagne. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du Maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui traduit le refus de toute "hostilité haineuse" à l'égard du vainqueur allemand. 

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique du Maréchal Pétain : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le Maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

Organe de la Région Paris-Ouest du PCF, La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 publie un article intitulé "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?". Ce texte, qui traite de la situation internationale avec un développement consacré à la politique communiste, peut être attribué à Gabriel Péri en s'appuyant sur deux arguments. D'abord, ses différentes fonctions : membre du Comité central du PCF, député de Seine-et-Oise (banlieue ouest de Paris) et journaliste à l'Humanité chargé de la rubrique Internationale. Ensuite, le contenu du texte dont de nombreux éléments seront repris dans l'article "Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 pour les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

L'intérêt de mentionner "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?" réside dans le constat que deux parties de ce texte présentent un contenu similaire à la "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" :

[...]

LA POLITIQUE DE MONTOIRE

Le 26 octobre, à Montoire, après avoir rencontré successivement Pierre Laval puis Franco et avant de se rendre à Florence conférer avec Mussolini, Adolf Hitler s'entretenait avec Philippe Pétain [NdB : la rencontre Pétain-Hitler a eu lieu le 24 octobre]. Les journaux français ont entouré de mystère les résultats de de cette conversation. On peut cependant définir  ainsi les grandes lignes de la politique de Montoire.
1° La politique extérieure de la France confiée désormais à la direction de Laval et Brinon sera plus étroitement asservie aux volontés allemandes.
2° L'Allemagne exige de la France et de l'Espagne une participation directe à la guerre contre l'Angleterre, en Méditerranée (Gibraltar et Suez) et sur le littoral africain (Déat écrit dans L'Œuvre qu'il faut  savoir « mourir pour Dakar »)
3° L'Allemagne et l'Italie ne renoncent pas annexer des territoires français (deux jours avant Montoire, l'Allemagne annexait l'Alsace et procédait à des expulsions en masse de citoyens français de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle) mais au surplus sous le signe de la collaboration, l'Allemagne prétend dicter une organisation de l'Europe et de l'Afrique dans laquelle la France serai transformée en pays semi-colonial dont la vie économique sera entièrement subordonnée aux exigences du Reich.

L'URSS,
LA POLITIQUE  DES COMMUNISTES

[...] La politique que pratique les communistes maîtres du pouvoir en URSS c'est celle que pratiqueraient les communistes français s'ils étaient maîtres du pouvoir en France.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale celle qui est fondée sur l'égalité en droit de tous les peuples et le respect de leur indépendance, sur la constitution d'une Fédération des peuples libres analogues à la Fédération Soviétiques; ils proclameraient le droit à l'indépendance des peuples des colonies, ils briseraient l'isolement de la France et, grâce à eux, la France ne serait ni bafouée ni affamée parce qu'elle serait l'alliée de la Grande Union Soviétique et de son invincible Armée Rouge, de sa prodigieuse économie socialiste.

La condamnation de la politique de Montoire repose sur un argumentaire qui est identique à celui développé dans la première partie de "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". On notera aussi la même erreur concernant la rencontre entre Pétain et Hitler, le 24 octobre dans les deux textes au lieu du 26 octobre ou encore la même référence à Déat et à sa citation sur Dakar. En outre, les éléments qui composent le projet du Parti communiste en matière de politique extérieur sont similaires à ceux exposés dans la seconde partie de "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ainsi, "la vraie collaboration internationale" est une formule qui synthétise "l'entente internationale des peuples" et la "la politique de la collaboration vraie". 

Au vu de ces éléments, on peut considérer que ces deux textes rédigés en décembre 1940 sont du même auteur : Gabriel Péri.

D'ailleurs, pour étayer l'affirmation que Gabriel Péri est l'auteur du texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir", on pourrait citer d'autres écrits du dirigeant communiste comme par exemple la brochure "Non le Nazisme n'est pas le socialisme" rédigée en avril 1941 et dans laquelle on peut lire un commentaire identique sur le mot "collaboration" (document 1).

Document 1 :

"Mais à en croire les commentateurs des milieux qualifiés, les interlocuteurs de Montoire ont des vues autrement lointaines et ambitieuses qu'ils résument d'un mot séduisant "collaboration"."
(Texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" de décembre 1940)

"Quand on parle aux Français de « collaboration », certains pensent à des rapports sur la base de la réciprocité et cette idée les séduit."
(Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigée par Gabriel Péri en avril 1941).


4) Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941

Dans son rapport à l'Internationale communiste du 19 septembre 1940, Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, mentionne le projet de publier deux brochures destinées aux jeunes :

"De plus, nous voulons aider la JC [Jeunesse Communiste] à publier de petites brochures d'éducation pour la jeunesse, ce qui est d'une nécessité absolue car beaucoup de jeunes n'ont jamais rien lu concernant notre doctrine. Dans cet ordre d'idée, nous faisons préparer deux brochures, une sur Staline, et une sur la jeunesse de Liebknecht (1) et l'Internationale communiste des jeunes." (2)

Ce projet se concrétise en janvier 1941 avec la diffusion des brochures "Staline" et "Jeunesse de France" à 20 000 exemplaires chacune (3).

Dans son numéro de janvier 1941,  la  revue des Jeunesses communistes "Notre Jeunesse" encourage les jeunes communistes  à lire et à étudier ces deux publications : "deux brochures qui doivent être lues et étudiées par chaque jeune communiste et par tous les jeunes qui veulent libérer la France de l'esclavage capitaliste".

On notera que la revue communiste, fidèle à la ligne du PCF selon laquelle l'ennemi ce n'est pas le nazisme mais le capitalisme, appelle les jeunes à se mobiliser pour libérer la France de "l'esclavage capitaliste" et non de l'occupation allemande.

De ces deux brochures "d'éducation pour la jeunesse", on s'intéressera particulièrement à "Jeunesse de France" dans laquelle on peut lire ce qui suit :

"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, NOUS AURIONS MIS FIN A LA GUERRE, NOUS AURIONS SIGNÉE LA PAIX COMME LES BOLCHEVIKS L'ONT SIGNÉE EN 1918
La paix que signèrent les bolchéviques en 1918 était très dure. Mais elle était signé par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. 
La paix qu'eût signée UN GOUVERNEMENT FRANÇAIS POPULAIRE, AMI ET ALLIE DE L'UNION SOVIÉTIQUE, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance". (4)

Le Parti communiste affirme que s'il avait dirigé la France en juin 1940 en lieu et place du gouvernement du Maréchal Pétain, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

On peut attribuer ces lignes qui illustrent le pacifisme du Parti communiste à Gabriel Péri en s'appuyant sur La Pensée libre n° 2 de mars 1942.

En effet ce numéro rend hommage au dirigeant communiste qui a été fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941 en citant parmi ses écrits la brochure "Jeunesse de France" et en précisant que ce texte est un témoignage de son engagement dans... "la lutte contre l'envahisseur" :

"Quand les événements qu'il avait tant de fois prédits, qu'il avait pendant tant d'années essayé d'empêcher, étaient accomplis, Gabriel Péri continua la lutte contre l'envahisseur pour la libération de la Patrie. Il écrivit des brochures qui diffusé clandestinement, circulent de mains en mains : « Jeunesse de France »; « Non le nazisme n'est pas le socialisme »; il écrivit un réquisitoire contre la grande trahison et un autre sur la terreur nazie."

Pour terminer on mentionnera que la constitution en juin 1940 d'un gouvernement de Paix communiste sera aussi évoquée dans la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 dont l'auteur est... Gabriel Péri.

(1) le texte original indique : "sur l'Internationale de la jeunesse de Liebknecht".
(2) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 117 (Lettre intégrale)
(3) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 409. [Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. Les brochures "A la jeunesse" (sic) et "Sur Staline" (sic) ont été tirées en "janvier" à "20 (000)" exemplaires chacune.]
(4) A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre 1939-40, 1951, rééd. 1972, p 349.


5) Brochure "Nous accusons" de janvier 1941

En janvier 1941, le Parti communiste publie à 20 000 exemplaires (1) une brochure de 48 pages intitulée "Nous accusons".

Cette brochure constitue l'un des rares textes dans lequel le PCF fait une référence directe aux négociations qu'il a menées avec les autorités allemandes au cours de l'été 1940 pour obtenir la légalisation de ses activités :  

"Le parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, a gardé le front haut. Et, le front haut, il réclame la restitution des droits qui lui on été ravis. [...]

Les dirigeants du Reich avaient affirmé au peuple allemand que la guerre leur avait été imposé par les gouvernements de Londres et de Paris. Ils avaient ajoutés que l'armée allemande n'avait pas d'autre ennemi que la ploutocratie occidentale. Ils avaient dit encore que l'Allemagne se félicite d'entretenir, depuis le 23 août 1939, des relations de bon voisinage avec l'URSS, à quoi les communistes français répliquaient : s'il en ainsi, accordez vos actes et vos paroles. Des milliers d'hommes sont dans les prisons et dans les camps parce qu'ils ont lutté contre la guerre; qu'on les libère. Des municipalités ont été destitués parce qu'elles étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française : qu'on réinstalle les municipalités ouvrières ! Des journaux on été supprimé parce qu'ils ont approuvé le pacte soviéto-allemand : qu'on restitue le droit à la parution légale à L'Humanité, à Ce Soir, à L'Avant-Garde, à La Vie Ouvrière, à la revue Russie d'aujourd'hui. Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. Il n'a pas été entendu des autorités occupantes. [...]

Si gênant que cela soit pour les dirigeants allemands, qui ont régalé leur soldats de couplets contre les fauteurs de guerre et les ploutocrates, il faut que les soldats allemands sachent, en même temps que le public français, que les adversaires de la ploutocratie française, que les ennemis des fauteurs de guerre sont emprisonnés sur les ordres des autorités allemandes. Dans ces persécutions qui servent si bien les oligarchies capitalistes, la responsabilité des autorités allemandes est totale." (2)

Dans cet extrait, le Parti communiste met en évidence les éléments suivants concernant ses négociations avec les autorités allemandes :

1) Légitimité du PCF
le Parti communiste avait toute légitimité pour négocier avec les autorités allemandes au motif qu'il avait "lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste".

2) Intérêt des autorités allemandes
les autorités allemandes avaient tout intérêt à négocier avec le PCF au motif que l'Allemagne nazie avait été agressée par la France et l'Angleterre capitalistes et que, par ailleurs, cette dernière entretenait de bonnes relations avec l'URSS.

3) Contenu des négociations
le PCF a négocié avec les autorités allemandes la libération des militants communistes qui étaient "dans les prisons et dans les camps parce qu'ils (avaient) lutté contre la guerre", la reparution des journaux communistes supprimés "parce qu'ils (avaient) approuvé le pacte soviéto-allemand" et enfin le rétablissement des municipalités communistes qui "étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française".

4) Echec des négociations
le PCF constate avec regret l'échec de ces négociations : "Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. Il n'a pas été entendu des autorités occupantes." 

On notera aussi que dans cet extrait le Parti communiste espère susciter la sympathie des "soldats allemands", qui se sont engagés pour combattre "les fauteurs de guerre et les ploutocrates" autrement dit les capitaliste anglais et français, en leur expliquant que les communistes sont victimes de "persécutions" parce qu'ils sont "les adversaires de la ploutocratie française" et "les ennemis des fauteurs de guerre". Ainsi, bien qu'ils soient "emprisonnés sur les ordres des autorités allemandes", les communistes ne sont ni les "adversaires", ni les "ennemis" de l'Allemagne nazie. Mieux, ils partagent les mêmes ennemis que les soldats allemands : "les fauteurs de guerre et les ploutocrates".

On rappellera que les communistes considèrent que les soldats allemands sont avant tout des prolétaires avec lesquels il faut s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme. C'est d'ailleurs pour cette raison que les manchettes de l'Humanité n° 55 du 17 juin 1940 et de l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 appellent, dans les deux langues, les travailleurs français et les soldats allemands à s'unir : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !".

Dans son ouvrage Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, l'historien communiste Roger Bourderon écrit :

"Fin 1940, une brochure imprimées de 48 pages, « Nous Accusons », s'en prend directement à l'occupant. Après un éloge dithyrambique de la politique du parti depuis 1939 accompagné de l'habituelle virulence à l'égard de tous les hommes politique de la 3e République, les huit dernières pages sont consacrées à « L'occupation - la répression contre les communistes, champions de l'indépendance nationale », occasion d'une affirmation radicale : de fait c'est l'occupant qui dirige le pays.

[...] Qui est l'auteur de cette brochure officielle éditée par « le Parti communiste français (SFIC) » comme il est indiqué au dos de la page titre ? Sur l'exemplaire des Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, une mention manuscrite entre crochets, ajoutée a posteriori en haut de cette page, l'attribue à « Gabriel Péri », mais des références directes au député d'Argenteuil, notamment « à notre camarade Gabriel Péri » montrent que celui-ci n'en est pas l'auteur. On voit mal d'ailleurs Péri se livrer sous cette forme, fin 1940, à l'éloge de la politique du parti depuis 1939. Aucune signature ne figure au début ou en fin de texte". (3)

On peut attribuer la rédaction de la brochure "Nous accusons" à Gabriel Péri en avançant deux arguments. D'abord, la mention de son nom sur un exemplaire conservé au Archives départementales de la Seine-Saint-Denis. Ensuite, l'auteur de la brochure "Nous accusons", publiée en janvier 1941, développe un raisonnement que l'on retrouve dans le texte intitulé "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigé en avril 1941 par... Gabriel Péri (document 1).

A l'argument de l'historien communiste selon lequel on voit mal "Péri se livrer sous cette forme, fin 1940, à l'éloge de la politique du parti depuis 1939", on opposera le texte "La politique de paix des communistes" rédigée en septembre 1940 par Gabriel Péri dans lequel le dirigeant communiste fait un éloge dithyrambique de la politique pacifiste du Parti communiste sur la période allant... de la fin de la Première guerre mondiale à la défaite de la France en juin 1940.

Document 1 :  

"Révolution ! Socialisme ! Ces grands mots si chers à nos cœurs ont été galvaudés par des aigrefins. Ceux-là qui passent aux guichets des trusts et se produisent dans des feuilles que patronne l'occupant voudraient vous faire croire que la Révolution consiste à accrocher une étiquette nazie à la place de l'étiquette démocratique sur la vieille maison capitaliste; ceux-là crient « Mort aux Juifs ! » pour vous empêcher de crier « A bas le capitalisme » qui n'a ni race ni religion, ou plutôt qui est détestable quelle que soit sa race et sa religion".
(Brochure "Nous accusons" de janvier 1941) (4)

"Eh bien nous, les communistes, défenseurs des vrais intérêts de la France, nous prenons la parole pour dénoncer cette imposture grossière, pour dire à notre peuple qu’on lui ment, qu’on prépare sur son dos une monstrueuse escroquerie. On te trompe, peuple de France. Les disciples français du Nazisme sont les agents de la réaction capitaliste. Ils vitupèrent la ploutocratie; c'est pour mieux sauver ses privilèges. Tu ne les croirais pas, tu refuserais de les entendre s'ils parlaient leur langage et s'ils se présentaient à toi tels qu'ils sont. Alors ils se maquillent et choisissent pour te parler les mots que tu as si souvent employés toi même, les grands mots de socialisme, de révolution qui expriment tes aspirations et ton effort vers une vie meilleure et un monde plus juste.

Pour eux ces mots là, qu'ils prostituent en s'en servant, sont le "Sésame ouvre-toi" politique, grâce auquel ils prétendent forcer les portes du pouvoir au nom de leurs maîtres ploutocrates français et ploutocrates allemands. Ils sont le passeport truqué, grâce auquel ils s'imaginent pouvoir obtenir l'audience favorable des foules qu'il s'agit de rendre dociles à l'oppression nationale. Cet hommage bien involontaire, ils ont dû faire la grimace avant de le rendre. Ces formules "Révolution", "Socialisme" leur écorchent encore la bouche, ils les articulent en bredouillant. Mais il fallait en passer par là pour sauver le vieil ordre et les vieux privilèges, pour servir les maîtres nazis. Les vieux et éternels ennemis du peuple, les champions de la contre-révolution et les pourfendeurs de socialisme se sont travestis et ont modifié leur vocabulaire. Ils se sont imaginés que tu t’y laisserais prendre, que tu ne découvrirais pas le bout de leurs grandes oreilles. Comme ils te connaissent mal. [...]

[...] L'antisémitisme est la planche de salut du capitalisme. Aussi bien, dans ce pays de France, antisémitisme et révolution sont des termes qui s'excluent."
(Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigée par Gabriel Péri en avril 1941).

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003 p. 409. [Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'Internationale communiste auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. La brochure "Nous accusons" a été tirée à "20 (000)" exemplaires en "janvier" 1941].
(2) A. Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1948, p. 20.
(3) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 105-107.
(4) R. Bourderon, op. cit., p. 107.


6) Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941

Pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse en février 1941 une brochure, tirée à 20 000 exemplaires (1), intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Dans cette brochure rédigée en décembre 1940 ou janvier 1941, Gabriel Péri affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, le PCF aurait alors formé sur le territoire national un gouvernement de Paix : 

"Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [NdB : Le Gouvernement Pétain a été formé dans la nuit du 16 au 17 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers."  (2)

Le dirigeant communiste écrit que si le Gouvernement Reynaud "avait abandonné le territoire" en juin 1940 le Parti communiste aurait formé un nouveau gouvernement et ainsi dirigé la France pour la première fois.

Quelle eût été l'action de ce gouvernement communiste ? En politique extérieure,  "il eût signé la paix" avec l'Allemagne nazie. Cette "paix honorable et digne" aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Gabriel Péri ajoute que ce projet n'a pu être réalisé parce que les intérêts des oligarchies capitalistes commandaient non pas le départ du Gouvernement Reynaud mais sa démission afin de permettre la nomination du Maréchal Pétain à la présidence du Conseil. Il montre aussi la différence entre la paix pétainiste et la paix communiste en soulignant que "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

On peut attribuer la rédaction de la brochure "Le Parti communiste a vingt" à Gabriel Péri en s'appuyant sur le rapport présenté par Jacques Duclos à la première réunion légale du Comité central du Parti communiste français le 31 août 1944 :

"Pendant ce temps, notre Gabriel Péri écrivait une brochure : Le Parti a vingt ans. Et, peu de temps après, Péri écrivait une nouvelle brochure : Non, le fascisme n'est pas le socialisme, pour dénoncer les charlatans nazis et les montrer comme les hommes des trusts." (4)

Bien que son contenu illustre sans aucune équivoque la ligne pacifiste défendue par le PCF avant le 22 juin 1941, la brochure "Le Parti communiste a vingt" est présentée par Jacques Duclos comme l'un des textes de la Résistance communiste rédigés par Gabriel Péri !!!

Pour terminer, on rappellera que le projet de constituer un gouvernement de Paix communiste en juin 1940 est aussi mentionné dans la brochure de janvier 1941 "Jeunesse de France" dont l'auteur est... Gabriel Péri.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 409. [Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. La brochure "Vingt ans Parti communiste français" (sic) a été tirée au "mois de février" à "20 (000)" exemplaires].
(2) Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983 p. 196.
(3) Jacques Duclos, Les Communistes dans la bataille pour la libération de la France, rapport présenté au Comité central Parti communiste français le 31 août 1944.


7) Manifeste-programme "Pour le salut du Peuple de France" de février 1941

En février 1941, le Parti communiste publie le manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" qui présente l'ensemble des mesures que prendrait un Gouvernement du Peuple, autrement dit un gouvernement exclusivement dirigé par le Parti communiste.

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), le texte prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie.

Ainsi, en politique extérieure le Gouvernement du Peuple prendrait les mesures suivantes :

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.

2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.

3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique  de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

La brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" fait de nombreuses références au manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France". 

Cette brochure apporte ainsi la preuve formelle que Gabriel Péri a approuvé le programme du PCF qui prévoit, notamment, en politique extérieure l'établissement de "relations PACIFIQUES" et de "rapports fraternels" entre "le peuple français et le peuple allemand".

On peut aussi affirmer avec une quasi-certitude que Gabriel Péri a participé à la rédaction de ce texte programmatique en avançant deux arguments. D'abord, le texte est signé par le Comité Central du Parti communiste Français (SFIC) dont il est membre. Ensuite, il a rédigé deux textes qui présentent des passages identiques au manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" (documents 1 et 2).
 
Document 1 :

"Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE."
(Manifeste-programme "Pour le salut du peuple de France" de février 1941).

"Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE. Mais elle ne peut être pratiquée par les hommes de Vichy. Elle suppose un gouvernement capable de rallier l'adhésion des masses populaires françaises, de susciter la sympathie de tous les peuples, de se concilier l'amitié et l'appui de l'URSS et de sa puissante économie socialiste. AUTREMENT DIT, IL N' Y A QU'UN GOUVERNEMENT QUI DE PAR SON ORIGINE, SA COMPOSITION, SON PROGRAMME PUISSE PRATIQUER CETTE POLITIQUE, C'EST UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE."
(Article"La politique internationale - Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941).

Document 2 :

POURQUOI LA FRANCE 
DOIT-ELLE
ETRE AMIE DE L'URSS ?

LA FRANCE DOIT ETRE AMIE DE L'URSS, parce que la politique de paix ferme et constante du pays des Soviets correspond au désir de paix du peuple français.

LA FRANCE DOIT ETRE AMIE DE L'URSS, parce que la politique de respect de l'indépendance des nations, poursuivie par le pays du socialisme, correspond aux profondes aspirations du peuple français. 

LA FRANCE DOIT ETRE AMIE DE L'URSS, parce que le régime de liberté dont jouissent les peuples du pays des Soviets correspond à la volonté de liberté du peuple français.

En plus de ces raisons politiques particulièrement importantes, des raisons d'ordre économiques militent en faveur de l'établissement de relations d'amitié entre la France et l'URSS. Il est indiscutable que si un large courant d'échanges était assuré entre la France et le grand pays du Soviets, le redressement de l'économie nationale pourrait être rapidement effectué et de terribles privations, de cruelles souffrance pourrait être épargnées au peuple de notre pays. 

"La France doit être l'amie de l'URSS parce que la politique de paix ferme et constante du pays des Soviets correspond au désir de paix du peuple français; parce que la politique de respect de l'indépendance des nations, poursuivie par le pays du socialisme, correspond aux profondes aspirations du peuple français; parce que le régime de liberté dont jouissent les peuples du pays des Soviets correspond à la volonté de liberté du peuple français; enfin parce que si un large courant d'échanges était assuré entre la France et le grand pays des Soviets, le redressement de l'économie nationale pourrait être rapidement effectué et de cruelles souffrances et de terribles privations pourraient être épargnées au peuple de France."
(Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigée par Gabriel Péri en avril 1941).


8) Article "Au seuil de 1941" de mars 1941

Diffusés à 20 000 exemplaires en mars 1941 (1), les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 publient un article de Gabriel Péri rédigé en janvier 1941, "Au seuil de 1941", dans lequel le dirigeant communiste analyse la situation internationale depuis la défaite de France en juin 1940.

Dans la première partie de son texte Gabriel Péri montre que la guerre sera longue au motif que ni l'impérialisme anglais, ni l'impérialisme allemand ne sont en mesure de remporter la victoire à court terme. L'Angleterre impérialiste en raison de l'effondrement de sa puissance, l'Allemagne impérialiste du fait des difficultés auxquelles elle est confrontée. Les difficultés qui font obstacles à un succès de l'Allemagne sont d'ailleurs développés dans la suite du  texte : défaites militaires de son allié italien; échec partiel de sa diplomatie dans l'Europe balkanique et danubienne avec toutefois la réserve suivante : l'activité de l'Allemagne dans cette partie de l'Europe ne remet pas en cause la solidité des relations germano-soviétiques; et enfin hostilité des pays vaincus avec un long développement consacré à la France. Pour terminer, Gabriel Péri envisage une entrée en guerre de l'Amérique impérialiste ainsi qu'une extension du conflit en extrême-orient.

On reproduira ci-après les passages dans lesquels Gabriel Péri dénonce l'impérialisme anglais, fait l'éloge des relations germano-soviétiques, insulte le Général de Gaulle, expose le projet pacifiste du PCF et enfin condamne tout engagement des Etats-Unis dans la guerre :

 Au seuil de 1941


Une année nouvelle s'ouvre pour le monde qu'emporte encore la tourmente de la guerre. Les douze mois qui viennent de s'achever ont vu l'effondrement de l'un des belligérants. Mais cet effondrement n'a pas mis le point final au conflit. Il n'a pas empêché les hostilités de se prolonger entre les autres rivaux ni le champ de bataille de s'étendre. Une autre phase de la guerre s'est ouverte. Essayons d'en dégager les caractères et d'en fixer les traits au seuil de 1941.

PERSPECTIVES D'UNE GUERRE LONGUE

[...]
La Grande-Bretagne est aussi minée par une œuvre lente et sûre de destruction qu'aggravent encore les difficultés qui surgissent à chaque instant sur tout les secteurs du « Commonwealth ». Mer libre, supériorité incontestable de la marine, puissance de l'industrie, omnipotence du crédit, fidélité des Dominions, tout ce dont traditionnellement la puissance britannique était faite, s'effondre avec un grand fracas.

Et pourtant, les dirigeants du Reich n'annoncent plus au peuple allemand une victoire foudroyante sur l'ennemi. [...]

LES REVERS ITALIENS
EN AFRIQUE ET EN ALBANIE [...]

L'ALLEMAGNE ET LES BALKANS
LES RELATIONS SOVIETO-ALLEMANDES

[...]
Les speakers de la Radio anglaise n'ont pas manqué d'expliquer à leurs auditeurs que l'activité allemande dans les Balkans allait immanquablement provoquer une crise des relations germano-soviétiques, et — pourquoi pas ? — une riposte militaire des Soviets... Sur quoi les propagandistes de la Radio et de la Presse nazies ont affirmé avec une tranquille assurance que l'Union Soviétique approuvait de tout son cœur les initiatives allemandes dans les Balkans et les couvrait d'avance de sa complicité.

Il va de soi que ces explications contradictoires s'inspirent d'une égale mauvais foi. L'URSS a signé avec l'Allemagne un Pacte de non-agression. Ce pacte a facilité la conclusion d'accords commerciaux entre les deux pays. Dans le cadre des relations pacifiques qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne se sont déroulées à la mi-novembre les entretiens Molotov-Hitler à Berlin. Enfin le 10 janvier ont été signés entre l'Allemagne et l'URSS trois autres accords. L'un délimite les les frontières soviéto-allemandes à la suite de l'adhésion des Etats Baltes à l'URSS. L'autre prévoit des échanges de population entre les les Etats soviétiques baltes et l'Allemagne. Le troisième règle les échanges commerciaux commerciaux entre l'URSS et l'Allemagne et prévoit l'accroissement de ces échanges. Ces conventions on le voit, correspondent à la conception souvent définie par Molotov des relations germano-soviétiques. Ces relations ne sont pas fondées — a expliqué le Président du Conseil des Commissaires du Peuple — sur des circonstances fortuites mais correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats. Voilà qui nous change, n'était-il pas vrai, de la « collaboration-servitude » préconisée par MM. Déat, Laval et Cie.

Que le maintien de la paix soit conforme à l''intérêt de l'URSS, c'est une vérité d'évidence. Il faut ajouter que le maintien de la paix entre l'URSS et l'Allemagne est rigoureusement conforme à l'intérêt et aux aspirations des travailleurs du monde entier. Les travailleurs du monde entier veulent se libérer de l'oppression nationale et de l'exploitation capitaliste. ILS VEULENT QUE LA GUERRE EST UNE ISSUE NON IMPERIALISTE. L'URSS est à leurs yeux la grande force libérée de l'exploitation capitaliste et de la sujétion nationale, la grande force anti-impérialiste. C'est cette force qui est l'alliée des travailleurs. ET PLUS RESOLUMENT LA FORTERESSE SOVIETIQUE SE PRESERVERA DE LA GUERRE, PLUS SUREMENT LES PROLETAIRES POURRONT-ILS IMPOSER LEUR SOLUTION AU CONFLIT.

Nous sommes loin, on le voit, des interprétations également fantaisistes de la propagande anglaise et de la propagande nazie. D'après les speakers de MM. Churchill et de Gaulle le désir le plus ardent des Soviets serait de jouer le rôle de gendarmes de la Cité de Londres ou des banquiers de Wall Street. Selon les scribes de l' «  Œuvre » et de la « France au Travail », l'URSS n'a pas de rêve plus cher que celui de collaborer à l'établissement de l'hégémonie nazie baptisée ordre nouveau. Les saltimbanques des deux camps mentent et savent qu'ils mentent.

L'URSS PRATIQUE LA POLITIQUE EXTERIEURE INDEPENDANTE DU PROLETARIAT MAITRE DU POUVOIR, POUR QUI LA PAIX INTERNATIONALE EST EXCLUSIVE DE TOUTE INSTAURATION D'HEGEMONIE. Cette politique a été définie par Staline au printemps de 1939. L'URSS à le désir de développer ses relations d'affaires avec tous les pays, des relations de bon voisinage avec tous ses voisins sous la seule condition que ses partenaire renoncent à tout projet d'aventures et d'intrigues antisoviétiques.

En d'autres termes le désir très réel de l'URSS d'entretenir avec le Reich des relations pacifiques va de pair avec le souci conforme à l'intérêt de tous les peuples de prévenir l'extension du conflit armé et de la prévenir notamment dans des régions comme les Balkans et le Proche-Orient. [...]


LA CRISE FRANÇAISE

L'Allemagne au seuil de la nouvelle année ne se heurte pas seulement à des obstacles d'ordre diplomatique ou militaire. Elle rencontre d'autres difficultés encore et notamment celles qui proviennent de l'hostilité et de la résistance des pays vaincus. [...]

Pour compléter le tableau il faut ajouter qu'en France LA POLITIQUE DITE DE MONTOIRE S'EST HEURTEE A UNE OPPOSITION GENERALE. Le peuple français n'admet pas une collaboration qui se traduit avant tout par le rapt de produits de son alimentation, l'installation au pouvoir d'une maffia d'aventuriers, la destruction de ses libertés, le dépècement de son territoire, et l'asservissement pour demain. Le peuple français n'a aucun goût pour cette « paix qui se fait tous les jours », selon l'expression de Marcel Déat, c'est-à-dire qui permet tous les jours aux vainqueurs d'allonger la facture.

Telle est l'origine de la crise qui a éclaté à Vichy le 13 décembre et qui n'est point dénouée encore. [...]

Le 13 décembre le Maréchal avait congédié Laval et l'avait remplacé par Pierre-Etienne Flandin. [...]

L'Allemagne déchaîne alors ses hommes contre les ministres de Vichy. L' « Œuvre », les « Nouveaux Temps » exposent publiquement les conditions du Reich. Berlin ne reconnaît plus le gouvernement de Vichy; à la rigueur supporterait-il le directoire constitué à côté du Maréchal Pétain, l'Amiral Darlan, le général Huntziger et Pierre-Etienne Flandin, mais à condition que Laval réintégré dans le Cabinet figurât dans cet aréopage. La présence de Laval doit garantir la bonne exécution des engagements que la France souscrira. Cette présence, explique M. Luchaire, est « la garantie essentielle attendue par Berlin pour la reprise de la politique de collaboration », car il va de soi « que ne point pratiquer la collaboration comme nos partenaires demandent qu'elle soit pratiquée équivaut à refuser cette collaboration avec toutes les conséquences que cela comporte ». « La collaboration, dit de son côté M. Déat, c'est la connaissance directe des tendances allemandes, des sentiments nazis ». La collaboration, c'est la nazification; or, les Français ne sont pas mûrs pour la nazification. [...]

Un mois après l'éviction de Laval, l'Allemagne n'a pas point obtenu que satisfaction lui fût donnée. Elle a dû patienter pendant trente jours. Le fait est assez remarquable pour être signalé. N'allons pas surtout en tirer des conclusions prématurées ni aider Pétain, Flandin et Cie a redorer leur blason et à se présenter comme des champions de la dignité nationale. [...]

Mais les hommes de Vichy installés au pouvoir par un coup d'Etat, sont les obligés du Reich; ils n'ont été créés et mis au monde que pour exécuter les volontés du Fürhrer. Leurs réticences sont d'avance condamnées à l'échec. L'entrevue Pétain-Laval de la Ferté-Hauterive a constitué le premier recul de l'équipe de Vichy.

Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST  A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE. Mais elle ne peut être pratiquée par les hommes de Vichy. Elle suppose un gouvernement capable de rallier l'adhésion des masses populaires françaises, de susciter la sympathie de tous les peuples, de se concilier l'amitié et l'appui de l'URSS et de sa puissante économie socialiste. AUTREMENT DIT, IL N' Y A QU'UN GOUVERNEMENT QUI DE PAR SON ORIGINE, SA COMPOSITION, SON PROGRAMME PUISSE PRATIQUER CETTE POLITIQUE, C'EST UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE.


LES ETAT-UNIS ET LA GUERRE

Tandis que se poursuit la crise française aux épisodes variés et aux vicissitudes multiples, un grand événement, l'un des plus considérables depuis le 14 juin, s'inscrit dans la chronique mondiale. Nous voulons parler de la Loi d'Assistance soumise au Congres américain par le Président Roosevelt. [...]

Les conséquences de cette décision peuvent être immense. Elle peut précipiter les Etats-Unis dans la guerre. Le printemps de 1940 a été celui de la défaite française. A moins d'un coup d'audace qui permettrait à Hitler de gagner de vitesse ses adversaires, le printemps de 1941 sera celui de la guerre mondiale, nous voulons dire de la guerre pour la conquête de l'hégémonie du monde entre deux forces également réactionnaires : l'impérialisme allemand et l'impérialisme anglo-saxon, l'impérialisme de la dictature nazie et l'impérialisme de la dictature des « soixante familles ». [...]


L'EXTREME ORIENT [...]


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L'article "Au seuil de 1941" permet d'illustrer trois thèmes qui sont récurrents de la propagande communiste : la Paix avec l'Allemagne nazie, la collaboration vraie enfin l'anti-américanisme.

1) Paix avec l'Allemagne nazie.

On rappellera que depuis le début du conflit le PCF soutient la thèse que la guerre est une confrontation de pays capitalistes pour la domination du monde. Il justifie ce constat en affirmant que la cause de la guerre c'est l'idéologie capitaliste et non le nazisme et résume ce principe avec une citation de Jaurès : "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage". C'est cette démonstration du caractère impérialiste de la guerre qui explique l'engagement du PCF en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

La défaite de la France en juin 1940 et le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain en juillet 1940 ne remettent pas en cause la thèse de la guerre inter-impérialiste.

Le PCF considère que la guerre oppose désormais l'impérialisme anglais à l'impérialisme allemand et que le Général de Gaulle et le Maréchal Pétain servent respectivement l'Angleterre impérialiste et l'Allemagne impérialiste. La victoire de l'un ou de l'autre belligérant aurait la même conséquence pour la France : le maintien du régime capitaliste. Or, la cause de la guerre c'est le capitalisme. En conséquence, la solution impérialiste ne garantira pas à la France une paix durable.

A cette double impasse impérialiste le PCF oppose une solution non impérialiste : la constitution d'un gouvernement communiste qui renversera le régime capitaliste (libération sociale) et négociera ainsi une paix durable avec l'Allemagne (libération nationale). l'URSS étant le modèle et la garantie des relations pacifiques entre la France et l'Allemagne.

Fidèle à la thèse de la guerre inter-impérialiste, Gabriel Péri dénonce et l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand. De même, il condamne le Général de Gaulle ("Les saltimbanques des deux camps mentent et savent qu'ils mentent") et le Maréchal Pétain ("La collaboration, c'est la nazification; or, les Français ne sont pas mûrs pour la nazifications").

On retrouve aussi dans le texte de Gabriel Péri les éléments qui composent le projet pacifiste du PCF.

Tout d'abord il pose le principe d'une résolution non impérialiste du conflit :
"Les travailleurs du monde entier veulent se libérer de l'oppression nationale et de l'exploitation capitaliste. ILS VEULENT QUE LA GUERRE EST UNE ISSUE NON IMPERIALISTE."

Il décline ensuite ce principe à la France en affirmant qu' "UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE" et que seul un "GOUVERNEMENT DU PEUPLE", autrement dit un gouvernement dirigé par le PCF, sera en mesure de mettre en œuvre une telle politique. On notera qu'il écarte clairement toute forme de lutte armée pour libérer la France de l'occupation allemande qui dure depuis près de huit mois.
 
Il ajoute que ce Gouvernement du Peuple pourra, contrairement au Régime de Vichy, compter sur "l'adhésion des masses populaires françaises", sur "la sympathie de tous les peuples", y compris le peuple allemand, et enfin sur "l'amitié et l'appui de l'URSS".

Pour connaître les mesures que prendra ce "Gouvernement du Peuple", il suffit de se reporter au programme du PCF de février 1941 intitulé "Pour le salut du peuple de France".

En politique extérieure, "le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE."

En politique intérieure, le "Gouvernement du Peuple" aura pour tâche de "METTRE LES OLIGARCHIES CAPITALISTES HORS D'ETAT DE NUIRE".

En clair, le programme du PCF prévoit la Paix avec l'Allemagne (libération nationale) et la Révolution socialiste (libération sociale).

2) Collaboration vraie.

L'article "Au seuil de 1941" permet aussi de mettre en évidence la notion de collaboration vraie développée par Gabriel Péri dans un texte intitulé "la Politique de Montoire-sur-(le-)Loir".

Dans ce texte de décembre 1939, Gabriel Péri oppose la collaboration pétainiste à la collaboration communiste. La première, qui se caractérise par la soumission à l'Allemagne, conduira la France à s'engager militairement contre l'Angleterre au profit de l'impérialisme allemand autrement dit elle ne garantira la Paix. La seconde, qualifiée de "collaboration vraie", permettra au contraire à la France de faire la Paix avec l'Allemagne au motif qu'un gouvernement formé par le Parti communiste négocierait sur un pied d'égalité avec les dirigeants allemands. Le modèle et la garantie de ces négociations étant l'URSS.

On retrouve dans son texte rédigé en janvier 1941 la même distinction :

"Ces conventions on le voit, correspondent à la conception souvent définie par Molotov des relations germano-soviétiques. Ces relations ne sont pas fondées — a expliqué le Président du Conseil des Commissaires du Peuple [Discours du 1er août 1940] — sur des circonstances fortuites mais correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats. Voilà qui nous change, n'était-il pas vrai, de la « collaboration-servitude » préconisée par MM. Déat, Laval et Cie."

La collaboration prônée par les pro-nazis est qualifiée de "collaboration-servitude" au motif qu'elle marque la soumission de la France à l'Allemagne. A l'inverse, l'URSS est l'exemple d'un gouvernement communiste qui a négocié sur un pied d'égalité avec l'Allemagne pour aboutir à l'établissement de relations qui "correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats."

3) l'anti-américanisme.

Dans ce texte rédigé en janvier 1941, Gabriel Péri fait l'hypothèse d'une entrée guerre des Etats-Unis au printemps et dénonce cette future intervention américaine comme une manifestation de "l'impérialisme de la dictature des « soixante familles" :

"A moins d'un coup d'audace qui permettrait à Hitler de gagner de vitesse ses adversaires, le printemps de 1941 sera celui de la guerre mondiale, nous voulons dire de la guerre pour la conquête de l'hégémonie du monde entre deux forces également réactionnaires : l'impérialisme allemand et l'impérialisme anglo-saxon, l'impérialisme de la dictature nazie et l'impérialisme de la dictature des « soixante familles »."

Cet anti-américanisme sera développé dans deux numéros de la brochure La politique communiste diffusés en mars 1941 que l'on peut d'ailleurs attribuer par leur contenu à Gabriel Péri.

1) La Politique communiste n° 3 de mars 1941 est consacrée à "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" :

Le Congrès américain a voté la loi des pleins pouvoirs proposée par le Président Roosevelt, et qui permettra aux Etats-Unis d'accorder une aide massive à la Grande Bretagne et à tous les pays dont la défense sera jugée conforme aux intérêts américains. On ne saurait se méprendre sur la portée de cette décision qui transforme les Etats-Unis en belligérants virtuels et qui achève de donner à la guerre son caractère mondial. Du moins, convient-il d'en dégager la signification véritable. [...]

L'intervention américaine et le caractère de la guerre

C'est de ce point de vue, croyons-nous, qu'il faut apprécier l'intervention américaine dans le conflit et définir l'attitude du prolétariat révolutionnaire envers ce grand évènement. Les prolétaire enregistrent tout d'abord que l'intervention américaine ajoute une difficulté supplémentaire à celles qu'éprouve déjà l'impérialisme allemand dans son entreprise d'hégémonie universelle. En butte à l'opposition des pays occupés, inquiète des signes de faiblesse de son allié italien et des embarras  de son allié japonais, l'Allemagne voit son principal adversaire renforcé par l'appoint de l'aide américaine. [S]ans donner dans les bobards de la British Broadcasting Corporation, il est impossible de sous-estimer l'importance de ce facteur. [...]
Mais la solution prolétarienne ne saurait consister à choisir entre plusieurs mode de servitude impérialiste. La guerre qui se prolonge et qui s'étend est une guerre impérialiste et ce n'est point pour devenir les tributaires de l'impérialisme anglo-saxon que les travailleurs rejettent la dictature suffocante de l'impérialisme allemand.
Expliquons-nous : la puissance qui de l'autre côté de l'Atlantique se couvre d'une carapace d'acier, qui va mobiliser pour la guerre le travail de ses citoyens, dont les avions vont sillonner le ciel de l'Europe, quelle est-elle ? Que représente-t-elle ? Elle représente l'omnipotence des trusts, le pouvoir du capitalisme le plus évolué. C'est la dictature de quelques familles oligarchiques qui descendent dans l’arène de la guerre. [...]
Serrons le problème de plus près : nous savons comment se traduirait la victoire de l'hégémonie nazie, et les perspectives qu'elle nous offre, nous ne le dirons jamais assez, nous paraissent détestables. Imaginons d'autre part ce que serait la victoire de la domination impérialiste anglo-saxonne, l'impérialisme américain devrait relever ce champ de ruines que serait le vieux continent. L'Europe dévastée ne pourrait pas payer les fournitures que de ce chef elle solliciterait de l'Amérique, ou plus exactement elle ne pourrait s'acquitter de sa dette qu'en laissant les Etats-Unis acquérir en Europe, les usines, les mines, les chemins de fer, les compagnies de navigation, bref, qu'en acceptant de devenir une colonie américaine.
Colonie américaine, dominion britannique, protectorat allemand, voilà les solutions capitalistes. Voilà ce qu'offre aux peuples le magasin de bric-à-brac de l'impérialisme. Il ne peut leur offrir rien d'autre.

Contre la solution impérialiste

Or ces solutions sont également à nos yeux haïssables. Nous les repoussons en bloc. Nous ne voulons d'aucune d'elles. Seulement, - répétons-le, car cette idée maîtresse inspire la politique des communistes du monde entier - il n'est pas vrai que les peuples soient condamnés à choisir entre plusieurs formes d'esclavage. Il n'est pas vrai que l'issue impérialiste soit la seule issue. Il y a une autre solution que l'esclavage : la libération par le socialisme, par le vrai socialisme, celui de Marx, de Lénine, de Staline. Il y a une autre issue que l'issue impérialiste : l'issue socialiste que désignent les communistes.

2) La Politique communiste n° 4 de mars 1941 est consacrée à "L'extrême-orient et la guerre impérialiste" :

"Les deux forces, l'anglo-américaine et la japonaise, qui se heurtent en Extrême-Orient dans une guerre virtuelle sont deux forces impérialistes. L'impérialisme japonais veut défendre des "droits", des intérêts, des acquisitions qu'il impose par la violence et la ruse. C'est dire que la victoire de l'un ou de l'autre bloc serait également contraire à l'intérêt des peuples de l'Extrême-Orient et à l'intérêt de la Paix internationale."


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L'historiographie analyse l'article "Au seuil de 1941" de Gabriel Péri comme un texte de la... Résistance communiste. Pour illustrer ce fait, on citera une brochure du PCF et deux textes d'historiens.

1) La brochure hommage "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle" diffusée par le PCF en 1946 mentionne le texte de Gabriel Péri publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 comme l'un des ses écrits de la Résistance :

"Péri communiste, Péri patriote, restait a son poste de combat. Lorsque la trahison eut mené la France au désastre, lorsque Pétain eut étranglé la République, Péri, avec son Parti, s'employa à regrouper les forces du peuple pour arracher sa Patrie aux ténèbres de l'oppression, pour reconquérir l'Indépendance de la France. Les études, les articles de Gabriel Péri publiés clandestinement contribuent puissamment à éclairer les esprits et à relever les courages.
Dans les Cahiers du 3e trimestre de 1940, il montrait comment la « drôle de guerre », la prétendue guerre contre l'Allemagne en 1939 et 1940, avait été, au dedans, une guerre contre le peuple de France et, au dehors, une guerre dirigée en fait contre l'Union Soviétique. Dans les Cahiers du premier trimestre 1941, il dénonçait la politique de Montoire, et écrivait :
« Le peuple français n'admet pas une collaboration qui se traduit avant tout par le rapt des produits alimentaires, par l'installation au pouvoir d'une maffia d'aventuriers, la destruction de ses libertés, le dépècement de son territoire, et l'asservissement pour demain »." (2)

2) Dans son ouvrage "Le PCF dans la guerre", l'historien Stéphane Courtois écrit :

"Thorez et Duclos se maintiennent donc dans la ligne stratégique de la lutte contre tous les impérialistes, tout en intégrant peu à peu au niveau de la tactique la nécessité de la lutte pour l'indépendance nationale.
Ils se heurtent cependant à un fort courant d'opposition qui se manifeste dans tout le Parti et jusqu'au sein de la direction.
Ce courant, qui regroupe les antifascistes « viscéraux » (des intellectuels, les juifs, les jeunes, les immigrés de la MOI et les anciens d'Espagne), réussit même à faire entendre sa voix jusque dans l'organe théorique du Parti.
Un premier article, en effet, publié dans le numéro des Cahiers du Bolchévisme du premier trimestre 1941 et intitulé « La situation internationale au début de 1941 » (sic) dépasse largement le terrain d'analyse autorisé et remet en cause le rôle attribué à l'Allemagne hitlérienne dans la guerre impérialiste depuis octobre 1939. Cet article, que son style expurgé des tournures stéréotypées ou injurieuses de l'Humanité et sa haute tenue dans l'analyse autorisent à attribuer à Gabriel Péri, pourrait se résumé à un recensement jubilant de tous les obstacles que Hitler voit se dresser sur son chemin. Parmi ceux-ci, la puissance croissante de l'URSS, la faiblesse de son allié italien, mais aussi « les difficultés qui proviennent de l'hostilité et de la résistance des pays vaincus ». « Les peuples d'Europe ne se soumettent pas aux servitudes ». En France en particulier, « la politique dite de Montoire s'est heurtée à une opposition générale ». Et la conclusion est assénée avec force et conviction : « La collaboration, c'est la nazification, or les français ne sont pas mûrs pour la nazification ».
Ainsi, pour la première fois depuis près d'un an et demi, les termes de « nazi » et de « fasciste », répétés à plusieurs reprises dans le texte, réapparaissent dans le vocabulaire du PCF. Du même coup et automatiquement, ils font glisser la problématique d'une guerre interimpérialiste à une guerre antifacsciste". (3)

Dans cet extrait, l'historien rappelle que le PCF analysait la guerre comme un conflit opposant deux camps impérialistes. Il affirme, ensuite, qu'il existait au sein du PCF une opposition à cette ligne inter-impérialiste qui soutenait que la guerre contre l'Allemagne était une guerre antifasciste. Enfin, pour illustrer cette ligne antifasciste il cite l'article "Au seuil de 1941" dont il attribue la rédaction à Gabriel Péri.

Pour étayer l'affirmation que cet article illustre une ligne antifasciste, l'historien précise que ce texte de Gabriel Péri "pourrait se résumé à un recensement jubilant de tous les obstacles que Hitler voit se dresser sur son chemin". Autrement dit il estime que ce texte est une condamnation exclusive de l'impérialisme allemand. 

Cette analyse ne reflète absolument pas le contenu de cet article puisqu'elle écarte tout les passages dans lesquels Gabriel Péri dénonce l'impérialisme anglais, l'impérialisme américain et le Général de Gaulle ainsi que ceux dans lesquels il fait l'éloge des relations germano-soviétiques.

Mieux, elle passe sous silence ce que propose Gabriel Péri pour mettre un terme à l'occupation allemande :

"UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE"

En conclusion, ce texte de Gabriel Péri ne reflète absolument pas une ligne antifasciste. Au contraire, il s'inscrit pleinement dans la ligne pacifiste défendue par le PCF qui considère que la guerre est une guerre inter-impérialiste.

3) Dans son ouvrage "Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943", l'historien communiste Roger Bourderon écrit : 

"D'autre part, dans Les Cahiers du Bolchévisme (numéro du 1er trimestre 1941), Gabriel Péri est l'auteur d'un article sur la situation internationale dans lequel il fait le tour, pour s'en réjouir, des multiples obstacles qui se dressent devant Hitler, et qu'il conclut ainsi : « La collaboration, c'est la nazification, or les français ne sont pas mûrs pour la nazification »". (4)

Là encore l'historien ne retient que la dimension anti-allemande du texte de Gabriel Péri. Aucune référence ni à la condamnation de l'impérialisme anglais, de l'impérialisme américain ou du Général de Gaulle, ni à l'éloge des relations germano-soviétiques. Pas de mention non plus de la proposition pacifiste de Gabriel Péri pour mettre un terme à l'occupation allemande.  

L'historien cite l'article de Gabriel Péri, parmi d'autres textes, pour étayer la thèse de son ouvrage selon laquelle l'engagement du PCF dans la Résistance n'est pas la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941, mais le résultat d'une évolution de sa ligne politique allant du refus de l'occupation allemande à la lutte armée.

Pour terminer, on fera remarquer que les deux historiens partagent la même analyse quant au contenu exclusivement anti-allemand de l'article "Au seuil de 1941" mais qu'ils divergent quant à sa signification : le premier estime que cet article manifeste l'expression d'une ligne antifasciste minoritaire au sein du PCF alors que le second considère que ce texte marque le refus du PCF d'accepter l'occupation allemande.


(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 409. [Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'Internationale communiste auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. Les "Cahiers du Bolchévisme" ont été tirés en "mars" à "20 (000) exemplaires.]
(2) Brochure "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle", 1946, p 73.
(3) S. Courtois, Le PCF dans la guerre, 1980, pp. 162-163.
(4) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012 p. 131.



B/ Textes mentionnant le pacifisme de Gabriel Péri


On peut aussi s'appuyer sur des articles de la presse communistes qui font référence à Gabriel Péri pour démontrer que ce dernier a constamment milité en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie :

1) L'Humanité n° 76 du 27 septembre 1940

L'Humanité n° 76 du 27 septembre 1940 réaffirme la ligne pacifiste du PCF en publiant l'intégralité de la lettre au Président Herriot du 1er octobre 1939. Elle accompagne cette publication d'un hommage aux 44 députés communistes condamnées en raison de cette initiative pacifiste. De plus, elle précise que neuf députés, parmi lesquels figure Gabriel Péri, n'ont pu être arrêtés par la police et qu'ils poursuivent dans la clandestinité "leur lutte pour la défense du peuple" autrement dit leur combat en faveur de la Paix avec l'Allemagne.

213 ANNEES DE PRISON, 2 133 000 frs D'AMENDES 
et 220 ANNEES D'INTERDICTION DES DROITS CIVILS ET POLITIQUES.
Tel est le bilan des condamnations prononcées par le 3e Tribunal Militaire de Paris, présidé par le colonel-flic Gafajoli, le 3 avril dernier contre les députés communistes, coupables d'avoir envoyé à Herriot, en date du 1er octobre 1939, la lettre ci-après, pour demander la discussion immédiate de la paix en séance publique du Parlement. [...]
Parmi les députés condamnés, pour l'envoi de la lettre ci-dessus à 213 années de prison à 2 133 000 francs d'amendes et 220 années d'interdiction des droits civils et politiques, neuf n'ont pu être rejoints par la police et continuent dans l'illégalité, depuis onze mois, leur lutte pour la défense du peuple. Ce sont [...]
Gabriel Péri, Député de Seine-et-Oise. Membre du Comité Central du Parti. [...]


2) La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940

Organe de la Région Paris-Ouest du PCF, La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940, appelle à la libération de plusieurs élus communistes de la banlieue ouest de Paris. Député d'Argenteuil (banlieue ouest de Paris), Gabriel Péri figure dans la liste bien qu'il ne soit pas incarcéré : 

"Gabriel Péri, interprète de la politique de paix des communistes, condamné par le conseil de guerre, contraint à l'illégalité."

La Voix de Paris-Ouest présente Gabriel Péri comme "(l')interprète de la politique de paix des communistes". En outre, elle fait référence au jugement prononcé le 3 avril 1940 par le 3e tribunal militaire de Paris dans lequel il est condamné par contumace à 5 ans de prison. Enfin, elle mentionne qu'il est passé dans la clandestinité en octobre 1939 afin d'échapper au mandat d'arrêt délivré par le magistrat chargé d'enquêter sur la lettre au président Herriot.


3) L'Université libre n° 20 du 1er juin 1941

L'Université libre n° 20 du 1er juin 1941 est entièrement consacrée à l'arrestation de Gabriel Péri par la police française le 18 mai 1941 avec un texte qui appelle à sa libération : "Libérez Péri !". Dans ce texte, l'Universite libre souligne non pas l'engagement de Gabriel Péri dans la Résistance à l'occupation allemande mais son combat en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie :

"Gabriel Péri est trop connu et trop aimé en France et hors de France, dans la classe ouvrière, par les amis de la paix et de la liberté pour qu'il soit nécessaire de rappeler qui il est . [...]

Gabriel Péri a été envoyé en prison pour la première fois en 1923, par POINCARE, pour avoir lutté contre le traité de Versailles et l'occupation de la Rhur. M. Hitler enregistrait alors ses premiers succès en se réclamant de la lutte contre les chaînes de Versailles et l'occupation de la Rhur. En 1941, M. Hitler est au mieux avec les capitalistes et les politiciens français qui firent, il y a 20 ans, Versailles, et il y a 18 ans la Rhur, et sa Gestapo traque, avec la police de Vichy, nuit et jour, dans les trois zônes [NdB : zone occupée, zone non-occupée et la zone nord rattachée administrativement au commandement allemand de Bruxelles], ceux qui, comme Péri, ont réellement aidé le peuple allemand dans sa lutte contre les chaînes de Versailles. [...]

En octobre 1939, Péri signe la fameuse lettre dans laquelle les députés du Parti communiste ont demandé à Herriot la réunion de la Chambre pour discuter de la paix. On connait la suite : arrestation, déchéance, persécution et le procès historique où, avec LANGEVIN, les intellectuels les plus courageux viennent proclamer leur admiration pour ces hommes qui fidèles à la parole donner au peuple et à leur idéal, ont eu le courage de lutter réellement pour la paix avant la catastrophe."

Si l'on devait retenir une seule phrase de cet Appel à libérer Gabriel Péri :  "(la) Gestapo traque, avec la police de Vichy, nuit et jour, dans les trois zônes, ceux qui, comme Péri, ont réellement aidé le peuple allemand dans sa lutte contre les chaînes de Versailles".


4) Tract "Autour de Jean Catelas et Gabriel Péri"

Suite aux arrestations en mai 1941 des députés communistes Jean Catelas et Gabriel Péri, qui sont aussi deux membres du Comité central du PCF, les communistes diffusent à la mi-juin un tract, intitulé "Autour de Jean Catelas et Gabriel Péri - rassemblement des Français qui ne se résignent pas à la servitude" et signé "Le Parti communiste français (SFIC)" (1), dans lequel on peut notamment lire :

"Aujourd'hui, poursuivre et condamner Jean Catelas et Gabriel Péri, ce serait admettre le bien-fondé des arguments employés par Daladier et Reynaud pour justifier leur politique. Ce serait décerner un satisfecit aux inculpés de Riom. [...]

Jean Catelas et Gabriel Péri estimaient qu'en octobre 1939, alors que la France n'était pas envahie, que l'armée française n'avait subi aucune défaite, que le sang français n'avait pas coulé, il était de l'intérêt du pays de tenter un effort pour la conclusion d'une paix dont ils disaient qu'elle devait être honorable, durable, conclue d'égal à égal dans le respect de l'indépendance du pays. Poursuivre ou condamner Jean Catelas et Gabriel Péri, ce serait condamner cette initiative, ce serait dire que le gouvernement français d'octobre 1939 a eu raison de se lancer dans la politique de guerre jusqu'au bout, ce serait décerné un brevet de bonne conduite à Daladier, à Paul Reynaud, ce serait innocenter les inculpés de Riom et blâmer ceux qui les ont inculpés. [...]

Poursuivre et condamner Jean Catelas et Gabriel Péri ce serait justifier la guerre, ce serait proclamer l'excellence des expéditions projetés dans les pays baltes et le Proche-Orient, ce serait rendre hommage à la tactique de Daladier et Gamelin, ce serait désavouer les poursuites contre eux." (2)

Dans ce texte rédigé avant le 22 juin 1941, le Parti communiste appelle à la libération de Gabriel Péri et de Jean Catelas en avançant deux arguments : 
1) Maintenir Jean Catelas et Gabriel Péri en détention serait de fait une condamnation de leur engagement pacifiste.
2) Cette condamnation de leur pacifisme reviendrait alors, d'une part, à approuver la politique belliciste des deux anciens présidents du Conseil, Edouard Daladier et Paul Reynaud, et, d'autre part, à innocenter ces deux anciens chefs du gouvernement français qui sont inculpés par la Cour de Riom, juridiction d'exception créée en juillet 1940 par le Maréchal Pétain pour juger les responsables de la guerre et de la défaite.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 117.
(2) A. Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1948, p. 205.


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