Aux résistants communistes qui sont morts... sans avoir jamais résisté

L'historiographie officielle célèbre des Résistants communistes exécutés pendant l'occupation allemande qui présentent la particularité de n'avoir jamais résisté.

Arrêtés avant le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes, quand le Parti communiste défendait la Paix avec l'Allemagne nazie, ces militants ont été exécutés après cette date en représailles aux actions de la Résistance communiste.

En d'autres termes, ce ne sont pas des Résistants morts pour la France mais des pacifistes morts pour Staline.

Pour illustrer cette affirmation on citera plusieurs exemples, Jean Catelas, Gabriel Péri et Charles Michels, en commençant par le modèle de la Résistance pour la jeunesse : Guy Môquet.


Guy Môquet

 Le 13 octobre 1940, Guy Môquet, âgé de 16 ans, est arrêté à Paris à la gare de l'Est par la police française pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes du 26 septembre 1939.

Membre des Jeunesses communistes, Guy Môquet diffuse dans le 17e arrondissement de Paris la propagande pacifiste du PCF en distribuant des tracts, en collant des papillons, ou en traçant des inscriptions murales. Par son action militante, il apporte la preuve qu'il soutient les positions défendues par les Jeunesses Communistes et leur organe central : l'Avant-Garde.

Comment l'envahisseur allemand est-il accueilli à l'été 40 par les Jeunesses communistes ? La réponse est dans L'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 :
 
 "L'OUVRIER ALLEMAND SOUS L'UNIFORME N'EST PAS VOTRE ENNEMI, CAUSEZ AVEC LUI".

Cet appel à fraterniser avec l'ennemi, comme ceux diffusés à la même période dans plusieurs numéros de l'Humanité (n° 59 du 4 juillet 1940, n° 61 du 13 juillet 1940, n° 65 du 27 juillet 1940), illustre la thèse de la guerre inter-impérialiste défendue par le PCF depuis septembre 1939.

Selon cette thèse la guerre déclenchée en septembre 1939 n'est pas une confrontation qui oppose les démocraties française et anglaise à l'Allemagne nazie, mais un affrontement entre des pays capitalistes pour la domination du monde. La cause de la guerre n'est donc pas le nazisme mais le capitalisme qui se manifeste dans l'impérialisme de chacun des belligérants. En conséquence, le soldat allemand n'est pas un envahisseur mais un prolétaire, victime à la fois du capitalisme allemand et de l'impérialisme français, avec lequel il faut s'unir pour renverser le régime capitaliste et mettre ainsi un terme définitif à la guerre.

Pour connaître la position des Jeunesses communistes sur le Général de Gaulle et la Résistance, il suffit de lire L'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940, jour de l'arrestation... de Guy Môquet :

"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 

"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."

On peut encore illustrer l'engagement de Guy Môquet en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie en mentionnant deux tracts qu'il a distribués pendant l'occupation allemande :

1) Tract "Libérez Prosper Môquet" :

"Libérez Prosper Môquet, jeté en prison par Daladier pour avoir voulu la paix. Un seul parti est digne de gouverner la France. Un seul parti a fait preuve de courage et d'honnêteté. Un seul parti a lutté contre la guerre. Un seul parti est au service du peuple. Un seul parti représente l'amitié de la France avec l'Union Soviétique. Un seul parti peut relever la France de ses ruines. Ce parti c'est le Parti communiste. Adhérer au Parti communiste. Demandez l'Humanité clandestine. Libérez Prosper Môquet." (1)

Ce tract appelle à la libération du député communiste Prosper Môquet, père de Guy Môquet, en rappelant le motif de son incarcération : "jeté en prison par Daladier pour avoir voulu la paix".

Prosper Môquet fait partie des 44 députés communistes qui ont été jugés par le 3e tribunal militaire de Paris du 20 mars au 3 avril 1940 pour la lettre remise le 2 octobre 1939 au président de la Chambre dans laquelle le groupe parlementaire communiste demandait l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Dans le jugement rendu le denier jour du procès, le député de la Seine a été condamné à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

2) Tract "Nous avions raisons" :

"Il y a un an : 23 août 1939 : l’Union soviétique, le grand pays du socialisme triomphait et signait avec l’Allemagne un pacte de non-agression déjouant ainsi les manœuvres de guerre des impérialistes franco-anglais qui voulaient jeter l’Allemagne en guerre contre l’URSS afin de rétablir à leur profit le capitalisme au pays des soviets, d’anéantir la classe ouvrière internationale et de réaliser leur plan de conquêtes impérialistes.
Il y a un an : 2 septembre 1939 : sans consulter la Nation, Daladier [et] Reynaud à la solde de la Cité de Londres, déclarent la guerre jetant le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries.
Il y a un an : la Jeunesse Communiste guidée par le Grand Parti Communiste et son chef Maurice Thorez, approuvait le pacte germano-soviétique facteur de paix, et se dressait contre cette guerre odieuse [...]
Mais maintenant la jeunesse comprend !
Elle sait que seuls les communistes se sont dressés avec courage et abnégation contre cette guerre injuste, malgré la terreur policière. Elle salue le courage admirable des jeunes communistes et de tous les emprisonnés pour la Paix qui souffrent encore dans les prisons et les camps, et elle exige leur libération immédiate." (2)

On notera dans ce tract de septembre 1940 les éléments suivants : condamnation "des impérialistes franco-anglais"; apologie du "pacte germano-soviétique facteur de paix"; dénonciation du gouvernement de la République avec les arguments suivants : il était "à la solde de la Cité de Londres", il a jeté "le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries" et enfin il a déclaré la guerre à l'Allemagne nazie "sans consulter la Nation"; éloge de "la Jeunesse communiste" qui s'est dressée contre "cette guerre odieuse"; hommage au "courage" et à l' "abnégation" des communistes qui ont été les "seuls" à lutter contre cette "guerre injuste"; dénonciation de la "terreur policière" autrement dit de la répression  mise en en œuvre par le régime républicain contre les militants communistes qui défendaient la Paix avec l'Allemagne nazie; et enfin demande de "libération immédiate" de ces "emprisonnés pour la Paix".

Au vu du contenu pacifiste, anti-républicain et anglophobe de ce tract, on posera cette question sur sa nature : tract de la Résistance ou de la Collaboration ?

Jugé en janvier 1941 par le Tribunal correctionnel de Paris, Guy Môquet, contrairement à ses trois camarades visés par la même instruction, est acquitté au motif qu'il a agi sans discernement. Cette décision ne met toutefois pas un terme à sa détention. Maintenu en prison il sera finalement interné administrativement en mai 1941 au Centre de séjour surveillé de Choisel situé à Châteaubriant.

L'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 marque le changement radical de la ligne politique du PCF. Considérant que désormais la guerre contre l'Allemagne nazie n'est plus impérialiste mais anti-fasciste, les communistes français ou plus exactement les militants de la Section française de l'Internationale communistes (SFIC) s'engagent dans la lutte armée pour libérer leur patrie : l'URSS.

Cette lutte armée se concrétise le 21 août 1941 avec l'exécution à Paris d'un officier allemand, l'aspirant Moser. C'est le premier militaire allemand tué sur le territoire français. En représailles à cet attentat six militants communistes sont exécutés. Les trois premiers ont été condamnés à mort en août 1941 par la Section spéciale de Paris, les trois autres en septembre 1941 par le Tribunal d'Etat.

Le 20 octobre 1941, le Feldkommand Hotz est tué à Nantes par un commando communiste. En représailles les autorités allemandes décident de fusiller 48 otages sélectionnés parmi les internés et les prisonniers. Sélection qui sera faite en partie avec la complicité du ministre de l'Intérieur de Vichy Pierre Pucheu.

Le 22 octobre 1941, 27 otages sont exécutés à Châteaubriant dont Guy Môquet alors âgé de 17 ans. Le même jour, 21 otages supplémentaires sont fusillés à Paris et à Nantes.

Victime des représailles allemandes, Guy Môquet sera élevé immédiatement au rang de Résistant dans la propagande communiste avec un double objectif : inciter les jeunes français à rejoindre la Résistance communiste et faire oublier le pacifisme du PCF antérieur au 22 juin 1941 en rappelant que le "résistant" Guy Môquet a été arrêté en octobre 1940.

Thèse qui sera reprise à la fin de la guerre par l'historiographie communiste d'autant plus facilement qu'à titre posthume, Guy Môquet recevra la Croix de Guerre ainsi que la Médaille de la Résistance et sera fait chevalier de la Légion d'honneur !!!

En 2007, à l'initiative d'un gouvernement conservateur, il lui sera même rendu hommage dans toutes les écoles de la République avec notamment la lecture de la lettre qu'il a rédigée à l'attention de ses parents avant son exécution. Il est certain qu'on allait pas lire les textes diffusés par ce militant des Jeunesses communistes pendant l'occupation allemande.

Ainsi, Guy Môquet, qui n'a jamais résisté, qui a défendu comme son père la Paix avec l'Allemagne nazie et qui est mort pour Staline, est présenté à la jeunesse française comme un modèle de la Résistance au nazisme !!!

(1) J-M Berlière et F.Liaigre L'affaire Guy Môquet, 2009.
(2) J-M Berlière et F.Liaigre L'affaire Guy Môquet, 2009.


Jean Catelas 

Dirigeant communiste, Jean Catelas est aussi député de la Somme. C'est d'ailleurs en tant que parlementaire qu'il manifeste son soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie en octobre 1939.

En effet, à la fin de la Campagne de Pologne, le groupe parlementaire communiste remet une lettre au président de la Chambre dans laquelle il demande l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix. A la suite de cette initiative pacifiste la justice militaire ouvre une procédure judiciaire contre tous les députés communistes qui sont rapidement arrêtés à l'exception de quelques parlementaires dont Jean Catelas. Cette procédure judiciaire aboutit à la tenue d'un procès en mars-avril 1940 au terme duquel le député de la Somme est condamné par contumace à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Pendant l'occupation allemande Jean Catelas signe en tant que membre du Comité central du PCF deux textes dans lesquels il manifeste à nouveau son soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie :

1) Lettre du 26 juin 1940 de Maurice Tréand et Jean Catelas.

A l'été 1940, le Parti communiste négocie avec les autorités allemandes la légalisation de ses activités. C'est dans ce cadre que deux membres de son Comité central, Maurice Tréand et Jean Catelas, se rendent dans la matinée du 26 juin 1940 à l'ambassade d'Allemagne pour discuter avec Otto Abetz de la reparution de l'Humanité qui a été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique

A la suite de cette rencontre les deux dirigeants communistes rédigent une lettre dans laquelle ils demandent formellement à la Propaganda Staffel l'autorisation de faire reparaître l'Humanité en précisant ce que sera son contenu :
 
"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique [NdB : le Général de Gaulle] qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une  politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte  germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

Maurice Tréand et Jean Catelas affirment clairement que l'Humanité légale dénoncera l'impérialisme britannique, combattra le Général de Gaulle et ses appels à la Résistance et enfin défendra la Paix avec l'Allemagne nazie.

2) Article "Sous le drapeau du communisme" de mars 1941.

Organe régional du PCF, Le Travailleur Picard (édition de la Somme) publie dans son numéro 5 de mars 1941 un article de Jean Catelas intitulé "Sous le drapeau du communisme - Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous" :

SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME
Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous

Les documents distribués à profusion dans le Département ont ouvert les yeux des plus crédules et montré combien le Parti Communiste Français avait eu raison de lutter avec courage contre la guerre impérialiste. [...]
La population picarde a souffert plus que partout ailleurs de cette guerre criminelle déclenchée par les bandits au pouvoir et leurs valets socialistes et réformistes. [...]
Mais la malédiction de tout un peuple trahi monte, vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
Comme l'indique le Programme du Parti Communiste Français : "Oui, de toutes ses forces le Peuple veut que l'on fixe toutes les responsabilités et que l'on châtie tous les coupables [...]".
Guerre capitaliste - défaite capitaliste ! Asservissement et menaces nouvelles de guerres capitalistes !
"Oui, le peuple de France veut la Paix", dit le PROGRAMME :
"Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. Il veut créer des relations pacifiques avec tous les pays, avec tous les peuples. [...]"
TRAVAILLEURS de la terre et des usines; Intellectuels, Rassemblez vous sous le drapeau du Parti Communiste.
Socialistes, Syndicalistes, Républicains, dont les chefs ont trahi le peuple et les intérêts de la France, faites vôtre notre Programme.
Pour que vive la France; pour le bonheur de son peuple, TRAVAILLEURS PICARD UNISSEZ-VOUS 

CATELAS Jean
Député d'Amiens, membre du Comité Central

Dans cet article le député de la Somme appelle les "travailleurs picards" à se rassembler autour du Parti communiste et de son "Programme" intitulé "Pour le salut du Peuple de France".

Ce programme publié par le Parti communiste en février 1941 propose en politique extérieure les mesures suivantes :

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

Dans cet article de mars 1941, Jean Catelas défend donc sans aucune ambiguïté le programme du PCF qui prévoit d'établir "des relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne ainsi que des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand".

Jean Catelas est arrêté par la police française le 15 mai 1941 à Asnières en région parisienne pour ses activités de dirigeant communiste et non pour des actes de Résistance à l'occupation allemande. Le 21 août 1941 l'aspirant Moser est tué par un militant communiste. Le régime de Vichy s'engage alors auprès des Allemands à exécuter en représailles six communistes. C'est dans ce contexte que Jean Catelas est condamné le 21 septembre 1941 à la peine de mort par le Tribunal d'Etat, juridiction d'exception instituée par la loi du 7 septembre 1941. Le dirigeant communiste est guillotiné le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé à Paris.


Gabriel Péri

Député de Seine-et-Oise, Gabriel Péri connaît la clandestinité en octobre 1939 pour les mêmes motif que Jean Catelas. Il est aussi condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Des nombreux écrits rédigés par Gabriel Péri pendant l'occupation allemande en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, on mentionnera ces deux textes :

1) Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941.

Pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse en février 1941 une brochure, tirée à 20 000 exemplaires, intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Dans cette brochure rédigée en décembre 1940 ou janvier 1941, Gabriel Péri affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, le PCF aurait alors formé sur le territoire national un gouvernement de Paix : 

"Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [NdB : Le Gouvernement Pétain a été formé dans la nuit du 16 au 17 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers." 

Le dirigeant communiste écrit que si le Gouvernement Reynaud "avait abandonné le territoire" en juin 1940 le Parti communiste aurait formé un nouveau gouvernement et ainsi dirigé la France pour la première fois.

Quelle eût été l'action de ce gouvernement communiste ? En politique extérieure,  "il eût signé la paix" avec l'Allemagne nazie. Cette "paix honorable et digne" aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Gabriel Péri ajoute que ce projet n'a pu être réalisé parce que les intérêts des oligarchies capitalistes commandaient non pas le départ du Gouvernement Reynaud mais sa démission afin de permettre la nomination du Maréchal Pétain à la présidence du Conseil. Il montre aussi la différence entre la paix pétainiste et la paix communiste en soulignant que "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

2) Article "Au seuil de 1941" de mars 1941.

Diffusés à 20 000 exemplaires en mars 1941, les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 publient un article de Gabriel Péri intitulé "Au seuil de 1941". Dans ce texte rédigé en janvier 1941, on peut notamment lire :

"Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE."

Gabriel Péri plaide pour la constitution d'un gouvernement de Paix communiste en affirmant qu'une "UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE" peut mise être en œuvre "SANS RECOURS AUX ARMES"

Arrêté par la police française le 18 mai 1941, Gabriel Péri sera fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien en représailles aux attentats commis par la Résistance communiste.


Charles Michels

A la séance du 9 janvier 1940, la première de la nouvelle session parlementaire, quatre des sept députés communistes permissionnaires présents dans l'hémicycle, Fernand Grenier, Raymond Guyot, André Mercier et Charles Michels, refusent de s'associer à l'hommage rendu par la Chambre aux armées de la République manifestant ainsi leur opposition à la guerre contre l'Allemagne nazie.

Pour avoir refusé de s'associer à la manifestation patriotique de la Chambre, ces parlementaires reçoivent dans l'Humanité n° 19 du 14 janvier 1940 les "chaleureuses félicitations" du Parti communiste qui précise que ce refus exprime les sentiments de tous ceux qui "condamnent la guerre des capitalistes et réclament la paix" :

UNE ADRESSE DU PARTI COMMUNISTE

Le Parti communiste adresse ses plus chaleureuses félicitations aux députés Raymond GUYOT, MERCIER, MICHELS et GRENIER pour leur courageuse attitude à la Chambre des Députés. Seuls contre la meute des réactionnaires, des radicaux, des socialistes et des renégats, ils ont refusé de s'associer aux manifestations chauvines et d' Union Sacrée des fauteurs de guerre.
En agissant ainsi, ils ont exprimé le sentiment des ouvriers, des paysans et des soldats qui condamnent la guerre des capitalistes et réclament la paix.

Publié dans ce même numéro, le texte "La bourgeoisie viole sa propre légalité" rend aussi hommage à ces quatre députés communistes qui ont "refusé de se prêter à l'indigne comédie d'union sacrée" :

"Comme c'était leur droit et leur devoir, ils ont refusé de se prêter à l'indigne comédie d'union sacrée qui consiste à présenter comme un devoir patriotique le sacrifice imposé aux soldats et au peuple de France dans l'intérêt exclusif de la maffia de capitalistes qui rançonnent le pays."

Interné en octobre 1940, Charles Michel sera fusillé comme otage par les Allemands le 22 octobre 1941 à Chateaubriand pour les mêmes motifs que Guy Môquet.

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