Discours de Viatcheslav Molotov du 29 mars 1940

Le 29 mars 1940, soit quinze jours après la fin de la guerre russo-finlandaise, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, prononce à la 6e session extraordinaire du Soviet suprême de l'URSS un discours dans lequel il dresse le bilan de la politique extérieure de l'URSS depuis sa précédente prise de parole en octobre 1939 qui était motivée par la fin de la Campagne de Pologne.

Le Chef du gouvernement soviétique débute son intervention en rappelant la position de l'URSS dans le conflit qui oppose l'Allemagne aux "principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France".

Premier point, les gouvernements français et anglais sont responsables de la guerre au motif qu'ils ont refusé les propositions de Paix allemandes formulées par le Chancelier Hitler dans son discours du 6 octobre 1939. Second point, la France et l'Angleterre capitalistes ne se sont pas engagées dans cette guerre pour respecter leurs engagements vis-à-vis de la Pologne ou détruire l'idéologie nazie mais pour préserver leur hégémonie mondiale des prétentions allemandes. Le bellicisme et l'impérialisme franco-anglais ont été longuement dénoncés dans le discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 à la 5e session du Soviet suprême de l'URSS.

Le Chef du gouvernement soviétique s'exprime ensuite sur les relations bilatérales entre l'URSS et plusieurs pays.

La plus grande partie de son intervention est logiquement consacrée aux relations avec la Finlande puisque le conflit russo-finlandais qui avait débuté le 30 novembre 1939 vient de s'achever avec la signature le 12 mars 1940 d'un Traité de paix. Ce traité marque l'échec de l'URSS dans son projet d'établir en Finlande un régime communiste et ce avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Protocole additionnel secret du Pacte germano-soviétique ce pays était situé dans sa zone d'intérêt. Toutefois, Molotov peut présenter le Traité de Moscou comme un succès puisqu'il permet à l'URSS d'annexer plusieurs zones du territoires finlandais.

Le Chef du gouvernement soviétique fait aussi référence aux relations de l'URSS avec l'Allemagne, les puissance occidentales, ses voisins méridionaux, le Japon, et enfin les Etats-Unis.

Dans cette partie Molotov se félicite des "bonnes relations soviéto-allemandes" tant sur le plan politique avec le respect des engagement pris au moment du partage de la Pologne que sur le plan économique avec le développement des échanges commerciaux. Il réaffirme aussi face aux prétentions franco-anglaises que l'URSS n'a nullement l'intention de mener une "politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne". Dernier élément, il accorde une attention particulière à la Roumanie et surtout à sa région la Bessarabie qui aux termes des accords germano-soviétiques est située dans la sphère d'influence de l'URSS.

Dans sa conclusion, le Chef du gouvernement soviétique souligne que son exposé a parfaitement illustré les principes qui guident la politique extérieure de l'URSS : la Paix, la sécurité et la neutralité.


Document 1 :

Discours de Viatcheslav Molotov
du 29 mars 1940

CAMARADES DÉPUTÉS,

Cinq mois se sont écoulés depuis la dernière session du Conseil suprême. Au cours de cette brève période des événements d'une importance primordiale dans le développement des relations internationales se sont produits. En connexion avec ces événements, il convient d'examiner à la présente session du Conseil suprême des questions ayant des rapports avec notre politique extérieure.

Les récents événements de la vie internationale doivent être examinés tout d'abord à la lumière de la guerre qui a éclaté en automne dernier en Europe centrale. Jusqu'à présent, le bloc anglo-français et l'Allemagne n'ont pas connu de grande bataille. L'action s'est bornée à des batailles isolées principalement sur mer et dans l'air. On sait que la volonté de paix exprimée par l'Allemagne à la fin de l'an dernier fut rejetée par les gouvernements de l'Angleterre et de la France, ce qui a eu pour résultat d'intensifier des deux côtés les préparatifs en vue d'élargir les hostilités.

L'Allemagne qui a réuni ces temps derniers jusqu'à 80 millions d'Allemands et qui a ployé sous sa domination certains Etats voisins, s'est de beaucoup renforcée du point de vue militaire; elle est devenue, visiblement, un concurrent dangereux pour les principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France.

C'est pourquoi sous prétexte de remplir leurs obligations envers la Pologne, ces deux pays ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Aujourd'hui il apparaît de toute évidence combien les buts réels des gouvernements de ces puissances sont éloignés des intérêts de la défense de la Pologne disloquée ou de la Tchécoslovaquie; témoin, le fait que les gouvernements d'Angleterre et de France ont proclamé que dans cette guerre leur but était d'écraser et de démembrer l'Allemagne, encore que ces desseins continuent d'être dissimulés aux yeux des masses populaires et voilés sous les mots d'ordre de défense des pays « démocratiques » et des « droits » des petits peuples.

L'U.R.S.S. ayant refusé de se faire l'auxiliaire de l'Angleterre et de la France dans l'application de cette politique impérialiste contre l'Allemagne, leur attitude d'hostilité s'est encore accentuée envers l'U.R.S.S., témoignant avec évidence combien profondes sont les racines de classes de la politique hostile des impérialistes à l'égard de l'Etat Socialiste.

Quant à la guerre qui avait commencé en Finlande, les impérialistes anglo-français étaient prêts à en faire le point de départ d'une guerre contre l'U.R.S.S. en utilisant, à cet effet, non seulement la Finlande, mais aussi les pays scandinaves, la Suède et la Norvège.

On connaît l'attitude de l'U.R.S.S. devant la guerre qui se développe en Europe. L'U.R.S.S. là encore a démontré de manière éclatante l'attachement à la paix qui caractérise sa politique extérieure. L'U.R.S.S. avait déclaré dès le début qu'elle s'en tiendrait à une position de neutralité et a pratiqué sans défaillance cette politique pendant toute la période écoulée.

LES RELATIONS SOVIÉTO-ALLEMANDES.

Le brusque tournant vers de meilleures dispositions survenu dans les rapports entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne a trouvé son expression dans le pacte de non-agression signé au mois d'août dernier. Ces nouvelles et bonnes relations soviéto-allemandes se sont pratiquement vérifiées lors des événements qui se sont déroulés dans l'ancienne Pologne, elles ont montré suffisamment leur solidité. Le développement des relations économiques, envisagées, déjà dès l'automne dernier, a trouvé son expression concrète dans la convention commerciale d'août 1939, puis dans celle de février 1940. Les échanges commerciaux entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. se sont accrus sur la base de la réciprocité des avantages économiques et tout porte à croire qu'ils se développeront ultérieurement.

LES RELATIONS ENTRE L'U.R.S.S. ET LES PUISSANCES OCCIDENTALES.

Nos relations avec l'Angleterre et la France ont pris une tournure un peu différente, l'U.R.S.S. ayant refusé de se faire l'instrument des impérialistes anglo-français dans leur lutte pour l'hégémonie mondiale contre l'Allemagne. Nous nous sommes heurtés à chaque pas a une profonde hostilité de leur politique à l'égard de notre pays.

C'est dans la question finlandaise que les choses ont été poussées le plus loin, et j'y reviendrai tout à l'heure. Mais au cours de ces derniers mois, la politique anglaise et française a révélé pas mal d'autres faits foncièrement hostiles à l'égard de l'U.R.S.S. Il suffit de dire que les autorités françaises n'ont rien trouvé de mieux que d'organiser, il y a deux mois, un raid policier contre notre représentation commerciale à Paris. En dépit de toutes les chicanes, la perquisition opérée au siège de la représentation commerciale n'a donné lieu à aucun résultat; elle n'a fait que compromettre les initiateurs de cette ignoble affaire et a montré que cet acte d'hostilité à l'égard de notre pays n'avait pas de motif plausible.

Ainsi qu'il ressort des circonstances du rappel de notre représentant plénipotentiaire en France, le camarade Souritz, le gouvernement français recherche des prétextes fallacieux pour souligner son inimitié à l'égard de l'U.R.S.S. Afin qu'il soit évident que l'U.R.S.S. n'a pas plus d'intérêt que la France à l'entretien des relations entre les deux pays, nous avons rappelé Souritz de son poste de représentant plénipotentiaire en France.

Il y a d'autres actes d'hostilité envers nous; par exemple la saisie par des bâtiments de guerre anglais en Extrême-Orient, de deux de nos navires qui rentraient à Vladivostock avec des marchandises que nous avions achetées en Amérique et en Chine. Si à cela, on ajoute d'autres faits tels que le refus d'exécuter nos anciennes commandes d'outillage industriel en Angleterre, la saisie de l'argent appartenant à notre représentation commerciale en France et beaucoup d'autres; l'hostilité des agissements des gouvernements anglais et français à l'égard de l'U.R.S.S. apparaît alors comme plus évidente. Des tentatives ont été faites en vue de justifier ces actes d'hostilité envers notre commerce extérieur, en prétendant que par notre commerce avec l'Allemagne nous aidons celle-ci dans la guerre contre l'Angleterre et la France. Il est aisé de se rendre compte que ces arguments ne valent pas un liard.

Il suffit pour cela de comparer l'U.R.S.S. à la Roumanie. Le contingent de la production nationale de la Roumanie dans les exportations vers l'Allemagne, par exemple pour des marchandises essentielles comme les produits pétroliers et les grains, dépasse de beaucoup le contingent de la production nationale de l'U.R.S.S. dans ses exportations vers l'Allemagne. Pourtant, en ce qui concerne la Roumanie, les gouvernements d'Angleterre et de France ne recourent pas à des actes hostiles. Ils ne jugent pas possible d'exiger de la Roumanie qu'elle cesse de faire du commerce avec l'Allemagne.

Toute autre est l'attitude à l'égard de l'U.R.S.S. Donc, les actes d'hostilité envers l'U.R.S.S. de la part de l'Angleterre et de la France s'expliquent non par le commerce de l'U.R.S.S. avec l'Allemagne, mais parce qu'ont échoué les calculs des milieux dirigeants anglo-français qui comptaient utiliser notre pays dans la guerre contre l'Allemagne. Et c'est ainsi qu'ils font une politique de vengeance à l'égard de l'U.R.S.S.

Il faut ajouter que tous ces actes hostiles ont été commis par l'Angleterre et la France sans que l'U.R.S.S. ait entrepris jusqu'à présent aucun acte d'inimitié à l'égard de ces pays.

Les plans fantastiques d'on ne sait quelle campagne de l'armée rouge contre l' « Inde », en « Orient », etc., attribués à l'U.R.S.S., sont d'une absurdité si évidente que seuls des gens ayant complètement perdu la raison peuvent les imaginer. (Rires.) Certes, la question n'est pas là. La question évidemment est que la politique de neutralité pratiquée par l'U.R.S.S. n'est pas du goût des milieux dirigeants anglo-français. Au surplus ils ont apparemment les nerfs un peu malades. (Rires.) Ils voudraient nous imposer une autre politique, politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne, politique qui leur permettrait d'utiliser l'U.R.S.S. à des fins impérialistes. Ces Messieurs devraient enfin comprendre que l'U.R.S.S. n'a été et ne sera jamais l'instrument d'une politique étrangère, que l'U.R.S.S. a toujours appliqué et continuera d'appliquer une politique à elle sans s'inquiéter de savoir si cela plait ou non à ces Messieurs des autres pays. (Applaudissements frénétiques et prolongés.)

LA QUESTION FINLANDAISE

Je passe à la question finlandaise. Quelle est la signification de la guerre qui s'est déroulée en Finlande pendant ces derniers trois mois et plus ? Vous savez qu'il s'agissait d'assurer la sécurité des frontières nord-ouest de l'U.R.S.S. et avant tout la sécurité de Léningrad. Durant les mois d'octobre et de novembre de l'année dernière, le gouvernement soviétique avait mené des pourparlers avec le gouvernement finlandais au sujet de propositions dont la réalisation, vu l'atmosphère internationale actuelle de plus en plus surchauffée, était considérée par nous comme absolument indispensable et urgente pour assurer la sécurité du pays et surtout de Léningrad. Ces pourparlers n'avaient pas abouti par suite de l'attitude hostile adoptée par les représentants finlandais. Le règlement de la question fut porté sur les champs de bataille. On peut dire avec certitude que si des influences étrangères ne s'étaient pas exercées sur la Finlande, si cette dernière avait été moins influencée par de tierces puissances et incitée à une politique d'hostilité vis-à-vis de l'U.R.S.S., l'U.R.S.S. et la Finlande se seraient pacifiquement entendues dès l'automne dernier, et la guerre aurait été évitée. Mais bien que le gouvernement soviétique eut réduit ses desiderata au minimum, la question n'avait pu être réglée par la voie diplomatique.

LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE FINLANDE

Maintenant que les opérations militaires sont terminées en Finlande et que le traité de paix a été signé entre l'U.R.S.S. et la République finlandaise on peut et l'on doit juger de la signification de la guerre en Finlande à la lumière de faits incontestables.

Ces faits parlent d'eux-mêmes. Ils démontrent qu'à proximité de Léningrad, sur tout l'isthme de Carélie, sur 50 à 60 kms de profondeur, les autorités finlandaises avaient construit de nombreuses et puissantes fortifications militaires en béton armé, en terre et granit avec artillerie et mitrailleuses. Ces fortifications se chiffrent par de nombreuses centaines. Ces ouvrages militaires, surtout ceux en béton armé d'une grande puissance militaire, reliés entre eux par des communications souterraines, entourés de fossés spéciaux et de barrages anti-chars en granit et appuyés par de nombreux champs de mines, formaient dans leur ensemble ce qu'on appelle la « ligne Mannerheim », construite sur le modèle, des « lignes Maginot » et « Siegfried » sous la direction de spécialistes étrangers compétents. Remarquons que ces ouvrages passaient jusqu'ici pour imprenables, c'est-à-dire qu'aucune armée n'avait su jusque-là venir à bout de pareilles fortifications. Il convient aussi de marquer que dans cette région les autorités militaires finlandaises avaient travaillé à faire du moindre hameau un point fortifié d'artillerie, d'antenne de T. S. F., de distributeur à essence, etc. Sur beaucoup de points, dans le sud et dans l'est de la Finlande, tout près de notre frontière, des voies ferrées, des routes stratégiques n'ayant aucune affectation économique avaient été construites.

Bref, l'action militaire en Finlande a montré que ce pays et, surtout l'isthme de Carélie avaient été transformés dès 1939 en une base d'opérations toute prête pour servir à des tierces puissances en vue d'une agression contre l'U.R.S.S., contre Léningrad. Des faits incontestables montrent que la politique d'hostilité de la Finlande - politique à laquelle nous nous sommes heurtés l'automne dernier - n'était pas fortuite. L'effort hostile à l'U.R.S.S. avait préparé en Finlande contre notre pays et d'abord contre Léningrad une base d'opérations qui, en cas de conjonctures extérieures défavorables à l'U.R.S.S. devait jouer son rôle dans les plans des forces anti-soviétiques impérialistes et de leurs alliés en Finlande.

L'armée rouge n'est pas venue seulement à bout de la ligne Mannerheim, se couvrant de gloire, pour s'être frayé un chemin dans les conditions les plus difficiles à travers une vaste et puissante zone d'ouvrages militaires absolument modernes; l'armée rouge et la flotte rouge n'ont pas seulement détruit la base d'opérations finlandaises préparée en vue d'une attaque contre Léningrad, mais elles ont déjoué certains plans anti-soviétiques fomentés en ces dernières années par certaines tierces puissances. (Applaudissements prolongés.)

La haine inouïe contre notre pays que nourrissent les milieux dirigeants finlandais qui avaient préparé une base d'opérations contre l'U.R.S.S., est illustrée par de nombreux actes de barbarie, de cruauté sans nom, commis par les finnois blancs, sur les soldats rouges blessés ou faits prisonniers.

Ainsi, lorsque dans un district du nord du lac de Ladoga, les Finnois avaient cerné le refuge du service sanitaire où se trouvaient 120 combattants grièvement blessés, tous furent massacrés par les Finnois blancs. Certains d'entre eux furent brûlés. D'autres trouvés la tête fracassée. D'autres encore poignardés, ou bien fusillés. La plupart des combattants qui périrent ici, de même qu'en d'autres endroits, avaient été achevés d'un coup de feu dans la tête ou à coups de crosse. Un certain nombre de ceux qui avaient été abattus par une arme à feu avaient eu le visage tailladé de coups de couteau. Certains cadavres avaient été décapités et l'on n'a pas retrouvé leurs têtes.

Quant aux infirmières tombées aux mains des Finnois blancs, elles furent l'objet de traitements ignominieux et affreux. Les cadavres pendus aux arbres par les pieds. Toute cette barbarie et cette férocité sans nom sont le fruit de la politique des gardes blancs finlandais qui se sont attachés à aiguiser dans leur peuple la haine de notre pays. Telle est la véritable physionomie des champions finlandais de la civilisation occidentale.

L'AIDE APPORTÉE A LA FINLANDE
PAR LES DIVERSES PUISSANCES EUROPÉENNES

Il n'est pas difficile de voir que dans la guerre contre la Finlande nous n'avons pas eu simplement affaire aux troupes finnoises. Non, la chose était bien plus compliquée. Nos troupes ont eu à combattre non pas seulement les troupes finnoises, mais les forces conjuguées des impérialistes de plusieurs pays, y compris ceux d'Angleterre et de France, qui ont aidé la bourgeoisie finlandaise par des expéditions d'armes de toutes sortes, et surtout d'artillerie et d'avions, de même que par l'envoi de leurs hommes sous l'étiquette de « volontaires », et par l'envoi d'or et de munitions, par leur agitation forcenée dans le monde entier en vue d'attiser de toutes les façons la guerre contre l'U.R.S.S.

Dans son discours du 19 mars à la Chambre des Communes, le Premier Ministre anglais, Chamberlain, ne s'est pas borné à exprimer le regret haineux de n'avoir pas su empêcher que la guerre cessât en Finlande, montrant ainsi à la face du monde entier, l'envers de son âme impérialiste et « pacifique ». (Rires.) Il a fait une sorte de compte-rendu sur les moyens employés par les Anglais pour attiser la guerre en Finlande contre l'U.R.S.S. M. Chamberlain a énuméré le matériel de guerre qui avait été promis et envoyé en Finlande.
Avions promis : 151. — Envoyés : 101.
Canons promis : 223. — Envoyés : 114.
Obus promis : 237.000. — Envoyés : 485.000.
Canons Vickers promis : 100. — Envoyés : 100.
Bombes d'avions promises : 20.700..— Envoyées : 15.700.
Mines anti-chars promises : 20.000. - Envoyées : 10.000. 
Etc., etc.

Sans se gêner, Chamberlain raconta encore que « les préparatifs d'envoi d'un corps expéditionnaire avaient été poussés avec une célérité maximum et qu'une armée d'expédition de 100.000 était prête à partir au début de mars. Ces troupes ne devaient pas être les dernières. » Voilà comment, de son propre aveu, se présente l'impérialiste « pacifique » anglais.

Pour ce qui est de la France, elle avait envoyé en Finlande, d'après les informations de la presse française : 179 avions, 472 canons, 795.000 obus, 5.100 mitrailleuses, 200.000 grenades à main, etc. Le 11 mars, Daladier, alors Président du Conseil français, annonçait à la Chambre des Députés que « la France vient en tête des puissances qui consentiront des fournitures de matériel de guerre à la Finlande, et en particulier à la demande de Helsinki, la France vient d'envoyer des avions de bombardement ultra-modernes à la Finlande ». Daladier ajoutait que « dès le 26 février, les troupes françaises du corps expéditionnaire étaient équipées et rassemblées. Un nombre considérable de bateaux se tenait prêt à partir dans deux grands ports de la Manche et de l'Atlantique. » Daladier assurait en outre que les Alliés « iront au secours de la Finlande avec toutes les forces promises ». Ces déclarations de Daladier, hostiles à l'U.R.S.S., parlent d'elles-mêmes Mais il est inutile d'insister sur ces déclarations hostiles de Daladier, pour autant qu'elles ne possèdent pas apparemment un parfait esprit de suite. (Animation dans la salle.)

II convient de rappeler encore la participation de la Suède à la guerre. D'après les informations qui ont fait le tour de la presse suédoise, la Suède a mis à la disposition de la Finlande pendant la guerre avec l'U.R.S.S., un « certain nombre d'avions, représentant environ la cinquième partie de toute l'armée de l'air suédoise ». Le Ministre de la Guerre suédois a déclaré que les Finnois avaient reçu de la Suède 84.000 fusils, 575 mitrailleuses, plus de 300 pièces d'artillerie, 300.000 grenades, 50 millions de cartouches. Tout ce matériel était, de l'aveu du Ministre, du modèle le plus récent.

L'Italie ne fut pas non plus la dernière à attiser la guerre en Finlande. C'est ainsi qu'elle y a envoyé 50 avions de guerre. La Finlande a également reçu une aide militaire de ce pays, si « attaché à a paix » que sont les Etats-Unis. (Hilarité générale.) D'après les informations incomplètes, la quantité de matériel de guerre envoyé à la Finlande par les autres pays, seulement pendant la durée des hostilités, se présente au total comme suit : Avions : au moins 350 ; jusqu'à 1.500 pièces d'artillerie, plus de 6.000 mitrailleuses, jusqu'à 100.000 fusils, 650.000 grenades à main, 2.500.000 obus, 160 millions de cartouches, et bien d'autres choses encore.

Inutile de citer les autres faits qui montrent qu'en Finlande, nous n'avons pas eu simplement affaire aux troupes finnoises, mais aux forces conjuguées de plusieurs pays impérialistes les plus hostiles à l'U.R.S.S.

En brisant ces forces ennemies conjuguées, l'armée rouge et la flotte rouge ont inscrit une nouvelle page glorieuse dans leur histoire. Elles ont montré que notre peuple porte en lui une source intarissable d'intrépidité, d'abnégation et d'héroïsme. (Tempête d'applaudissements.) La guerre en Finlande a exigé de grands sacrifices de nous comme des Finlandais.

Selon les calculs de notre état-major général, le nombre des tués et des morts à la suite de blessures, s'élève à 48.745 hommes, c'est-à-dire un peu moins de 49.000. Celui des blessés à 158.863 hommes. Du côté finlandais, on cherche à minimiser les pertes, alors qu'elles sont supérieures aux nôtres. Selon les calculs minima de notre état-major général, le nombre des tués chez les Finlandais n'est pas de moins de 60.000, sans compter les morts des suites de leurs blessures. Quant au nombre des blessés, il n'est pas inférieur à 250.000 hommes. Par conséquent, si l'on tient compte des effectifs de l'armée finlandaise, qui comprenait au moins 600.000 hommes, on est tenu de reconnaître que l'armée finlandaise a perdu en tués et blessés plus de la moitié de son contingent. Tels sont les faits.

Reste à savoir pourquoi les milieux dirigeants d'Angleterre et de France et de certains autres pays également ont pris une part si active à cette guerre aux côtés de la Finlande contre l'U.R.S.S.

Comme on sait, les gouvernements d'Angleterre et de France avaient fait des efforts désespérés pour empêcher que la guerre ne prît fin, et que la paix ne fût rétablie en Finlande. Cela, bien qu'ils ne soient liés par aucun engagement avec ce pays. On sait de même que la France n'était pas venue au moment voulu à l'aide de la Tchécoslovaquie, malgré le pacte d'assistance mutuelle qui existait entre la France et la Tchécoslovaquie. Or, la France, comme l'Angleterre, avait voulu imposer l'aide militaire à la Finlande, à seule fin d'empêcher la cessation de la guerre et le rétablissement de la paix entre la Finlande et l'U.R.S.S.

Les brigands à gage de la plume, tous ces écrivains qui se sont spécialisés dans le charlatanisme et la duperie journalistique, s'efforcent d'expliquer que la conduite des milieux anglo-français serait due à leur sympathie particulière pour les petits peuples. Mais il est simplement ridicule d'expliquer cette politique de l'Angleterre et de la France par leur sollicitude particulière pour les intérêts d'un petit Etat.

L'expliquer en prétextant des engagements pris devant la S.D.N. qui auraient exigé la défense d'un de ses membres, n'est pas du tout spirituel. En effet, une année s'est à peine écoulée depuis que l'Italie a conquis et a détruit l'Albanie indépendante, qui était membre de la S.D.N. Eh bien, l'Angleterre et la France sont-elles intervenues pour défendre l'Albanie, ont-elles élevé ne fût-ce qu'une faible voix contre l'acte d'invasion de l'Italie qui avait soumis de force l'Albanie sans égard à sa population de plus d'un million d'hommes et sans tenir compte de ce que l'Albanie est membre de la S.D.N. ? Non. Ni le gouvernement britannique, ni le gouvernement français, ni les Etats-Unis d'Amérique, ni la S.D.N., qui a perdu toute autorité du fait que ces mêmes impérialistes anglo-français y règnent quand même, n'ont même bougé le petit doigt en cette occasion. Ces « défenseurs » des petits peuples, ces champions des droits des membres de la S.D.N. n'ont pu en douze mois entiers se résoudre à soumettre à l'examen de la S.D.N. la question de la mainmise de l'Italie sur l'Albanie, qui date du mois d'avril de l'an dernier. Bien plus, ils ont en fait sanctionné cette mainmise. Par conséquent, l'appui que les milieux dirigeants ont apporté à la Finlande contre l'U.R.S.S. ne peut pas être expliqué le moins du monde par leur désir de défendre les petits peuples et de protéger les droits des membres de la S.D.N.

La raison de cet appui, c'est qu'ils possédaient en Finlande une base d'opérations toute prête en cas d'une agression contre l'U.R.S.S., tandis que l'Albanie n'occupait pas une telle place dans leurs plans. En réalité, les droits et les intérêts des petits peuples ne sont qu'une monnaie d'échange dans les mains des impérialistes.

Le Times, organe dirigeant des impérialistes anglais, de même que le Temps, organe dirigeant des impérialistes français, sans compter les autres journaux bourgeois anglais et français, ont ouvertement fait appel ces derniers mois à l'intervention contre l'U.R.S.S. sans tenir nullement compte qu'entre l'Angleterre et la France d'une part, et l'U.R.S.S. de l'autre, il existe ce que l'on appelle des relations diplomatiques normales.

Dans les interventions de la presse impérialiste anglo-française, et de ses sous-ordres « socialistes », on distingue la voix de ce même impérialisme bestial qui hait l'Etat socialiste et que nous connaissons bien depuis les premiers jours d'existence de l'U.R.S.S.

Déjà, le 17 avril 1919, le Times anglais écrivait ceci : « Si nous regardons la carte, nous verrons que le meilleur accès vers Pétrograd est la Baltique, et que le chemin le plus court et le plus facile pour l'atteindre, passe par la Finlande, dont la frontière n'est qu'à quelques trente milles de la capitale de la Russie. La Finlande est la clé de Pétrograd, et Pétrograd, la clé de Moscou. » Si des preuves étaient nécessaires pour démontrer que les impérialistes anglais et français n'ont pas encore abandonné des plans absurdes, les derniers événements de Finlande suffiraient pour dissiper tous les doutes à ce sujet. Des plans semblables ont de nouveau échoué, non pas parce que les forces anti-soviétiques eussent manqué de zèle en Angleterre et en France, et non pas simplement parce qu'au dernier moment, les milieux dirigeants de Finlande et aussi ceux de Suède et de Norvège ont fait preuve enfin d'un certain bon sens. Mais ces plans ont été mis en échec par les brillants succès de l'armée rouge, notamment dans l'isthme de Carélie. (Applaudissements.) N'oublions pas, et les récents événements nous l'ont de nouveau rappelé, la nécessité de continuer à renforcer sans répit la puissance de notre armée rouge et toute la défense de notre pays. (Vifs applaudissements prolongés.)

LES CLAUSES ET LA SIGNIFICATION DU TRAITÉ DE PAIX

Au début de février, les Finnois ont soulevé pratiquement la question de la cessation de la guerre en Finlande. Nous avons appris par l'intermédiaire du gouvernement suédois que le gouvernement finlandais voulait connaître nos conditions pour la cessation de la guerre.

Avant de résoudre ce problème, nous avons demandé à ce sujet l'avis du gouvernement populaire de Finlande. Le gouvernement populaire a été d'avis que pour mettre fin à l'effusion du sang et alléger la situation du peuple finlandais, il serait bon de consentir à la proposition de terminer la guerre. C'est alors que nous avons formulé des conditions qui furent bientôt acceptées par le gouvernement finlandais.

Je dois ajouter qu'une semaine après l'ouverture des négociations avec les Finnois, le gouvernement britannique exprimait à son tour le désir d'élucider la possibilité d'une médiation prétendûment pour mettre fin à la guerre de Finlande. (Rires.), Mais lorsque le camarade Maiski, notre représentant plénipotentiaire en Angleterre, informa Londres de nos propositions que la Finlande allait accepter entièrement par la suite, le gouvernement britannique ne voulut pas contribuer à la cessation de la guerre et au rétablissement de la paix entre l'U.R.S.S. et la Finlande. Néanmoins, l'accord se fit bientôt entre l'U.R.S.S. et la Finlande. Les résultats de l'accord au sujet de la cessation des opérations militaires et du rétablissement de la paix ont été exposés dans le traité de paix signé le 12 mars.

Ceci posait devant le gouvernement populaire le problème de sa propre dissolution et c'est ce qu'il fit. Vous connaissez les conditions établies par le traité. En vertu de ce traité, on a modifié la frontière Sud, et partiellement la frontière Est de la Finlande. Tout l'isthme de Carélie avec Viborg et la baie de Viborg, toute la côte Ouest et Nord du lac Ladoga avec Keksholm et Sortavala sont passés à l'U.R.S.S. Dans la région de Kandalakcha où la frontière finlandaise était particulièrement proche du chemin de fer de Mourmansk, la frontière a été éloignée. De petites parties des presqu'îles Sredny et Rybatchi au Nord et un groupe d'îles du golfe de Finlande, avec l'île Hogland, qui appartenaient à la Finlande, ont passé à l'U.R.S.S. En outre,la presqu'île de Hangö avec les îles avoisinantes ont été données en bail pour une durée de 30 ans à l'U. R. S. S., qui paiera 8 millions de marks finlandais par an. Là, nous construirons une base navale à nous, pour défendre contre toute agression la paix du golfe de Finlande.

Le traité facilite, en outre, le transit des marchandises pour la Suède, la Norvège et l'U.R.S.S. En même temps, le traité de paix prévoit que chacun des deux pays s'abstiendra de toute agression l'un contre l'autre, ne participera pas à des coalitions hostiles à l'un ou à l'autre.

La presse anglo-française attendait de présenter le traité soviéto-finlandais et en particulier le transfert de l'isthme de Carélie à l'U.R.S.S. comme la « destruction » de l'indépendance de la Finlande. C'est là, bien entendu, une ineptie, un mensonge creux. La Finlande occupe maintenant un territoire plus de quatre fois plus grand que la Hongrie et plus de huit fois plus grand que la Suisse.

Si personne ne met en doute que la Hongrie, la Suisse, sont des Etats indépendants, comment peut-on mettre en doute que la Finlande est indépendante et souveraine. Cette même presse anglo-française écrivait que l'U. R. S. S. voulait prétendûment convertir la Finlande en un simple Etat balte. Il va de soi que cela aussi est une sottise. Il suffit d'indiquer que l'U. R. S. S., ayant occupé au cours de la guerre la région de Petsamo, riveraine de l'Océan Glacial, l'a rendue de son plein gré à la Finlande. Elle jugeait nécessaire de laisser à la Finlande un port qui ne gèle pas. Il en résulte que nous considérons la Finlande non seulement comme un pays balte, mais aussi comme un pays nordique.

La vérité n'est pas dans ces inventions des journaux anglo-français, ni dans leur propagande anti-soviétique, qui se sont faits la main à toutes sortes de faux. La vérité est tout autre. A savoir que l'U.R.S.S., qui a battu l'armée finlandaise, et avait toute possibilité d'occuper la Finlande entière, ne l'a pas fait, et n'a exigé aucune contribution de guerre, comme l'aurait fait toute autre puissance; mais elle a réduit ses desiderata à un minimum, faisant ainsi preuve de magnanimité envers la Finlande.

Quelle est l'idée principale du traité de paix ? C'est qu'il assure dûment la sécurité de Léningrad, ainsi que celle de Mourmansk et du chemin de fer du même nom. Mais, cette fois, nous ne pouvions borner nos desiderata à ceux de l'automne dernier et dont l'acceptation par la Finlande aurait écarté la guerre. Peu après que le sang de nos combattants eut coulé, non par notre faute, et que nous nous fûmes convaincus combien était grande l'hostilité du gouvernement finlandais dans sa politique envers l'U.R.S.S., nous avons dû poser sur une base plus sûre la question de la sécurité de Leningrad et, en outre, celle de la sécurité du chemin de fer de Mourmansk et de la ville de Mourmansk qui, dans l'Ouest, est notre seul port océanique ne gelant pas. Ceci a une importance capitale pour notre commerce extérieur et, d'une façon générale, pour les relations de l'U. R. S. S. avec les autres pays.

Nous n'avons poursuivi dans notre traité que la sécurité de Leningrad, de Mourmansk et de son chemin de fer. Mais nous avons estimé nécessaire de donner à ce problème une solution sûre et durable. Le traité de paix se fonde sur le principe de la reconnaissance de l'indépendance de la Finlande en tant qu'Etat, de l'indépendance de sa politique extérieure et intérieure. Le traité se fonde en même temps sur la nécessité d'assurer la sécurité de Leningrad et des frontières Nord-Ouest de l'U.R.S.S. Ainsi, le but que nous nous étions proposé est atteint et nous pouvons exprimer notre entière satisfaction du traité de paix avec la Finlande. (Applaudissements.)

Dès à présent, des relations politiques et économiques avec la Finlande sont en voie de rétablissement complet. Le gouvernement exprime l'assurance qu'entre l'U.R.S.S. et la Finlande vont se développer des relations normales de bon voisinage.

LE PROJET DE PACTE MILITAIRE DÉFENSIF
ENTRE LA FINLANDE, LA SUÈDE ET LA NORVÈGE

Il convient cependant de mettre en garde contre les tentatives de violer le traité de paix qui vient d'être conclu, tentatives que font déjà certains milieux de Finlande, et aussi de Suède et de Norvège, sous prétexte de constituer entre elles une alliance militaire défensive.

A la lumière des discours prononcés récemment par le Président du Storting norvégien, M. Hambro, qui, invoquant des exemples empruntés à l'histoire, appelait la Finlande « à reconquérir les frontières du pays », et déclarait que la paix conclue entre la Finlande et l'U.R.S.S. « ne pouvait durer longtemps », à la lumière de cette intervention et d'autres analogues, il n'est pas difficile de comprendre que les tentatives pour créer une prétendue « alliance défensive » entre la Finlande, la Suède et la Norvège sont dirigées contre l'U.R.S.S., et attisées impudemment par l'idéologie d'une revanche militaire. Pareille alliance militaire avec la participation de la Finlande ne serait pas seulement en contradiction avec l'article 3 du traité de paix, qui exclut toute participation des parties contractantes à ces coalitions hostiles à l'une ou à l'autre. Elle serait encore en contradiction avec tout le traité de paix, qui fixe nettement la frontière soviéto-finlandaise. La fidélité à ce traité est incompatible avec la participation de la Finlande à n'importe quelle alliance militaire visant à une revanche militaire contre l'U.R.S.S. Quant à une participation de la Suède et de la Norvège à une telle alliance, elle signifierait l'abandon par ces pays de leur politique de neutralité et l'adoption d'une nouvelle politique extérieure, dont l'U.R.S.S. ne manquerait pas de tirer des conclusions qui s'imposent.

[Relations de l'URSS avec la Norvège et la Suède]

De son côté, le gouvernement estime qu'il n'existe pas de question litigieuse entre l'U.R.S.S., la Suède et la Norvège et les relations soviéto-suédoises et soviéto-norvégiennes doivent se développer sur une base amicale.

[Relations de l'URSS avec l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie]

La conclusion du traité de paix avec la Finlande couronne la tâche proposée l'an dernier et visant à assurer la sécurité de l'U.R.S.S. du côté de la Baltique. Ce traité est le complément indispensable aux trois traités d'assistance mutuelle passés avec l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

Or, de l'expérience des 6 mois écoulés depuis la conclusion de ces traités d'assistance mutuelle avec les Pays Baltes, on peut tirer des conclusions parfaitement positives. Il faut convenir que les traités le l'U.R.S.S. avec l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont contribué à renforcer les positions internationales aussi bien de l'U.R.S.S. que de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie. En dépit de l'effroi que répandent les milieux impérialistes hostiles à l'U.R.S.S., l'indépendance d'Etat et la politique autonome de l'Estonie, de la Lettonie et  de la Lituanie n'ont pas souffert en quoi que ce soit, et les relations économiques de ces pays avec l'U.R.S.S. s'en sont notablement étendues. L'exécution des traités par l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie est satisfaisante. Elle crée des conditions propices à l'amélioration constante des relations entre l'U.R.S.S. et ces deux pays.

LES RELATIONS DE L'U. R. S. S. AVEC SES VOISINS MÉRIDIONAUX. 

Ces derniers temps, la presse étrangère accorde une attention soutenue aux relations de l'U.R.S.S. avec ses voisins de la frontière méridionale, en particulier de la frontière de la Transcaucasie et aussi de la Roumanie.

Est-il besoin de démontrer, que le gouvernement ne voit aucun motif à une aggravation de nos rapports avec nos voisins du sud ?

Il est vrai qu'on assiste en ce moment à un remue-ménage fort suspect en Syrie, et en général dans le Proche-Orient, ou se constituent des armées anglo-françaises, principalement coloniales, avec en tête le général Weygand. Nous devons nous montrer vigilants envers les tentatives qui pourraient être faites pour utiliser ces troupes coloniales et non coloniales à des fins hostiles contre l'U.R.S.S. Toute tentative de ce genre entraînerait de notre part une riposte contre les agresseurs, et le danger qu'il y a de jouer ainsi avec le feu doit être tout à fait évident pour les puissances hostiles à l'U.R.S.S., et ceux de nos voisins qui s'avéreraient les instruments de cette politique d'agression contre l'U.R.S.S. (Applaudissements.)

Pour ce qui est de nos relations avec la Turquie et l'Iran, elles sont réglées par les traités de non-agression conclus entre nous, et par la volonté immuable de l'U.R.S.S. de remplir les engagements réciproques qui en découlent. Nos relations avec l'Iran dans le domaine économique ont été réglées par le traité de commerce soviéto-iranien qui vient d'être conclu.

Parmi les pays voisins méridionaux que je viens de citer, il en est un, la Roumanie, avec lequel nous n'avons pas de pacte de non-agression. Ceci s'explique par l'existence d'une question litigieuse non résolue, celle de la Bessarabie dont l'annexion par la Roumanie n'a jamais été reconnue par l'U.R.S.S.; quoique celle-ci n'ait jamais posé la question du retour de la Bessarabie par la voie militaire. Aussi, il n'y a aucun motif à une aggravation des relations soviéto-roumaines.

Il est vrai que depuis longtemps nous n'avons pas de représentant plénipotentiaire en Roumanie, dont les fonctions sont remplies par un chargé d'affaires. Mais cela est dû à des circonstances spécifiques d'un passé récent. Si l'on aborde cette question, on ne peut s'empêcher de rappeler le rôle guère convenable que les autorités roumaines ont joué en 1938 en ce qui concerne Boutenko, lequel remplissait à l'époque les fonctions de représentant plénipotentiaire soviétique en Roumanie. Comme on le sait, celui-ci disparut mystérieusement, non seulement de la légation, mais aussi de Roumanie. Le gouvernement soviétique n'a pu établir rien qui fût digne de foi au sujet de cette disparition. De plus, on voudrait nous faire croire qu'aucune autorité roumaine n'a trempé dans cette affaire scandaleuse et criminelle. Inutile de dire que dans un état civilisé, et d'une façon générale dans un pays tant soit peu ordonné, de telles choses ne devraient pas se produire. On comprend après cela le délai apporté à la nomination d'un représentant plénipotentiaire en Roumanie. Cependant il y a lieu de croire que la Roumanie comprendra que de semblables choses ne sauraient être tolérées.

LES RELATIONS DE L'U.R.S.S. AVEC LE JAPON

Dans nos relations avec le Japon nous ne sommes pas sans rencontrer certaines difficultés. Néanmoins nous avons réglé certaines questions. En témoigne l'accord soviéto-japonais conclu le 31 décembre dernier sur la question de la pêche pour cette année, de même que le consentement du Japon à effectuer le dernier versement en argent pour le chemin de fer de l'Est chinois, versement qu'il retenait depuis longtemps. Toutefois on ne saurait exprimer une très grande satisfaction au sujet de nos rapports avec le Japon. C'est ainsi que, malgré les longs pourparlers entre les délégués soviéto-mongols et nippo-mandchous, on n'a pas réglé une question d'importance, celle d'établir la frontière sur cette partie du territoire qui est située dans la zone du conflit armé de l'an dernier. Les autorités japonaises continuent à créer des difficultés en ce qui concerne l'emploi normal du dernier versement en argent effectué par le Japon pour le chemin de fer de l'Est chinois.

A maintes occasions l'attitude des autorités japonaises envers le personnel des institutions soviétiques au Japon et en Mandchourie est absolument anormale. On doit enfin comprendre au Japon que l'U.R.S.S. ne tolérera en aucun cas qu'une atteinte soit portée à ses intérêts. (Applaudissements prolongés.) Seule cette façon de concevoir les relations soviéto-nippones permettra à celles-ci de se développer d'une façon satisfaisante.

Puisque j'en suis au Japon, je dirai deux mots sur une question qui n'est pas pour ainsi dire une question d'affaires. (Animations.) Ces jours-ci un député du parlement japonais interpella son gouvernement dans les termes suivants : « Ne serait-il pas utile d'envisager comment en finir de façon radicale avec les conflits entre l'U.R.S.S. et le Japon, par exemple en achetant la province maritime et d'autres territoires ? ». (Hilarité.) Le député japonais qui a posé cette question et qui s'intéresse à l'achat de territoires soviétiques qui ne sont d'ailleurs pas à vendre (Rires.), est pour le moins un plaisant. (Applaudissements.) Mais par ses sottes interrogations, il n'élève pas — à mon avis — le prestige de son Parlement. (Rires.)

Toutefois, si au parlement japonais, le commerce présente tant d'attraits pour les députés, ne pourraient-ils pas s'occuper de la vente de la partie méridionale de l'île Sakhaline. (Rires et applaudissements prolongés.) Je ne doute pas qu'ils trouveraient des acquéreurs en U.R.S.S. (Rires et applaudissements.)

LES RELATIONS ENTRE L'U.R.S.S. ET LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

En ce qui concerne nos relations avec les U.S.A. elles ne se sont pas améliorées ces derniers temps, ni, ma foi, aggravées, si l'on fait abstraction de ce que l'on appelle « l'embargo moral » contre l'U.R.S.S., lequel a perdu toute sa raison d'être, surtout avec la conclusion de la paix avec l'U.R.S.S. et la Finlande.

Nos importations des U.S.A. se sont accrues par rapport à l'an dernier. Elles pourraient encore augmenter si les autorités américaines n'y faisaient pas obstacle.

[Principes de la politique extérieure de l'URSS : la paix, la sécurité et la neutralité]

Telle est, dans son ensemble, la situation internationale en relation avec les événements des cinq derniers mois. De tout ce qui précède, on peut voir ce que nous considérons comme les tâches principales de notre politique extérieure dans la situation internationale actuelle. En un mot, notre politique extérieure a pour tâche d'assurer la paix entre les peuples et la sécurité de notre pays, d'où notre position de neutralité et de non participation à la guerre qui se livre entre les plus grandes puissances d'Europe.

Cette attitude est fondée sur les traités que nous avons conclus. Elle correspond entièrement aux intérêts de l'U.R.S.S. Cette attitude a de plus l'effet de mettre un frein à l'extension de la guerre. C'est pourquoi elle répond aux intérêts de tous les peuples qui aspirent à la paix et qui gémissent déjà du fait des privations sans fin suscitées par la guerre.

En dressant le bilan de la dernière période nous voyons que nous avons remporté des succès importants pour assurer la sécurité de notre pays. C'est ce qui rend furieux nos ennemis. Quant à nous, ayant foi dans notre cause et dans nos forces, pour poursuivrons notre politique extérieure de façon conséquente et sans faillir. (Tempête prolongée d'applaudissements. Les députés se lèvent.)

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