Discours de Albert Sarraut du 19 mars 1940 dressant le bilan de la répression des activités communistes

A la suite de l'interpellation du sénateur Reibel dénonçant, à la séance du 19 mars 1940, l'insuffisance des mesures prises contre les menées hitléro-communistes, le ministre de l'intérieur, le radical-socialiste Albert Sarraut, prend la parole pour dresser le bilan de la répression des activités communistes.

Dans son intervention, Albert Sarraut fait d'abord le constat que, depuis septembre 1939 et le déclenchement de la guerre entre la France et l'Allemagne nazie, l'ordre public n'a pas été troublé par la violence communiste. Il attribue ce résultat à l'action du Gouvernement qui s'est donné les moyens de lutter efficacement contre ce danger en adoptant de nouveaux textes de loi. Pour justifier cette affirmation, il détaille les mesures prises dans ce nouveau cadre juridique par le Gouvernement et son ministère, en particulier (note 1). Cette partie se terminant d'ailleurs sur un tableau synthétique des mesures prises par le ministère de l'intérieur contre les organisations communiste. Il évoque ensuite l'activité résiduelle du Parti communiste qui se manifeste dans la diffusion de tracts. Enfin, il conclut en prenant l'engagement que le Gouvernement continuera de lutter avec la même vigueur contre la propagande ennemie défaitiste autrement dit la propagande hitléro-communiste.


Document 1 :

Discours de Albert Sarraut
du 19 mars 1940
 dressant le bilan de la répression des activités communistes

Messieurs, j'en viens maintenant à ce qui est proprement l'objet de l'interpellation de Reibel.

[Interpellation du Sénateur Reibel]

Si je n'avais à m'inspirer que d'un réflexe personnel, je porterais bien volontiers à M. Reibel, malgré l'accent dont il a marqué son discours, l'hommage sincère de ma gratitude. Son interpellation, en effet, donne l'occasion de faire justice devant le Sénat et devant le pays du reproche adressé au Gouvernement pour l'insuffisance de ses mesures contre des menées susceptibles de mettre en péril le moral et l'ordre public dans ce pays. Elle m'autorise à porter devant le Sénat la preuve certaine que ce reproche est immérité. Elle me permet surtout — et c'est ce qui importe — en dégageant la vérité des légendes dont on l'entoure, de rassurer les émotions naturelles et bien légitimes que l'on peut toujours provoquer devant l'auditoire le plus averti par une articulation ingénieuse d'allégations et de faits dont l'énoncé seul ne saurait suffire à porter en soi sa démonstration contrôlée.
De ce point de vue donc je pourrais dire que l'interpellation de M. Reibel a comblé mes vœux. [...]

[Ordre public préservé de la violence communiste]

Depuis longtemps, messieurs, des polémiques plus ou moins vives et des avertissements plus ou moins inquiets ont évoqué dans ce pays l'appréhension parfaitement naturelle et justifiée des graves périls que le communisme lui ferait courir, surtout en des heures critiques, si ses menées ne trouvaient pas tout de suite le barrage d'une répression inflexible.
Messieurs, nous sommes dans ces heures critiques. Nous sommes en état de guerre depuis six mois et nous soutenons contre l'ennemi extérieur l'effort d'un combat qui, parce qu'il n'a pas pris encore cette ampleur sanglante et tragique où le sursaut de l'héroïsme soulève et maintient l'unanimité des courages farouchement exaltés, favorise le climat de ces atmosphères équivoques et incertaines où des relâchements de vigilance et d'énergie peuvent offrir aux fauteurs de désordre et de révolution l'occasion de tenter leurs mauvais coups, de fomenter les troubles, les entreprises de violence, de rébellion, de désagrégation de la force et de l'unité nationale.
Où sont ces troubles ? Où sont ces désordres ? Dans ces six mois de guerre quelles violences, quels attentats à la paix publique avons-nous eu à réprimer ? Quelles émeutes, quelles manifestations subversives, quelles révoltes, quelles grèves même nous a-t-il fallu mater ? Où et quand ? Je pose la question à M. Reibel, je la pose à quiconque, et je réponds : à Paris, en province, nulle part rien n'a troublé depuis ces six mois la grande tranquillité de la France. Est-ce vrai ou n'est-ce pas vrai ? [...]
Ainsi, depuis l'entrée en guerre, l'ordre public n'a pas été troublé par la violence communiste, quelque désir et quelque dessein qu'elle en ait eu. Voilà le fait. [...]
Ces résultats de paix intérieure, deux causes les ont produits. Tout d'abord l'admirable santé morale de ce pays qui a résisté à l'intoxication communiste, comme d'ailleurs aux campagnes de panique que certains feuilles lui prodiguent trop souvent.
Ensuite c'est l'action gouvernementale à laquelle rendent hommage des interprètes particulièrement qualifiés — n'est-il pas vrai monsieur Fiancette ? — de l'opinion, notamment de l'opinion parisienne, comme le bureau du conseil général de la Seine qui nous adressait ces jours-ci, à propos de l'efficacité de la répression communiste, un témoignage de louanges et de remerciements.
Oui, c'est l'action du gouvernement, c'est l'effort méthodique et coordonné, sans répit, quotidien d'une répression sur laquelle je puis à présent m'expliquer avec d'autant plus de précision, que j'y ai pris la part d'initiative et de responsabilité la plus directe qui me désignait naturellement, monsieur Reibel, à être interpellé par vous.
Mais, pour que cette répression fût efficace, encore ne fallait-il pas la lancer à tort et à travers, à coups de poings désordonnés, avec des coups de force spectaculaires, mais la conduire systématiquement, suivant un plan cohérent, mûrement établi et coordonné : c'est ma façon de travailler et je n'ai aucune raison d'en changer. Quand on veut abattre un adversaire, je m'excuse de proférer cette vérité de La Palisse — il faut prendre la mesure exacte de sa force, de ses moyens, de sa position, s'assurer qu'on a soi-même les forces suffisantes, déterminer les points sur lesquels doit porter l'offensive et déclencher enfin celle-ci en la poursuivant sans trêve ni répit jusqu'à ce qu'elle ait détruit la position et les articulations de la force ennemie. [...]

[De nouveaux textes pour lutter contre le communiste]

Contre une force pareille, il fallait avoir des armes. J'aurais voulu parler de celles que j'ai fait forger. Nous avions bien des armes, mais elles étaient insuffisantes. Sur ma demande, le Gouvernement a successivement forgé le décret fondamental du 26 septembre 1939 qui a mis les communistes hors la loi française. Avant ce décret, il n'y avait pas de moyen juridique de poursuivre le parti communiste dans ce pays de liberté et d'opinion. Aujourd'hui, le fait d'être communiste n'est plus un droit découlant de la liberté d'opinion, c'est un fait passible de sanction. Il fallait le dire : c'est fait.
Toujours sur mon initiative, il y eut le décret du 26 septembre qui a permis la suppression massive des municipalités communistes. Puis le décret de clôture du 5 octobre qui a suspendu l'immunité des députés communistes; celui du 18 novembre qui, reprenant des dispositions déjà édictées en 1914, suspend les garanties disciplinaires des fonctionnaires; enfin, l'autre décret du 18 novembre, le fameux décret dit des suspects, qui vise les individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique, celui-là même qui s'est attiré les rigueurs inattendues de M. Reibel. [...]
Pour moi, ma pensée n'a ni de ces indulgences, ni de ces oscillations. Ayant à frapper les ennemis de ma patrie dans les circonstances où nous sommes, je me préoccupe surtout, en frappant juste, de frapper dur et sans ménagements. Pour reprendre le mot fameux de mon grand patron Clemenceau, je déclare, moi aussi : à ma place, le cœur ferme et les dents serrées, je fais la guerre, et je la fais avec les armes qu'impose avant tout la sauvegarde du destin français! (Très bien ! très bien !)

[Champ d'action du Gouvernement]

Nous allons voir maintenant comment le Gouvernement s'est servi de ces armes.
C'est ici, messieurs, qu'ayant abrégé mon exposé de tous les longs développements qu'ils pouvaient comporter, je demande votre attention toute particulière pour vous dire le résultat des mesures prises par le Gouvernement, pour vous donner ce que j'appellerai volontiers de cette expression triviale : le tableau de chasse du Gouvernement. [...]
Jusqu'à présent vous n'avez eu que des informations sporadiques. Il est bon que vous aperceviez, dans leur ensemble, les renseignements que j'ai à vous fournir et que j'aime mieux vous donner plutôt que de m'éterniser sur des questions détail ou sur des faits particuliers.
Messieurs, quelles sont les positions, les citadelles, quels sont les centres de résistance auxquels il fallait donner l'assaut au moyen des armes que j'ai indiquées et comment cet assaut a-t-il été donné ?
A mon sens, une lutte systématique et efficace contre le communisme devait s'envisager et se poursuivre sur cinq terrains principaux par des offensives conjuguées de la puissance publique.
1° La vie publique et la rue, ceci étant proprement le domaine du ministre de l'intérieur vers lequel je vous conduirait tout à l'heure;
2° L'usine, lieu de rassemblement des masses ouvrières et centre de diffusion de la propagande et des tracts communistes;
3° L'administration de l'Etat où le le communisme avait, hélas ! des complicités;
4° Les idées de la propagande communiste, qu'il faut contre-attaquer, car on ne la supprimera pas en se contentant de supprimer les tracts que ses adhérents diffusent. Il reste en effet la propagande verbale de bouche à oreille qui est aujourd'hui la principale et non la moins nocive. Il faut donc attaquer ces idées de front, partout où elles se présentent et les détruire à la fois par le choc d'autres idées plus fortes, par la vertu d'une vérité qui démontre son évidence, aussi et surtout par la sagesse réaliste et prévoyante d'une politique générale qui ne laisse pas au communisme, surtout sur le plan social et surtout en temps de guerre, des prétextes de mécontentement trop nombreux exploiter. Voilà la bonne propagande faire. (Applaudissements.)
Enfin, et 5°, les milieux étrangers dans lesquels la propagande communiste peut trouver des appuis ou des concours.
Il me suffit d'indiquer ces conditions pour faire apparaître que cette action générale défensive appelait nécessaire l'action de tous les ministères, l'action du Gouvernement tout entier.

[Champ d'action du ministère de l'Intérieur]

Voyons, puisque c'est moi qui suis nommément interpellé, ce qui concerne particulièrement le ministère que j'ai l'honneur de diriger.
Mon domaine d'action répressive — je l'ai dit tout à l'heure — c'est la vie publique et la rue. Ici et là, dans les assemblées où le suffrage électoral l'avait fait pénétrer, comme dans les groupes sociaux où il avait organisé ses assises, le communisme disposait soit des pouvoir légaux, soit des moyens d'influence et d'action qui lui permettaient d'agir sur la masse de l'opinion, de la circonvenir, de la corrompre ou de la pervertir. C'est tout cela d'abord qu'il fallait lui arracher. C'est à la destruction méthodique et totale de ses pouvoirs, de ses moyens d'influence et d'action qu'il fallait consacrer un effort inflexible et sans répit.
Messieurs, je vous prie de croire que la tâche n'était pas mince. J'en ai constaté l'ampleur à mesure que j'assurais le plan d'ensemble des opérations de cette destruction.
Le communisme, en effet, avait eu la longue patience, qui est une manière de génie, de l'organisation de ses moyens stratégiques.
Il avait établi solidement ses positions au sein du Parlement, dans les conseils généraux, dans les conseils municipaux, et il parlait du haut de ces tribunes à l'opinion.
Il lui parlait plus encore peut-être par la voix de la grande presse qu'il avait créée et l'intarissable langage de publications et de brochures qui sortaient chaque jour de ses presses.
Il avait embrigadé d'autre part d'importantes phalanges ouvrières dans la discipline de fer de ses formations syndicales et de ses fédérations. Il contrôlait leur obéissance, stimulait leur zèle et leur imposait ses mots d'ordre dans une multitude de cellules et de permanences dont les locaux s'ouvraient partout à Paris et en province.
Il avait, par ailleurs, des intelligences, des postes d'action dans les administrations de l'Etat; il avait aussi des collaborateurs parmi les résidents étrangers à la main-d’œuvre desquels notre pays, déficient à toute époque, a fait appel. Il avait crée enfin des cadres de militants vigoureusement organisés, spécialement énergiques et dont le remplacement éventuel et le rôle restaient assurés par une procédure habile qui savait substituer au camarade trop en vedette, repéré par notre police, l'action moins voyante de militants obscurs  préalablement instruits à continuer sa besogne.
C'est tout cela, toute cette organisation puissante, complexe et vaste, toutes ces positions, tous ces moyens d'influence et d'action qu'il fallait démanteler, briser, désagréger, démolir, réduire à l'impuissance et au silence.
C'est la besogne, messieurs, à laquelle je n'ai pas cessé un seul jour de m'acharner. Voyons les résultats.

[Elus communistes]

Les pouvoirs légaux ? Les mandats électifs du communisme n'existent plus. Sur ce chapitre, je n'ai pas à insister, après les débats récents où le Parlement a consacré la déchéance des élus communistes. Je note simplement pour mémoire, dès le début d'octobre, j'avais pris l'initiative de proposer au Gouvernement la publication du décret suspendant l'immunité parlementaire  et permettant une arrestation massive des députés. Je rappelle également que, le 26 septembre, j'ai fait signer le décret qui a permis d'enlever leurs pouvoirs aux municipalités communistes.
Et s'il faut joindre à ces indications l'éloquence des chiffres, je précise que le nombre des conseils municipaux communistes suspendus est de 300 et que la procédure de déchéance instituée devant les conseils de préfecture me donnait il y a huit jours les chiffres suivants qui sont dépassés aujourd'hui : 87 conseillers généraux; 70 conseillers d'arrondissement; 2 500 conseillers municipaux. Soit en y ajoutant les 60 députés et le sénateur déchu, 2 718 élus frappés de déchéance. L'ex-parti communiste ne compte donc plus un seul de ses élus. [...]

[Presse communiste]

Passons à la presse. Le parti communiste disposait d'une très importante presse quotidienne ou hebdomadaire en tête de laquelle s'inscrivaient l'Humanité, avec un tirage quotidien de plus de 300 000 exemplaires qui, le dimanche, allait jusqu'à 500 000, et le journal Ce Soir, dont le tirage quotidien était de 240 000 exemplaires.
Cette presse est morte. Il n'en reste plus rien. En effet, après la suspension de l'Humanité et de Ce Soir, dès le 27 août, 159 autres journaux communistes ou revues, dont 92 pour Paris et 67 pour la province, ont disparu de la circulation, y compris les journaux étrangers communisants auxquels nous avons interdit de paraître en France.
Dans le même temps, sur mon ordre, la préfecture de police a procédé à la dislocation et à la fermeture des imprimeries communistes où étaient composés les brochure et les tracts de propagande. Le communisme n'a donc plus chez nous à cette heure aucune tribune ou aucun organe public pour s'exprimer.

[Syndicats et organisations communistes]

J'ai dit en troisième lieu que les communistes possédaient dans leurs formations syndicales un instrument particulièrement puissant. Nous l'avons brisé. Nous avons dissous leurs syndicats, leurs fédérations à Paris et en province. On leur a fermé les bourses du travail. On a saisi leurs archives et leurs biens, qui ont été dévolus par un décret du 29 novembre soit à la caisse autonome de la défense nationale, soit à des organisations syndicales similaires. A Paris et en province, 620 syndicats professionnels communistes ont été dissous.
Mais de cette masse de syndicats brisés, le communisme pouvait essayer et a essayé en effet de regrouper ou de réunir les adhérents dans les cellules ou les locaux permanents qu'il avait distribués à Paris ou en province ou encore dans d'autres locaux clandestins.
La chasse quotidienne que nous avons faite ne leur a pas permis. Par mon ordre, il a été procédé à ce jour à près de 11 000 perquisitions, dont 7 000 pour la province et 4 000 pour Paris. [...]
Dans ce domaine des organisations communistes, il a été procédé à 675 dissolutions de groupements politiques, se subdivisant en plus de 3 000 sections ou cellules. S'ajoutant aux 620 dissolutions de syndicats plus haut indiquées, elles portent à 1 295, à l'heure présente, le nombre des dissolutions d'organisations communistes.

[Fonctionnaires communistes]

J'ai parlé, d'autre part des intelligences que le communisme avait dans les administrations de l'Etat. [...]
En ce qui concerne mon ministère, à l'heure présente, plus de 400 sanctions — révocations, licenciements, mises à la retraite d'office, etc. — ont été prises dans les cadres départementaux dépendant directement ou indirectement de mon autorité.
En ce qui concerne mes collègues ministériels, je leur ai demandé quelles mesures ils avaient prises. A la date de ce jour, d'après les états qui m'ont été fournis et qui sont incomplets, parce que certaines enquêtes continuent, voici les chiffres des sanctions prononcées depuis six mois, y compris celles de mon ministère : 700, parmi lesquelles j'en relève 131 au titre de l'éducation nationale et une centaine pour le ministère des transmissions. J'ai donc le droit de dire que, dans ce compartiment, la vigilance gouvernementale n'a pas été prise en défaut. [...]

[Militants communistes]

Je continue. Je vais terminer mon bilan en parlant maintenant des militants communistes.
L'ex-parti communiste, comme je le disais tout à l'heure, avait organisé des cadres de chefs militants particulièrement bien agencés, commandant et articulant l'organisation de la propagande.
En vertu de mes instructions, ils ont été traqués de telle sorte qu'à la date du 7 mars dernier, 3 400 de ces individus avaient été arrêtés, dont 1 460 dans la Seine et le reste en province. Depuis le 7 mars, cette répurgation continue tous les jours comme vous avez pu vous en apercevoir récemment.

[Etrangers communistes]

Enfin, les communistes avaient des complices parmi les étrangers habitant la France. Sans parler des expulsions que le ministre de l'intérieur a prononcées, il les a fait cueillir par centaines et enfermer dans des centres de surveillance, en même temps que d'autres étrangers suspects. Il y en a déjà 346 dans le seul camp de « Roland Garros ». Il y en a parmi les 2 540 qui sont au camp du Vernet, dans l'Ariège, et même parmi les 250 femmes qui se trouvent au camp de Rieu-Cros, en Lozère.

[Bilan de la répression des activités communistes]

Voilà, messieurs, les indications que j'ai à vous fournir et que je résume dans le tableau synthétique que voici :
Perquisitions : 11 000, dont 4 000 dans la Seine; arrestations : 3 400, dont 1 460 dans la Seine, avec 1 500 condamnations déjà prononcées; application du décret du 18 novembre 1939 : 555 arrestations; épuration chez les fonctionnaires à ce jour : environ 700 et d'autres vont suivre; radiations d'affectations spéciales effectuées à la demande des préfets : 3 500, dont 200 concernant des fonctionnaires. En tout, plus de 8 000 mesures individuelles, qui ont eu pour effet de retirer du milieu où ils avaient une action nocive ceux qui en ont été l'objet.
Vous pouvez juger si l'action du gouvernement a manqué d'énergie et d'efficacité. (Très bien ! Très bien !).
De sorte que si l'on considère le bilan des mesures que je viens de retracer, on constate que le parti communiste a été décimé dans ses formations organiques, dans ses positions de combat, par la destruction de ses citadelles, de ses postes de commandement, de sa presse, de ses bureaux syndicaux et par l'emprisonnement ou l'internement d'un nombre imposant de ses principaux chefs militants.
Tout cela compose, pour un homme de bonne foi, un résultat qui paraît de nature à édifier ceux qui persisteraient à critiquer la mollesse de l'action du Gouvernement.
Mais est-ce à dire que c'en est fini du communisme, que cette répression, avec quelque vigueur qu'elle soit conduite, ait obtenu tous ses effets, qu'on puisse dès lors ou qu'on doive la ralentir ? Pas du tout, messieurs. Et en parlant ainsi, j'ai répondu par avance à ceux qui brandiront devant moi tel ou tel tract distribué dans une usine ou qui me citeront tel fait, tel cas destiné à prouver que la propagande communiste n'est pas morte.
Je le sais mieux que personne, puisque la chasse continue de nuit et de jour et que, par exemple, dans la semaine écoulée, la préfecture de police et la sûreté nationale ont donné de magnifiques coups de filet qui ont ramené des tonnes entières de tracts et tout un matériel de propagande et provoqué une centaine d'arrestations de militants.
Nous avons détruit la structure essentielle du communisme. Nous n'avons pas la prétention d'avoir achevé de mettre hors de combat tous les individus qu'il a endoctrinés. Il reste vrai que s'il a été amputé de toutes les formations régulières, si l'on peut dire, de son armée, il a substitué au combat ouvert qu'il livrait aux intérêts de la patrie une guérilla, une bataille en ordre dispersé, s'exerçant par une action clandestine dont l'arme principale est le tract et l'arme accessoire l'action verbale des propos défaitistes. Mais sur ce terrain encore, quelque difficile et laborieux que soit l'effort, le Gouvernement ne relâche pas la vigilance et la rigueur de son action et j'ai le droit de dire qu'il l'a fait avec efficacité.

[Tracts communistes]

Ceci posé, je fais très nettement une déclaration. En dépit de l'activité de la distribution de tracts, arme, je le note en passant, qui s'est tout de même un peu émoussée à l'usage, bien que nous ne puissions pas nous flatter d'arriver à les saisir tous, j'observe que cette chasse aux tracts à donner des résultats qu'on a pas le doit de sous-estimer.
On ne trouve plus à présent de fabrication française — j'expliquerai ce mot — de tracts à la machine à écrire et, de ce côté encore, j'ai agi. Alors qu'au début, en septembre et en octobre, on voyait circuler toute une floraison de tracts, il se passe maintenant des semaine entières sans qu'on signale l'apparition d'un tract nouveau. Le ministère de l'intérieur n'en continue pas moins tous les jours à procéder à des arrestations, à des saisies dont il n'est pas toujours opportun de dévoiler le résultat pour ne pas brûler les pistes.
Si, d'autre part, la statistique de ces répressions ne s'enfle pas avec la rapidité que certains voudraient, c'est parce qu'un souci de justice nous commande de vérifier avec soin certaines accusations. Une des manœuvres communistes actuellement employée consiste, en effet, à faire dénoncer comme tels des hommes qui ne l'on jamais été et dont l'arrestation injuste serait de nature à provoquer dans le monde ouvrier les mécontentements irrités que souhaitent les auteurs de la manœuvre. (Applaudissements.)
Pour en finir, messieurs, avec ce chapitre des tracts, j'indiquerai d'un mot que la chasse que nous avons faite a été d'une  telle efficacité que c'est maintenant à l'étranger que le communisme a transporté leur confection. C'est la seconde raison pour laquelle il ne faut pas s'étonner qu'il en apparaisse encore de temps en temps.
Je préfère ne pas donner ici — je les ai dans mon dossier — tous les renseignements que je possède à cet égard, car il n'est pas dans l'intérêt de l'ordre public d'en divulguer les sources. J'indique seulement que, contre l'introduction de ces tracts, nous réagissons avec efficacité, que nous nous sommes rendus maîtres ces jours-ci encore, avant toute distribution, de plusieurs milliers de kilogrammes d'imprimés venus du dehors et de placer sous les verrous ceux qui s'apprêtaient à les diffuser.

[Propagande hitléro-communiste]

Je crois, messieurs, qu'il est temps conclure. Je voudrais le faire en rassemblant, dans mon dernier propos, la pensée et la doctrine du Gouvernement dans sa lutte contre la propagande ennemie. 
D'abord, je répète que cette propagande est une : il n'y a pas deux propagandes séparées : la propagande communiste et l'hitlérienne. Elles ne font qu'une : la propagande ennemie.
J'ai eu l'occasion de m'en expliquer devant votre commission de législation civile et criminelle. Le chef de cette propagande est le chancelier Hitler, dont le bolchévik est le lieutenant.
S'il était besoin de faire la preuve de cette affirmation, il suffirait d'indiquer, avec le fait que ce sont des avions allemands qui éparpillent les tracts communistes [1], cet autre fait que les postes radio de la propagande communiste : « La voix de la paix », « Radio-Humanité » [2] qui sont exactement repérés, lancent leurs émissions du territoire allemand. [...]
La répression, si indispensable soit-elle, n'est que l'élément négatif d'un vaste problème dont la partie positive, la plus difficile peut-être mais la plus sûrement efficace commande le concours, la bonne volonté, de la bonne foi de tous pour pallier, dans toute la mesure du possible, les difficultés, les privations, les infortunes, les misères, les abus, les iniquités mêmes qui sont, dans la vie des particuliers comme dans la vie collective, la conséquence directe de l'état de guerre. (Très bien ! très bien !)
Car c'est tout cela qu'exploite, surtout en ce moment, la propagande ennemie et que vont essayer d'exploiter plus amplement demain les essais de recrudescence des menées hitléro-communistes.
Messieurs, je n'ai pas l'habitude, de met un bandeau sur mes yeux, non plus d'ailleurs que de permettre à aucun péril de déconcerter le calme solide de ma pensée. Je ne me dissimule donc pas, même si je me refuse de m'en effrayer, la valeur de l'aliment nouveau que l'effervescence de la politique extérieure apporte à la propagande communiste et défaitiste. Je sais le parti qu'essayeront d'en tirer les stipendiés du bolchevisme et les capitulards de la paix blanche. Je m'attends, vous vous attendez aussi, à un regain de leurs manœuvres, de leurs chuchotements félons. Les dispositions sont prises pour faire face à ces tentatives nouvelles et pour traquer les trahisons qui voudraient redresser la tête.
Nous ne les craignons pas, nous ne redoutons pas leurs assauts, d'abord parce que, pour les mater, nous avons et la force et le droit dont ils n'ignorent pas que nous nous servir. Ensuite, je devrais dire et surtout parce que le moral intact de l'immense masse de ce pays a montré qu'il était capable de résister aux désagrégation que l'on a tentées.



[1] Au début du mois de novembre 1939 un avion allemand a largué au dessus de la région parisienne des tracts dans lesquels on pouvaient lire de larges extraits du discours prononcé par Viatcheslav Molotov le 31 octobre 1939 devant le Soviet suprême de l'URSS.

[2] Radio Humanité et La voix de la Paix sont en fait deux "Radios noires" allemandes créées à l'initiative de Gobbels. La première se fait passer pour la radio clandestine du Parti communiste français, la seconde pour une radio pacifiste française.
Note 1 :

Le ministre de l'intérieur Albert  Sarraut présente un bilan de la répression des activités communistes dans lequel figure les éléments suivants :

1) la déchéance des élus communistes.
Albert Sarraut indique que 2 718 élus communistes ont été déchus de leur mandat en application de la loi du 20 janvier 1940 et rappelle deux autres mesures prises précédemment contre les élus communistes :
- la suspension des municipalités communistes dont la gestion fut confiée à des délégations spéciales désignées par les pouvoirs publics (décret-loi du 26 septembre 1939 relatif à la tutelle administrative des municipalités).
- la clôture de la session de la Chambre de députés (décret du 4 octobre 1939) qui a permis à la justice militaire de lancer des mandats d'arrêt contre les députés communistes qui ne bénéficiaient plus de l'immunité parlementaire. Rappelons que des poursuites ont été engagées contre les députés communistes à la suite de la lettre pacifiste qu'ils ont adressée le 1er octobre 1939 au Président de la Chambre Edouard Herriot.

2) la suspension de la presse communiste.
Albert Sarraut indique qu'il n'y a plus de presse communiste en rappelant notamment qu'il a suspendu la diffusion de l'Humanité et de Ce Soir en signant le 26 août 1939 un arrêté ministériel sur la base du décret-loi du 24 août 1939 autorisant la saisie et la suspension des publications de nature à nuire à la défense nationale. Suspendue, la presse communiste a en outre été interdite par le décret-loi du 26 septembre 1939 (article 3) prononçant la dissolution des organisations communistes.

3) la dissolution des organisations communistes.
Albert Sarraut fait état de la dissolution de 1 295 organisations communistes dont 675 groupement politiques et 620 syndicats. Fondée sur le décret-loi du 26 septembre 1939  (article 1) prononçant la dissolution du PCF, cette lutte contre les organisations communistes a en outre conduit à 11 000 perquisitions, 3 500 arrestations avec 1 500 condamnations.

3) les sanctions prises contre les fonctionnaires communistes.
La lutte contre les activités communistes au sein des administrations d'Etat (700 mesures) ou locales s'est appuyée sur le décret-loi du 18  novembre 1939 suspendant certaines des garanties accordées aux agents publics dans le cadre d'une procédure disciplinaire.

4) la radiation des affectés spéciaux communistes autrement dit le renvoi au front des ouvriers communistes dont la présence dans les usines de guerre constituaient un danger qui allait du ralentissement de la production au sabotage.

5) l'internement administratif de 555 militants communistes ainsi que de plusieurs centaines d'étrangers communistes fondé sur le décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

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