L'Union populaire française (UPF)

L'Union populaire française (UPF) désigne le groupe parlementaire formé en décembre 1939 par des députés communistes qui ont rompu avec le PCF en raison de son soutien à la politique extérieure de l'URSS et notamment au Pacte germano-soviétique du 23 août 1939.


Le Journal officiel du 8 décembre 1939 annonce la formation à la Chambre des députés du "groupe d'union populaire française" en précisant que ce nouveau groupe parlementaire se compose de cinq membres : René Nicod, président du groupe, Marcel Capron, secrétaire du groupe, Paul Loubradou, Marcel Brout, et Jules Fourrier.

Démissionnaire du PCF dès le 26 août 1939, le député de Dordogne Paul Loubradou expose les motifs de cette démission dans une lettre publiée dans le journal La France du 30 août 1939 :

"En plein tumulte européen, au moment même où il suffit d'une étincelle pour faire sauter la mine, un événement inouï se produit : la Russie de Staline signe un pacte avec l'Allemagne d'Hitler. Durant cinq jours et cinq nuits, oubliant nourriture et sommeil, parfaitement calme et objectif, je me suis posé la question : ce pacte sert-il la paix, la liberté le socialisme, l'indépendance des peuples ? J'ai lu écouté, observé, en tous lieux, à chaque heure. Et je suis arrivé à cette conclusion : le gouvernement soviétique pouvait et devait signer le pacte anglo-franco-soviétique. Ce faisant, il garantissait la paix, ou, en cas de guerre, la victoire et l'écrasement du racisme. Son prestige y gagnait en grandeur et en qualité, et les peuples pouvaient se réjouir d'espérance illimitées.

Au lieu de cela, c'est le contraire qui se produit, et dans quelles conditions. Staline se réfugie dans le dédale souterrain des finasseries diplomatiques, provoquant ainsi, parmi les masses, le plus inimaginable et le plus dangereux désarroi que le monde ait connu. Je prie quelques camarades dont la bonne foi n'est pas douteuse de na pas se battre les flancs pour tenter de justifier l'injustifiable à l'aide de subtiles considérations sur la stratégie diplomatique et sur les nécessités révolutionnaires, car ce n'est de l'an 2000 qu'il s'agit, mais de l'immédiat. Or, pour l'immédiat, deux constations s'imposent :
1. le pacte germano-soviétique constitue un terriblement encouragement à l'agression;
2. il a fallu à Hitler cinq années d'efforts et de sauvagerie pour écraser le communisme - et la liberté - en Allemagne, en Autriche... en Tchécoslovaquie; il n'aura fallu que cinq jours à Staline pour l'écraser en France [...]

J'ai bataillé, bien modestement je le sais, durant plus de trente ans pour un idéal dont j'emporterai le culte dans la tombe; je frémis aujourd'hui devant le coup terrible que lui porte la volte-face stalinienne. J'ai pris la grave détermination de démissionner du parti communiste français parce que les dirigeants de ce parti ont spontanément approuvé, avec une incroyable légèreté de lien et de fond, un acte que je réprouve de toute mes forces ! J'ai pensé aux millions d'êtres humains qui ont roulé dans le malheur, la servitude ou la mort, souvent héroïquement, pour avoir voulu résister à la barbarie fasciste ! Je n'ai obéi, par ailleurs, à aucune influence extérieure, à aucun sentiment dégradant ! J'ai tout pesé et je n'ai, en définitive, de compte à rendre qu'a ma conscience ! Puis-je dire que ces comptes sont parfaitement à jour ?
Maurice Thorez [secrétaire général du PCF] a dit souvent : "Nous, communistes, nous ne prenons nos mots d'ordre ni à Moscou, ni à Londres, ni à Rome, ni à Berlin, mais à Paris."
Ou c'était inexact, et il aurait dû se taire. Ou c'était exact et, alors, j'ai le droit de dire aujourd'hui que si Staline est russe et agit en Russe, j'ai le droit, moi, d'être français et d'agir en Français !

En ces heures tragiques où se joue le sort de l'humanité, je demande, en conclusion, aux uns et aux autres de réserver leurs appréciations et leurs controverses; je supplie notre peuple de rester uni et courageux pour la salut de la paix, de la liberté, pour le salut de la nation." (1)

Député de la Seine, Jules Fourrier rompt avec le PCF à la suite de l'invasion de la Pologne par les armées soviétiques le 17 septembre 1939. Le Populaire du 21 septembre 1939 donne le contenu de la lettre de démission qu'il a adressée à Jacques Duclos, secrétaire du groupe communiste :

"Dans une lettre adressée à Jacques Duclos, secrétaire général du parti communiste (sic), Jules Fourrier, député de la Seine, déclare qu'après avoir mûrement réfléchi et avoir milité pendant plus de dix ans au sein du parti communiste, il donne aujourd'hui sa démission du parti parce que, dit-il, « la politique que poursuit présentement l'URSS, favorise l'hitlérisme qui a toujours été un facteur de guerre. »
Il ajoute qu'en se rangeant aux côtés de l'Allemagne hitlérienne, on prend les mêmes responsabilités qu'elle et que l'agression contre la Pologne pays de 250 (sic) millions d'habitants, constitue « un véritable assassinat prémédité avec les pires ennemis des démocraties à travers le pacte .germano-soviétique.
« Ne voulant participer, ni de près ni de loin, conclut-il, à une telle politique, ma place n'est plus dans les rangs de l'Internationale communiste ni dans sa section française.
« Je resterai le militant, ouvrier sincère, modeste, en défendant de toutes mes forces avec le peuple de France nos libertés démocratiques ainsi que notre chef (sic) pays menacé par la « clique de » Berlin. »".

Député de la Seine, Marcel Brout quitte le Parti communiste le 29 septembre 1939 (2) en démissionnant du groupe ouvrier et paysan français (GOPF) qui s'est constitué la veille à la Chambre des députés en remplacement du groupe communiste dans le but de maintenir une activité parlementaire à la suite de l'adoption le 26 septembre 1939 d'un décret-loi prononçant la dissolution du PCF.

Cette rupture est la conséquence de la signature la veille du Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique qui organise le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne et qui fonde sur cette double annexion territoriale l'amitié entre les deux peuples.

Le Matin du 1 octobre 1939 précise les motivations de Marcel Brout en faisant notamment référence au contenu de la lettre de démission que le député communiste a remis à Arthur Ramette, président du groupe ouvrier et paysan français :

"M. Marcel Brout, député de la Seine, vient d'informer M. Ramette, président du nouveau groupe « ouvrier et paysan français », qu'il ne fait plus partie de ce groupe, étant en désaccord avec ses collègues sur le nouveau pacte germano-soviétique qui conclut à l'aide effective de l'Union soviétique à l'Allemagne hitlérienne et qui lui parait être l'aboutissement du premier pacte signé.
M. Brout a exposé dans les couloirs de la Chambre qu'avant la dissolution du parti communiste, il avait indiqué que, s'il avait la conviction que la position de l''URSS consistait à apporter son concours à l'Allemagne hitlérienne pour la poursuite de la guerre, il ne continuerait plus sa collaboration au groupe parlementaire.
C'est pour se conformer à cette déclaration qu'il se retire du groupement qui s'est substitué au groupe communiste et auquel il avait donné son adhésion avant la signature du nouvel accord de Moscou qu'il réprouve."

Député de l'Ain, Réné Nicod rompt avec le PCF à la suite de l'initiative prise le 1er octobre 1939 par le groupe ouvrier et paysan français d'envoyer une lettre au Président de la Chambre des députés, Edouard Herriot, pour lui demander d'organiser une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui vont être faites à la France" grâce "aux initiatives diplomatiques de l'URSS"

N'ayant pas adhéré au GOPF, René Nicod justifie ce refus par un désaccord politique avec la ligne défendue par ce groupe parlementaire dans une lettre du 7 octobre 1939 envoyée au secrétaire général de la questure de la Chambre des députés :

"Monsieur,
Je vous prie de bien vouloir noter officiellement que je ne suis pas adhérent au groupe parlementaire ouvrier et paysan et que, présentement, je ne suis inscrit à aucun groupe parlementaire.
C'est parce que je n'approuve pas la position politique prise par le groupe parlementaire ouvrier et paysan que je n'adhère pas à ce groupe." (3)

René Nicod confirme cette rupture en adressant aux maires de sa circonscription une lettre dans laquelle il justifie sa décision. On peut lire des extraits de cette lettre dans Le Populaire du 18 octobre 1939 :

"Dans une lettre adressée à tous les maires de la circonscription de Nantua-Gex, René Nicod, député de l'Ain, conseiller général d'Oyonnax, écrit notamment :
« ...Dès le premier jour de la signature du pacte germano-russe de non-agression, j'ai désapprouvé un tel acte diplomatique.
« ...Je désapprouve avec une même énergie l'invasion d'une partie de la Pologne par la Russie des Soviets, de même que je désapprouve toute tentative qui conduirait à un nouveau Munich.
« ...C'est pour ces raisons que je n'ai pas adhéré au Groupe parlementaire dit "Ouvrier et Paysan" dont la position politique me semblait aller à l'encontre du sentiment national. »"

On fera remarquer que René Nicod n'a pas mis fin à ses activités au sein du PCF sous la forme d'une lettre de démission puisqu'il n'était pas membre du GOPF et que le Parti communiste a été dissous.

Incarcéré dans le cadre de la procédure ouverte par la justice militaire contre les membres du groupe ouvrier et paysan français à la suite de la diffusion de la lettre au président Herriot, Marcel Capron, député de la Seine, se désolidarise du PCF au cours de son audition devant le magistrat instructeur le 13 octobre 1939 en affirmant d'une part qu'il désapprouve le contenu de cette lettre et d'autre part qu'il a régulièrement démissionné du GOPF dans une lettre datée du 11 octobre 1939.

De larges extraits de cette audition sont reproduits dans Le Populaire du 14 octobre 1939 :

"Les déclarations faites devant le capitaine de Moissac, officier Instructeur près le 3e tribunal militaire de Paris, par le premier inculpé de l'affaire du groupe parlementaire ouvrier et paysan français, interrogé au fond, Hyacinthe (sic) Capron, président de la commission d'administration générale de la Chambre, ont fait l'effet d'une bombe.
L'inculpé s'est complètement désolidarisé de son groupe. Il s'est dit dégoûté de voir que les dirigeants Florimond Bonte, Ramette et Thorez avaient pris la fuite. Il n'a jamais approuvé les termes de la lettre au président Herriot, termes qu'il n'a connus qu'après coup. Il a protesté ensuite contre cette lettre et il n'a pas été le seul. Avant son arrestation, il a adressé au président de la Chambre sa démission du groupe ouvrier et paysan.
Il n'a pas attendu d'être arrêté pour se désolidariser des dirigeants communistes a-t-il dit au juge, en présence de Me Thérèse Bernheim, collaboratrice de Me André Berthon.
Il a appris dans le Loiret la dissolution du parti communiste, et s'est incliné, « respectueux des lois de la France ».
« Si j'ai donné, ajoute-t-il, mon adhésion au groupe parlementaire ouvrier et paysan français, c'est dans la plénitude de mon droit de représentant du peuple, alors surtout que ce groupe n'avait, pour but, dans mon esprit, que de continuer un travail parlementaire et non de défendre une politique que plusieurs de mes camarades et moi-même ne saurions approuver.
« J'ai formellement désavoué la lettre au président Herriot et je suis indigné des agissements de Thorez, Ramette et Bonte qui sont en fuite au lieu de prendre leurs responsabilités.
« J'ai tenu à écrire au président Herriot pour lui dire que je donnais ma démission du groupe ouvrier et paysan.
Le mercredi 4 octobre, dans la matinée, j'ai vu Renaud Jean à la Chambre. Il m'a mis au courant de la discussion qu'avait, provoquée la rédaction et l'envoi de cette lettre et m'a informé qu'un deuxième document serait adressé au président Herriot pour bien préciser notre pensée. Il ne s'agissait pas d'accepter aveuglément des propositions de paix. mais de demander que la Chambre en discute, étant entendu que notre but était toujours le même : la lutte contre l'hitlérisme. »

Une protestation
devant le groupe

L'après-midi, à une réunion du groupe, j'ai protesté, ainsi que Renaud Jean et, plusieurs collègues, contre les termes de la lettre, j'ai insisté pour que la mise au point fut envoyée déclarant que s'il n'y était pas donné suite, je n'aurais plus qu'à me retirer du groupe. Renaud Jean a prononcé les mêmes paroles.
Le 8 octobre, avant d'être arrêté, j'ai adressé au président Herriot une lettre de démission du groupe; mais le président Herriot considéra que ma première lettre n'était pas une lettre de démission régulière et m'en fit aviser par le secrétariat général législatif. C'est à la suite de la réception de cette lettre que, le même jour, mercredi 11 octobre, j'ai adressé de la prison de la Santé, par pneumatique, ma démission régulière.
Me Thérèse Bernheim a demandé au capitaine de Moissac la mise en liberté provisoire d'Hyacinthe Capro [Marcel Capron sera libéré le 25 octobre 1939 (Le Populaire du 26 octobre 1939)]".


En rupture avec le PCF sur la question de la guerre contre l'Allemagne nazie, les cinq membres fondateurs de "l'Union populaire française" rédigent un manifeste dans lequel ils précisent la ligne politique que défendra à la Chambre des députés ce nouveau groupe parlementaire.

Les principaux axes de ce programme politique sont présentés dans Le Populaire du 12 décembre 1939 :

"Les députés communistes dissidents qui ont désavoué le pacte germano-soviétique viennent de se constituer en groupe parlementaire autonome.
Ils sont cinq : Brout, Capron, Fourrier, Loubiadou (sic) et Nicoll (sic). Et leur groupe s'appelle « l'Union populaire française ».
Dans le manifeste qu'ils ont rédigé, ils demandent sur le plan intérieur le maintien des lois sociales déjà acquises et la mise en chantier des réformes non réalisées et telles qu'elles étaient définies dans le programme du Front Populaire.
Ils déclarent vouloir lutter toujours pour la sauvegarde et le développement des libertés démocratiques, pour le maintien intégral des droits de laïcité, pour le respect de la liberté d'opinion, du droit syndical, de tous les droits civiques et pour le fonctionnement normal des institutions républicaines.
Sur le plan extérieur, les membres de l'Union Populaire Française restent fidèles à l'organisation de la sécurité collective dans le cadre de la S.D.N., en vue de la résistance à l'agression, quel que soit l'agresseur, pour la sauvegarde des Etats faibles menacés par l'agression, pour la paix et la liberté.
Enfin, ils repoussent avec force tout système qui consisterait à provoquer directement ou indirectement la guerre en vue d'en faire un champ d'expériences révolutionnaires.
Pour aboutir à ces buts essentiels, ils appellent le peuple de France à l'union la plus fraternelle et la plus résolue et se déclarent, sans la moindre arrière-pensée, les partisans toujours déterminés de l'unité politique et syndicale de la classe ouvrière."


Composé de cinq membres à sa constitution le 8 décembre 1939, le groupe d'Union populaire française enregistrera huit nouvelles adhésions de députés communistes démissionnaires du PCF : Gustave Saussot et Fernand Valat en décembre 1939, Gilbert Declercq et Lucien Raux en janvier 1940 et enfin Sulpice Dewez, Emile Fouchard, Eugène Jardon et Armand Pillot en février 1940. (4)

Démissionnaire du PCF dès le 26 août 1939 comme Paul Loubradou, Gustave Saussot, l'autre député de Dordogne, justifie sa décision dans la lettre de démission qu'il remet à Jacques Duclos, secrétaire du groupe communiste, et dans laquelle il fait notamment référence à la réunion du groupe parlementaire communiste de la veille au terme de laquelle a été adoptée un communiqué de presse dans lequel les députés et sénateurs communistes ont apporté publiquement leur soutien au Pacte germano-soviétique :

"Hier, à la réunion du groupe parlementaire communiste, j'ai demandé qu'une délégation intervienne auprès de l'ambassade soviétique afin que celle-ci demande au gouvernement de Moscou de faire une déclaration officielle indiquant qu'en cas de coup de force du fascisme sur Dantzig, coup de force entraînant les démocraties occidentales dans un conflit armé, l'Union Soviétique, fidèle à la politique de résistance à l'agresseur, se rangerait automatiquement aux côtés des pays luttant pour leur indépendance.
Le groupe n'a pas jugé utile de faire cette démarche et je me suis incliné avec le secret espoir qu'au moment où le président Roosevelt adresse un vibrant appel à la raison et tente une ultime démarche pour sauver la paix, la grande voix de l'Union Soviétique se ferait entendre à son tour. Hélas ! 
Les dépêches de cette nuit dissipent mes illusions. L'Union Soviétique qui a si magnifiquement défendu l'Espagne républicaine, qui a tenu ses engagement vis-à-vis de la malheureuse Tchécoslovaquie qui défend seule la Chine, reste passive devant la menace hitlérienne sur Dantzig.
Je suis convaincu que si le gouvernement de Moscou avait pris nettement position le fou névrosé de Berchtesgaden eût capitulé. 
Pour ces raisons, je me trouve en désaccord profond avec cette politique et regrette en conséquence de ne pouvoir continuer ma collaboration avec le Parti communiste français pour le temps où celui-ci marquera son accord avec le gouvernement soviétique et jusqu'au jour où ce dernier reprendra la tête des nations antifascistes pour barrer la route à l'agresseur. 
Je te prie de bien vouloir communiquer ma démission au Parti." (5)

Députés du Nord, Gilbert Declercq et Lucien Raux, qui n'ont pas adhéré au groupe ouvrier et paysan français, marquent leur rupture avec le PCF au moment de la diffusion de la lettre au président Herriot.

Le premier dans une lettre adressée aux questeurs de la Chambre des députés qui sera publiée dans Le Populaire du 5 octobre 1939 :

"Je soussigné Gilbert Declercq, député du Nord, maire d'Halluin, ex-membre de l'ancien groupe parlementaire communiste, déclare n'avoir rien de commun avec le nouveau groupe ouvrier et paysan français, encore moins avec la lettre adressée par celui-ci à M. Herriot, président de la Chambre des députés.
Pour qu'il n'y ait aucune équivoque, je demande à être inscrit sans affectation de groupe.
Veuillez agréer, etc...

Le second dans une lettre adressée au président de la Chambre dans laquelle il déclare qu'il n'a jamais adhéré au groupe ouvrier et paysan français et qu'il n'appartient à aucun groupe. (6)

Incarcérés dans la cadre de la procédure ouverte contre les membres du groupe ouvrier et paysan français, Emile Fouchard, député de Seine-et-Marne, Eugène Jardon, député de l'Allier, Fernand Valat député du Gard, et Armand Pillot, député de la Seine, se désolidarisent du PCF au cours de l'instruction en désapprouvant devant le magistrat instructeur les termes de la lettre envoyée au président Herriot et en démissionnant du GOPF. 

Conséquence de cette rupture avec le Parti communiste, ces quatre députés démissionnaires bénéficieront d'une libération provisoire : Emile Fouchard et Eugène Jardon en octobre 1939, Fernand Valat en décembre 1939 et Armand Pillot en février 1940. En outre, ils ne seront pas renvoyés devant la juridiction de jugement puisque le magistrat instructeur prononcera en février 1940 un non-lieu pour chacun d'entre eux.

Député du Nord, Sulpice Dewez, qui n'a pas adhéré au GOPF, rompt avec le PCF à la suite d'un incident qui s'est produit à la Chambre des députés le 9 janvier 1940. 

A cette première séance de la nouvelle session parlementaire, la Chambre à la demande du président d'âge rend hommage aux armées de la République engagées contre l'Allemagne nazie. Contrairement à Sulpice Dewez, plusieurs députés communistes permissionnaires refusent de se lever et d'applaudir avec l'ensemble de la représentation nationale. Fidèles à la ligne du Parti communiste, ils manifestent ainsi leur opposition à la guerre contre l'Allemagne nazie.

Le 11 janvier 1940, Sulpice Dewez et cinq autres députés communistes permissionnaires adressent au président de la Chambre une lettre dans laquelle ils affirment leur attachement à la défense de la France, leur fidélité à leurs devoirs de soldats et enfin leur opposition à l'invasion soviétique de la Finlande le 30 novembre 1939.

"Nous affirmons hautement notre attachement la France et à sa défense et notre attachement indéfectible à la cause des revendications des masses laborieuses sur le terrain de la liberté et de la démocratie.
Mobilisés depuis le début de la guerre, nous nous sommes inclinés devant la discipline et avons accompli intégralement notre devoir de soldat.
Nous sommes aujourd'hui en mesure de déclarer que nous ne pouvons que nous élever contre une politique qui a abouti à l'attaque contre la Finlande et à une menace contre la liberté du pays de France par Hitler."

Finalement, l'Union populaire française regroupera 13 des 24 députés qui, sur les 74 membres qui composaient le groupe communiste à la veille de la signature du Pacte germano-soviétique, ont rompu avec le Parti communiste français.


Pour terminer on s'intéressera au vote de l'UPF sur deux scrutins majeurs : la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance des élus communistes et le vote du 10 juillet 1940 attribuant les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

1)  Loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance des élus communistes.

A la suite du refus de plusieurs députés communistes permissionnaires de s'associer à l'hommage rendu par la Chambre aux armées de la République française à la séance du 9 janvier 1940, le gouvernement soumet au parlement un texte qui prononce la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas publiquement rompu avec le PCF à la date du 9 janvier 1940.

Ayant remplacé la date du 9 janvier 1940 par celle du 26 octobre 1939, la Chambre des députés adopte le texte le 16 janvier 1940 par 522 pour et 2 contre : les députés communistes Adrien Mouton et Etienne Fajon. Les députés du groupe d'union populaire française se sont abstenus lors du vote de ce texte.

Adopté dans les mêmes termes par le sénat le 19 janvier 1940 par 294 pour et 0 contre, le texte est promulgué par le président de la République Albert Lebrun le 20 janvier 1940 avant d'être publié le lendemain au Journal officiel.

La loi du 20 janvier 1940 stipule dans son premier article que "Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la section française de l'Internationale communiste visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendues publiques à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au parti communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé".

L'article 2 précise que "pour les membres des assemblées législatives la déchéance prononcée par la présente loi est constatée, à la demande du gouvernement, par le Sénat ou par la Chambre des députés". 

Conformément à cette disposition, le Gouvernement de Edouard Daladier demande à la Chambre des députés dans une lettre du 31 janvier 1940 de valider la déchéance de 67 députés communistes sur les 74 qui composaient le groupe parlementaire à la veille de la signature du Pacte germano-soviétique. Les sept autres députés communistes sont expressément écartés de l'application de cette mesure au motif qu'ils ont rompu avec le PCF dans les conditions prévues par la loi du 20 janvier 1940. Il s'agit de Capron, Brout, Fourrier, Loubradou, Nicod, Saussot, et enfin Piginnier qui a démissionné de son mandat en novembre 1939.

Le 20 février 1940, la Chambre des députés vote une résolution par 498 voix pour et 0 contre dans laquelle elle constate la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 qui figuraient dans la demande du gouvernement.

La Chambre a décidé de ne pas déchoir Declercq, Dewez, Fouchard, Jardon, Raux et Valat de leur mandat de député au motif que les déclarations témoignant de leur rupture avec le PCF étaient, sur la forme, antérieures à la date butoir du 26 octobre 1939 et, sur le fond, sincères et sans équivoque. Pillot conserve aussi son mandat de député avec cette différence substantielle que la Chambre a justifié sa décision en retenant les propos qu'il a tenus devant le magistrat instructeur le 27 décembre 1939.

A la séance du 20 février 1940, le groupe d'union populaire française est appelé à prendre position sur la requête du gouvernement qui demande à la Chambre de constater la déchéance de 67 députés communistes et sur laquelle figurent de surcroît sept de ses membres : Declercq, Fouchard, Jardon, Pillot, Raux, Valat et enfin Dewez qui prendra la parole au cours de cette séance pour défendre son cas personnel.

Au cours de la discussion générale, Paul Loubradou intervient dans le débat au nom de tous les membres de l'UPF. Son intervention, qui ne porte pas sur la question débattue à cette séance, vise à montrer qu'en rompant avec le PCF les députés communistes de l'UPF sont restés fidèles aux valeurs du communisme et notamment à l'anti-fascisme.

Considérant qu'il ne peut être juge et partie, l'UPF ne prend pas part au vote de la résolution du 20 février 1940.
 
2) Vote du 10 juillet 1940 attribuant les plein pouvoirs au Maréchal Pétain.

Le 10 juillet 1940 à Vichy, l'Assemblée nationale, qui réunit la Chambre des députés et le Sénat, vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

A cette dernière séance parlementaire de la IIIe République, les membres de l'UPF ont adopté les positions suivantes :
- les députés Declercq, Dewez, Fourrier, Capron, Raux, Pillot et Valat ont voté en faveur de la modification constitutionnelle.
- les députés Fouchard, Jardon et Nicod ont voté contre cette modification constitutionnelle et font ainsi partie des 80 parlementaires qui ont voté contre l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
- les députés Brout, embarqué sur le Massilia, Loubradou et Saussot n'ont pas participé pas au vote.


(1) Guy Penaud, Histoire de la Résistance en Périgord, 2013.
(2) Petit Parisien du 30 septembre 1939.

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