L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 publiée avec un communiqué officiel allemand

Au même titre que son Programme de gouvernement de février 1941 intitulé Pour le salut du peuple de France, le numéro de l'Humanité datée du "mercredi 19 juin 1940" est une parfaite illustration de la politique de collaboration menée par le Parti communiste pendant l'occupation allemande.

Tout d'abord, ce document matérialise les négociations que le Parti communiste a engagées avec les autorités allemandes à l'été 1940 pour obtenir la reparution de l'Humanité qui était suspendue depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien au... Pacte germano-soviétique. En effet, préparée dans l'unique but de servir de modèle au premier numéro de l'Humanité légale, l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 a été soumise à la censure allemande le 20 juin 1940. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce numéro reproduit un communiqué officiel allemand. N'ayant pu être légalement publié à cause de l'intervention... de la police française, ce numéro a toutefois fait l'objet dans les jours suivants d'une édition clandestine à part entière.

Ensuite, l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 est le premier texte dans lequel le Parti communiste approuve la demande d'armistice formulée par le Gouvernement Pétain le 17 juin 1940.

Enfin, ce numéro définit clairement la ligne politique du PCF : Paix avec l'Allemagne nazie, fraternité entre le peuple français et le peuple allemand et enfin Révolution socialiste.

Tous ces éléments prouvent sans aucune contestation possible que la position pacifiste que le Parti communiste a adopté en septembre 1939 n'a pas été modifiée par l'offensive allemande de mai 1940, l'entrée des troupes allemandes dans Paris le 14 juin 1940 ou encore la demande d'armistice du 17 juin 1940.

En d'autres termes, ils permettent de dénoncer les mensonges de l'historiographie communiste qui affirme que le Parti communiste s'est engagé dans la lutte contre l'envahisseur allemand dès juin-juillet 1940 en s'appuyant d'ailleurs sur des documents falsifiés (Appel de Charles Tillon du 17 juin 1940 et Appel au Peuple de France de juillet 1940) voire inexistant (Propositions du 6 juin 1940).


Négociations de l'été 1940

Suivant les consignes de l'Internationale communiste, le Parti communiste s'est engagé à l'été 1940 dans une série de négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui avait été interdites par le décret-loi du 26 septembre 1939 en raison de son engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

En adoptant cette ligne légaliste, le Parti communiste reconnaissait l'occupant allemand comme une autorité légitime.

La première négociation entre les deux parties s'est déroulée les 18, 19 et 20 juin 1940.

Cette négociation, qui a pris la forme de plusieurs rencontres entre une militante communiste, Denise Ginollin, et un officier de la Propaganda Staffel Frankreich, le lieutenant Weber, a porté sur la reparution du journal l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Denise Ginollin a mené cette mission sous la responsabilité de Maurice Tréand, membre du comité central du PCF et responsable de la commission des cadres, la police du Parti.

Le choix d'une militante qui de surcroît s'est présentée aux Allemands comme une représentante des communistes parisiens avait pour objectif de garantir à la direction centrale du Parti communiste de ne pas être compromise par cette démarche.


Légalisation de l'Humanité

Le 18 juin 1940, jour de l'Appel de Général de Gaulle, Denise Ginollin sollicite le service de presse de la Kommandantur pour obtenir la légalisation du journal l'Humanité.  A ce premier contact avec la Propaganda Staffel Frankreich, situé au 12 boulevard de la Madeleine, l'envoyée du PCF n'obtient aucune réponse. On l'invite simplement à revenir le lendemain.

Le 19 juin, elle est cette fois reçue par un officier, le lieutenant Weber, qui lui indique qu'en principe rien ne s'oppose à la publication de l'Humanité. Toutefois, ajoute-t-il, il  ne peut se prononcer de son propre chef et lui demande en conséquence de se présenter le lendemain pour connaître sa décision.

Le 20 juin, les deux parties se rencontrent brièvement le matin avant de se retrouver à 16 heures pour une réunion au cours de laquelle le lieutenant Weber annonce à Denise Ginollin que le journal l'Humanité est autorisée à paraître sous censure allemande.

A 18 heures, la militante communiste est de retour au service de presse de la Kommandantur pour soumettre au visa de la censure les textes que lui a remis Maurice Tréand.

Le plus important de ces textes est un exemplaire de l'Humanité datée du "mercredi 19 juin 1940" qui a été préparé dans l'unique but de servir de modèle au premier numéro de l'Humanité légale. C'est d'ailleurs pour cette raison que sur la forme ce numéro modèle n'est pas numéroté et que sur le fond il reproduit un communiqué officiel allemand. Ajoutons que ce numéro ne doit pas être confondu avec l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 qui appartient à la série régulières des Humanités clandestines.

L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 se compose d'un "COMMUNIQUE OFFICIEL ALLEMAND publié par ordre de l'autorité militaire allemande" et de six articles : "Vive Paris", "Il faut libérer les défenseurs de la paix", "Le nouveau gouvernement", "Négociations de paix", "Vive l'URSS", "Dans les communes de banlieue".  

Denise Ginollin soumet aussi au visa de la censure allemande la maquette manuscrite du 1er numéro de l'Humanité légale. Cette maquette rédigée par Jacques Duclos présente trois caractéristiques. D'abord, sur la forme, elle conserve la mention "Organe central du Parti communiste français" ainsi que la faucille et le marteau, symboles du PCF. Ensuite, elle indique la disposition et les titres des articles. Enfin, elle propose la manchette suivante : "Les responsables doivent être châtiés !". (1)

Le lieutenant Weber n'est pas satisfait par le contenu du premier numéro de l'Humanité légale et notamment l'article "Vive l'URSS" qui rend pourtant hommage au pacifisme de l'Union soviétique mais qui en fait ne respecte pas l'un des engagements pris par Denise Ginollin à leur rencontre du 19 juin et renouvelé à celle du 20 juin : ne pas faire l'éloge de l'URSS... même pacifiste. Engagement mentionné dans son Argumentaire du 20 juin 1940 : "Je vous répète ce que je vous est dit si vous laissez [paraître] nous prenons engagement de ne pas faire l'éloge d'Hitler et URSS mais rien contre vous" (2). On notera que les communistes s'engageaient aussi à ne faire ni l'éloge d'Hitler, ni la critique des autorités allemandes.

L'officier de la Propaganda Staffel conclut en demandant des modifications à l'envoyée du Parti communiste qui lui répond que ce n'est pas de sa responsabilité : un nouveau rendez-vous est alors fixé à 22 heures. Il lui délivre un laissez-passer pour qu'elle revienne avec les changements exigés en précisant qu'il l'attendra jusqu'à 23 heures.

A 20 h 30 près du Métro Saint-Martin, Denise Ginollin rencontre comme prévu Maurice Tréand et Jeanne chrodt pour faire le point sur les négociations. Ils sont alors arrêtés par la police française pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit la diffusion de tout écrit propageant les mots d'ordre de la IIIe Internationale et non-respect du décret-loi du 24 août 1939 en vertu duquel l'Humanité a été suspendue par un arrêté ministériel en date du 26 août 1939. A ces trois arrestations viendra s'ajouter celle de Valentine Grunenberger.

A 23 heures, le lieutenant Weber informe l'Etat-major que Denise Ginollin ne s'est pas présentée et qu'en conséquence l'Humanité ne paraîtra pas : "Le 20 juin à 23 heures, l'envoyé de l'Humanité n'ayant pas présenté les modifications demandées, ce journal ne paraîtra pas le 21 juin". (3)

C'est donc l'intervention de la police française qui a empêché la parution du premier numéro de l'Humanité sous censure allemande !!!

Auditionnés le 21 juin par le commissaire Lafont, les quatre inculpés communistes sont incarcérés le lendemain sur décision du Juge Pihier.

Ils sont libérés le 25 juin... après l'intervention d'Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.

Le lendemain, Maurice Tréand est reçu à l'ambassade d'Allemagne par Otto Abertz qui souhaite reprendre avec un dirigeant communiste les négociations relatives à la reparution de l'Humanité. Cette rencontre marque le début de seconde négociation entre les deux parties.

Autre conséquence de la libération de Tréand : la diffusion d'une édition clandestine à part entière de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 avec comme numéro le 57. Précisons que ce n° 57 du mercredi 19 juin 1940 est distinct de l'Humanité n° 57 du 24 juin 1940.

Cette diffusion est attestée par une militante communiste, Yvonne Rosé, et un dirigeant communiste, Arthur Dallidet.

Dans une lettre datée du 15 septembre 1940, Yvonne Rosé écrit qu'elle a été provisoirement relevée de ses fonctions pour avoir critiqué la diffusion d'une "Huma, N° 57 du mercredi 19 juin portant au recto « Communiqué allemand, sur l'ordre de l'autorité allemande »" (4).

Successeur de Maurice Tréand à la Commission des cadres, Arthur Dallidet, qui est arrivé à Paris en août 1940, mentionne dans son rapport à l'IC du 26 février 1941 que son prédécesseur a fait diffuser à sa sortie de prison le 25 juin 1940 un numéro de l'Humanité avec un "communiqué allemand" :

"Tirage d'un numéro de l'Huma avec le communiqué allemand. Odette m'a dit en septembre : « Ah, c'est le numéro que Simon [pseudonyme de Maurice Tréand] a fait sortir à sa libération »." (5)

(1) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006, p. 11.
(2) Ibid., p. 50.
(3) Ibid., p. 57.
(4) Raymond Bourderon, La négociation. Eté 1940 : crise au PCF, 2001, p. 232.
(L'ouvrage reproduit la lettre datée du 15/9/40 qu'Yvonne Rosé a rédigée à la demande de son responsable. Elle écrit que quelques jours après son retour à Paris le 25 juin 1940 un camarade lui a remis "une Huma, N° 57 du mercredi 19 juin portant au recto « Communiqué allemand, sur l'ordre de l'autorité allemande »". Elle a alors exprimé son "désaccord complet" avec cette initiative. Elle mentionne aussi sa suspension de toute activité militante pendant un mois en estimant qu'elle est due, au vu de la chronologie des faits, à ce commentaire critique et non à son absence de Paris pendant 10 jours, motif avancé pour justifier cette sanction.)
(5) Ibid. p. 220.


L'Humanité du mercredi 19 juin 1940

Soumise à la censure de l'occupant allemand le 20 juin 1940 pour être intégrée dans le premier numéro de l'Humanité légale, l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 présente le contenu suivant : 


MERCREDI
Le Numéro

19 JUIN 1940
0,50 cent.
l'Humanité
ORGANE CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

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VIVE PARIS

PARIS, notre grand Paris, est occupé par l'armée allemande. Le peuple de notre capitale, fier, digne et calme dans le malheur, sait pourquoi et comment des gouvernements criminels nous ont conduits là, par haine du peuple, par soumission aux volontés des oligarchies capitalistes.
"L'HUMANITE" interdite en août dernier par un des principaux responsables de la guerre, Daladier, mais qui en dépit de tout, a continué clandestinement, en pleine guerre, sa lutte pour la paix et contre les puissances d'argent, fait entendre à nouveau sa voix pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de notre pays, qu'il faudra faire rendre gorge aux profiteurs de guerre pour soulager les misères du peuple et pour reconstruire notre France.
Notre drapeau, c'est le drapeau de la paix, celui de la lutte contre le capitalisme, celui de la fraternité des peuples et tout cela c'est la pensée profonde de notre grand Paris. 
Vive PARIS !

IL FAUT LIBERER LES 
DEFENSEURS DE LA PAIX

Depuis des mois, des hommes et des femmes sont emprisonnés pour avoir défendu la paix; des députés communistes illégalement déchus de leur mandat sont en prison pour avoir "prôné la paix" comme l'indiquait l'acte d'accusation et, pendant ce temps, les Daladier, les Reynaud et les Mandel sont en liberté, eux qui devraient être sous les verrous parce qu'ils ont conduit la France à l'abîme.

Nous demandons la libération des défenseurs de la paix et ennemis du capitalisme que les fauteurs de guerre ont emprisonnés.

Liberté, LIBERTE pour les hommes de la paix.

LE COMMUNIQUE OFFICIEL ALLEMAND
publié par ordre de l'autorité militaire allemande

L'armée française, dont la résistance est rompue, se retire en se décomposant vers le Sud et le Sud-Ouest, suivie de près par les troupes allemandes. La ville d'Orléans a été occupée et une tête de pont s'est formée sur la rive gauche de la Loire. (Des) colonnes françaises battant en retraite ont été bombardées par l'aviation allemande sur de nombreux pont de la Loire.
Les troupes allemandes avançant en Bourgogne et par Langres ont gagné du terrain vers le Sud.
Au Sud-Est de Besançon, la frontière suisse à été atteinte. Les troupes allemandes se rapprochent de St-Mihiel.

LE NOUVEAU GOUVERNEMENT

Après le départ du gouvernement Reynaud-Pétain-Mandel à participation socialiste, un nouveau gouvernement a été constitué sous la présidence du vieux Maréchal Pétain. Ce gouvernement  comprend  5  militaires  parmi  lesquels  le  général  Weygand  organisateur

(page 1)


de l'armée de Syrie destinée à combattre l'URSS. 
En plus de ces 5 militaires le gouvernement compte 5 fonctionnaire parmi lesquels 2 représentants directs des oligarchies capitalistes, M. Paul Baudoin de la banque d'Indo-Chine, du Crédit Colonial etc... ministre des Affaires Etrangère, M. Yves Boutillier de la Compagnie Transatlantique ministre des Finances et du Commerce.
A ces 10 personnes s'ajoutent 8 parlementaires parmi lesquels 2 radicaux dont le sinistre Chautemps, 2 socialistes, 2 USR dont l'aventurier Frossard, et 2 réactionnaires dont le PSF Ybarnébaray.
Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite. Il y a des comptes à régler. Le peuple de France a été trahi, livré à la finance internationale, sacrifié aux intérêts des ploutocrates, cela le nouveau gouvernement ne parviendra pas à le faire oublier.

NEGOCIATIONS DE PAIX 

Le Maréchal Pétain ayant dans la nuit du 16 au 17 juin fait demander au gouvernement allemand quelles étaient ses conditions pour accepter la cessation du combat, le chancelier Hitler et Mussolini se sont rencontrés le 18 en vue de conférer sur la réponse à faire au nouveau gouvernement français.

VIVE L'URSS

Le gouvernement français a mené une abominable campagne d'excitation et de haine contre l'URSS et aujourd'hui on peut voir que lorsque, en septembre dernier le camarade Molotov conseillait à la France de faire la paix, il traduisait les intérêts profonds du peuple de France.
Ce misérable Daladier envoya des avions et du matériel de guerre à la Finlande pour combattre l'URSS, mais on sait ce qui arriva.
L'association des amis de l'URSS a été dissoute par Daladier et pourtant un grand courant d'amitié envers l'Union Soviétique règne parmi le peuple français. Cette amitié, peuple de Paris, revendique-la fièrement.
Ceux qui ont conduit la France à la défaite, au désastre avaient l'amitié des banquiers de la Cité de Londres.
Ceux qui guériront la France de ses blessures, ceux qui la délivreront des parasites capitalistes revendiquent l'amitié de l'URSS, pays du socialisme et de la paix.
Vive l'Union Soviétique.

Dans les (COMMUNES DE BANLIEUE)

Le mangeur de communistes Barthélemy, maire de Puteaux a f.... le camp, mais le départ de ce personnage pose une question : Le Préfet de la Seine va-t-il s'obstiner à priver les communes de la banlieue qui avaient élu des municipalités communistes de leurs représentants véritables ayant la confiance de la population, une confiance qui a rendu encore plus grande la marche des événements en prouvant que les communistes avaient raison. La population de banlieue pose la question : il faudra bien répondre.


On peut attribuer la rédaction de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 à Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, en s'appuyant sur l'un des documents saisis sur Denise Ginollin le 20 juin 1940 :

"6° Un feuillet manuscrit recto-verso relatif à la situation de la France, aux réactions populaires, à l'attitude du Parti Communiste et notamment à ses thèmes de propagande, et enfin la tactique à employer. On lit notamment à ce sujet :  « Essayer de faire paraître légalement l'HUMA, indépendante, forte. »". (1)

Plusieurs phrases de ce texte manuscrit, dont l'auteur est Jacques Duclos, sont reprises dans l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 :

Extrait 1 :

Texte manuscrit :
"en septembre dernier nous avons demandé la paix (Espagne) lettre des députés communistes à Herriot
Si on nous avait écouté la paix pouvait être faite en septembre en conservant intacte la puissance et l'économie française.
Daladier nous a accusé[s] de vouloir une paix blanche. Les communistes ont été jetés en prison." (2)

L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 :
"si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison"

Elément supplémentaire de concordance : dans les deux cas l'initiative de paix des députés communistes est datée avec erreur de septembre 1939 (La lettre au président Herriot est du 1er octobre 1939).

Extrait 2 :

Texte manuscrit :
"un gouvernement décidé à châtier les responsables
un gouvernement décidé à faire rendre gorge aux capitalistes pour soulager la misère des masses et reconstruire la France" (3)

L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 :
""L'HUMANITE" [...] fait entendre à nouveau sa voix pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de notre pays, qu'il faudra faire rendre gorge aux profiteurs de guerre pour soulager les misères du peuple et pour reconstruire notre France."

Le texte de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 est publié pour la première fois en 1975 dans le Journal secret (pp. 291-294) de Raymond Tournoux.

L'auteur publie plusieurs pièces tirées du dossier d'instruction ouvert à la suite de l'arrestation les 20 et 21 juin 1940 de Maurice Tréand, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger :
● l'Humanité du mercredi 19 juin 1940. C'est le numéro que Denise Ginollin a déchiré puis jeté avant d'être interpellée le 20 juin 1940. Récupéré en morceaux par la police, ce document capital des négociations entre le Parti communiste et la puissance occupante a alors été mis sous scellé.
● les dépositions des quatre militants communistes ainsi que celle de l'imprimeur Dangon.
● le PV de saisie des documents en possession de Denise Ginollin. Le PV mentionne que l'un des documents saisis sur Denise Ginollin est l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 en précisant que le contenu de ce numéro est distinct de celui de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 qui a été "placé sous cote spéciale" : " Un exemplaire du numéro ronéotypé du 19 juin 1940 de l'Humanité (N° 56), organe central du Parti Communiste Français, dont le texte est différent du numéro placé sous cote spécial." (4)
● le texte du tract "Il y a des comptes à régler".
● les mises en liberté des quatre militants communistes à la suite de l'intervention des autorités allemandes.
● deux notes de renseignement de la Préfecture de Police de Paris portant sur Tréand.et Ginollin.

En 1983, les Cahiers d'histoire de l'IRM n° 14 du 3e trimestre publieront le texte ainsi qu'une reproduction en fac-similé de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

Dans le texte de présentation, la revue communiste souligne "l'absence de tout contenu pro-allemand" dans ce numéro de l'Humanité.

La publication d'un communiqué officiel allemand, le soutien à la demande d'armistice et enfin l'engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie seraient donc les éléments constitutifs d'un Appel à la Résistance !!!

(1) Raymond Tournoux, Journal Secret, 1975, p. 282 (PV de saisie datée du 21 juin 1940)
(2) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006, p.108.
(3) Ibid. p. 109.
(4) Raymond Tournoux, op. cit., p.282.


Communiqué officiel allemand

Sous le titre "Le COMMUNIQUE OFFICIEL ALLEMAND publié par ordre de l'autorité militaire allemande", l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 reprend un extrait du communiqué officiel allemand paru la  veille dans la presse autorisée (Le Matin du 18 juin 1940) et ce alors même que les combats entre l'armée française et la Wehrmacht se poursuivent !!! 

En reprenant dans ce numéro modèle un communiqué de la Wehrmacht !!! le Parti communiste prend un engagement fort vis-à-vis des autorités allemandes. Par cette compromission, il prouve que pour obtenir l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité il accepte non seulement de soumettre ses articles à la censure de la puissance occupante mais aussi de servir de relais à sa propagande.

L'Histoire retiendra, cruelle ironie, que c'est en reproduisant un "communiqué officiel allemand" dans son numéro du mercredi 19 juin 1940 que l'Humanité, organe central du PCF, a utilisé pour la première fois le mot "résistance" : "L'armée française, dont la résistance est rompue, se retire en se décomposant vers le Sud et le Sud-Ouest, suivie de près par les troupes allemandes".


Ligne éditoriale de l'Humanité légale

Dans l'article "Vive Paris", l'Humanité légale affirme qu'elle s'engagera pour la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste en soulignant que cette ligne éditoriale sera identique à celle qu'elle défendait dans la clandestinité :

"L'HUMANITE interdite en août dernier par un des principaux responsables de la guerre, Daladier, mais qui en dépit de tout, a continué clandestinement, en pleine guerre, sa lutte pour la paix et contre les puissances d'argent, fait entendre à nouveau sa voix pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de notre pays, qu'il faudra faire rendre gorge aux profiteurs de guerre pour soulager les misères du peuple et pour reconstruire notre France.
Notre drapeau, c'est le drapeau de la paix, celui de la lutte contre le capitalisme, celui de la fraternité des peuples et tout cela c'est la pensée profonde de notre grand Paris."

1) Humanité clandestine.

L'Humanité dénonce son interdiction par le gouvernement belliciste d'Edouard Daladier en soulignant qu'elle a poursuivi dans la clandestinité son combat en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie et de la Révolution socialiste.

a) Interdiction de l'Humanité.

C'est le 26 août 1939 que la diffusion de l'Humanité a été suspendue en vertu d'un arrêté pris par Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur dans le Gouvernement Daladier, en application du décret-loi du 24 août 1939 autorisant la suspension de tout journal dont "la publication est de nature à nuire à la défense nationale". La suspension de l'Humanité repose sur un motif précis : le soutien du quotidien communiste au Pacte germano-soviétique.

b) premier numéro de l'Humanité clandestine.

Interdite, l'Humanité "a continué clandestinement, en pleine guerre, sa lutte pour la paix et contre les puissances d'argent" en diffusant un premier numéro le 26 octobre 1939 dans lequel on peut lire :

"Contre la dictature Daladier il importe de sceller l'union des travailleurs autour du Parti Communiste, ce Parti plus vivant que jamais, décidé au combat pour le socialisme libérateur qui mettra bas le capitalisme fauteur de misère et de guerre.
EN AVANT, PEUPLE DE FRANCE, POUR LE PAIN, LA PAIX, LA LIBERTE !" 

L'Humanité clandestine s'est donc engagée dès son premier numéro à défendre la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste.

2) Ligne éditoriale

L'Humanité légale définit sa ligne éditoriale en fixant les mots d'ordre qui guideront son action à court terme et en apportant son soutien aux objectifs politiques fixés par le PCF.

a) mots d'ordre à court terme.

L'Humanité "fait entendre à nouveau sa voix pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de notre pays, qu'il faudra faire rendre gorge aux profiteurs de guerre pour soulager les misères du peuple et pour reconstruire notre France"

Tout d'abord, on notera que l'Humanité "fait entendre à nouveau sa voix", preuve que ce numéro devait être diffusé légalement.

Pour illustrer l'importance de ce point, on fera référence au livre Juin 1940, la négociation secrète de J.P. Besse et C. Pennetier. Dans cet ouvrage les deux historiens communistes présentent l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 comme un numéro qui a été simplement diffusé clandestinement par le Parti communiste en juin 1940.

Si l'on suit cette thèse, le PCF n'a donc pas soumis ce numéro de l'Humanité à la censure allemande !!! 

Pour étayer leur affirmation, les deux auteurs décrivent le contenu de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 en cinq thématiques auxquels vient s'ajouter "le communiqué militaire allemand en page une, communiqué d'ailleurs banal par son contenu" (1). Faut-il commenter le mot banal ?

Parmi ces cinq thématiques ne figure pas la demande de libération des élus et militants communistes : "Il faut libérer les défenseurs de la Paix" !!!

On s’intéressera en particulier à la thématique n° 2 qui est définie en ces termes : "2. la nécessité de rendre légale l'Humanité (« L'Humanité interdite en août dernier par un des principaux responsables de la guerre, Daladier [... doit] faire entendre à nouveau sa voix pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de la France »)". (2)

Dans leur citation les auteurs ont coupé le passage relatif à l'Humanité clandestine et "sa lutte pour la paix". Mais le point le plus étonnant c'est la réécriture du texte : "L'HUMANITE [...] fait entendre sa voix" devient "L'Humanité [... doit] faire entendre sa voix". La prise de parole de l'Humanité légale devient un simple plaidoyer de l'Humanité clandestine en faveur de sa légalisation. Grâce à cette modification le texte ne contredit pas la thèse des auteurs selon laquelle l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 est un numéro qui n'a pas eu d'autre finalité que d'être diffusé clandestinement

Cet exemple permet de constater que le souci de la vérité historique n'est pas considéré comme une vertu par l'historiographie officielle quand elle rend compte des relations entre le PCF et les autorités allemandes à l'été 1940.

En pleine négociation de l'armistice franco-allemand, l'Humanité fait donc entendre à nouveau sa voix "pour dire qu'il faudra châtier les responsables des malheurs de notre pays, qu'il faudra faire rendre gorge aux profiteurs de guerre pour soulager les misères du peuple et pour reconstruire notre France."

Les ennemis de la France sont clairement désignés : ce ne sont pas les envahisseurs allemands mais les capitalistes français coupables d'avoir déclenché la guerre et de s'être enrichis grâce à elle. Pour que la justice soient à la mesure de leurs crimes, il faudra les "châtiés" et leur "faire rendre gorge". On rappellera que la maquette manuscrite du premier numéro de l'Humanité légale porte la manchette suivante :  "Les responsables doivent être châtiés !". Débarrassée des fauteurs de guerre capitalistes, la France pourra alors se reconstruire dans la Paix et la prospérité.

Dans un texte manuscrit rédigé entre le 15 juin 1940 (arrivée de Duclos à Paris) et le 20 juin 1940 (saisi de ce document sur Denise Ginollin), Jacques Duclos décrit la situation de la France ainsi que les réactions de la population avant de définir l'action du Parti communiste. Concernant le contenu de la propagande communiste, le responsable du Parti communiste clandestin écrit :

"Nos trois thèmes de propagande :
Châtier les responsables
exproprier les capitalistes
faire un vrai gouvernement de la France" (3)

On notera qu'il n'y a aucune référence à l'occupant allemand et qu'on retrouve les deux premiers mots d'ordre dans l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

b) objectifs du PCF.

L'Humanité apporte son soutien aux objectifs politiques fixés par le Parti communiste : "Notre drapeau, c'est le drapeau de la paix, celui de la lutte contre le capitalisme, celui de la fraternité des peuples".

En d'autres termes, l'Humanité légale défendra, en politique extérieure, la Paix avec l'Allemagne nazie et la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand et, en politique intérieure, la Révolution socialiste.

Cette ligne correspond en fait à celle que l'Humanité clandestine suit depuis son premier numéro d'octobre 1939 et qu'elle conservera jusqu'au 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

(1) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006, p. 47.
(2) Ibid., p 46.
(3) Ibid., p 109.


Demande d'armistice

Le 17 juin 1940 à Bordeaux, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, annonce dans un discours radiodiffusé, "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, le jour même de cette démarche du gouvernement français visant à mettre fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque sans délai l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, afin de lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Le lendemain à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940, qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien, est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Signalons qu'en France la presse du jour reproduit le discours du Maréchal Pétain avec une modification notoire : la phrase "il faut cesser le combat" a été remplacée par "il faut tenter de cesser le combat" (Le Petit Parisien du 18 juin 1940). Initiative du ministre des Affaires étrangères Paul Baudouin, cette modification a été motivée par le constat que certaines unités avaient interprété le message du Maréchal Pétain comme un appel à déposer les armes.

A l'inverse de la position gaulliste, le Parti communiste apporte son soutien à la démarche du Gouvernement Pétain en diffusant clandestinement... l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

Ce numéro de l'Humanité approuve la demande d'armistice en citant le Maréchal Pétain et en rappelant que des députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient sollicité l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix dans une lettre adressée au président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne :  

"Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

C'est donc dans un numéro de l'Humanité qui a été soumis au visa de la censure allemande que le Parti communiste apporte son soutien à la demande d'armistice !!!


Libération des élus et militants communistes

L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 appelle les autorités allemandes à libérer "les défenseurs de la Paix" :

IL FAUT LIBERER LES 
DEFENSEURS DE LA PAIX

Depuis des mois, des hommes et des femmes sont emprisonnés pour avoir défendu la paix; des députés communistes illégalement déchus de leur mandat sont en prison pour avoir "prôné la paix" comme l'indiquait l'acte d'accusation et, pendant ce temps, les Daladier, les Reynaud et les Mandel sont en liberté, eux qui devraient être sous les verrous parce qu'ils ont conduit la France à l'abîme.
Nous demandons la libération des défenseurs de la paix et ennemis du capitalisme que les fauteurs de guerre ont emprisonnés.
Liberté, LIBERTE pour les hommes de la paix.

Ces "défenseurs de la Paix" sont les élus et militants communistes qui ont été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, ainsi que ceux qui ont été internés administrativement dans les Centres de séjour surveillés en application du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

L'organe central du PCF fait d'ailleurs référence aux 44 députés communistes condamnés en avril 1940 à des peines de prison "pour avoir prôné la paix" dans une lettre remise au président de la Chambre le 2 octobre 1939.

A l'inverse, l'Humanité estime que "les fauteurs de guerre" qui soutenaient l'intervention contre l'Allemagne nazie doivent être incarcérés. Le journal communiste cite nommément Edouard Daladier, président du Conseil à la déclaration de guerre en septembre 1939, Paul Reynaud, qui lui a succédé, et enfin Georges Mandel, ministre de l'Intérieur en poste de mars à juin 1940, qui, à ce titre, a eu la responsabilité de réprimer les activités communistes (propagande pacifiste, sabotage).

Dans les territoires français passés sous contrôle allemand, les autorités militaires prendront l'initiative de libérer des centaines de militants communistes condamnés "pour avoir prôné la paix" avec l'Allemagne nazie.

Ces libérations seront d'ailleurs mentionnées dans les textes du PCF comme le montrent ces trois exemples :

1) Rapport à l'IC du 30 juin 1940 de Jacques Duclos :

"Les camarades du Parti qui étaient en prison à Lille furent libérés au moment de l’occupation allemande, d’autres camarades qui étaient à Fresnes en prévention ont été également libérés, mais nous n’avons pas encore de nouvelles des députés qui sont à Angers et nous faisons intervenir les avocats pour obtenir leur libération". (1)

Le 14 juin 1940, à la demande de l'Internationale communiste, Jacques Duclos quitte Bruxelles où il était réfugié depuis octobre 1939. Le lendemain, il arrive à Paris où il prend la direction du Parti communiste clandestin.

Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige à l'attention de l'IC un long et détaillé rapport sur les activités du Parti communiste depuis sa prise de fonction. Dans ce rapport il mentionne notamment la libération de militants communistes à Lillle et en région parisienne par les autorités allemandes en précisant que des démarches ont été engagées pour obtenir celle des députés communistes. Sur le cas de particulier de Lille, Jacques Duclos tient ses informations de Maurice Tréand avec lequel il a quitté Bruxelles et qui avant ce départ a fait un aller-retour à Lille dans la première semaine de juin pour réorganiser une direction régionale du PCF autour de Martha Desrumeaux.

2) Instructions de juillet 1940 :

"CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés."

A la suite de la signature de l'armistice franco-allemand en juin 1940, le PCF diffuse en juillet 1940 des Instructions dans lesquelles il fait état des libérations de militants communistes par les autorités allemandes en précisant que les députés communistes n'ont pas bénéficié pas de ces mesures.

3) Tract "Les Deux France" de août 1940 :

"Dans la France de VICHY, des députés communistes condamnés pour avoir, dans une lettre adressée le 1er Octobre 1939 au Président de la Chambre, réclamé la conclusion de la paix, sont toujours emprisonnés au Puy (Haute Loire). Parmi ces emprisonnés se trouvent : Florimond Bonte, Billoux, Costes, Croizat, Barel, Berlioz, etc. 
Dans la France de PARIS, des militants communistes ont été libérés au début de l’occupation, mais les députés communistes et militants syndicaux internés à l’île de Noirmoutiers et à l’île d’Yeu, sont toujours internés. Parmi ces internés se trouvent, Jean Duclos, aveugle de guerre, Félix Brun, amputé des deux jambes, mutilé de guerre, Dadot, Renaud Jean, blessé de guerre, Racamond, Becker, Finck, Henry Raynaud, etc.
Dans la France de VICHY, des militants communistes, pour avoir lutté courageusement contre la guerre, qui a conduit la France à la catastrophe, sont toujours emprisonnés.
Dans la France de PARIS, des conseillers municipaux de la capitale, Frot, Le Gall, des militants syndicaux, Pierre Semard, Tournemaine, etc., sont toujours à la prison de Bourges.
Dans la France de VICHY, on continue à poursuivre les communistes parce que les facteurs [fauteurs] de guerre, les responsables du désastre ne leur pardonnent pas d’avoir vu clair et d’avoir eu le courage de faire entendre, en pleine guerre, la voix de la vérité, la voix de la raison.
Dans la France de PARIS, en exécution d’une ordonnance du 20 Juin, des communistes sont emprisonnés pour avoir diffusé la lettre des députés communistes en faveur de la paix, cette lettre que les ploutocrates ne leur ont jamais pardonnée." (2)

Diffusé en août 1940, le tract "Les deux France" met en évidence qu'il n'y a aucune différence entre "la France de PARIS" et "la France de VICHY".

Dans l'extrait cité, le PCF dénonce le maintien en détention dans les deux zones de ses élus et militants condamnés pour leur pacifisme pendant la guerre franco-allemande. Il reconnait toutefois que "des militants communistes ont été libérés au début de l’occupation". Il dénonce aussi la poursuite dans les deux zones de la répression des activités communistes en soulignant que dans la "France de PARIS" des militants communistes ont été arrêtés parce qu'ils diffusaient "la lettre des députés communistes en faveur de la paix" (Lettre du 1er octobre 1939) et que dans "la France de VICHY" les militants communistes sont incarcérés parce que "les fauteurs de guerre" ne leur pardonnent pas leur pacifisme. Les communistes ne sont donc pas réprimés pour leur engagement dans la Résistance à l'occupation allemande mais pour leur pacifisme.

La libération des militants et élus communistes sera l'une des revendications récurrentes de la propagande communiste et notamment de l'Humanité. Elle sera aussi mentionnée dans le numéro de Ce Soir du 8 juillet 1940 soumis, comme l'Humanité du mercredi 19 juin 1940, à la censure allemande : "AMNISTIE GENERALE - Libération immédiate de tous les détenus et internés politique". (3)

Cette revendication est conforme à la ligne fixée par Jacques Duclos qui dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940 ébauche un "programme revendicatif" dans lequel on peut lire la mesure suivante : "Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre." (4)

Enfin, on mentionnera que le Parti communiste engagera des négociations avec les autorités allemandes au cours de l'été 1940 pour obtenir notamment la libération des "défenseurs de la Paix" détenus dans les zones occupée et non-occupée.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 194 (lettre intégrale).
(2) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983. pp. 175-177 (texte intégral).
(3) Ibid. p. 171 (texte intégral).
(4) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 197.

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